"Je suis un saltimbanque"

Question piège : vous vous souvenez de votre premier match ?

Oui, c’était un Flénu-Jemappes. Il a été marqué par des bagarres monstrueuses et je me souviens être monté sur le terrain pour photographier les affrontements !

 

Quand votre carrière a-t-elle débuté ?

Je suis né en 1959. J’ai étudié la photographie à Saint-Luc, en arts plastiques. C’est un professeur qui a éveillé cette passion en moi. Je vivais seul avec ma mère, je n’aimais pas trop l’école et j’avais besoin de gagner un peu d’argent.  Un jour, j’ai photographié une montgolfière qui décollait. Guy Géron, aujourd’hui responsable radio des sports de la RTBF, m’a remarqué. Il m’a expliqué que le Nord Eclair cherchait un correspondant. J’y suis allé porter mon négatif et j’ai été embauché à l’âge de 20 ans. J’en suis à ma 31e année de carrière. Aujourd’hui, je travaille autant pour la section d’actualité régionale que pour les sports. Il m’arrive d’être sur le terrain sept jours sur sept  (Sa femme intervient : L’année dernière, il n’a été inactif que 44 jours).

 

Comment la famille vit-elle cette situation ?

Bien. Je me définis comme un saltimbanque. Et les artistes n’ont pas d’horaire. Une anecdote ? Un dimanche, nous fêtions la communion des enfants. Le temps était très agréable, avec un soleil rayonnant. Mais Pâturages jouait un match pour la montée. Je me suis donc rendu au stade, en costume, pour prendre des photos. Sur place, il s’est mis à dracher ! Je suis revenu à la fête avec mon pantalon ravagé.

 

Quels sont vos moments préférés ?

Les montées. A Mons, aux Francs Borains mais aussi au niveau provincial. C’est très chaleureux. Néanmoins, le matériel souffre beaucoup. Il y a les jets de champagne, le mélange de chaleur et d’humidité dans le vestiaire,… Euphoriques, les joueurs deviennent des gosses et ne font plus attention. Je mets toujours mon matériel « au nettoyage » après. Il y a quinze ans, quand Nimy est monté, j’y ai passé la nuit ! A une autre occasion, j’ai reçu des tee-shirts qui célébraient l’événement. Je m’en sers comme robe de chambre !

 

Des souvenirs négatifs ?

Parfois, les gens sont agressifs. Voir des supporters s’énerver pour un rien, peut prodigieusement m’agacer ! Certains m’interpellent : « Hé, vous avez vu le hors-jeu sur le but ? » Je leur réponds que j’étais derrière mon appareil ! J’ai déjà connu des problèmes à cause de certains arbitres. Lors de Casteau-Saint Symphorien, il était prévu que je photographie certains joueurs avant le début de la rencontre. Or, l’homme en noir a commencé le match à 15h54 ! Dans ce genre de situation, j’ai envie de monter sur le terrain et de dire mes quatre vérités à l’arbitre. Je me retiens mais j’ai déjà interpellé le président du Comité provincial, à ce sujet. Mais côtoyer le monde du foot a aussi des avantages.

 

Comme ?

Dans un stade de foot, on rencontre des gens de chaque âge et de chaque classe sociale. Je discute parfois de tout et de rien avec les supporters. Cela me permet de recueillir d’autres informations pour le journal. Et quand je couvre des sujets d’actualité locale ou des faits divers, je retrouve des gens du monde du foot. C’est plus facile pour créer un lien. J’ai déjà croisé des joueurs qui m’ont dit que j’étais venu les photographier quand ils étaient cadets !

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Souvenirs de matches européens

  Certains l’ignorent peut-être, mais Eric Ghislain a roulé sa bosse à travers l’Europe.

