Les petits ânes

de Sormiou


  SIMONE GUERIN


 

 

                         

 

 

 

 




 


  C 'étaient trois petits ânes gris qui vivaient à Sormiou, une     jolie calanque, au bout de Marseille, toute de roche blanche, d'eau claire et de pins verts.
   Les arbres venaient jusqu'au bord de l'eau, et, les vagues en se retirant, roulaient les petit galets ronds dans un désordre joyeux comme un rire d'enfant.

   L'eau  était  si limpide  et les algues  si denses  que,  sur  le bleu.

miroitaient parfois des reflets verts.

  Quelques pêcheurs demeuraient là, dans de petits cabanons, au milieu des chênes kermès.

   Leurs familles habitaient Mazargues ou Sainte-Anne, mais eux restaient à Sormiou toute la semaine, pêchant ces poissons de roche, colorés et parfumés, que les bons restaurants et les meilleures tables de Marseille se disputaient.

   Pas des professionnels. pas des amateurs, simplement des hommes sages vivant de peu.

   Un lever de soleil flamboyant, une pêche abondante, une longue sieste et la vie coulait, jour après jour. simple et paisible.

   Près de leur barque, au milieu des filets. des palangrottes et des cannes de bambou longues et souples, les hameçons dans une  boîte en fer, à leur pieds, ils préparaient les appâts, esques  ou piadons, dont ils brisaient la jolie coquille en spirale, entre deux cailloux.

 

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   Parfois, ils  s'asseyaient ensemble  devant un des  cabanons, au  soleil, sans tenir de grandes conversations, seulement quelques mots et de longs silences, riches de ce qui n'est pas dit, pleins de rêves, de contemplation, de rien…

    Entre Mazargues et Sormiou, à mi-chemin, il y avait les Baumettes, un groupe
 de maisons dans les pins. même pas un hameau. seulement quelques grands 
cabanons, ouverts l'été. et puis... un  *bar-restaurant-épicerie-journaux-tabac-dépôt de pain*.

  Maintenant, il y a la prison et toute une urbanisation qui a dévoré la colline... ainsi va la vie...

    Donc, nos pêcheurs étaient à Sormiou, sur leur barque dès le point du jour, et le bar-tabac des Baumettes leur était bien utile pour l'acheminement de leur pêche ou quelques provisions oubliées ; mais, comme ils allaient à pied, ils n'avaient vraiment pas le temps d'aller et de venir.

  Alors, ils avaient organisé un relais ânier. Trois petits ânes gris, vous savez, ceux qui ont une croix sombre sur le dos, en souvenir de l'enfant Jésus, (enfin c'est nous en Provence, qui l'affirmons !) trois ânes, donc, allaient et venaient chaque jour de Sormiou aux Baumettes et retour.

  Comme la pinède embaumait, que les chardons et les orties étaient délicieux, le trajet durait... durait longtemps... mais, si les ânes n'étaient pas rapides, nos pêcheurs n'étaient pas pressés...alors…

   Ainsi, je les avais rencontré bien des fois, quand, petite fille, j'allais à la pêche avec
 mon père. Ils passaient près de nous. indifférents, le regard lointain sous leurs longs
 cils raides. Ils étaient chez eux, nous dépassaient ou nous croisaient, conscients de
 leur utilité et de leur rôle.

 A Sormiou, le matin, la barque, verte ou bleue, tirée sur les galets et le poisson arrangé sur des sacs de jute mouillés d'eau de mer, le pêcheur marquait sur un bout de papier le détail de sa pêche confiée à l'âne et ce qu'il voulait que le message lui rapporte.

 Nos trois petits ânes gris partaient alors, oreilles dressées tout fiers... et tap et tap... les sabots sur les rochers blancs et crac, un chardon, et je te savoure ma vie d'âne.

  Le Chemin que nous suivions, nous, les rares citadins qui étions des écologistes mais ne le salivions pas, ce chemin, c'était Bijou. Titin Griset qui l'avaient tracé jour après jour, par  tous les temps…

 

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 ( à suivre )

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