1902 : La Régence Marseillaise

(Groupe de Joueurs d’Échecs)

remporte un tournoi international par correspondance, sans perdre une seule partie


D

ans le fameux cahier, évoqué précédemment, étaient insérés quelques feuillets reliés, aussi vétustes et jaunis que le cahier lui-même, mais peut-être plus précieux encore, et en tout cas plus anciens. Si j’ai adopté cette calligraphie moyenâgeuse employée ici dans le titre et la lettrine, c’est que ce style est également celui adopté pour l’impression du titre des feuillets en question.

C’est en 1902, sous la Présidence Républicaine d’Émile Loubet, et, si l’on en croit le nom porté manuellement sur le premier feuillet, celle d’Albert Molinari pour le « Groupe de Joueurs d’Échecs »...

 

                                                                   

                                                        

... que débuta cette confrontation internationale d’Échecs par correspondance, en huit parties, que nous nous proposons de vous présenter bientôt.

Le tournoi était thématique, et le début imposé était le Gambit du Roi, très prisé à l’époque, et toujours pratiqué aujourd’hui par quelques nostalgiques du romantisme et les casse-cou !

À la première page des feuillets, à en-tête de la Régence Marseillaise, une lettre est reproduite, datée de novembre 1904, signée « Le Comité » et adressée à Monsieur… anonyme !

Nous y apprenons que la Régence Marseillaise avait eu à combattre six adversaires européens et deux français, à Besançon et à Paris (groupe de joueurs du parc Monceau), puis en Europe à Prague, au Caucase, à Bruxelles, à Kent en Angleterre, à Amsterdam et à Gatchina en Russie. La Régence Marseillaise remporta le tournoi sans perdre une seule partie, en concédant la nullité seulement aux Pragois.

Les parties sont présentées et commentées en notation descriptive, notation qui n’est plus employée aujourd’hui et à laquelle nous ne sommes plus accoutumés. Robert Tsalikian se charge de les transposer en notation algébrique, de manière à les rendre plus aisément lisibles.

Lorsque ce sera fait, nous ne manquerons pas de présenter à nos lecteurs ces parties musclées, héritées de nos glorieux et exemplaires ancêtres, contribuant ainsi à susciter peut être un regain en faveur du Gambit du Roi, thème ardent hélas aujourd’hui délaissé, aussi bien dans les Clubs que chez les Grands Maîtres.

Voici les sept premiers coups imposés par le règlement de ce tournoi thématique. Ils serviront de base à l’examen des amateurs et à l’analyse des plus exigeants, en attendant de voir comment nos pères spirituels ont su triompher dans ce dédale de combinaisons périlleuses.

 

Gambit du Roi, variante Rice (appelé Gambit Rice)

1. e4 - e5, 2. f4 - exf4, 3. Cf3 - g5, 4. h4 - g4, 5. Ce5 - Cf6, 6. Fç4 -d5 7. exd5 - Fd6

 

                                                              

 

À l’intention de nos lecteurs profanes ou débutants, profitons de l’opportunité qui nous est offerte pour revenir sur le mot « Gambit ».

Comme l’expliquait fort à propos notre talentueux moniteur Zvonimir Zotti, au cours de la première leçon aux débutants, le 8 mars dernier, à la Cité des Associations : un gambit n’est pas un cadeau, mais un investissement, procurant une compensation suffisante et souvent avantageuse au prix du Pion investi. Il nous a démontré avec brio que dans le Gambit Dame, après 1. d4 - d5, 2. ç4 - dxç4, 3. e3, si les noirs veulent se cramponner au bénéfice illusoire du Pion d’avance par 3. - b5, ils sont sévèrement punis !

Récemment, Guy Rouverol me disait, à propos du Gambit Évans dans l’Italienne (1. e4 - e5, 2. Cf3 - Cç6, 3. Fç4 - Fç5, 4. b4), que je me suis remis à pratiquer, pour obéir à mes instincts romantiques et aventureux : « C’est faux ! Ça a été archi analysé, ça n’est pas bon pour les Blancs », ce à quoi je lui ai répondu : « Bien sûr ami, mais ça été analysé par qui, et quand ? Et combien de mes adversaires connaissent ces analyses, et sont capables de réfuter mon gambit faux mais puissant, qui bien souvent les surprend et les déstabilise ?… »

Ici, dans le Gambit du Roi, 4. - g5, gardant le Pion f4 bénéficiaire, est beaucoup plus difficile à « punir », mais les parties qui en découlent sont des bagarres violentes et ouvertes, ou les coups pleuvent de part et d’autre comme dans une bagarre de rue, consacrant la victoire parfois d’un camp, parfois de l’autre… Comme dans la rue, sur l’échiquier, les meilleurs du moment gagnèrent, et ce fut nos illustres ancêtres, tantôt avec les Blancs, tantôt avec les Noirs, dans ce tournoi dont nous aurons bientôt plaisir à raviver la mémoire.

 

                                                                                                                                    Robert Siberchicot, 12 mars 2006


 

 


 
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