Petite histoire de la musique mécanique
De l'Antiquité au XXème siècle..
Depuis toujours, l'homme vie et évolue en musique.
Il commence par utiliser sa voix, puis créé divers instruments.  Enfin, il veut accéder au rêve de voir ces mêmes instruments jouer seuls, uniquement contrôlés par leur mécanique complexe.
La naissance de cette mécanisation fut longue et ponctuée de quelques grandes découvertes; on peut dire qu'elle s'étale de l'aube de l'Antiquité jusqu'au XVIe siècle.
La musique mécanique connait ensuite  un essor sans précédent durant les XVIIe, XVIIIe et XIXe siècle. De grandes inventions s'y succédent et permettent de généraliser l'emploi de ces machines.
Pour finir, on peut dire que la fin du XIXe sècle et le début du XXe siècle constituent l'apogée de création et d'utilisation de ces procédés mécaniques. En effet, tous les instruments de musique sont mécanisés pendant cette période, et certains sont même supplantés au niveau des ventes par leur équivalent mécanique. L'apparition de nouvelles technologies comme le phonographe, la radio et l'informatique, ont
pourtant provoqué le déclin de ces merveilleuses machines.

Nous allons donc effectuer un voyage à travers le temps, au fil de l'apparition de ces instruments de musique mécanique.

La Naissance de la mécanisation
Les harpes éoliennes

La harpe éolienne peut être considérée comme le premier et le plus simple des instruments mécaniques. Les cordes de cette harpe vibrent grâce à l'action du vent. En effet, quand le vent rencontre un obstacle, des tourbillons se forment autour de cet obstacle et font vibrer l'air environnant. Cela permet de faire résonner harmonieusement les cordes, de façon plus ou moins aiguë selon la force et la rapidité du vent.
Des textes anciens nous permettent de savoir que ce phénomène est connu depuis l'Antiquité. De plus, au XVIIe siècle, un savant allemand, Athanasuis Kircher, s'y intéressa et présenta des modèles plus sophistiqués comme celui-ci :
Oiseaux siffleurs, orgues à eau ...

Des savants grecs comme Philon de Byzance (300 avant J-C) ou Héron d'Alexandrie (Ier siècle après J-C) nous ont laissé des textes intéressants sur des instruments mécaniques qui auraient notamment existés à Alexandrie, capitale intellectuelle et scientifique du monde méditerannéen. En effet, ils sont connus pour avoir fait de nombreux travaux sur des systèmes hydrauliques et pneumatiques. On leur attribue l'invention des automates et des plans d'orgues à eau. Dans un premier temps, i l semble également que l'histoire des automates ait été très liée à celle des instruments de musique mécanique.
De plus, on sait qu'à Byzance furent construits beaucoup d'automates oiseaux siffleurs.

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Les 1ers cylindres pointés

Ce sont les arabes qui, grâce aux enseignements des grecs au contact d'Archimède, réussissent à faire jouer une flute à l'aide d'un cylindre garni de picots à la Cour du Calife de Bagdad.
Cette technique qui permet de porter l'information musicale sur un cylindre,
appellée tonotechnie, a été inventée au IXe siècle après J-C et représente la véritable naissance des instruments de musique mécanique.
Elle est employée jusqu'au XIXe siècle pour entrainer les mécanismes de tous les instruments mécaniques et est encore utilisée aujourd'hui pour faire fonctionner les boites à musique.

Les carillons

Les premiers carillons ont été rapportés de Chine, leur pays d'origine, par des navigateurs hollandais au XIIIe siècle. Ils sont utilisés dans les clochers d'église et peuvent être actionnés soit manuellement par un clavier, soit par un cylindre pointé de taquets. Dans ce second cas, plus répandu, le carillon se met en route toutes les heures et le cylindre (C) est actionné par le mouvement principal de l'horloge du clocher.
La plus ancienne horloge à carillon automatique construite est celle de la cathédrale de Strasbourg, datant de 1354.

