VOYAGE SKI 5èmes 2009

Le récit

Samedi 10 janvier, 6h46, le train Lunéa arrive en gare d’Austerlitz, débarquant les 59 passagers du Lycée Claude Bernard, a peine réveillés d’une nuit autant agitée que finalement appréciée. C’est la fin du voyage. Les bagages sortent petit à petit et déjà le long du quai on voit arriver les parents, à allures diverses, plus ou moins pressés. Certains, bien réveillés, trottinent presque. D’autres s’avancent d’un pas plus hésitant, scrutant tous les affichages, cherchant la voiture 17. Et voilà les retrouvailles. Les visages endormis s’illuminent soudainement à la vue du père ou de la mère retrouvés. Les traces du réveil difficile laissent place à de larges sourires qui ne trahissent pas le bonheur de retrouver le froid et l’humidité parisienne. À peine le temps de sortir les dernières valises que déjà les professeurs ne voient plus que le dos de certains. Le défilé s’inverse et chacun repart, le récit du séjour est déjà entamé et les au-revoir presque oubliés. Comme toujours, il y a bien les retardataires, ceux qu’on arrive à garder avec soi jusqu’au bout du quai, voire même à la table d’un café, cherchant un peu de chaleur, et de quoi se réveiller pour de bon. L’heure est encore matinale, trop pour certains parents. Mais c’est le charme du voyage, il faut tenir jusqu’au bout, pas question de se reposer. Il faut dire que depuis que tout a commencé, personne n’a pu souffler.

            Départ dimanche 4 janvier. Les vacances sont encore avec nous, et les participants au rendez vous. On avait dit 21h. Certains ont vu large : 19h ! Compter, lister, vérifier, c’est long dans une gare bondée. Si on rajoute la négociation pour la constitution des couchettes, ça devient ambitieux...surtout quand les parents s’en mêlent ! A 22h, le train est bouclé avec un groupe complet. Quelques parents ont eu du mal à descendre du train à temps …

La nuit est courte, car l’excitation du voyage, du groupe, et pour beaucoup du programme annoncé n’aident pas à se reposer. Mais à  6h45, il faut pourtant se lever : “ GAP 2 minutes d’arrêt “. M. Reau a faillit en faire les frais, à trop vérifier que personne ne manquait, il y serait resté. Le bus roule avec son quotidien de nausées, mais le trajet est court, et nous voilà déjà à Orcières. Il est 8h, tout le monde ne pense qu’au petit déjeuner. Les valises sont abandonnées dans la neige, il est des moments où l’on a d’autres priorités. Le premier briefing n’attend pas et remplace pour les professeurs un café tant espéré. Mais le timing est strict, il faut que tout soit calé, car le programme est chargé. Ce matin, prise de possession des lieux, répartition des chambres, habillage ski, bus, distribution matériel, … nous avons 2 heures pour équiper tout ce petit monde et c’est là que ça devient intéressant.

            32 de nos 53 élèves sont débutants. Le niveau de ski importe peu en soi, mais les conséquences sont nombreuses. Cela signifie que 60% de nos élèves ne savent pas vraiment (… pas du tout…) s’habiller pour le ski. Et quand vient le moment d’enfiler une chaussure de ski, ça devient un défi permanent. Quel sens ? Comment on ouvre ? c’est trop serré… ça fait mal … trop grand, trop petit, trop lourd, … Comment on serre ? comment on ferme ? Comment on fait … ? La fourmilière grouille, les ouvriers s’activent.

“Le n° 34, il est à qui ?” Personne ne répond, le prof s’énerve sur les élèves qui n’ont pas écouté les consignes données il y a 10 minutes. Personne ne répond. On perd du temps, il faut sortir le listing qu’on avait rangé dans la poche de la combi, mais avec les gants c’est pas facile. Le listing, il glisse, il tombe dans la neige rendue boueuse par le piétinement répété de ceux qui passent. Le listing on arrive encore à déchiffrer : n° 34 M. Senouci. Mais comme il est occupé à chausser 4 élèves en même temps, il ne pouvait pas répondre. On lui avait peut être même pas dit que c’était lui. On peut pas lui en vouloir. On s’est énervé pour rien. Comme souvent. Voilà comment se passe la délivrance du matériel. C’est sportif diront certains.

