De grands musiciens les ont adoptés...
De nombreux musiciens, d'époques et d'origines différentes se sont intéressés aux instruments mécaniques.

Si dans un premier temps il s'agissait d'écrire de petites mélodies pour orgues ou pendules à musique afin de subvenir à leurs besoins, ces compositeurs vont ensuite voir dans ces instruments une façon "d'enregistrer" leurs interprétations et leurs oeuvres afin d'en faire profiter les générations futures.

Du XVIIIe au début du XIXe siècle, quelques compositeurs composent de petites pièces destinées à être notées sur des cylindres.
Plus tard, au début du XXe siècle, avec l'invention du piano pneumatique et du piano reproducteur, de multiples musiciens souhaitent que leur musique soit enregistrée sur des rouleaux de papier perforé ou même composent des arrangements et des musique spécialement destinées à cet instrument aux capacités prodigieuses.

1. XVIIIe et XIXe siècle
Georg Friedrich Haendel
(1685-1759)


Après le succès de son premier opéra italien dédié à la scène anglaise, Rinaldo,  il décide de s'installer en Grande-Bretagne. Il y découvre notamment les cloches et  les carillonneurs anglais et rencontre l'horloger Charles Claye, qui essaye d'obtenir un brevet pour son système perfectionné de construction de carillon.
Il lui écrit deux recueils contenant de nombreux arrangements de ses oeuvres antérieures mais aussi quelques compositions dédiées au carillon. Parmi elles, on trouve la mélodie Let me wander not unseen pour le carillon de Parkgate.


Wilhelm Friedemann BACH (1710-1784)
et Carl Philipp Emanuel BACH (1714-1788)

Après avoir longtemps attribué à tort les compositions d'un cylindre pour harpe automatique à J-S Bach, on sait aujourd'hui que l'auteur en est son fils, Wilhelm Friedemann Bach.
Le cadet de Wilhelm, Carl Philipp Emanuel, fut très sensible aux progrès de la musique mécanique et composa de nombreuses pièces pour des cylindres d'automatophones. Certaines d'entre elles auraient même été commandées par Frédéric le Grand. Ainsi, on peut trouver dans le catalogue des oeuvres de C.P.E Bach, une trentaine d'oeuvres portant le nom de "Diverses pièces pour pendules à jeu de flutes, à jeu d'orgues et orgues mécaniques".

Leopold Mozart
(1719-1787)

En 1753, il ajouta onze de ses compositions au cylindre du Hornwerk de Salzbourg* qui n'en possedait alors qu'une seule.

* : Voir la page histoire , chapitre sur les carillons.

Joseph Haydn
(1732-1809)


En 1761, il rentre au service de la noble famille hongroise des princes Esterhàzy. Il prend alors la direction de l'ensemble de musiciens du chateau et y rencontre le bibliothécaire de la cours, Primitivus Niemecz. Ce dernier apprend l'art de la composition avec Haydn mais se rend surtout célèbre pour la fabrication de pendules à musique.
Malheureusement, seulement trois pendules à flûtes ont traversé les siècles pour parvenir jusqu'à notre époque.
Joseph Haydn composa près de 40 pièces pour les cylindres des pendules de Niemecz et nous avons également pu retrouver trois recueils de copies d'époque de compositions de Haydn pour pendules à jeu de flûtes.
Le premier s'intitule en latin : "Huit sonates pour machine à musique composées par Monsieur le Chef de musique Joseph Haydn et notées sur le cylindre par Primitivus Niemez, bibliothécaire à Esterhàzy, 1789 en décembre".