 

« J’étais à Brême quand Anderlecht a perdu 5-3 après avoir mené 0-3. Une soirée de m… Sur l’autoroute, nous avions percuté une autre voiture. Et le match s’était déroulé sous des trombes d’eau. Les stewards avaient apporté des casquettes aux photographes tellement nos cheveux dégoulinaient d’eau. J’ai gardé la mienne. Autre souvenir : lors d’un Auxerre-Standard, j’étais accompagné de deux autres journalistes. Nous pensions que la chambre d’hôtel réservée comptait trois lits. Or, il n’y en avait qu’un. Nous avons dormi tous ensemble en buvant un peu de cognac. » Eric était à Strasbourg le soir où les Malinois ont gagné la finale de la Coupe des Coupes contre l’Ajax en 1988. « J’ai photographié Piet den Boer quand il marque l’unique but du match. J’ai même été « puni » lors du match. Nous avions reçu une chasuble et une place fixe dans le stade. Mais à la mi-temps, je me suis arrangé avec des collègues néerlandais pour changer de chasuble et de place. Notre petit manège a été mis à jour. J’ai reçu un blâme. Après la rencontre, nous avons fait la fête avec les Belges. C’était grandiose. »

A l’étranger, il a déjà été amené à ruser pour exercer son métier. « Récemment, je suis parti à Amsterdam pour Ajax-Timisoara, en Europa League. La Province réalisait un reportage sur Daré Nibombé, l’ex-joueur de Mons. Or, je n’étais pas accrédité et les responsables m’ont empêché d’accéder au terrain. Moi, il suffit qu’on m’interdise quelque chose pour que je le fasse quand même ! J’ai dissimulé mon matériel sous ma veste et j’ai tiré des photos depuis la tribune, en plein milieu des supporters roumains. »

Même s’il a connu les ambiances de Liverpool, Cologne ou Stuttgart, Eric n’est pas dépaysé quand il débarque dans le monde plus discret du football provincial.  « J’aime autant les réceptions de mi-temps en provinciales, où l’on mange un morceau de tarte et où on boit un verre avec les gens du coin. »

Du négatif à la photo numérique

 

« J’ai connu l’âge de pierre »

 

Le monde de la photographie a bien évolué ces dernières années. Eric a connu ce qu’il appelle « l’âge de pierre. » « De retour des stades, je rentrais développer les films. Puis, on les imprimait et on les donnait à un coursier. Pas question de traîner ! Il passait à 18h30 et tout devait être prêt. Il partait dans une Renault 4 L en direction de Roubaix. Croyez-moi, le taux d’adrénaline montait très vite ! A l’époque, je couvrais déjà quatre ou cinq rencontres le dimanche. Ensuite, j’ai connu le scanner et c’est devenu plus rapide. Avec le numérique, tout est plus simple. Peu importe que la photo soit prête pour 18h ou 20h30. »

D’année en année, il a accumulé des tas d’archives. « Mon grenier est rempli de caisses de négatifs et de photos imprimées. Jadis, on allait aux entraînements pour offrir des photos aux joueurs. C’était une coutume. Aujourd’hui, quand je les revois, ils me montrent ces clichés qu’ils ont précieusement conservés. »


Anecdotes en vrac

> Il s’échappe de l’armée par passion du métier. « Après avoir été engagé à Nord Eclair, j’ai dû accomplir mon service militaire. Un jour de garde, j’ai filé à Overijse-Pâturages pour prendre des photos. Mon caporal chef a fermé les yeux. Il était originaire de Tournai et je lui ramenais le Nord Eclair. C’était crucial pour moi car, en étant dix mois sur la touche, j’aurais pu perdre mon emploi. »

 

> Son programme : cinq matches ou plus par week-end. « Le samedi, je photographie bien souvent Mons. Le dimanche, j’ai quatre ou cinq rencontres de provinciales à mon programme, en fonction des conditions climatiques. Sans compter le basket ! Je reçois mon programme le vendredi. Mais je ne prévois rien. C’est seulement en prenant l’apéro le dimanche que je décide où je vais commencer. Et c’est seulement quand je quitte le premier stade que je sélectionne ma seconde destination. Sur la route, pas besoin de GPS. Avec le temps, j’ai l’habitude. C’est de l’improvisation contrôlée. L’adrénaline monte avec les minutes et j’aime ça. »

> Il a joué à Mons comme gardien de but. « Jusqu’en scolaires. J’étais le cinquième nom de la liste. Puis, j’ai arrêté car j’avais 16 ans et, à cet âge-là, on a d’autres choses en tête. »

 
 
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