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LÉGIONELLOSE

 

Définition, diagnostic et traitement

Ce texte destiné aux professionnels de santé a été rédigé conjointement par la société de pneumologie de langue française (SPLF), la Société de pathologie infectieuse de langue française (SPILF) et le Centre national de référence sur les Légionelles. Il a pour intention de réaliser une synthèse des connaissances médicales afin d’aider les médecins à mieux prendre en charge les patients susceptibles d’avoir contracté cette infection.

 

I – Qu’est-ce que la légionellose ?

a. Définition

La légionellose est une maladie infectieuse bactérienne, connue depuis l’épidémie de 1976 survenue chez des combattants de l’American Legion réunis en congrès à Philadelphie.

 

La maladie peut revêtir deux tableaux : l’un bénin, pseudo-grippal appelé fièvre de Pontiac, passant le plus souvent inaperçu, guérissant spontanément ; l’autre plus sévère à type de pneumonie dont la gravité

est liée au terrain et au retard du diagnostic et du traitement. De survenue perannuelle, on note cependant une recrudescence saisonnière estivo-automnale. La période d’incubation est habituellement comprise

entre 2 et 10 jours.

 

b. Épidémiologie

C’est une maladie à déclaration obligatoire depuis 1987. En 2003, en France, 1 044 cas ont été déclarés (Institut de Veille sanitaire). La maladie reste encore sous-déclarée.

 

Il peut s’agir de pneumonies communautaires ou nosocomiales se présentant soit sous forme sporadique (la majorité) soit sous forme épidémique.

 

La légionellose représenterait 5 % des pneumonies aiguës communautaires, et jusqu’à 15 % des pneumonies communautaires nécessitant une hospitalisation. Son incidence globale en France en 2003 a été de 1,8/100 000 habitants ; elle augmente avec l’âge, atteignant 5,6/100 000 habitants chez les sujets âgés de 70 ans ou plus.

iv. La létalité globale en 2003 en France a été de 14 %. La mortalité augmente dès lors qu’il s’agit de cas nosocomiaux, de sujets âgés et/ou porteurs de facteurs de comorbidité (immunodépression notamment).

 

II – Quelles sont les particularités de cette bactérie ?

a. La bactérie en cause est un bacille à Gram négatif, appelée Legionella. Il existe à ce jour plusieurs espèces et sérogroupes. Legionella pneumophila est le plus souvent en cause : 90 à 98 %, tout particulièrement le sérogroupe 1 responsable de 84 à 90 % des cas déclarés.

 

b. C’est une bactérie ubiquiste (largement répandue dans la nature), non commensale, à développement intracellulaire facultatif. In vitro, c’est une bactérie exigeante : elle ne pousse que sur des milieux spéciaux et lentement (3-4 jours et jusqu’à 10 jours).

 

c. Habitat naturel : c’est une bactérie hydrotellurique (eau et sols). Legionella vit dans les eaux douces (lacs, rivières, eaux stagnantes…), mais aussi la terre humide et les composts. Elle se multiplie dans des protozoaires libres (amibes) de l’environnement avec lesquels elle vit en symbiose. Les températures

optimales de multiplication sont entre 25 et 45 °C.

 

d. Réservoirs artificiels :

• Réseaux d’eau chaude, surtout dans les collectivités (hôpitaux, hôtels, immeubles) du fait de certaines caractéristiques : taille et vétusté des circuits d’eau, bras morts, température plus + basse, chlore < 1 ppm,

présence d’un biofilm +++ : site de prolifération, certains matériaux tels que le fer, zinc, PVC.

• Systèmes de climatisation « humides » : caissons d’humidification, aérocondenseurs, tours aéro-réfrigérantes.

• Autres sources retrouvées : thermes, saunas, bains à remous, machines à glace, brumisateurs, fontaines, respirateurs, nébulisateurs, humidificateurs…

 

 

 

III – Quels sont les modes de contamination ?

a . Voie aérienne par inhalation : c’est la seule voie de contamination démontrée à ce jour. Les légionelles infestent les macrophages alvéolaires.

La douche est souvent incriminée en raison de la vapeur d’eau produite

b. La contamination par ingestion est discutée chez les malades qui font des fausse-route.

 

c. Pas de contamination interhumaine

d. Pas de transmission manu portée

e. Aucun isolement septique ne doit être prescrit pour un patient atteint.

 

IV – Quels sont les facteurs de risque individuels et collectifs ?

a. Facteurs de risque individuels

Intrinsèques : âge, sexe masculin, tabagisme, alcoolisme, diabète, morbidités respiratoire et cardiovasculaire, immunodépression (cancers, hémopathies, traitements immunosuppresseurs). Cependant un certain nombre de cas (17 %) s’observent et chez des sujets sains.

