Didier Bitzberger, Pierre Kemp et Didier Faust, spéléologues messins sauvés de la grotte de la Diau près d'Annecy fin mai 1982, après 8 jours sous terre (Photo Archives RL)



Prologue

Annecy. Samedi 29 mai 1982. Ils étaient là. Devant nous. Non seulement vivants et debout, mais en bonne forme physique. Prisonniers du gouffre de la Diau depuis huit jours, Didier Faust, Didier Bitzberger, Pierre Kemp, les miraculés des eaux souterraines du Parmelan qui les avaient bloqués à six cents mètres sous terre, depuis 189 heures, très exactement, venaient de retrouver l’air libre, la lumière et la vie. Les symboles de la Pentecôte. Nous étions dimanche. Il était 13 h 30. Une extraordinaire odyssée de l’ombre s’achevait...

 

                                                                                          

Trois jeunes spéléologues de Metz-Marly disparus depuis trois jours en Haute-Savoie

Trois jeunes spéléologues de Marly, près de Metz, ont disparu depuis trois jours dans les grottes de la Diau, près de Thorens-Glières (Haute-Savoie), apprend-on auprès de la gendarmerie de Groisy.

[Républicain Lorrain du 26 mai 1982] Didier Faust, Didier Bitzberger et Pierre Kemp, âgés de 24 à 26 ans, avaient décidé dimanche matin d’explorer ces grottes malgré la pluie qui tombait sur la région. Inquiets de ne pas les voir rentrer, un membre de la famille d’un des jeunes gens a donné l’alerte lundi. Une quarantaine de secouristes de la sécurité civile, de pompiers de Thorens et d’Annecy, ainsi que de nombreux spéléologues, ont entamé des recherches qui se poursuivaient mardi soir. Les abondantes pluies de dimanche rendent cependant difficile leur progression.

La grotte dans laquelle les jeunes Messins sont bloqués a la triste réputation en Haute-Savoie pour la fréquence des accidents qui s’y produisent. Chaque année, en effet, des spéléos y restent bloqués, généralement surpris par les intempéries. C’est ce qui s’est à nouveau produit cette fois, semble-t-il. Selon des témoignages recueillis sur place, les jeunes Lorrains se sont engagés dans la grotte de la Diau alors que les orages sévissaient sur la région. La pluie qui a tombé sans interruption après une longue période de sécheresse a considérablement gêné les sauveteurs dont des spécialistes de trois clubs spéléos de la région venus par solidarité joindre leurs efforts à ceux déployés par la Sécurité civile et la gendarmerie. Hier soir, les recherches n’avaient pas encore abouti. Par ailleurs, les sauveteurs n’avaient aucune idée sur le sort des trois jeunes Lorrains, ni sur l’endroit exact où ils pouvaient se trouver. Ils espéraient néanmoins qu’ils avaient pu se réfugier dans un endroit épargné par la montée des eaux.

[Républicain Lorrain du 26 mai 1982]

 

Nouvelle tentative au cours de la nuit pour sauver les trois spéléologues

En dépit des formidables efforts déployés par de nombreuses équipes de sauveteurs bénévoles venus e Haute-Savoie, de Savoie et de l’Isère qui se relaient depuis lundi, jour et nuit, les trois spéléologues messins bloqués dans la grotte de la Diau n’avaient toujours pas été retrouvés hier dans la soirée.

[Républicain Lorrain du 27 mai 1982] Une longue, trop longue et dramatique attente se poursuivait dans cette vallée de la Filière, où tout est entrepris depuis trois jours pour sauver Didier Faust, Didier Bitzberger et Pierre Kempf. Trois jeunes gens, trois copains, que la passion de la spéléo a conduits le week-end dernier en Haute-Savoie près de Thorens-Glières, dans le massif du Parmelan, devenu ces dernières années un des hauts lieux européens de ce sport, depuis la découverte du réseau de la Diau ("L’Adieu" en patois du pays savoyard). Prisonniers des entrailles de cette montagne, que les dernières crues ont transformées en torrents souterrains au débit furieux, les trois spéléos messins, des sportifs accomplis et expérimentés, attendent peut-être toujours l’arrivée des secours , dans une niche quelconque, à l’abri des eaux. C’est du moins, l’espoir chevillé au corps de tous ceux qui sondent le réseau de la Diau depuis lundi matin.

