Le camping à l’honneur dans l’Express

 
Edition
rédaction - 24/05/2018
Article L'Express mai 2018
Dans son édition du 23 mai, le magazine l’Express consacre un dossier de six pages à l’histoire du camping.
L’été approche. Une bonne raison pour la presse grand public de s’intéresser aux vacances des Français et aux campings. Dans le supplément vacances de l’hebdomadaire L’Express du 23 mai, pas moins de six pages sont consacrées à l’HPA, et en particulier à son histoire. « Depuis sa naissance outre-Manche à la fin du XIXe siècle, l’hôtellerie de plein air n’a cessé de se réinventer. Des premières tentes « coloniales » aux mobile-homes, en passant par la canadienne et la caravane, retour sur un siècle d’histoire », annonce la journaliste Sophie Helouard. Interviewé pour l’occasion, Olivier Sirost, professeur des Universités et spécialiste de l’histoire du camping, rappelle au passage que c’est à la fin des années 1970 que la caravane connaît un véritable succès. « A l’époque, c’est un objet aussi symbolique que les premières télévisions dans les foyers français », explique-t-il.
 
 
 
 
 
 

Psychologie Magazine juillet 2010

Retrouver le goût du camping

Exotique, écolo, luxueux… le camping moderne se joue des frontières sociales. Diversifié, il invite à se réconcilier avec l’esprit populaire des Flots bleus, à buller en formule « quatre étoiles » ou à goûter au nomadisme. Tout en conservant ses valeurs.

Agnès Rogelet

Oubliés, le marcel et le sac à dos tintinnabulant ! Plus de deux Français sur trois ont déjà testé le camping (d'après StrategyOne pour la Fédération nationale de l'hôtellerie de plein air, mai 2010) et désormais beaucoup l’avouent : ils y retournent. Car les vacances en plein air s’embourgeoisent. La tente se déplie en trois secondes, le mobil-home ou le « chalet » assure un confort « tout équipé », l’emplacement de 300 m2 isole du voisin et certains « villages » (jusqu’à « cinq étoiles » l’an prochain) offrent restaurants, spa et sorties culturelles.

Le bivouac aussi devient bobo, en mode chic aux confins du bush, ou insolite dans une roulotte, un tipi, une yourte, une cabane perchée… Quant aux Flots bleus, le camping culte des films de Fabien Onteniente (Camping et Camping 2, 2006 et 2009), il a décomplexé les nostalgiques de la formule populaire ! Cet éclectisme aide à renouer avec une pratique qui, au fond, rassemble tous ses adeptes autour d’aspirations communes.

Un retour à l’enfance

La hutte dans les arbres rappelle nos cachettes secrètes. Et, selon le sociologue Olivier Sirost, « toutes les façons de camper conduisent à vivre des expériences fondatrices ». Apprentissage de la popote en forêt ou premiers flirts… cela réveille un sentiment d’autonomie, bien ou mal vécu.

Une quête de nomadisme

Le camping procure l’illusion qu’à tout moment, voyager reste possible. Même si notre abri éphémère, léger et mobile, reste sédentaire. À Ramatuelle ou dans le Sahara, il assouvit notre soif de liberté et de vie en osmose avec la nature. Mais interdiction de déployer sa tente dans n’importe quel pré de France sans l’autorisation du propriétaire. Pour le frisson du camp itinérant, mieux vaut partir en trek à l’étranger.

L'essentiel

Se repérer : avec les ouvrages édités par Motor Presse, dont le Guide officiel camping caravaning 2010. Ou sur www.​cam​ping​qual​ite.​com.
Rêver : dans un Nid’île (
parcabout.fr) ou un bivouac de charme (vdm.com).