Extrinsèques : ventilation et aérosolthérapie à domicile. Ce risque doit disparaître en recommandant l’utilisation d’eau stérile. On appréhende encore mal le risque de l’habitat individuel. Importance de l’entretien du réseau d’eau chaude (détartrage des pommeaux de douche, robinets…)

 

b. Facteurs de risque collectifs

Tous les séjours dans des lieux où les réseaux d’eau sont collectifs et susceptibles d’être contaminés. Les endroits les plus à risque sont donc les hôpitaux, les hôtels, les campings, les stations thermales…

Les tours aéro-réfrigérantes qui émettent dans l’atmosphère parfois à plusieurs kilomètres des nuages d’eau contaminés.

Plusieurs circulaires et arrêtés récents visent à réduire ces risques (cf.chapitre IX et X)

 

V – Quand évoquer le diagnostic ?

a. Il peut être évoqué devant toute pneumopathie car il n’y a pas de spécificité radioclinique. Tous les signes notés au cours d’une légionellose peuvent se voir dans une pneumonie d’autre nature, notamment pneumococcique.

Néanmoins on peut évoquer le diagnostic plus particulièrement dans certains cas.

 

b. Selon le contexte nosocomial ou épidémique, les « situations à risque » : voyage, thermes, exposition à de l’eau en aérosol…

 

c. Selon le tableau clinique très évocateur (1/3 des cas) : pneumonie d’allure sévère, début aigu, pas de signes ORL, pouls dissocié, atteinte bilatérale.

Présence de signes extra-thoraciques : digestifs (douleur abdominale, vomissements diarrhée) ; neurologiques (troubles de conscience, céphalées, pas de syndrome méningé).

 

d. Si présence de signes biologiques évocateurs : cytolyse hépatique, syndrome glomérulaire et/ou insuffisance rénale, hyponatrémie, hypophosphorémie, élévation des CPK (créatine Phosphokinase).

 

e. Échec d’un traitement préalable aux bêtalactamines actives sur le pneumocoque.

 

f. Patient présentant un terrain favorisant (cancer, hémopathie).

 

VI – Comment confirmer le diagnostic ?

a. Quels tests et quand ? (Tableau I)

Recherche d’antigène soluble urinaire (antigènurie)

 Cette technique a transformé le diagnostic des légionelloses. Ce test est rapide et est accessible à tous. Son résultat peut être rendu en moins d’une heure, voire en 15 minutes pour le test par immunochromatographie, récemment proposé. Ce test est sensible (80 % sur des urines concentrées) et très spécifique (99 %). Il est positif dès le début de la maladie (2 à 3 jours après l’apparition des signes cliniques), et le reste pendant l’évolution (variable selon les patients : 2 mois en moyenne), même après institution d’un traitement antibiotique actif sur 4.

 

Legionella. Il a permis une prise en charge adaptée et précoce des légionelloses et a contribué de ce fait à la diminution de la mortalité.

Cependant il ne permet de diagnostiquer que Legionella pneumophila sérogroupe 1 (la plus souvent en cause), au risque de méconnaître les autres légionelloses.

Culture – Elle reste la méthode de référence, permettant d’identifier exactement le type de Legionella. Elle nécessite des milieux de culture appropriés sa demande doit être spécifiée au laboratoire. Elle peut se faire à

partir de tout prélèvement respiratoire, le meilleur étant le lavage bronchoalvéolaire (LBA). Elle est parfois lente de 3 à 10 jours. Elle peut être négativée par la prise d’antibiotique efficace sur Legionella. Elle a une bonne spécificité mais une mauvaise sensibilité Il faut la demander chaque fois que possible, même si l’antigénurie est positive car elle seule permettra une identification précise de la souche (utile voire indispensable en cas d’épidémie et pour identifier une source de contamination).

 

Sérologie – Elle ne permet qu’un diagnostic tardif voire rétrospectif. Le mieux est d’obtenir une multiplication par 4 du taux initial. Un taux unique élevé, > 1/256 peut être suffisant pour retenir le diagnostic et déclarer un patient comme cas probable mais peu sensible (10 %) précocement. Elle permet, cependant, de faire le diagnostic pour les sérogroupes autres que Lp1 et est utile dans les enquêtes épidémiologiques lors d’épidémies.