Epuisement de l’hypothermie

Mais les jours et les nuits qui passent renforcent, hélas, l’inquiétude des sauveteurs et des parents des trois jeunes spéléos, arrivés hier matin à Thorens-Glières. Didier Faust, Didier Bitzberger et Pierre Kemp sont, dit-on, bien équipés en matériel de survie, et en matériel notamment, mais ils doivent compter sous terre avec des conditions climatiques particulièrement pénibles : la température y est de 4 degrés et le taux d’humidité voisine les 100%. Bien qu’ils soient en excellente forme physique (Didier Bitzberger et Didier Faust sont, entre autres, des amateurs de jogging et ont même couru, ces dernières semaines, le marathon de Metz pour l’un, et le marathon de Paris pour l’autre), les trois jeunes spéléos, prisonniers de la montagne depuis près de 100 heures, sont guettés maintenant par l’épuisement de l’hypothermie.

Personne ici, dans cette vallée de la Filière, qui charrie des eaux tumultueuses entre les montagnes du Parmelan et des Frêtes, ne veut en tout cas abandonner l’espoir de retrouver vivants les jeunes Messins. Personne n’envisage, en effet, un seul instant, que les trois spéléos lorrains aient pu être emportés par les eaux de la Diau qui posent de si difficiles problèmes techniques, aujourd’hui, aux équipes de sauveteurs. Dans cette région si belle de Thorens-Glières, où flotterait un petit air de vacances, s’il ne s’y jouait pas ces heures-ci un drame, une épuisante course-poursuite contre le temps et les crues qui transforment les galeries souterraines en véritables conduites forcées, le réseau de la Diau est devenu un terrain d’exploration apprécié par les plus grands spéléologues.

Une cathédrale souterraine

Il n’existe, de fait, dans le monde, que quelques gouffres à entrées multiples dont la dénivelée est supérieure à 500 mètres. Or, on entre dans la Diau par le plateau du Parmelan, à 1.575 m d’altitude, au lieudit "La Tanne du Bel Espoir", pour en sortir par une grotte située dans un cirque, à 962 m d’altitude. Entre ces deux points, les spéléos empruntent donc de nombreux puits, toboggans et autres boyaux qui débouchent notamment dans la grande salle des Rhomboèdres, une sorte de somptueuse cathédrale souterraine de 70 mètres sur 30.

Les spéléos, qui s’aventurent dans ce réseau, croisent ensuite un affluent dit des "Grenoblois", puis ils descendent par une série de cascades vers le lit d’une rivière souterraine, la Diau, laquelle se jette ensuite dans la Filière. « Cette rivière souterraine, avouait hier après-midi un jeune spéléo d’Annecy, est sans doute l’une des plus belles du nord des Alpes, mais je préfère pour ma part l’explorer en hiver. Il était à mon avis risqué d’y descendre en pleine période de fonte des neiges. Les eaux de la Diau, alimentées entre autres par l’affluent "des Grenoblois", peuvent en effet monter très vite actuellement, d’autant plus que le temps est chaud et que les orages peuvent éclater comme le week-end dernier ». Cette prudence, on la retrouve également chez cet habitant de la vallée qui a mis en garde samedi matin les trois jeunes Lorrains contre une éventuelle montée des eaux.

