Edito Août 2010
Ce mois d’août est celui du
Triathlon mythique. Chaque 15 de ce mois, le petit monde du triple effort n’a
d’yeux que pour lui. Et qui n’a jamais rêvé de le faire. Alors, quand par
bonheur, le rêve devient réalité… Si cela peut décider certains indécis…
Il est presque 6h. Il fait
encore nuit noire. Je regarde le
ciel et fixe les étoiles.
Je pense à cet instant aux
centaines d’heures d’entraînement que j’ai accumulées depuis presque 1 an.
Soudain, quelqu’un tape dans ses mains et me ramène à la réalité. Puis 2, 10,
100, et bientôt les 600 triathlètes l’imitent. L’émotion est à son comble, j’en
frissonne. Là c’est sûr, j’y suis. L’impatience gagne. Les 600 participants font le compte à
rebours, je crie aussi, 10, 9, 8, ……., 2, 1, et Pan le stater nous libère.
Le 1er acte de la
pièce commence. Suréaliste. On nage pendant un bon quart d’heure dans le noir,
uniquement éclairés et guidés par les kayakistes qui ont embarqué de grosses
torches. Je tourne les bras, laissant consciencieusement les jambes au repos.
J’en aurai besoin plus tard. Le 1er tour est bouclé, et le second se
fera sans problème ni surprise. Je sors de l’eau, pas fatigué, juste
réveillé !
Le vélo maintenant… Le terrain
de jeu est magnifique. Magnifiquement dur aussi. Et il n’y a pas
d’échauffement… Les premiers kilomètres nous font gagner 500 mètres au dessus
du lac, où j’aperçois les nombreux triathlètes encore dans l’eau. Puis les noms
des cotes ou cols défilent, tous plus durs les uns que les autres ;
Izoard, Pallon, Chalvet, et j’en oublie... Je passe par des moments d’euphorie,
de désespoir aussi, me demandant comment je vais pouvoir enfiler une paire de
running pour aller courir un marathon…Petit détail, ici, ce ne sont pas 180 km
mais 188 km à parcourir. Et les 8 supplémentaires sont atroces. Ils se nomment
Chalvet. Je pèse mes mots, atroces. Il est temps désormais de baisser le rideau du second acte.
La transition est une formalité, je prends mon temps. Et c’est parti pour le
marathon. Ici commence le 3ème acte. Pour boucler, peut être, cette
pièce.
J’arrive à courir jusqu’au 34e
km. A ce ravitaillement, mon corps me fait comprendre, de manière assez
violente, que je ne peux plus ni boire ni manger. Ce sera le cas jusqu’à la fin. A 8 km du but, je ne peux abandonner.
Alors je marche. Lentement. Tans pis pour le souhait de finir de jour.
J’arriverai la nuit tombée. Je vois maintenant ce dont j’ai rêvé depuis
plusieurs années : La dernière ligne droite, le long du camping. Encore
noire de monde qui applaudit chaque concurrent. Je crie, je lève les bras au
ciel. Le 3ème acte est accompli, avec lui la plus belle pièce –
sportive - que je réalise.
Embrun, Hautes-Alpes, France,
planète Terre. Il est 22 heures passées. J’ai la tête dans les étoiles. Je suis
un Embrunman.
Embrun, pour l’éternité.
Vincent Coudane, finisher de
l’Embrun Man 1999.
PS : Et maintenant, plus de 11 ans après ?... Y
retourner, bien sûr. Et passer la ligne avec mes 3 garçons. Un jour peut être,
qui sait ?