1 ière étape

PREMIERE ETAPE :THONON -LES SAISIES

VENDREDI 4 JUILLET: Thonon/Les Saisies

La nuit a été dure.... l'angoisse! d'autant qu'à 6h30 j'entends tonner l'orage.... j'ouvre les rideaux, et vois que le ciel est d'encre de l'autre côté du Léman, sur le Jura! Ambiance... Philippe est nerveux, il attend le résultat du bac de Théo et ne tient pas en place. J'avale la boule au ventre un gros déjeuner, et sort humer le temps: ploc ploc.... il pleut! des gouttes sèches, mais des gouttes qui sapent le moral! et comment s'habiller.......... ouf, les premières gouttes s'arrêtent en même temps que Philippe apprends la réussite de son fils! il est tellement soulagé, qu'il va voler pendant 6 jours par dessus les cimes! 

Tout le monde est prêt; chargement du fourgon: jamais les valises vont tenir... et puis, si on se prends le déluge, il n'y aura plus assez de place pour tous... je lorgne ceux qui me semblent les moins costaud; la lutte va être féroce pour avoir une place dans la voiture de Luigi; je ne suis pas certain d'y avoir ma place; les idées noires comme le ciel m'assaillent... mais je décide brusquement de tout oublier, de me mettre dans une bulle, de ne prendre en compte que l'instant présent. Les conseils de Gillou et surtout de Joëlle me remettent le moral. On démarre groupé derrière Jean Robert pour sortir de la ville, et puis voilà, c'est parti! le point de non retour, le début de l'aventure, une histoire qui va se mettre en marche. Je connais bien cette sensation de départ pour une semaine de vélo, mais là, avec les franchissements de tous ces cols, c'est d'un tout autre calibre;  serai je à la hauteur?  on verra bien!

C'est parti, avec un gros raidar à 12% histoire de bien se rappeler que c'est les Alpes ici! et on monte le premier col du jour, le col de Cou 1117 m, inconnu. C'est une belle montée régulière faite sur une route à 6% sur 13 kilomètres, un peu du style de la croix cazard, en plus long. Bientôt, en s'élevant, et en sortie de virage, on découvre la vue surplombant le lac Léman. Je me souviens alors du tour de ce lac, il y a 3 ans, avec les cyclos Bussiérois; jamais je n'aurais pensé à cette époque me retrouver là plus tard. Je monte tout tranquille, sans effort, sans accélération, en respirant, et en me souvenant de toujours penser que ce sont 6 jours difficiles qui débutent, et qu'il est interdit de se griller trop tôt! encore une fois, je suis à la lettre les conseils des cyclos de la squadra! Nous voici au sommet, tous ensemble, soit 14 cyclos! Je vois que les niveaux sont assez différents; je me situe dans la moyenne.... on verra plus tard. La descente est très rapide, les prés remplis de vaches et d'herbe grasse; un croisement et on attaque le court col du Perret à 963 m; je quitte le gilet, et suis largué d'emblée! le sommet finit en pentes raides sur 3 kilomètres avec du 8%. S'en suit une grande descente rapide sur les plaines de Cluses, je ne vois personne, ni devant, ni derrière... le ciel est beaucoup plus clair, le soleil perce, en même temps que j'arrive en vallée; oui, mais je suis seul..... heureusement, le balisage de Jean Robert est parfait, car dans ces zones urbaines, le cheminement est difficile. Je fais donc les 2/3 de la vallée en solitaire, et enfin je revois les premiers regroupés; un petit coup de pédales, et je saute dans les roues! c'est rassurant! ceux de derrière sont loin; mais Luigi veille au grain. J'espère en avoir gardé sous la semelle, car en fait, on a fait que les hors d'oeuvre et 51 km en arrivant à Cluses!

