Deuxième Semaine Internationale du Corps 2017
Journée d’étude du Lundi 26 juin 2017 :
MONTE VERITA
COMMUNAUTES D'EXPERIENCS DU CORPS ET DE RETOURS A LA NATURE
Coordination : Olivier Sirost & Marc Cluet
 CETAPS (EA 3832), Université de Rouen Normandie et Département d'études germaniques (EA 1341), Université de Strasbourg
 
 
Le Mont de Vérité fondé en 1900 par une petite communauté anarchisante proche du mouvement de Réforme de la vie vient cristalliser des expériences alternatives à l’horizon social bourgeois porté par les valeurs du travail et de l’urbanisation. Dans la seconde moitié du 19e siècle, le Tessin bordé par le Lac Majeur est un lieu attractif pour les anarchistes comme Bakunin et Carlo Cafiero à Locarno, pour les écrivains et intellectuels à l’instar de Nietzsche dans les îles Brigasso, ou encore les théosophes Frantz Hartmann et Alfredo Piola  fondateurs du groupe Fraternitas sur la colline de Menoscia  Le sentiment vif d’un monde ancien qui se meurt et d’un monde moderne qui dénature l’homme et son environnement renforce l’urgence de tout quitter pour fonder un mode de vie alternatif. Le village de pêcheur d’Ascona va alors devenir l’épicentre de la culture occidentale vers lequel convergent exilés, artistes, intellectuels et touristes.
Ce « monde vérité » que préfigure déjà Nietzsche[1] dans Le crépuscule des idoles en 1888 passe par l’introspection et le dénuement. C’est également la quête selon Schopenhauer[2] d’une harmonie pré-établie entre le monde représenté et le monde existant objectivement. Il cristallise pleinement la Bohème et ses communautés, les Naturphilosophie, le renouveau pédagogique ou le Lebensreform[3].

1/ Des sources au mythe

C’est là l’intérêt premier de ce colloque, il y a un Monte Verità idéalisé que l’on tend à originer comme point d’inflexion de la culture occidentale, mais aussi plusieurs Monte Verità vécus, avant et après la communauté qui s’y installe en 1900, mais aussi dans d’autres épicentres géographiquement et socialement situés[4]. Au regard de la rareté d’archives, et d’improbables sources inédites au regard des réaffectations successives du lieu, les travaux déjà menés sur les 20 années d’existence de la communauté utilisent des témoignages oraux à l’instar de Martin Green[5], des témoignages écrits par celles et ceux qui y ont séjourné, un ensemble de biographies, de correspondances et d’iconographies, un patrimoine architectural et touristique[6]

2/ Un bassin d’expériences corporelles

Si Monte Verità demeure pour beaucoup de ses commentateurs une utopie, force est de constater que cette dernière est souvent érigée en un mythe culturel des origines[7]. Les pionniers de la communauté qui s’y installent à partir de 1900 apportent chacun de nouvelles pratiques corporelles et les expérimentent. Il nous semble particulièrement opportun d’examiner l’avènement du Monte Verità sous cet angle. Là où les autres archives ont été largement exploitées ces dernières années, les archives du corps restent encore largement à explorer. On connait le lieu pour ses pratiques de la cure médicale au sanatorium et de la cure d’air et de soleil, de la nudité, du végétarisme, de la danse, du jardinage, de l’habiter, du tourisme et de l’excursion, de la sexualité, de l’art et de l’écriture, des thérapies alternatives…  Autant de domaines génériques d’expériences fondatrices qu’il convient d’étudier à la loupe, et où viennent s’exprimer de grandes figures de la culture européenne[8]. Comme si l’expérience corporelle allait précéder par ses moments de jaillissement la culture elle-même.