Une nouvelle convivialité

Forte de cette image de nomade, la vie en tribu devient respirable. Les corvées s’orchestrent en famille, l’humeur est solidaire. Les rituels sont de petits hymnes aux joies simples. Brossage de dents en public, apéro, pétanque… promiscuité rime avec sociabilité. « Certains en profitent pour déconstruire leur image et endosser un nouveau rôle éphémère : la séductrice, le sportif, le bon copain… », note Olivier Sirost. Comme la tente, qui ne laisse pas de trace de son passage…

Juillet 2010

 

 

JOURNAL LE MONDE Juillet 2009

 

L'été des caravanes

LE MONDE MAGAZINE | 29.07.09 | 12h34  •  Mis à jour le 30.07.09 | 11h17

 

 

On la pensait gentiment passée de mode, rangée au rayon des souvenirs d'enfance, du kitsch estival et des cartes postales en Technicolor du camping des Flots bleus. Après avoir traversé en majesté les "trente glorieuses", la caravane a entamé, dans les années 1980, un déclin que beaucoup considéraient comme irrémédiable. Mais celle que l'on croyait réservée aux touristes néerlandais, allemands ou britanniques revient en grâce. Selon le Syndicat des constructeurs de véhicules de loisirs, les immatriculations, en progression de 9,3 % entre juin 2003 et juin 2004, dépassent les 12 000 unités en rythme annuel. On est encore loin des 90 000 unités recensées en 1979, mais les professionnels, d'abord perplexes devant ce regain, tablent sur un vrai retournement de tendance.

 

Si la caravane retrouve ses lettres de noblesse, c'est d'abord parce qu'elle a bien changé. Le paquebot de la route a – légèrement – affiné sa silhouette, cessé de se dandiner dans les virages et n'exige plus d'être attelé à une grosse voiture. Son univers intérieur a – enfin ! – découvert un autre horizon que le style seventies. Les formes parallélépipédiques contre lesquelles on se cognait se sont adoucies, et le bois remplace parfois la matière plastique. La caravane se dote d'une salle de bains avec douche et robinets chromés, de WC chimiques, découvre la climatisation, les moquettes épaisses, les batteries électriques à recharge solaire, les parois vraiment insonorisées et les grands lits doubles avec sommier à lattes. Pratiquement aussi confortable qu'un camping-car, la caravane offre une surface habitable supérieure pour un prix d'achat presque trois fois moindre. Quant aux prestations offertes par les terrains de camping, parfois rebaptisés "hôtels de plein air", elles ont progressé, elles aussi.

 

COMME À LA MAISON

 

Le marché, longtemps porté par les gens du voyage – qui disposent de leurs marques fétiches et, en France, représentent près de la moitié des acheteurs – surfe sur la vague du nomadisme touristique. Celle-ci est alimentée par le fractionnement des congés et l'augmentation du temps libre, dont seules profitaient jusqu'à présent les ventes de camping-cars ou de bateaux de plaisance. "La caravane agit comme un substitut de résidence secondaire et incarne le renouveau de l'esprit campeur. Mais si elle n'a pas perdu son statut d'objet-culte auprès d'une partie de la génération du baby-boom, les plus jeunes restent à conquérir", estime Olivier Sirost, sociologue des loisirs à l'université de la Méditerranée, à Marseille. Les ventes de modèles neufs (autour de 15 000 euros) concernent principalement une clientèle plus âgée et moins fortunée que celle du camping-car.

 

"Il s'agit surtout de couples de quinquagénaires et de sexagénaires n'ayant plus d'enfants à charge et qui privilégient les vacances en France plutôt qu'à l'étranger", constate François Feuillet, président du Syndicat des constructeurs de véhicules de loisirs. "Ils utilisent leur caravane plusieurs fois dans l'année, mais reviennent souvent passer leurs vacances sur le même lieu." Pour Claude Bery et madame, retraités de la région de Tours, le mois de juillet a commencé du côté de Lourdes avec la pimpante Caravelair achetée l'an passé. "Lorsque la caravane connaissait ses heures de gloire, je n'avais pas les moyens de m'en offrir une. Aujourd'hui, j'ai bien l'intention d'en profiter", lance cet ex-campeur qui détaille par le menu les équipements de son "sweet home" : un lit en 140 centimètres, un réfrigérateur, une cuisine tout équipée, des penderies dans chaque recoin, un chauffage pour les jours de pluie et, le nec plus ultra du vrai chic caravanier, "un grand salon en U", comme à la maison.

