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La trompe d'Eustache : tout ce que vous avez toujours voulu savoir, et plus


Le texte ci dessous est une information intégrale de haut niveau sur cet organe si indispensable au plongeur. Il a été crée pour être lu par tous, mais certains passages pourront paraître très "pointus" pour le néophyte, qui y trouvera néanmoins toutes les informations en fonction de son niveau de recherche.

La trompe d'Eustache, anatomie et physiologie


Anatomie et physiologie de la trompe d’Eustache


ou tuba auditiva


et ses applications chez le plongeur


 


Philippe CALIOT, ancien chef de TP et chargé de cours d’anatomie Université de Bordeaux II, ORL, ancien membre de la CMPN de la FFESSM. – Sept. 2017


 


Et d’abord qui était Eustache ? On a l’habitude en Anatomie en particulier, de désigner certains des éléments ou structures anatomiques sous le nom de leur découvreur déclaré.
En fait la nomenclature internationale est venue harmoniser le nom des dites structures à l’échelon international auprès des anatomistes du monde entier. Eustache y a perdu son nom et on est maintenant censé parler de Tuba Auditiva ou tube auditif au lieu de trompe d’Eustache. Nous garderons l’ancienne dénomination et utiliserons l’abréviation TE.


 


 


C:\Users\user\Pictures\6758-p001-e1450094807301.jpgContemporain de Vésale au XVIème siècle, Bartolomeo EUSTACHIO est né aux alentours de 1510 à  San Severino, en Italie. A eux deux ils se partagent la réputation d'avoir été parmi les pères de l’anatomie humaine à la Renaissance. Grace à de nombreuses et très soigneuses dissections, pas très encouragées  par l’Eglise à cette époque, mais protégé par le cardinal DELLA ROVERE, il travaille en particulier sur l’anatomie de l’oreille et notamment sur la trompe qui porte son nom, mais aussi sur les dents, les phénomènes de première et seconde dentition, et les surrénales. Il établira en fait de remarquables gravures anatomiques d’anatomie générale qui ne seront publiées qu’à partir de 1714. Son livre est devenu un best-seller de l’anatomie mais plus d’un siècle après sa mort du fait des restrictions religieuses sur les travaux anatomiques tout au long de la Renaissance .


 


1 - Embryologie


C:\Users\user\Pictures\anat\embryo te.png


 


 


 


 


 


 


 


La trompe est le résultat de la jonction de 2 ébauches :


- L’une ectodermique qui s’invagine et donnera le méat acoustique externe avec la pyramide pétreuse en haut et l’os tympanal en bas.


- L’autre endodermique : invagination au 28ème jour in utero de la première fente branchiale (canal tubo-tympanique de Kölliker)


Les structures tubaires définitives sont identifiables dès la vingtième semaine, mais le développement définitif se poursuit après la naissance.


 


2 - La Trompe (TE) : anatomie descriptive et rapports



2-1- La trompe, organe pair et symétrique (c’est-à-dire qu’il y en a une à droite et une à gauche), est un canal qui fait communiquer la caisse du tympan avec la paroi latérale du cavum*(cf. infra).


Son bon fonctionnement est indispensable pour un bon fonctionnement de l’audition.


2-2-Direction.  Elle est oblique en bas, en dedans et en avant.



2-3- Situation.


 Il faut la replacer parmi les structures de l’oreille sur une maquette.



E:\maquette oreille.jpg


























Elle s’intègre dans les structures de l’oreille.


Au milieu c’est l’oreille moyenne avec la caisse du tympan contenant les osselets, qui communique en arrière par l’aditus  avec les cavités mastoïdiennes (antre et cellules mastoïdiennes), et qui communique en avant avec le cavum*(cf infra) par notre trompe d’Eustache. Cela constitue les cavités  aériennes de l’oreille moyenne dont la bonne aération (par la trompe) est indispensable au bon fonctionnement de l’oreille. Remarquons que ces cavités sont  alignées selonun axe oblique en bas, en avant et en arrière, dans l’axe du rocher. Le rocher est la partie  inférieure et pyramidale de l’os temporal à l’étage moyen de la base du crâne. Il contient les éléments de l’oreille.


En dehors c’est l’oreille externe avec le conduit auditif externe (CAE) et le pavillon.


En dedans c’est l’oreille interne :


-Cochlée osseuse en avant qui contient le canal cochléaire membraneux, organe de l’audition


-Labyrinthe osseux en arrière avec les canaux semi-circulaires, qui contient le labyrinthe membraneux organe d’équilibration.


L’oreille interne communique avec l’endocrâne (intérieur de la boite crânienne) par le conduit auditif interne (CAI). Son fond osseux percé de petits orifices donne passage au nerf cochléo-vestibulaire, au nerf facial et à la vascularisation de l’oreille interne.


Remarquons qu’il y a deux axes de fragilité dans ce rocher, le premier dans un axe oblique en avant et en dedans constitué par la caisse, les cavités antro-mastoïdiennes, et la trompe.


Le second est constitué par le CAE, la caisse et le CAI, presque perpendiculaire au précédent. Ces deux axes de fragilité trouvent leur application en traumatologie lors des fractures du rocher.


 


2-4- Constitution et forme   


Très schématiquement elle se compose de deux cônes tronqués opposés par leur sommet, d’une longueur totale de 36mm environ.


C:\Users\user\Pictures\tuba auditiva.png







 













                                            schéma extrait des cahiers d’anat. ORL de Legent Perlemuter


- Le tiers postérieur osseux (ou protympanum), canal osseux creusé dans la pointe du rocher (2 à 4mm de calibre) qui s’ouvre en arrière dans la caisse du tympan, qui est fixe


-Les 2/3 antérieurs, fibro-cartilagineux, c’est la partie décrite par B. Eustachio qui s’ouvre en avant et en dedans, dans le cavum*. C’est la partie mobile. Elle mesure 8 mm de diamètre vertical environ à son arrivée à l’ostium.

