Les Lectures de Mathis
Un tonneau avec une voile
 

 
Le lendemain matin,
 

tout le monde se retrouve au magasin général.
 

Léonard raconte :
 

Les vagues avaient quatre mètres de haut.
 

La neige nous aveuglait...
 

 
— Mes mains étaient raides comme des glaçons,
 

poursuit Xavier.
 

Je me demande encore comment on a réussi à rentrer
 

Dix fois, vingt fois, ils racontent leur équipée.
 

Les jours suivants,
 

le magasin général ne désemplit pas.
 

Les conversations vont bon train.
 

 
Chacun se demande comment rétablir
 

la communication avec la Grand-Terre...
 

 
Tout à coup, en plein milieu des conversations,
 

on entend la petite voix de François :
 

 
— Nous, il nous faut des nouvelles de Québec... et de Maman!
 

 
Tous les visages se tournent vers lui.
 

Mais François ne se laisse pas intimider.
 

Il continue :
 

 
— Pourquoi on n’envoie pas un message dans une bouteille?
 

 
Un éclat de rire salue sa proposition.
 

 
Puis, quelqu’un dit :
 

 
— Ce n’est pas bête!
 

Si un gros navire comme celui de Léonard n’a pas réussi,
 

 
Peut-être qu’un petit bateau y arriverait.
 

 
Alcide Gaudet s’écrie :
 

 
— Et pourquoi on n’enverrait pas un ponchon comme celui-là.
 

On pourrait le gréer* comme un bateau.
 

 
L’idée est accueillie avec enthousiasme.
 

Alcide Gaudet s‘empresse d’aller chercher le plus neuf de ses tonneaux.
 

 
— Parfait, dit Léonard.
 

On va le nettoyer puis
 

on lui bricolera une quille et un mât.
 

 
— Moi, je m'occupe de la voile!
 

dit la grand-mère de François.
 

Deux jours plus tard,
 

le tonneau est gréé comme un vrai navire en miniature.
 

 
Sur la voile, on peut lire en anglais :
 

« Courrier d’hiver des iles de la Madeleine ».
 

 
— Bon, maintenant, dit Léonard,
 

il faut penser aux lettres qu’on va mettre dedans.
 

 
— J’en écris une au ministre, dit Alcide Gaudet.
 

 
Et moi, au député, dit Xavier.
 

 
— Tu viens Augustin, dit François,
 

moi, je vais écrire ma lettre à Maman.