Les Lectures de Mathis
Des lettres en conserve
 

 
A la maison, Augustin regarde son copain écrire avec application.
 

Grand-mère prépare l’enveloppe, lorsque tout a coup, elle s’écrie :
 

 
Mais... si l’eau entre par les fentes du tonneau,
 

les lettres vont être toutes mouillées.
 

Et l’encre... s’effacera. François s’est arrêté d’écrire.
 

 
— Grand-mère a raison, dit Léonard.
 

Je n’y avais pas pensé.
 

François regarde les mots qu‘il vient d’écrire :
 

<< J'ai gagné la course de traineaux avec Tonnerre et... »
 

L’eau pourrait tout effacer?
 

 
Mais aussitôt Léonard s’écrie :
 

— Eh bien, c’est simple!
 

On va mettre les lettres en conserve, comme le homard!
 

— Ça, c’est une bonne idée, dit Augustin.
 

 
François est soulagé,
 

il termine rapidement sa lettre.
 

 
Plus tard,
 

les deux garçons suivent Léonard à la conserverie.
 

Comme l’ouverture du tonneau est très étroite,
 

il faut fabriquer des boites sur mesure.
 

 
Enfin, tout est prêt !
 

Les lettres sont glissées dans les boites étanches.
 

François et Augustin transportent ensemble
 

le tonneau au magasin général,
 

et quand les gens y ont mis toutes leurs lettres,
 

ils aident Léonard a fermer le ponchon.
 

 
Quelques jours plus tard,
 

presque tous les habitants de l’île
 

se retrouvent sur la dune pour assister au lancement du ponchon.
 

 
— Le vent est stable, c’est un nordet, dit un vieux pécheur.
 

 
— Oui, c’est justement ce qu’il nous faut,
 

et il va durer plusieurs jours,
 

affirme un autre pécheur qui scrute l’horizon.
 

 
Léonard enjambe les morceaux de glace entassés sur le bord.
 

Il avance dans la mer avec ses grandes bottes.
 

Puis il dépose le ponchon sur l’eau.
 

Xavier pousse la frêle embarcation à l'aide d’un long bâton.
 

Le vent gonfle la petite voile
 

et le tonneau s’en va hardiment vers la Grand-Terre.
 

 
En silence,
 

les habitants de l'île suivent des yeux
 

le petit ponchon jusqu'à ce qu’il ne soit plus qu’un point minuscule.
 

 
Quand la foule commence à se disperser,
 

François dit à son père :
 

— Tu crois que ça va marcher, Papa?
 

Léonard regarde longuement son fils.
 

Il sait combien la réussite du ponchon
 

leur tient à cœur à tous les deux.
 

Puis il prend la main de François dans la sienne
 

et ils rentrent à la maison en silence.