Une mise en garde

Pourquoi les spéléos venus de Metz, dont l’expérience ne date pas d’hier (ils pratiquent ce sport depuis l’âge de 14 ans) n’ont-ils pas suivi cet avis d’un homme du pays ? M. Faust, directeur du Comité mosellan de sauvegarde de l’enfance et de l’adolescence, père de Didier, venu hier après un long voyage en voiture à Thorens-Glières avec son épouse dans l’espoir de retrouver vivants son fils et ses deux copains, a pourtant confirmé hier que les trois jeunes gens n’avaient pas pour habitude de s’aventurer à la légère. « Ils ont déjà renoncé à plusieurs explorations dans les Alpes du Sud, notamment en raison des mauvaises conditions climatiques. Quant au réseau de la Diau, poursuit M. Faust, Didier et ses copains l’avaient déjà reconnu il y a quelques mois. Outre les données fournies par un correspondant de Haute-Savoie, ils avaient très bien étudié le parcours grâce à un certain nombre de graphiques précis ». Les gendarmes de Groisy, alertés lundi matin par les parents des trois spéléos inquiets de ne pas les voir revenir à Metz, comme prévu, ont de fait trouvé dans la voiture des jeunes gens, garée à proximité de l’entrée de la grotte de la Diau, des documents topographiques du réseau.

Cette connaissance (théorique tout de même) de la Diau est aujourd’hui un des éléments qui entraînent l’espoir chez les sauveteurs au nombre d’une centaine. Les équipes de spéléo-secours de Haute-Savoie, de Savoie et de l’Isère, 60 spécialistes des sauvetages souterrains, travaillent maintenant sans relâche depuis trois jours et trois nuits en étroite collaboration avec l’association départementale de la Protection civile et les gendarmes d’Annecy. Les nombreux véhicules transportant hommes et matériel, qui sillonnent la petite route grimpant vers l’entrée de la grotte de la Diau, témoignent bien des efforts déployés depuis lundi. « Nous avons engagé plusieurs équipes qui ont pénétré dans le réseau par le haut, la "Tanne du Bel Espoir", et par le bas, c’est-à-dire la grotte, expliquent Robert Durand et Jean-Claude Espinasse, conseillers techniques des unités de Spéléo-secours de Savoie et Haute-Savoie. Ces équipes, parties à la recherche des trois Lorrains, transportent du matériel de survie et de la nourriture. Mais les sauveteurs qui descendent par la "Tanne du Bel Espoir" ont été arrêtés dans leur progression après 500 m de dénivelée par la violence des crues. Quant aux hommes qui ont pénétré dans le réseau par le bas, ils avancent très difficilement en raison du débit très important de la rivière souterraine : plusieurs mètres seconde ».

Qu’ils gardent espoir

L’une de ces équipes que j’ai vu ressortir épuisée après 24 heures passées sous terre, m’a avoué hier après-midi les grandes difficultés de l’entreprise. Ces sauveteurs doivent progresser suspendus à la galerie, juste au-dessus de la rivière impraticable, dans un bruit d’enfer. Ils sont arrivés hier soir jusqu’à 200 m environ du "labyrinthe", un réseau fossile qui shunte la rivière de la Diau et où les trois jeunes Lorrains, surpris par la montée des eaux, ont peut-être pu se réfugier. Un téléphone a été tendu par ailleurs sur un kilomètre et demi en direction de ce labyrinthe, synonyme d’espoir. Les trois Lorrains sont expérimentés et bien équipés, relèvent d’autre part les hommes du Spéléo-secours pour qui la solidarité n’est pas un vain mot. Et ils ajoutent : « Pourvu qu’ils gardent le moral et qu’ils tiennent le coup physiquement. Mais dites bien que la spéléo n’est pas un sport plus dangereux qu’un autre. Nous ne parlerons même pas des accidents de la route qui tuent chaque année des milliers de personnes ».