Les orgues à cylindres

Le plus ancien orgue automatophone parvenu à notre époque est le Hornwerk "l'instrument aux cors" de Salzbourg en Autriche, visible sur la photo. Il a été construit en 1502 dans le château fort de Hohensalzbourg.
Même si le développement des orgues automatophone se situe surtout pendant la fin du Moyen-Âge et les XVe et XVIe siècle en Europe, on sait que les procédés de mécanisations étaient déjà connus depuis un certain temps (IXe siècle : voir plus haut).
Un essor sans précédent
Les horloges et pendules à musique

Durant le XVIIIe siècle, on peut voir apparaître en Europe beaucoup de pendules à musique contenant des petits mécanismes faisant jouer un carillon, un orgue, ou des cordes pincées ou frappées. La musique est alors toujours notée sur des cylindres pointés et le mécanisme est dépendant de celui de l'horloge.
Jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, ces instruments ne sont connus et fabriqués que dans les environs de la Forêt-Noire, comme celui visible sur la photo. Plus tard, l'Angleterre, la France et la Suisse se sont spécialisés dans des pendules de luxe, dont le mouvement est emboité dans des cabinets en ébenisterie sculptés ou ornés de marqueterie.

Les serinettes

A Mirecourt, en Lorraine, naissent de petits orgues à cylindres destinés à entraîner les serins et les canaris à chanter des airs connus dont la mélodie était notée sur le cylindre. On les appelle des serinettes.
Le fonctionnement de la serinette est très simple et est en fait une miniaturisation des orgues mécaniques installés dans les églises.

Dans cette même ville se développe alors également une grande production d'orgues de salon ou d'églises.

Les orgues de barbarie à manivelle

Ces orgues portatifs sont généralement promenés dans la rue par des invalides de toutes sortes ou des colporteurs car son système est tellement simple qu'il suffit de tourner la manivelle pour faire de la musique. Le mécanisme s'est adapté au système de notation de l'époque : au XVIIIe siècle, ce sont des cylindres pointés, mais aujourd'hui, les bandes de carton perforé sont beaucoup plus utilisées.
Les orgues de barbarie, très présents dans la rue
, ont également permis de populariser les grands airs d'Opéra.
Les boites à musique

   
La boite à musique est inventée en 1796 par un horloger genevois, Antoine Favre (1734-1820). Il s'agit de lamelles métalliques soigneusement accordées, mises en vibration par les picots du cylindre. Pour de plus amples détails sur la boite à musique, symbole emblématique des instruments mécaniques, voir la page qui lui est consacrée : ICI .


L'Antiphonel Debain

En 1846, Alexandre Debain invente un système de lecture pour piano composé de planchettes de bois garnies de picots. Cet instrument très particulier et rare est breveté et appelé Antiphonel, il permet, posé sur un piano ou sur n'importe quel instrument à clavier, de le faire jouer par la simple action d'une manivelle. De plus, les planchettes ne possèdent pas le même défaut que les cylindres, limités dans la durée de la mélodie, parce que  l'on peut en rajouter les unes après les autres.
Ce système présente donc une nouveauté par rapport au cylindre noté et une grande avancée technique pour l'époque.



Ce très bel orgue de manège est visible au Musée de Dollon .
Orgues de foire et Limonaires

Ces orgues sont utilisés pour animer toutes les attractions de fête foraine et manèges dès 1855, mais leur apogée se situe plutôt dans les années 1880-1914. Ils sont d'abord entrainés  de façon mécanique (manivelle ou moteur à vapeur), puis électriquement.
C'est la marque française Limonaire frères qui a donné son nom à ces orgues mécaniques de grande taille, mais elle possédait aussi parmi ses concurrents : Gavioli, Gasparini,Maringui, Decap Bursens ...

Orchestrions et pianos mécaniques

Les orchestrions représentent la diversification des instruments mécaniques, et l'élargissement à tout un orchestre, ils atteignent leur apogée dans les années  1880-1930 . Des machines impressionnantes ont été construites comme le Panharmonicon de Mälzel (quoique beaucoup plus tôt en 1805), pour lequel Beethoven a composé une Marche (voir ici ). En effet, cet instrument possède dix voix différentes : flûte piccolo, flûtes, hautbois, clarinettes, bassons,contre-bassons, cors, trompettes, trombone et timbales.
Cette période est également celle des pianos mécaniques, des bastringues, comme celui sur la photo qui est accompagné par quelques percussions (cymbale et tambour).