 

"LES PETITS ADORENT"

 

Plus accessible et très actif, le marché de l'occasion (40 000 transactions chaque année) dessine le portrait d'un renouveau plus fidèle à l'image de la populaire caravane des familles. Nombre de foyers ne disposant pas d'une maison de campagne ni des avantages d'un comité d'entreprise, et ne pouvant accéder aux locations d'été, jettent leur dévolu sur des modèles ayant déjà roulé leur bosse. Quitte à reconsidérer quelques idées reçues. "Autrefois, je ne voulais surtout pas entendre parler de la caravane : un truc de beauf, avec ambiance pastaga-pétanque-blagues nulles à la clé", avoue Patricia, 34 ans. Aujourd'hui, cette mère de famille d'Annecy (Haute-Savoie), son mari et leurs trois enfants ne jurent que par leur nouvelle résidence sur roues, acquise d'occasion – 2 000 euros – et à bord de laquelle ils ont mis le cap sur Royan (Charente-Maritime), en août. "Les petits adorent, c'est moins cher que la location d'une maison et impose moins de travaux ménagers. Et puis, ajoute-t-elle, il faut reconnaître que la vie dans un camping ne correspond pas à la caricature que je m'en faisais. En fait, je dois avouer que c'est plutôt chouette."

 

Alors que le camping-car, qui permet de ne fréquenter que d'assez loin les terrains de camping, exprime une revendication individualiste, le come-back de la caravane exprime sans doute un penchant pour des formes de convivialité estivale plus collectives. Une forme d'"érotique sociale", pour reprendre l'expression du sociologue Michel Maffesoli. Comme les repas d'immeuble et de quartier, les bals nocturnes improvisés sur les quais de Seine, les randonnées à rollers, la Braderie de Lille ou encore les éphémères flashmobs.

 

Jean-Michel Normand

 


Journal Le Monde juillet 2009

L'été des caravanes

LE MONDE MAGAZINE | 29.07.09 | 12h34  •  Mis à jour le 30.07.09 | 11h17

 

On la pensait gentiment passée de mode, rangée au rayon des souvenirs d'enfance, du kitsch estival et des cartes postales en Technicolor du camping des Flots bleus. Après avoir traversé en majesté les "trente glorieuses", la caravane a entamé, dans les années 1980, un déclin que beaucoup considéraient comme irrémédiable. Mais celle que l'on croyait réservée aux touristes néerlandais, allemands ou britanniques revient en grâce. Selon le Syndicat des constructeurs de véhicules de loisirs, les immatriculations, en progression de 9,3 % entre juin 2003 et juin 2004, dépassent les 12 000 unités en rythme annuel. On est encore loin des 90 000 unités recensées en 1979, mais les professionnels, d'abord perplexes devant ce regain, tablent sur un vrai retournement de tendance.

Si la caravane retrouve ses lettres de noblesse, c'est d'abord parce qu'elle a bien changé. Le paquebot de la route a – légèrement – affiné sa silhouette, cessé de se dandiner dans les virages et n'exige plus d'être attelé à une grosse voiture. Son univers intérieur a – enfin ! – découvert un autre horizon que le style seventies. Les formes parallélépipédiques contre lesquelles on se cognait se sont adoucies, et le bois remplace parfois la matière plastique. La caravane se dote d'une salle de bains avec douche et robinets chromés, de WC chimiques, découvre la climatisation, les moquettes épaisses, les batteries électriques à recharge solaire, les parois vraiment insonorisées et les grands lits doubles avec sommier à lattes. Pratiquement aussi confortable qu'un camping-car, la caravane offre une surface habitable supérieure pour un prix d'achat presque trois fois moindre. Quant aux prestations offertes par les terrains de camping, parfois rebaptisés "hôtels de plein air", elles ont progressé, elles aussi.