Pour plus d'information sur ces pendules, voir ce témoignage sur le site de l'AAIMM : http://www.aaimm.org/spip/spip.php?article325&espaceAdherents
Wolfgang Amadeus Mozart
(1756-1791)



En 1790, vers la fin de sa vie et alors en très grave difficulté matérielle, Mozart accepta de composer quelques  pièces pour la pendule à jeu de flûtes du cabinet de curiosités de Joseph Müller, un comte de Bohême.
Il nous en reste aujourd'hui trois, dont deux d'entre elles ont été retranscrites pour clavier à 4 mains par Mozart.
La première est l'Adagio et Allegro K594 de 1790, et la seconde est une fantaisie sur une fugue en Fa Majeur, comme la première, et composée en 1791 (K608). Mozart la dénomme pièce pour orgue pendule.
Enfin, la troisième, opus K616 et datée de mai 1791, porte le nom d'Andante pour le cylindre d'un petit orgue.
Elle permet de constater que Mozart connaissait les possibilités et limites techniques des automatophones comme la difficulté à reproduire toutes les nuances dynamiques.

Ludwig van Beethoven
(1770-1827)


Il est fort probable que le comte Joseph Müller, de son vrai nom Deym, ait également demandé à Beethoven d'écrire quelques pièces pour pendule à musique comme auparavant pour Mozart.

Beethoven se lie ensuite d'amitié avec l'ainé des frères Mälzel, Johann Nepomuk, à qui l'on doit notamment le brevet du métronome.
Mälzel crée son premier automatophone en 1805 et le nomme Panharmonicon. Il pouvait remplacer tout un orchestre et imiter les timbres des instruments à vents et à cordes.
Pour assurer le succès de cet instrument, il demande à Beethoven de lui composer un pièce en hommage à la victoire de Wellington.
Beethoven lui rend alors sa partition en octobre 1813, mais Mälzel rencontre de nombreuses difficultés pour noter une telle oeuvre sur un cylindre.
Enfin, la version réécrite intitulée La Bataille de Vitoria op.91 est une véritable réussite.




1. XXe siècle
Au début du siècle, l'apparition des pianos pneumatiques bouleverse le monde de la musique.

En effet, autour des années 1920, ces pianos automatiques atteignent un degré de perfection tel, que l'on peut enregistrer le jeu de l'artiste avec une précision au cinquième de millimètre sur le rouleau. Tout est enregistré : le tempo, la dynamique, le phrasé, le rubato...
On peut également procéder à une correction des erreurs, même infimes, sur le rouleau perforé.

Ainsi, les compositeurs de l'époque ont à leur disposition un instrument aux capacités surhumaines grâce à ses 88 "doigts" et capable de sauvegarder leurs interprétations personnelles.

Certains d'entre eux vont commencer à composer et écrire des arrangements pour le pianola.

Un très grand nombre d'artistes du début du siècle ont donc pu "enregistrer" leur jeu, parmi eux, on peut trouver : C. Debussy, M. Ravel, I.Stravinsky, G. Malher, S. Rachmaninoff, R.Strauss, G. Fauré, J. Hoffman, G. Gershwin, C. Saint-Saens, A. Scriabine, E. Grieg...


Edvard Grieg
(1843-1907)


En avril 1906, il enregistre trois rouleaux sur un Welte-Mignon, deux de ses Pièces Lyriques et Le cortège nuptial extrait de Peer Gynt (opus 23 : acte I).

Plus tard, en 1912, l'orchestre symphonique de Londres joue le Concerto pour piano en La mineur de Grieg avec un piano pneumatique, sous la direction d'Arthur Nikisch.
Papillon, Pièces Lyriques, Opus 43, n°1
Enregistré par Edvard Grieg - Le 17 avril 1906 - Leipzig
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Sergeï Rachmaninoff
(1873-1943)


Il enregistre de nombreux rouleaux avec la firme Aeolian Compagny de Londres, notamment :
son second concerto pour piano (op.18), l'Île des morts (op.29), les variations sur un thème de Chopin (op.22), la premier des six préludes opus 23, l'accompagnement de la sonate pour violoncelle (op.19), prélude opus 3...

Il aurait également été invité à l'ouverture du nouveau show-room et salle de concert de l'Aeolian Compagny à Dresde en 1907.

Il parlait "de la complète fidélité de reproduction" à propos des enregistrements du pianola.