A l’heure du repas, on commence à se détendre et à rigoler un peu. Faut dire que depuis hier soir 20h, personne n’a eu une minute de libre. Mais quand 53 élèves mangent en tenue de ski, ça redonne le sourire. Surtout quand certains se décident à se lever pour chercher de l’eau, avec un leste de 3 kilos sur chaque pied. Marche de travers. Marche en arrière, marche en avant, chacun y va de son idée pour se mouvoir. On rigole, un peu, … beaucoup, … eux aussi.

13h30, chaque groupe part avec son moniteur ESF et son prof de Claude B. 
La semaine peut commencer.

Et une semaine c’est surtout des chiffres et des évènements  :

- 32 élèves débutants en ski
- 27 élèves qui ne connaissent pas la montagne enneigée.
- 22 élèves qui ne connaissent pas la montagne du tout.

Quel que soit le niveau, vendredi, chacun aura sa récompense : 
3 oursons, 22 flocons, 4 premières étoiles, 4 deuxièmes étoiles, 10 troisièmes étoiles, 10 étoiles de bronze.

Mais le bilan peut aussi être celui là : 
17 malades dont 8 gastro, 4 angines, 1 bronchite, 4 indéterminés. 8 visites médicales.
 
On rajoute 5 batailles de boule de neige intenses (une par jour bien entendu), qui permettent à chacun d’évacuer la tension de la journée, le stress du débutant face à la pente raide et la piste verglacée, et qui remettent tout le monde au même niveau. Plus de groupe. Plus de forts et de moins forts.

On rajoute … une belle chute de neige (30 à 40 cm), une journée glaciale (-15°C …. Ou moins encore ?) + une journée dans le brouillard et la tempête de vent (une seule remontée ouverte !). Il faisait froid, mauvais et on ne voyait rien. Et pourtant aucune plainte ! Bravo les élèves !
        
Et le programme, c’est aussi, une soirée patinoire, une soirée raclette, une soirée vidéo sur le parc des Ecrins, une soirée “boum”. 

Il y a eu aussi des pleurs, de la fatigue, des conflits, des tensions et de l’énervement. C’est inévitable, malgré le coucher strict et non négociable à 21h30 pour tous, … 

Et puis il y a eu une inondation, aussi subite et surprenante qu’elle sera mémorable, qui a obligé M. Collin à un réveil nocturne improvisé, pour secourir 15 élèves en détresse. Les pieds dans l’eau à 4h du matin, qui s’en souvient ?

A l’heure du bilan, je crois pouvoir dire que les objectifs ont tous été atteints.

Tout d’abord offrir à ces élèves la chance de découvrir pour beaucoup d’entre eux un milieu méconnu voire inconnu, la montagne, la neige, le froid, l’altitude. La neige qui tombe à Orcières est tellement différente de celle qui tombe à Claude B. Les repères sont bouleversés, et chaque jour a réservé son lot de découvertes et de surprises.

Ensuite pratiquer une activité physique intense, éprouvante, qui procure des émotions en tout genre, frissons, joies, peurs, craintes, et qui permet à chaque élève de se retrouver dans des situations inhabituelles. Ce séjour reste un stage sportif, où nous visons la diversification des pratiques pour ces petits parisiens habitués à une EPS confinée, dans un gymnase en sous- sol, ou un stade au dessus du boulevard périphérique !

Enfin, et c’est sûrement là le plus important, la vie de groupe a été prépondérante. Les chambres collectives, les repas à partager à 120 élèves, avec d’autres classes venues d’ailleurs, le quotidien où l’autonomie est de mise (même s’il faut la provoquer), les petits repères quotidiens absents… Bon nombre de ces élèves ont révélé des facettes de leur personnalité que nous ignorions, certains pouvant être épanouis par la liberté soudaine qu’il découvraient loin du cocon familial, quand d’autres habituellement si assurés s’effondraient le soir venu, de ne pas retrouver Papa, Maman et frères et soeurs.

Notre seul regret, c’est de ne pas avoir réussi, malgré nos demandes nombreuses et diversifiées, à trouver des collègues volontaires dans d’autres disciplines, … 
Nous remercions donc simplement et sincèrement M. Senouci, pour son travail formidable et son apport indispensable dans la vie en collectivité durant ce séjour.

ce site a été créé sur www.quomodo.com