« Lever à 4 heures, "habituel" pour l'EDT dont le départ est à 7 h. On est hébergés à Clermont à 20 min du départ. Comme prévu par la météo, il fait froid mais il ne pleut pas encore. La veille, les rumeurs annoncent 2 ou 3 degrès aux sommets des cols et des pluies quasi continues... la nuit cache encore ce qui se profile en direction des monts du cantal...
Je déjeune très copieusement et m'habille chaudement : sur-chaussures imperméables, chaussettes hiver, 3 épaisseurs en haut, manchettes, kway et je prévois des gants hiver dans une poche dorsale au cas où. Vu que la météo annonce des températures hivernales, je me "oints" généreusement d'huile chauffante, les jambes, les bras et la poitrine. J'avais tellement chaud par la suite dans la voiture sur le trajet du départ que je transpirais ... 1 heure après, je bénissais mon huile ;)))
J'arrive dans le sas 1 vers 6h30 après un très léger échauffement, que je ne pense pas alors très important car le profil de l'étape prévoit 50 km pas trop durs qui doivent permettre la mise en jambes .... normalement. Des petites averses commencent déjà à tomber mais rien encore d'affolant. Le soleil s'est levé petit à petit et le ciel est totalement noir en direction du sud ouest où nous allons. Pas très rassurant !!!
Le départ est donné à 7 h, je suis au milieu de mon sas et 5 minutes plus tard, la pluie commence à tomber et le vent se lève, ils ne vont quasiment plus nous quitter de la journée.
On file à travers Issoire en direction des charmantes gorges de l'Alagnon, jusqu'à faire une petite escapade dans mon département la Hte Loire. Le peloton est nerveux, çà freine et çà glisse pas mal , je fais un peu l'élastique en milieu de peloton, à freiner et relancer à chaque virage. Je décide de remonter un peu avant la 1ère côte située à une quarantaine de km, à Massiac
et qui fait 3-4 bornes. La pente est légère (4-5 %) mais le vent de face commence à se renforcer
au fil de la montée.
Je gère pour ne pas me mettre dans le rouge si tôt mais le peloton commence
à s'étirer.
Je vais un peu regretter de ne pas avoir trop forcé à ce moment-là car je ne reverrai plus
la tête de course.
La côte de Massiac nous amène au plateau du Bru, qui domine la vallée à 600 ou 700 m d'altitude et là on va rentrer dans une "autre dimension" durant une vingtaine de km.
Le vent du sud-ouest et ses bourrasques nous clouent à la route (15 km/h sur du plat ...). Des petites groupes de 20 gars se forment sans que personne ne puisse sortir pour remonter sur le groupe qui le précède, je me trouve "prisonnier" du 3è groupe sans que l'on puisse jamais revenir. Tout le monde sert les dents face au vent, à la pluie givrée et au froid, on tourne quelques relais sans grande efficacité, le groupe devant prend 50 mètres, puis 200 mètres puis 500 mètres et va rester à cette distance sans que l'on puisse faire quoi que ce soit derrière.
A ce moment-là et malgré l'huile chauffante, je suis frigorifié et le moral est au plus bas car il reste 160 bornes, des cols et des conditions peut-être encore plus dures à venir. Si nos accompagnatrices (Maga et Céline) avaient été sur le bord de la route à ce moment-là, je suis quasiment sûr que j'aurais bâché mais "coup de bol" elles ne nous attendent qu'au sommet de la côte de la chevade, après 150 km donc il faut tenir.
Mes doigts sont congelés mais je ne mets pas encore mes gants d'hiver, je préfère ne pas les mouiller si tôt dans l'étape et les garder secs pour les descentes de cols. Je me force à boire des petites gorgées mais j'ai beaucoup de mal à tenir mon bidon. J'essaie de manger une barre chocolatée, j'arrive difficilement à mâcher, je vais garder la barre dans la main gauche une bonne dizaine de minutes avant d'en venir enfin à bout. J'ai les cervicales et les reins complétement raides à cause du froid.
A ce moment-là, je pense qu'on est tous un peu dans un autre monde, personne parle, tout le monde claque des dents, je me souviens même avoir imaginé profiter de la chaleur d'un troupeau de vaches qui nous regardait passer dans un pré au bord de la route .... un autre monde je vous dis ;))).
Les km de faux plats montants passent lentement, très lentement même à cause du vent. Personne n'ose s'arrêter au ravito d'Allanche, peut-être par peur de ne pas pouvoir repartir. Je ne pense déjà plus à ce qui nous attend et j'essaie de prendre les cols un par un. Le classement et la course deviennent secondaires, je veux juste en finir le plus vite possible. Le plateau de Bru a été si dur que j'ai eu l'impression d'être dans un col hors catégorie.
Je languis du véritable 1er col, le pas de peyrol pour enfin me réchauffer un peu.