C'est bien là que commence le vrai, le terrible parcours: avec le col de la Colombière à 1613m d'altitude. Il fait chaud, je bois, et attaque le stress au maxi, les premières rampes; et quelles rampes! 12 à 13% pour le pied, et 11% sur 2 bornes. C'est dur, mais je passe les 2/3 des cyclos. Philippe s'envole... La pente se calme, je récupère, je me détends et reprends espoir. Je décide de m'isoler dans ma tête, et de profiter du paysage. On arrive dans les Aravis et ses formes si typiques. Des souvenirs de randonnées d'enfance; je rajeunis! le passage du Reposoir est superbe. je regarde sur la gauche le sommet du col  de la Ramaz! mais nous, on part sur la droite, et dès la sortie du village commence le dur! le très dur! 8.5 km toujours en dessus de 8.5% avec beaucoup de passages à 10%; une camionnette conduite par un fou au volant, téléphone l'oreille, me fonce dessus; je l'évite en montant sur le bas côté en hurlant! une peur terrible.......... je me calme en regardant la vue, en rentrant de nouveau dans ma bulle! je double un de chez nous, un pyrénéen, skieur de l'équipe de France aux JO d'Aspen, qui est loin d'être au mieux! tient donc, il y en a encore plus mal que moi? Oui, et en plus, j'en vois qui ne sortent que du Reposoir..... allé zou, faut continuer! mais Dieu que c'est dur, et je sais que la fin est pire! et pire, elle l'est, je le confirme! les derniers 3 kilomètres sont à 11, puis 12 et 13%, le tout sur un revêtement pourri qui ne rend rien! le ciel est couvert, mais il fait bon. Je me hisse avec la tête au sommet! Luigi me rassure, mes jambes sont limites crampes, et il reste un long chemin à faire. Descente jusqu'au Grand Bornand pour le premier ravitaillement. Le paysage est sublime, les stations du Chinaillon et Grand Bornand sont superbes. 

J'arrive fatigué mais encore vivant! les tables sont garnies de tout ce qui peut faire envie: salades de pâtes, thon, charcuteries, fromage, melon, fruits, eaux gazeuses, café! le nec plus ultra, incroyable! Micheline est au top!

Philippe aussi.... et on repart ensemble pour la Clusaz et la montée du col des Aravis à 1486 m, que je connais, et qui ne me semble pas trop dure. Philippe reprend son envol, je monte à ma main. En sortant de la station, le paysage devient typique de ce coin, et j'admire les vaches au travail pour fournir ce lait qui va fabriquer le Reblochon! on comprend pourquoi c'est si bon! vu là où elles mangent! et en méditant sur les fromages, je me retrouve au sommet, sans fatigue, la soquette "presque" légère. J'admire le panorama et j'explique à Franck, moniteur de ski de 40 ans des Pyrénées qui fait parti du groupe, que les montagnes en face sont bien le Mont Blanc, l'aiguille de Bionnassay, et que à l'âge de 19 ans, j'étais passé par cette face Nord de Bionnassay pour monter sur le toit de l'Europe! les nuages enveloppent très vite les sommets, ce n'est pas bon du tout, je connais la météo du coin....

On file vite sur Flumet, par une descente technique, et en traversant les magnifique gorges de l'Arondine. Flumet, et sans transition aucune, on se lance dans la montée du col des Saisies à 1650 m. La chaleur est lourde, orageuse! je dis à Philippe de faire sa montée. A Notre Dame de Bellecombe, je remplis les bidons dans un magasin de sport, la voiture balais est bien trop loin. Cette montée est très longue, 16 km et usante. juste un répit en descente avant de monter dans les bois, avec des pourcentages sérieux. Les jambes tournent encore, je suis surpris! il faut dire que j'y vais cool. Enfin, en sortant des bois, c'est le col! l'hôtel "le Calgary" nous attend au point haut! il appartient à Franck Piquard et est magnifique. J'arrive pour voir perdre l'équipe de France de foot contre l'Allemagne, au moins, pas besoin de se coucher tard les jours suivants! Philippe est à la piscine, et..... la flotte arrive! insidieuse, puis brutale! rien de bon pour demain.....! De toute façon, un jour de fait et au sec! je ne suis pas trop fatigué, et le repas va nous "refaire la cerise"!

Bilan de la journée: 122 km et 3360 m de dénivelé; cette étape est bien la plus dure du périple! mon impression était la bonne! du coup, en notant les chiffres, je reprends le moral, même si la pluie dehors est déprimante.

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