 

Immunofluorescence directe sur prélèvements respiratoires – C’est une technique peu utilisée car peu sensible et peu spécifique. Elle permet théoriquement un diagnostic rapide (2 à 4 heures). Elle reste positive après le

début du traitement. Il existe des faux positifs. Elle ne se pratique que dans des laboratoires spécialisés.

Les tests biologiques classiques (FN, VS, Bilan biologique standard) n’ont pas d’intérêt.

 

Quels tests en pratique de ville ?

Le traitement d’une pneumopathie en ville reste en première intention probabiliste. Un échec d’une bêtalactamine à J3 doit conduire à modifier l’antibiothérapie en remplaçant la bêtalactamine ou en ajoutant un antibiotique actif sur les germes dits atypiques et sur la légionellose en particulier.

 

La recherche d’antigène soluble urinaire Legionella pneumophila sérogroupe 1 ne se conçoit en ville que dans un contexte épidémique ou devant une très forte présomption clinique et un échec aux bêtalactamines qui implique souvent une hospitalisation.

 

Devant une pneumonie d’allure sévère, l’hospitalisation s’impose et la recherche d’une légionellose est alors la règle.

 

c. Avantages et dangers de la recherche exclusive de l’antigène urinaire

Ce test ne permet de diagnostiquer que L. pneumophila sérogroupe 1, il existe donc des faux négatifs qui peuvent faire écarter à tort un diagnostic de légionellose. Il ne permet pas de confirmer une épidémie par comparaison des souches entre malades et environnement. Cependant il est très rapide contrairement à la culture. Il doit être systématique à l’hôpital devant tout signe respiratoire apparaissant en cours

d’hospitalisation et absent à l’admission.

 

Définition d’un cas de pneumonie à Légionelle (d’après la fiche de notification en vigueur :

En plus des signes cliniques et/ou radiologiques :

Cas confirmé :

– soit culture ou IF directe

– soit antigénurie

– soit multiplication par 4 du taux d’anticorps

 

Cas probable : titre unique élevé d’anticorps 256

Définition de cas groupés de légionellose

Au moins deux cas, survenus dans un intervalle de temps inférieur à 6 mois, chez des personnes ayant fréquenté un même lieu d’exposition.

Si l'intervalle de temps entre les cas est supérieur à 6 mois, on parlera de cas liés qui ont une importance épidémiologique moindre que les cas groupés.

 

Définition d’un cas nosocomial de légionellose :

Cas certain : patient qui a séjourné dans l’établissement pendant les 10 jours avant le début des signes cliniques

Cas probable : patient qui a séjourné dans l’établissement au moins un jour pendant les 8 jours précédant l’apparition des signes cliniques

 

 

 

Tout cas nosocomial de légionellose doit faire l’objet en plus de la DO d’un signalement externe à l’ARS et au CCLIN.

 

VII – Quels sont les antibiotiques « utilisables » ou « actifs » ?

L’érythromycine est l’antibiotique historique de référence depuis l’épidémie de Philadelphie en 1976. Depuis lors plusieurs antibiotiques ou familles d’antibiotiques actifs ont été mis à disposition. De nombreuses publications attestent de l’activité in vitro sur Legionella pneumophila des macrolides type roxithromycine (Rulid®) et clarithromycine (Zeclar®), azalide type azithromycine (Zithromax®), quinolones (y compris celles avec activité in vitro sur le pneumocoque), kétolide représenté par la télithromycine (Ketek®), et rifampicine. Les macrolides, azalides et quinolones se concentrent fortement au niveau des voies respiratoires

basses.

 

Les concentrations de ces antibiotiques sont très élevées en intracellulaire (en particulier pour l’azithromycine). Toutes les études sur des modèles cellulaires (macrophages alvéolaires humains en particulier) confirment l’efficacité intracellulaire bactéricide.

 

L’activité des quinolones et de l’azithromycine, équivalente entre elles, est supérieure à celle de l’érythromycine. Quinolones et azithromycine exercent un effet post-antibiotique. Les modèles animaux permettent de conclure à la supériorité de l’azithromycine sur l’érythromycine et la clarithromycine et à l’équivalence entre télithromycine et érythromycine. Il y a une équivalence d’efficacité entre l’azithromycine et certaines quinolones (lévofloxacine). Il n’existe pas de données disponibles pour la moxifloxacine. Les données cliniques pêchent par leur nombre et leur qualité insuffisantes (études historiques anciennes, études rétrospectives ou de cohortes limitées ; analyse de patients inclus dans des protocoles avec des biais majeurs de sélection). Des publications rapportent des succès significatifs avec l’azithromycine, l’ofloxacine, la ciprofloxacine, la lévofloxacine.

