Les Lectures de Mathis
La tempête
 

D’habitude, en hiver,
 

le quai est plutôt calme.
 

Mais cette fois, on y sent une grande agitation :
 

« L’Evangéline », le bateau de Léonard,
 

partira demain matin.
 

 
Tout le monde est venu voir les préparatifs.
 

Quand la nuit tombe, le bateau est enfin prêt.
 

François transporte les provisions
 

que Grand-mère a préparées pour le voyage.
 

 
Il fait noir lorsqu’ils rentrent enfin a la maison.
 

Comme promis, Grand-mère a fait des crêpes.
 

Mais, en les mangeant,
 

François ne peut pas s’empêcher de penser :
 

 
« Ces crêpes-là n’ont pas tout à fait
 

le même goût que celles de Maman. »
 

Et il a un petit serrement de cœur.
 

 
Avant d’aller se coucher,
 

François demande à son père :
 

 
— Papa... Et si la mer est gelée?
 

 
— Ne t’inquiète pas, dit Léonard.
 

Si on ne peut pas passer à cause des glaces, on reviendra.
 

Tu peux dormir sur tes deux oreilles.
 

 
« L’Evangéline » quitte l’île aux premières heures du matin.
 

Quand François se réveille, le bateau est déjà loin.
 

 
En prenant son petit déjeuner, il dit à sa grand-mère :
 

 
— Heureusement qu’il fait beau.
 

 
— Oui, heureusement! Si ça pouvait durer! dit-elle.
 

 
Mais, à midi, le ciel s’assombrit. Il commence à neiger.
 

En début d’après-midi,
 

Augustin vient chercher François pour aller glisser sur les buttes.
 

 
Lorsqu'ils sortent tous les deux,
 

les flocons tombent de plus en plus fort.
 

Le vent tourbillonne.
 

A quatre heures, une vraie tempête de neige se déchaine.
 

Les deux garçons rentrent en courant à la maison.
 

En ouvrant la porte, François demande :
 

 
—— Grand-mère, Augustin peut rester dormir à la maison?
 

— D’accord, mais il faut prévenir ses parents,
 

répond Grand-mère.
 

 
Après le souper,
 

François et Augustin jouent aux cartes dans la cuisine.
 

On entend les rafales de neige qui fouettent les carreaux.
 

Grand-mère est silencieuse,
 

et elle s’active sans arrêt pour ne pas laisser paraitre son inquiétude.
 

Enfin, les 2 garçons vont se coucher.
 

Dans son lit, François n’arrive pas à dormir.
 

Il écoute chaque craquement de la maison,
 

chaque bourrasque du vent.
 

Mille pensées le tourmentent.
 

Il pense à son père et à Xavier,
 

là-bas sur la mer en pleine tempête.
 

 
Tout a coup, il lui semble que le vent diminue.
 

La tempête est-elle finie?
 

François n’en peut plus,
 

il se lève et va vers la fenêtre.
 

Mais les carreaux sont complètement givrés.
 

Il ne voit rien.
 

Alors sans faire de bruit,
 

il descend l’escalier pour aller à la fenêtre
 

qui donne sur la mer.
 

Tout à coup, il voit la porte qui s’ouvre.
 

Une bouffée d'air glacé envahit la maison.
 

Une forme apparait sur le seuil.
 

 
François ne bouge plus.
 

Qui peut bien venir ici, en pleine nuit?
 

C'est Léonard Chevarie.
 

Ses lourds vêtements sont couverts de neige.
 

François pousse un grand cri de joie : — Papa!
 

 
Cette nuit-là, chez les Chevarie,
 

personne n’a beaucoup dormi!