On ne peut pourtant oublier que la grotte de la Diau a déjà tué, en octobre 1977, et que plusieurs accidents, fort heureusement non mortels, ont marqué les précédentes explorations de ce réseau. Au petit restaurant des Glières, où les jeunes spéléos messins ont pris un café dimanche matin avant de grimper vers l’entrée du réseau, tous ceux qui participent aux recherches gardent cependant l’espoir. Un espoir qui habite aussi le cœur des parents de Didier Faust, Didier Bitzberger et de l’épouse de Pierre Kemp, accourus hier dans cette vallée de la Filière située au pied d’une montagne qui fut en 1944 un des hauts lieux de la Résistance. Et puis, l’entrée du réseau de la Diau n’a-t-elle pas été baptisée "Le Bel Espoir" ?

Article signé Jean-Michel Antoine [Républicain Lorrain du 27 mai 1982]

 

La grande victoire de la solidarité du monde spéléo
Les dernières heures du sauvetage de la Diau

Ils étaient là. Devant nous. Non seulement vivants et debout, mais en bonne forme physique. Prisonniers du gouffre de la Diau depuis huit jours, Didier Faust, Didier Bitzberger, Pierre Kemp, les miraculés des eaux souterraines du Parmelan qui les avaient bloqués à six cents mètres sous terre, depuis 189 heures, très exactement, venaient de retrouver l’air libre, la lumière et la vie. Les symboles de la Pentecôte. Nous étions dimanche. Il était 13 h 30. Une extraordinaire odyssée de l’ombre s’achevait.

[Républicain Lorrain du 1er juin 1982] Vraiment, tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, celui de la grande famille, fraternelle et soudée, des spéléos, grâce au formidable courage et à la ténacité d’une bonne centaine de sauveteurs bénévoles qui n’avaient pas hésité un seul instant à risquer leur vie, pendant une semaine, pour tirer d’affaire leurs camarades messins bloqués dans les entrailles du Parmelan. Grâce aussi à la grande sagesse et à l’expérience de Pierre et des deux Didier qui ont su assurer leur survie pendant de longues, de très longues heures, avec beaucoup de sang-froid et de lucidité.

A l’hôpital d’Annecy où ils récupéraient leurs forces hier encore, entourés de l’affection de leurs parents et de l’attention des médecins et des infirmières, les trois spéléos messins pouvaient tranquillement admirer un paysage magnifique : le lac où voguaient des voiliers aussi libres qu’eux. Le préfet de la Haute-Savoie, venu dès dimanche soir saluer nos trois Messins à l’hôpital, avait tenu à leur offrir la plus belle chambre de l’établissement. Heureux, Didier Faust, Didier Bitzberger et Pierre Kemp n’avaient pourtant qu’une envie : rejoindre la grotte de la Diau pour remercier une nouvelle fois leurs sauveteurs et les aider à récupérer l’imposant matériel installé dans les galeries souterraines pour les opérations de secours.

Une condition physique satisfaisante

Il n’en était bien sûr pas question, même si la condition physique des trois rescapés était finalement satisfaisante, au grand étonnement de France Guillaume, ce médecin spéléo de Grenoble qui a passé, de samedi matin à dimanche midi, une trentaine d’heures dans le réseau souterrain de la Diau où elle a soigné et soutenu moralement Pierre Kemp et ses copains. Après avoir subi un examen médical complet à Annecy, Didier Bitzberger, qui avouait vouloir reprendre son travail aujourd’hui même, et Pierre Kemp devaient sortir dès hier de l’hôpital. Quant à Didier Faust, qui souffre de gelures (sans gravité) aux pieds, il sera peut-être gardé en observation quelques jours encore. Ce sont des parents soulagés et heureux que j’ai rencontrés aux bords du lac. Des familles qui remercient du plus profond de leur cœur les hommes et les femmes qui ont tout fait depuis lundi dernier pour sauver leurs enfants et qui les ont entourés d’espoir et de solidarité, là où ils avaient été hébergées par les autorités préfectorales et les responsables de la Protection civile de la Haute-Savoie.

