Articl NR du 11/01/2022 : Super-prédateur ou paisible monstre ? (Le silure)

Indre-et-Loire : le silure est-il une menace en Loire ?

Publié le | Mis à jour le

Une étude scientifique est en cours pour mesurer l’impact des silures sur les poissons migrateurs qui remontent la Loire et ses affluents. Le sujet divise les pêcheurs.

Un « super-athlète » doublé d’un fin limier, capable d’avaler aussi bien des poissons que des oiseaux ou des ragondins. Lorsque le silure a été réintroduit dans le Centre-Val de Loire au tournant des années 1980, certains y ont vu un bon moyen de développer la pisciculture régionale.

C’était sans compter avec l’appétit vorace de ce carnivore insatiable et le réchauffement climatique qui a largement favorisé sa reproduction sous nos latitudes.

Une étude comportementale du silure lancée

Désormais, ce prédateur redoutable semble régner en maître dans la Loire et ses principaux affluents. Au point de bousculer les écosystèmes et de constituer une menace pour les espèces de migrateurs déjà en voie de disparition telles que les saumons, aloses, lamproies et autres anguilles.

C’est pour mesurer plus précisément cette menace que le Muséum national d’histoire naturelle a lancé l’an dernier une étude comportementale du silure sur le bassin de la Vienne et de la Creuse en Indre-et-Loire.

« L’objet de cette étude est de mesurer la densité des populations, les circulations des carnassiers, leurs caractéristiques biométriques ou encore leurs besoins caloriques », indique Catherine Boisneau, maître de conférence en écologie des cours d’eau à l’université de Tours.

"Un super-prédateur très opportuniste"

Pour cette scientifique qui travaille sur le sujet depuis plus de quinze ans, les conclusions des observations en cours ne font guère de doute. Déjà, une étude comparable menée sur la Garonne a démontré que 80 % des lamproies marines remontant ce fleuve étaient consommées par les silures omniprésents.

« Nous avons affaire à un super-prédateur, très opportuniste, qui sévit aussi bien autour des barrages que sur les tronçons libres, sans obstacles », estime l’universitaire tourangelle.

Lui aussi docteur en sciences et surtout pêcheur professionnel en Loire depuis 1994, son mari, Philippe Boisneau, est encore plus affirmatif. « Depuis plusieurs années, nous pêchons des silures qui recrachent des quantités phénoménales de migrateurs », témoigne-t-il en rappelant que l’on capturait plus de 100.000 saumons dans l’estuaire de la Loire au début du 20e siècle.
« Des lions parmi les gnous » L’an dernier, 259 seulement ont franchi le barrage du Vichy. « C’est comme si on avait introduit des lions parmi les gnous », résume-t-il.

Cette vision est loin d’être partagée par de nombreux pêcheurs amateurs qui accusent au contraire les professionnels de vider les rivières pour leur seul profit. Vieux passif et éternel conflit entre les deux camps qui n’arrivent toujours pas à partager le même terrain de jeu.

Pour sa part, Philippe Boisseau assure s’exprimer dans l’intérêt collectif pour « sauver les espèces indigènes » du bassin de la Loire.

« Plus l’écosystème sera diversifié, plus les populations de poissons seront stables », insiste-t-il en dénonçant la « vision égoïste » de certains pêcheurs, trop heureux de se livrer « à la pêche au gros au bout de leur jardin ».

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