On arrive petit à petit au niveau de Dienne où l'ascension débute doucement et enfin un peu à l'abri du vent. L'ascension se passe bien même si les muscles sont transis. Je me force à beaucoup mouliner pour retrouver du rythme. Le sommet du col est dans le brouillard, on voit à peine 500 m devant et derrière nous. Les conditions sont proches de ce que l'on avait connu avec l'ECM mi-juin
Le dernier km à 10 % et vent de face est dur mais je le "savoure" comme mes dernières minutes de "chaleur" avant de faire la bascule. Je m'encourage à ce moment-là en disant que je viens de passer le 100è km et donc la moitié de course. On reste en petit groupe de 5-6 gars. La descente fait 8 bornes et est plutôt dangereuse (hein Vino !!!), tout le monde descend sur les freins que l'on peine à serrer.
Je me force à tourner les jambes car le col du Pertus et son 1er km à 11 % débutent au pied de la descente. Je prends une pâte de fruits et je mets la moulinette en marche, tout à gauche (34-28). Le col du Perthus ne fait que 5 km mais il est en escalier avec 2 x 1 km à 11 % au début et au milieu. J'arrive au sommet avec 2 gars et je ne vois personne ni devant ni derrière, je me demande même où sont passés les 7 000 cyclistes annoncés. Je comprendrai plus tard. Un gamin sur le bord de la route s'amuse à compter les cyclistes, il m'annonce 45è. Du coup le moral revient d'autant que la pluie s'est arrêtée un peu et que les filles m'attendent au sommet de la côte de Chevade dans une quinzaine de bornes.
La descente du Col de Perthus est est plus courte que celle du Peyrol et donc moins "frigorifiante". Je me force à manger et à boire pour refaire le plein. Au pied de la descente, j'aperçois Manu qui m'encourage sur le bord de la route, çà me booste.
Les montées du Font de Cère et de la Chevade se passent bien car la route est bonne. Je rattrape quelques gars par ci par là mais je roule seul. Comme j'arrive dans un coin que j'emprunte en voiture quand je rentre en Hte Loire chez mes parents, je suis plutôt motivé à ce moment-là.
Les filles m'attendent à la Chevade, je m'arrête 1 petite minute pour refaire le plein et repars avec un groupe de 5 gars.
La descente sur Murat est courte mais plutôt roulante et déjà se dessine au loin le col du Prat de Bouc et le sommet du Plomb du Cantal embrumé. Je gère la montée car je crains que mes jambes finissent par exploser. Les 160 premiers kms et les conditions ont été épuisants. Je monte à nouveau tout seul et le resterai jusqu'au pied de St Flour.
Les 50 derniers kms sont des successions de faux plats montants ou descendants où le vent devient enfin légèrement favorable. Le final est très usant car il n'y a jamais de véritable descente pour se reposer, il faut toujours pédaler. J'en vois pas la fin.
J'angoisse un peu d'arriver au km 193 où une côte de 2 km à 6 % est annoncée, qui mène au Chateau d'Alleuze. A peine arrivé au 2nd virage de la côte, je vois "débouler" un puis 4 cyclistes en contre-bas. Il va falloir batailler pour garder sa place, c'était pas trop prévu d'autant que la fringale rode et que les douleurs dorsales sont accompagnées d'un début de crampe au dessus du genou gauche. Je mange des pâtes de fruit et me retourne assez régulièrement, partagé entre le fait de rouler pour maintenir l'écart ou les attendre pour garder des forces pour les 2 derniers km d'ascension qui arrivent à St Flour.
Je ne vois personne derrière mais les routes sinueuses cachent les poursuivants. Je roule normalement jusqu'à l'entrée de St Flour. Je suis à peine dans le 1er virage d'ascension que je vois "surgir" 3 cyclistes avec un très bon rythme. Ils me rattrapent très vite et je garde leur roue. Je n'ai plus grand chose dans les jambes et finis 3è du groupe de 4 enfin soulagé d'avoir franchi cette satanée ligne, qui m'a tant obsédé depuis 200 bornes. Le chrono affiche 7h39. Je descends du vélo totalement ailleurs, le coeur à 12 000, je n'avais même pas entendu Magali qui m'encourageais dans la montée.
Le soleil pointe enfin le bout de son nez. Magali m'apprend que le speaker m'a annoncé 36è, je suis très content du résultat mais je suis très déçu de ne pas m'être amusé et d'avoir pu profiter des beautés cantaliennes (les paysages, pas les filles ! ;)))).
Voili, je languis déjà d'une nouvelle EDT en Auvergne, chez moi parce que celle-là me laisse un peu sur ma faim.
Sur les 6500 inscrits, 4500 se sont présentés au départ. Au ravito d'allanche, on a demandé aux 2000 derniers de ne pas continuer et de rejoindre St Flour. Au final, 2 000 sont allés au bout de l'étape mais les 4 500 sont allés au bout d'eux-même, car c'était vraiment unique.
Je ne pense pas avoir déjà autant souffert sur un vélo et j'espère ne plus jamais endurer de telles conditions. Je crois que personne n'oubliera cette étape de sitôt.