Joseph Hofmann

(1876-1957)


Il signe un contrat exclusif avec Aeolian après avoir enregistré des rouleaux avec plusieurs compagnies.
Il entretient également des relations très amicales avec le producteur d'enregistrements de la firme Duo-Art.

Il possède une technique légendaire (Rachmaninoff lui dédie son 3ème concerto) et également un certain sens de l'humour comme en témoigne cette pièce :







Il a aussi inventé, outre des systèmes d'armortisseurs pneumatiques pour avions et voitures, des mécanismes acoustiques pour améliorer les enregistrements du piano.
Schumann : El contrabandista
Enregistré par Joseph Hofmann - 1926 - New York
Philippe Gaubert
(1879-1941)


Il est chef d'orchestre, flûtiste et compositeur français ainsi que directeur de la Musique à l'Opera de Paris.

Il compose une musique de scène pour la pièce de Calderon, Le magicien prodigieux. Cette pièce est destinée à un petit ensemble vocal et instrumental centré autour du piano pneumatique.
Igor Stravinsky
(1882-1971)



Déjà en relation avec Aeolian, il compose en 1917 un étude pour le pianola. La première représentation sera donnée en 1921 au Aeolian Hall de Londres.
Durant les années 20, la firme Pleyel, alors le plus grand établissement musical parisien, lui fournit un studio dans son siège social.
Il a alors accès aux installations de l'édition et de la fabrication des rouleaux perforés Pleyela . Il y enregistre de nombreuses oeuvres.

Enfin, au cours de sa tournée de concerts en Amérique en janvier 1925, il enregistre quelques oeuvres pour le système Duo-Art.

Stravinsky sur un piano enregistreur Duo-Art à New York -  Janvier 1925


Ainsi, de nombreux musiciens contribuèrent au développement des instruments mécaniques.
L'engouement des artistes pour le piano pneumatique, au début du siècle, s'explique principalement par l'enthousiasme qu'ils éprouvèrent à pouvoir enregistrer leurs oeuvres, à une époque où le disque phonographique n'en était encore qu'à ses débuts.

Le Sacre du Printemps - Danse de la Terre
Affiche de décembre 1921
Il écrit, dans son autobiographie "Histoire de ma vie" (1935):

"A cette époque commencèrent aussi mes occupations suivies avec la maison Pleyel qui m'avait proposé  de faire la transcription de mes oeuvres pour son piano mécanique surnommé "Pleyela".

L'intérêt que je portais à ce travail était double. Pour éviter dans l'avenir une déformation de mes oeuvres par leurs interprètes, j'avais toujours cherché un moyen de poser des limites à une liberté redoutable, surtout répendue de nos jours et qui empêche le public de se faire une juste idée des intentions de l'auteur. Cette possibilité m'était offerte par les rouleaux de piano mécanique. Un peu plus tard les disques du gramophone devaient me la renouveler.

De cette façon je pouvais fixer pour l'avenir les rapports des mouvements (tempi) et établir les nuances telles que je les voulais. Certes, cela ne me garantissait en rien, et pendant les dix ans qui se sont écoulés depuis, j'ai pu, hélas ! constater maintes fois toute l'inefficacité de cette mesure au point de vue pratique. Pourtant, avec ces transcriptions, j'ai créé un document durable pouvant servir à ceux des exécutants qui tiennent à connaître mes intentions et à les suivre plutôt qu'à s'égarer dans des interprétations arbitraires de mon texte musical.

En second lieu, ce travail me donnait une satisfaction d'un autre ordre. Il ne consistait pas seulement en la simple réduction d'une oeuvre orchestrale pour un piano à sept octaves. C'était tout un travail d'adaptation à un instrument qui, d'une part, possède des possibilités illimitées en fait de précision, de vélocité et de polyphonie, et, d'autre part, présente constamment de sérieux obstacles à l'établissement des rapports dynamiques. Ces occupations développaient et exerçaient mon imagination en me posant toujours de nouveaux problèmes d'ordre instrumental intimement liés à ceux de l'acoustique, voire de l'harmonie et de la conduite des voix."

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