De lents demain inconnus

Maureen, c'est de 2° fois que ce genre de pensées se déverse, que cette expérience me traverse. La deuxième fois que ça me bouscule. Parti courir et faire le plein d'endorphine, de dopamine et d'adrénaline je suis sûrement plus fébrile, plus ouvert, plus à l'écoute de mes cinq sens. Alors quand s'enclenche dans mes oreilles une musique un peu mélancolique ou vibrante, l'ambiance devient bucolique et puissante, et tout peut arriver. 
 
Et voilà donc que je pense à plus tard, au temps où tu ne seras plus là sûrement, ce temps à la fois loin et proche ... J'y pense parce que tu grandis, parce que le temps passe, parce qu'on sait qu'il t'est compté. Et tout d'un coup je suis ébranlé. Je ris et pleure à la fois, m'abandonne comme jamais, supris par quelques soubresauts de sanglots, réactions spasmodiques, absence de contrôle et lâcher prise. Je pense à toi tout bas, tout haut, tout seul. Je suis bien, au milieu des bois. Je cours soudain plus vite, plus rien ne m'atteint. Maureen, je te vois là-haut, ailleurs. Comment seront ces lendemains sans toi. Une délivrance pour sortir de cette vie sans sens. Une souffrance de supporter ton absence.... 
 
Où seras tu demain, dans ce futur si peu lointain... paisiblement reposée à contempler les sommets, avec au loin le mont Blanc comme horizon ? Bien au chaud entre cigales et garrigue méridionale ? Où un peu partout à la fois, envolée vers les étoiles, dominant ce monde qui n'a pas su t'accueillir pleinement, normalement. Tu seras au dessus de tout ça, tu seras bien, et sans cesse chaque jour, mes pensées te seront dédiées, tu seras loin et près tout à la fois, là et pas là, mais pleinement vivante, car en nous ton sourire ne pourra jamais s'éteindre. 
Ces "lents demains" qui arrivent trop vite intriguent. Où, quand, comment ... ? Tout ça j'y pense souvent.
 
Penser à perdre son enfant, esprit mal placé, dérangé penseront certains, pourtant c'est juste garder un contact avec la réalité que de le dire. Et si par deux fois j'ai vécu cette expérience un peu irréelle, si j'ai pu m'abandonner sans contrôle à tout imaginer, seul dans ma forêt, l'esprit libéré, c'est parce que tu étais pleinement en moi, que tu es dans ma vie, notre vie, et que tous les jours, consciemment ou non, même dans les moments les plus distants, les plus égoïstes, tu existes.
 
- M -