COMME À LA MAISON

Le marché, longtemps porté par les gens du voyage – qui disposent de leurs marques fétiches et, en France, représentent près de la moitié des acheteurs – surfe sur la vague du nomadisme touristique. Celle-ci est alimentée par le fractionnement des congés et l'augmentation du temps libre, dont seules profitaient jusqu'à présent les ventes de camping-cars ou de bateaux de plaisance. "La caravane agit comme un substitut de résidence secondaire et incarne le renouveau de l'esprit campeur. Mais si elle n'a pas perdu son statut d'objet-culte auprès d'une partie de la génération du baby-boom, les plus jeunes restent à conquérir", estime Olivier Sirost, sociologue des loisirs à l'université de la Méditerranée, à Marseille. Les ventes de modèles neufs (autour de 15 000 euros) concernent principalement une clientèle plus âgée et moins fortunée que celle du camping-car.

"Il s'agit surtout de couples de quinquagénaires et de sexagénaires n'ayant plus d'enfants à charge et qui privilégient les vacances en France plutôt qu'à l'étranger", constate François Feuillet, président du Syndicat des constructeurs de véhicules de loisirs. "Ils utilisent leur caravane plusieurs fois dans l'année, mais reviennent souvent passer leurs vacances sur le même lieu." Pour Claude Bery et madame, retraités de la région de Tours, le mois de juillet a commencé du côté de Lourdes avec la pimpante Caravelair achetée l'an passé. "Lorsque la caravane connaissait ses heures de gloire, je n'avais pas les moyens de m'en offrir une. Aujourd'hui, j'ai bien l'intention d'en profiter", lance cet ex-campeur qui détaille par le menu les équipements de son "sweet home" : un lit en 140 centimètres, un réfrigérateur, une cuisine tout équipée, des penderies dans chaque recoin, un chauffage pour les jours de pluie et, le nec plus ultra du vrai chic caravanier, "un grand salon en U", comme à la maison.

"LES PETITS ADORENT"

Plus accessible et très actif, le marché de l'occasion (40 000 transactions chaque année) dessine le portrait d'un renouveau plus fidèle à l'image de la populaire caravane des familles. Nombre de foyers ne disposant pas d'une maison de campagne ni des avantages d'un comité d'entreprise, et ne pouvant accéder aux locations d'été, jettent leur dévolu sur des modèles ayant déjà roulé leur bosse. Quitte à reconsidérer quelques idées reçues. "Autrefois, je ne voulais surtout pas entendre parler de la caravane : un truc de beauf, avec ambiance pastaga-pétanque-blagues nulles à la clé", avoue Patricia, 34 ans. Aujourd'hui, cette mère de famille d'Annecy (Haute-Savoie), son mari et leurs trois enfants ne jurent que par leur nouvelle résidence sur roues, acquise d'occasion – 2 000 euros – et à bord de laquelle ils ont mis le cap sur Royan (Charente-Maritime), en août. "Les petits adorent, c'est moins cher que la location d'une maison et impose moins de travaux ménagers. Et puis, ajoute-t-elle, il faut reconnaître que la vie dans un camping ne correspond pas à la caricature que je m'en faisais. En fait, je dois avouer que c'est plutôt chouette."

Alors que le camping-car, qui permet de ne fréquenter que d'assez loin les terrains de camping, exprime une revendication individualiste, le come-back de la caravane exprime sans doute un penchant pour des formes de convivialité estivale plus collectives. Une forme d'"érotique sociale", pour reprendre l'expression du sociologue Michel Maffesoli. Comme les repas d'immeuble et de quartier, les bals nocturnes improvisés sur les quais de Seine, les randonnées à rollers, la Braderie de Lille ou encore les éphémères flashmobs.

Jean-Michel Normand