 

On peut conclure d’après l’ensemble de ces données que :

• Les bêtalactamines sont totalement inactives ;

• l’érythromycine n’est plus l’antibiotique de choix

• la télithromycine ne fait pas mieux que l’érythromycine ;

• l’azithromycine s’avère particulièrement active dans cette indication mais n’a pas l’AMM en France ;

• les quinolones sont supérieures à l’érythromycine et aux macrolides en général (sauf l’azithromycine).

 

VIII – Quelles sont les modalités du traitement probabiliste ?

Les recommandations s’appliquent habituellement au traitement des pneumonies aiguës communautaires (PAC).

Les recommandations de l’AFSSAPS sont résumées sur la figure 1 et le tableau II. Le choix thérapeutique dépend de la sévérité de la maladie et du terrain (troubles hépatiques, digestifs, interférences médicamenteuses). Les voies d’administration injectable ou orale peuvent être utilisées, le choix dépendant de la gravité de la pathologie. L’existence de troubles digestifs même mineurs invite à recourir à la voie injectable. Les doses peuvent varier en fonction de la gravité de la légionellose et de la pathologie sous-jacente.

 

L’AFSSAPS recommande en cas de forme commune la monothérapie : soit un macrolide (clarithromycine ; dirithromycine ; josamycine ; roxithromycine ; spiramycine), soit une quinolone (ciprofloxacine ; lévofloxacine ; ofloxacine). La rifampicine ne doit pas être utilisée en monothérapie. En cas de forme sévère ou chez un hôte immunodéprimé, l’AFSSAPS recommande d’associer par voie IV deux antibiotiques parmi les suivants :

              macrolide (spiramycine, à défaut érythromycine) ; quinolone (ciprofloxacine ;

              lévofloxacine ; ofloxacine) ; rifampicine.

 

La durée de traitement est classiquement de 14 à 21 jours chez l’immunocompétent. Elle peut être allongée à 30 jours chez l’immunodéprimé ou dans les formes sévères.

 

 

 

 

 

Quelles sont les mesures de prévention à prendre au domicile et en collectivité ?

 

       Au domicile :un détartrage annuel des robinets, pommeaux de douches par trempage dans du vinaigre       blanc.

 

Dans les établissements de santé, la prévention repose sur la maintenance et le contrôle régulier des réseaux d’eau (Circulaire du 22 avril 2002) :

Nettoyage pour éliminer le tartre, suppression des boucles et bras morts

Température suffisante (60 °C à la production, 50 °C aux points d’usage)

Taux de chlore suffisant (1-1,5 ppm)

Les contrôles bactériologiques doivent révéler un taux < 103 UFC/L dans tous les services sauf ceux hébergeant des patients à haut risque (immunodépression sévère après transplantation, corticothérapie prolongée ou à haute dose) où le seuil doit être < 50 UFC/L qui est le seuil de détection de la méthode

bactériologique (par filtration, seule méthode de référence devant être utilisée).

 

Quels sont les textes réglementaires ?

Sites :

- Recommandations, circulaires : http://www.sante.gouv.fr

Textes :

- Avis du 16 avril 1999 du CSHPF sur la place de l’antibioprophylaxie dans la prévention des légionelloses nosocomiales

 

- Circulaire DHOS-DGS n° 2001/383 du 30 juillet 2001 relative au signalement des infections nosocomiales et à l’information des patients en matière d’infection nosocomiale dans les établissements de santé

 

- Circulaire DGS-DHOS n° 2002/243 du 22 avril 2002 relative à la prévention du risque lié aux légionelles dans les établissements de santé

 

- Circulaire DGS-DHOS n° 2003/306 du 26 juin 2003 relative à la prévention du risque lié aux légionelles dans les tours aéroréfrigérantes des établissements de santé

 

- Circulaire interministérielle DGS/DPPR du 6 août 2004 relative à la prévention du risque sanitaire lié aux légionelles dû aux tours aéro-réfrigérantes humides

 

- Circulaire DHOS/E4/E2/DGAS/2C/DGS/7A n° 377 du 3 août 2004 relative aux matériels de prévention et de lutte contre les fortes chaleurs dans les établissements de santé et les établissements d’hébergement pour personnes âgées

 

- Circulaire DGS n° 2002/273 du 2 mai 2002 relative à la diffusion du rapport du Conseil Supérieur d’hygiène publique de France relatif à la gestion du risque lié aux légionelles.

 

- Gestion du risque lié aux légionelles ; rapport du CSHPF (novembre 2001)

 

- Guide des bonnes pratiques : Legionella et tours aéroréfrigérantes (juin 2001)