3/ Le bain de Nature et les lieux

Si les travaux scientifiques produits sur Monte Verità trouvent un accord, c’est bien sur la configuration originale du site. Plusieurs couches se superposent. La situation géographique montre la conjonction d’une végétation dense, de l’altitude, l’exposition au soleil, du lac ; mais également d’un air pur favorable aux rémissions des souffreteux, d’un paysage singulier offrant une vue magique, d’un magnétisme tellurique lié à la forte présence de mines à ciel ouvert.
L’endroit offre également une juxtaposition de signes religieux tout d’abord : effigies de la Madone, Croix, projet de couvent laïque, présence importante de théosophes ; de signes largement illustrés par la rêverie romantique ensuite : iles, grottes, sentiers, huttes et cabanes, jardins… Cet assemblage particulier renvoi inéluctablement à l’aimantation exercée par un lieu qualifié de mystérieux, chargé de religiosité.
On voit ici qu’à une écologie extériorisée par le génie du lieu comme le signale Kaj Noschis, semble correspondre une écologie intérieure révélant les diversités des corps, des âmes et des esprits. Ce lien entre l’extériorité et l’intériorité explicite sans doute d’autres Monte Verità comme le cercle Eranos, l’Institut Esalen, les Children of the Sun, Monte Sol…
 
PROGRAMME :
9H00 : Café d’accueil
9H15 : Bernard Andrieu (Directeur du GDRI 836) Ouverture de la Body Week 2
9H30 : Olivier Sirost & Marc Cluet - Introduction
 
Session 1 : Modérateur M. Cluet
10H00 : Petrucia Nobrega (Université Fédéral de Rio Grande do Norte- UFRN Natal Brésil Laboratoire de Recherche Estesia) - Klauss Viana un pionnier de la danse moderne au Brésil
10H40 : Isabelle Namèche (Rouen Normandie Université, CETAPS) - Isadora Duncan à Monte Verità. L'art des sens
11H20 : Anatole Lucet (ENS Lyon, TRIANGLE) - Natures féminines et radicalités féministes
 
12H15 : Déjeuner
 
Session 2 : Modérateur B. Andrieu
13H30 : Olivier Sirost (Rouen Normandie Université, CETAPS & GDRI 836) - La cosmologie sensuelle du Monte Verità
14H10 : Andreas Schwab (Palma3 Bern) – Im Süden zur Kur. Das Sanatorium Monte Verità 
14H50 : Marc Cluet (Université de Strasbourg) - Les "huttes d'air" du Monte Verità. Une approche généalogique. 
15H30 : Catherine Rouvière (Université Paris 1, UMR 8058) – Faire corps avec soi et avec la nature, histoire d'un rêve néo-rural depuis les années 1960
 
16H15 : Pause
 
Session 3 : Modérateur O. Sirost
16H30 : Bernard Andrieu (Paris Descartes, TEC & GDRI 836) - Le Corbusier Naturiste
17H10 : Guillaume Robin (Paris Descartes, TEC) - Présentation du numéro d'Allemagne d'Aujourd'hui (Presses du Septentrion) : les chœurs en mouvement de Laban pratiqués sur le Monte Verità et leur héritage.
17H30 : Perspectives
 
 
[1] Friedrich Nietzsche, Œuvres, 1993.
[2] Arthur Schopenhauer, Parerga & Paralipomena, 2005.
[3] Marc Cluet & Catherine Repussard, Lebensreform. Die soziale Dynamik der politischen Ohnmacht , 2013.
[4] Kaj Noschis, Monte Verità. Ascona et le genie du lieu, 2011.
[5] Martin Green, The von Richthofen sisters, 1974; Mountain of truth. The counterculture begins Ascona, 1900-1920, 1986.
[6] Hans-Caspar Bodmer, Ottmar Holdenrieder & Klaus Seeland, Monte Verità. Landschaft, Kunst, Geschichte, 2000.
[7] Robert Landmann, Acona – Monte Verità. Auf der Suche nach dem Paradies, 2000.
[8] Andreas Schwab, Monte Verità – Sanatorium der Sehnsucht, 2003.