Les disques métalliques pour boites à musique

En 1886, Paul Lochmann invente le disque métallique renforcé de petits picots pour remplacer le traditionnel cylindre pointé. Cela permet de créer de nouvelles boites à musique, moins coûteuses, car les disques sont beaucoup plus simples à fabriquer et à usiner.
En plus de se substituer aux cylindres dans les petites boites, les disques permettent l'apparition d'imposantes boites à musique de salon (également répandues dans les lieux publics et équipées d'un monnayeur : photo). On peut en citer plusieurs marques : Polyphon, Symphonion, Regina, Kalliope....


L'apogée puis le déclin
Utilisation du carton perforé et de procédés pneumatiques


Au milieu du XIXe siècle, un lyonnais, Claude Félix Seytre, s'inspire des bandes de cartons perforés utilisés dans les métiers à tisser Jacquard depuis 1801 pour faire fonctionner une organette. Le carton perforé va alors remplacer progressivement les cylindres pointés et être utilisé sur tous les instruments mécaniques à partir de la fin du XIXe siècle car il présente le double intérêt de pouvoir porter une mélodie très longue (selon la longueur du carton, alors replié en accordéon ou enroulé) et d'être en plus facilement transportable par rapport aux cylindres énormes que l'on peut voir dans les orchestrions.

L'apparition de cette nouvelle façon de porter l'information musicale et l'utilisation de procédés pneumatiques (voir page sur les pianos pneumatiques) ou encore la généralisation du moteur électrique permettent l'apogée des instruments de musique mécanique. A cette période, tous les instruments de musique sont mécanisés, de l'harmonica (Rollmonica) au violon (Phonolist-violina...), en passant évidemment par les pianos pneumatiques (Pianola...) ainsi que les androïdes musiciens et les orchestrions de toutes sortes, très présents dans les lieux publics (cafés, salles de danse...) comme celui-ci :
Apparition de nouvelles technologies

Le perfectionnement du phonographe et la généralisation de la radio à partir des années 30 signent le déclin inéluctable des instruments de musique mécanique.

Plus tard, l'apparition des premiers synthétiseurs et l'emploi de l'informatique et des technologies MIDI (interface numérique d'instruments de musique) permettent éventuellement de parler d'un renouveau de la musique mécanique car des créations comme l'accordéon ou le piano automatique sont remises au goût du jour grâce à de nouveaux systèmes électroniques et des enregistrements sur disquette.

L'homme a voulu profiter de la musique, partout et toujours. Cela explique la grande ingéniosité dont il a fait preuve en concevant des instruments  qui pouvaient jouer seuls.

On peut déceler différentes autres raisons à cette mécanisation; d'abord,  une recherche et une prouesse technique, puis plus tard, une façon de rendre la musique accessible au plus grand nombre. Il ne faut pas non plus oublier l'avantage économique d'une telle avancée, en effet, on pouvait alors bénéficier de la musique sans avoir à payer de musiciens.


Aujourd'hui,  l'accès à la musique est relativement simple, il suffit d'un CD ou de quelques clics...

Pourtant, malgré les évolutions constantes de ces machines et tout l'intérêt qu'elles nous procurent, nous avons gardé le plaisir de voir jouer des musiciens sur scène.



Une serinette visible au Musée de Dollon
Vidéo de l'AAIMM
© Doc "Les instruments de musique mécanique" A.Buchner - Philippe Rouillé
© Doc "Les instruments de musique mécanique" A.Buchner - Philippe Rouillé
© Doc "Les instruments de musique mécanique" A.Buchner - Philippe Rouillé
© Doc "Les instruments de musique mécanique" A.Buchner - Philippe Rouillé
© Doc "Les instruments de musique mécanique" A.Buchner - Philippe Rouillé
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