Le Dr France Guillaume, une jeune femme séduisante et sympa de 31 ans, à l’allure sportive et décontractée, m’a raconté les dernières heures du sauvetage de la Diau. Avec une modestie à la hauteur de son talent de spéléo, « Quand nous avons appris, mes camarades et moi samedi à 6 h 30 à la "Tanne du Bel Espoir", cette entrée du gouffre située sur le plateau du Parmelan à quelques 1575 m d’altitude, que les trois Lorrains venaient d’être retrouvés vivants quelques heures plus tôt, je suis entrée aussitôt dans le puits avec deux autres spéléos. Nous avions sur nous du matériel de survie et des médicaments. Derrière nous, d’autres sauveteurs ont transporté la nourriture, un réchaud et des vêtements secs. "On était content de vous voir" m’ont-ils dit ».« Nous avons fait la jonction avec les rescapés à midi. En tant que médecin, j’ai été aussitôt surprise par leur condition physique. Leur pouls battait normalement entre 60 et 80 pulsations-minute. J’ai néanmoins fait une injection intraveineuse de corticoïde à Didier Faust qui souffrait de gelures aux pieds et j’ai perfusé à vos trois messins des sérums sucrés et salés. Nous les avons habillés avec des vêtements secs et nous avons ensuite mangé ensemble tout en discutant ».

La marche vers « la lumière »

Deux autres sauveteurs sont alors arrivés à leur tour par le bas, c’est-à-dire la rivière souterraine de la Diau. « Nous nous sommes retrouvés à onze, sur cette niche où les rescapés avaient trouvé refuge dans l’affluent du Grenoblois. C’était presque l’opulence » poursuit le Dr France Guillaume. « Nous nous sommes par la suite installés sous une tente de fortune dressés avec des ficelles pour dormir. Pierre Kemp et ses camarades étaient très lucides. C’était extra. Ils nous ont même expliqué les heures de montée et de descente des eaux de la galerie afin que nous puissions partir dans les meilleures conditions ». « A 2 h du matin dimanche, nous nous sommes enfin mis en route, à la nage. Seuls Didier Faust, en raison de ses gelures aux pieds et un sauveteur ont dû emprunter un canot pneumatique ». Le petit groupe est arrivé à 4 h du matin dans la salle du "Grand Chaos" où il a été stoppé dans sa progression vers la sortie par la hauteur des eaux.

 « Nous avons planté un piquet dans la rivière pour mieux observer le niveau », raconte encore France Guillaume. « Chic, c’est bon » à 8 h dimanche, la décrue s’annonce. Les onze personnes repartent pleines d’allant. « Il nous a presque fallu courir derrière Didier Faust, Didier Bitzberger et Pierre Kemp » avoue sur le ton de la boutade un médecin de Grenoble. Au labyrinthe, la petite équipe rencontre d’autres spéléos arrivés par la grotte, avec, parmi eux, un deuxième médecin, Olivier Kergomar. « Mais, note France Guillaume, le téléphone qui avait été installé auparavant jusque-là ne marchait plus. On a gueulé » dit-elle avec un grand sourire.

La suite de cette formidable marche vers la lumière n’est plus alors qu’une formalité, presque, pour des spéléos aguerris. A la cascade Bocquet, atteinte à 11 h 37 précises dimanche, le groupe peut enfin faire parvenir la bonne nouvelle par téléphone aux équipes de sauveteurs qui attendent à l’extérieur des galeries, à l’entrée de la grotte de la Diau. Il ne reste plus que mille mètres à parcourir. A 13 h 30, les trois rescapés, accompagnés par leurs sauveteurs, redécouvrent enfin la lumière, le ciel bleu, les sapins aux couleurs vert espoir et le chant des oiseaux. C’est alors la descente, par un petit sentier abrupt, vers le camp de base où une bonne cinquantaine de spéléos et de secouristes les attendaient, avec impatience et émotion. Quelques heures plus tard, Didier Bitzberger, Didier Faust et Pierre Kemp retrouvaient leurs familles à Annecy. Deux amis des rescapés étaient là, eux aussi, Gérard Glanois et Jean-Luc Chéry de Marly, arrivés la veille en voiture de Moselle pour apporter leur amitié. L’extraordinaire odyssée de la Diau, unique dans les annales des sauvetages en eaux souterraines, prenait fin. Sans qu’aucune victime ne soit aujourd’hui à déplorer. Grâce à la sagesse des uns, à la ténacité, au courage et à l’esprit de solidarité des autres.

Article signé Jean-Michel Antoine [Républicain Lorrain du 1er juin 1982]

 

 « Nous avons beaucoup pensé à nos parents »

Libres et heureux, les trois rescapés de la Diau se présentaient dimanche, sur le coup de 14 h, avec leurs sauveteurs. Une saine ambiance de camaraderie régnait au campement installé au pied de la grotte. Nos trois Messins ne semblaient guère plus épuisés que les spéléos de la région Rhône-Alpes sur le terrain depuis lundi dernier.

[Républicain Lorrain du 1er juin 1982] Didier Faust, Didier Bitzberger et Pierre Kemp faisaient honneur au repas préparé à leur intention. Au menu : du poulet et des épinards et du jus d’orange à volonté. Assis autour d’une grande table, égayée par un bouquet de fleurs des montagnes du Parmelan, les rescapés racontent leur aventure et les heures d’espoir et de désespoir qu’ils ont connues. « On dormait par rotation de 3 heures, installés en chien de fusil, à même la roche, car nous n’avions qu’une couverture de survie », explique Pierre Kemp. « Nous avions mal partout ». Et il poursuit, approuvé par ses deux copains : « On essayait de boire le plus possible et de manger le moins possible. On a pu ainsi grignoter pendant deux ou trois jours des galettes de blé ou des trucs comme cela ». « On se posait des devinettes pour tromper le temps qui passait. Mais la grande question était de savoir quand les secours allaient arriver. Cela faisait long. On a énormément pensé à nos parents qui s’inquiétaient. Eux ne savaient pas où nous étions. Nous on savait qu’on pouvait tenir encore ».

Les trois spéléos messins n’ont pourtant jamais vraiment désespéré. « On a connu bien sûr des hauts et des bas. Il y en avait toujours un pour soutenir le moral des deux autres. C’est vrai, on était parfois H.S. ». Pierre et les deux Didier ont certes souffert du froid, mais aussi de la solitude. « On pensait parfois entendre des voix et mêmes des cloches qui sonnaient. Mais c’était du bruit d’une cascade toute proche. Quand on a enfin appris l’autre jour qu’un des sauveteurs approchait, poursuit Pierre Kemp, Didier Bitzberger, qui était le plus en forme de nous trois, a sauté de ses habits. Et hop ! Il a foncé dans leur direction. C’était bien les secours qui arrivaient. C’était formidable ». Les trois rescapés, qui sont bel et bien entrés dans la Diau samedi matin, à une heure où le temps était encore clément, ont confirmé qu’ils avaient également tout fait pour mieux comprendre les heures de crue et de décrue en griffonnant des notes sur un petit calepin. « On a par ailleurs tenté de sortir à la nage à plusieurs reprises », avoue-t-il encore, « mais on a dû à chaque fois renoncer devant la violence du débit des eaux ». « La spéléo, c’est fini ? » A cette question, Didier Bitzberger a répondu l’autre jour au camp de base. « Quand j’étais prisonnier dans les galeries, oui, je pensais que je ne remettrais jamais plus les pieds sous terre mais maintenant, depuis que j’ai vu cette rivière souterraine, si belle, si superbe, j’ai, je crois, changé d’avis.


Non, la spéléo n’est pas finie ».

Article signé Jean-Michel Antoine [Républicain Lorrain du 1er juin 1982]

 

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