Cette trompe fibro-cartilagineuse est constitué par une  gouttière cartilagineuse à concavité inféro externe transformée en canal  par une fibreuse en bas et en dehors, fixée à la base du crane par des attaches fibreuses (cf infra chap. 2-8)


-La zone de jonction de ces deux cônes ou isthme tubaire est un angle en principe très obtus ouvert vers le bas, c’est la zone la plus étroite


L’ensemble de la trompe est tapissé intérieurement par une fine muqueuse respiratoire.


 


2-5- Les variations anatomiques sont classiques :


-en fonction de l’âge.


Chez le petit enfant elle est courte (15mm à la naissance, 30mm à 4ans)
C’est ce qui explique les otites dites « rhinogènes » du jeune enfant, les germes passant facilement du nez et cavum vers l’oreille)


-en fonction des individus


C:\Users\user\Pictures\anat\varaitions anat.png


 


 


 


 


 


 


 


 Trompes largement perméables, ou étroites, ou anguleuses, ou coudées, donc parfois peu perméables et donc potentiellement problématiques, surtout chez le plongeur.


-Et aussi, chez un même individu, la symétrie n’est que théorique, avec une trompe parfois bien compliante d’un côté et beaucoup moins de l’autre. Les plongeurs connaissent bien cela, qui « ont une oreille qui a du mal à passer d’un côté »


 


2-6-Orifices


En arrière elle s’ouvre sur la paroi antérieure de la caisse du tympan.


En avant, elle s’ouvre  sur la paroi latérale du cavum*


 Le pharynx est une gouttière fibro-musculaire verticale, appendue à la base du crâne et divisée en 3 parties :


       - moyenne : c’est « la gorge »  que l’on voit au fond, quand on fait ouvrir la bouche, avec les amygdales sur les côtés.


       -au-dessous c’est l’hypo pharynx qui s’ouvre sur l’œsophage et dans laquelle fait saillie le larynx


       -au-dessus c’est l’épi pharynx ou cavum*, au-dessus du voile du palais, dans lequel débouchent les fosses nasales en avant et les trompes sur les côtés : c’est l’ostium  pharyngien, mobile et dilatable, pair et plus ou moins symétrique. Cet orifice tubaire est protégé en haut et en arrière par une saillie cartilagineuse : le bourrelet (ou tubercule) tubaire. Celui-ci est séparé de la paroi post du pharynx par la fossette de Rosenmüller. Au-dessous de l’ostium c’est le pli du releveur, dessiné par le muscle du même nom. Cet ostium est situé à 7 à 10 mm en arrière de la queue du cornet inférieur qui sert de repère lors de son examen fibroscopique.


 

C:\Users\user\Pictures\anat\ostium.png 


 


 


 


 


 


                Ostium tubaire


                  Schéma cahiers ORL Legent Perlemuter


 


 


 


 


 


2-7- A cet ostium


sont annexés les 2 muscles péri-tubaires qui contrôlent son ouverture et on les décrit avec lui :


 C:\Users\user\Pictures\anat\TEa\m péri tubaires.png - muscle tenseur du voile du palais (autrefois nommé m. péristaphylin externe) avec son faisceau latéral (3a) et son faisceau médial (3b).


- muscle releveur du voile du palais (autrefois m. péristaphylin interne) n°2 sur le schéma.


Peu importe leur description complexe. Il suffit de savoir qu’ils  se fixent sur la base du crane en haut (le faisceau médial du m. tenseur du voile s’insère sur la partie distale du cartilage tubaire), sur le voile en bas et en dedans.


Ils vont contrôler l’ouverture de la trompe et de son ostium, et font partie de la musculature du voile du palais, et donc, des mouvements (volontaires ou non) de celui-ci va dépendre l’ouverture de la trompe.


                                                                                             


2 – 8 – Structure histologique


La muqueuse est fine au niveau du protympanum


 


C:\Users\user\Pictures\anat\coupe te5.pngAu niveau de la trompe cartilagineuse une coupe retrouve la gouttière cartilagineuse à concavité inféro-externe. Cette gouttière est transformée en canal par une fibreuse en dehors et en bas. La muqueuse comporte un épithélium prismatique cilié (avec un battement ciliaire orienté vers l’ostium. Sous cet épithélium, il y a  un chorion  richement vascularisé (réseau veineux surtout), riche en fibres élastiques, en glande à mucus de type tubulo-acineux, et en tissu lymphoïde. Ce tissu lymphoïde est parfois agencé en amas autour de l’ostium tubaire, surtout chez l’enfant ; c’est l’amygdale de Guerlach.    


Cette muqueuse est d’autant plus épaisse                           que l’on va du protympanum vers l’ostium tubaire.                                                                                         Coupe transversale de la trompe cartilagineuse


 


2 -9- Rapports anatomiques


Citons très schématiquement les principaux rapports :


-Rapports du protympanum en dedans avec la cochlée et plus en avant la carotide interne qui traverse la base du crâne, avec le canal du muscle du marteau en haut.


- Rapports de la trompe cartilagineuse. Elle est incluse dans l’espace tubaire qui contient la trompe bien-sûr et du tissu cellulo-graisseux (les corps graisseux d’Ostmann). Au-dessus c’est la base du crâne. Les rapports essentiels de la trompe cartilagineuse sont bien-sûr avec les muscles péri-tubaires, les muscles et aponévroses  de la paroi pharyngée en dedans.



2 – 10 – Vascularisation, innervation


Vascularisation artérielle à partir du réseau de la carotide externe :


            3 pédicules en provenance de l’artère pharyngienne ascendante, de l’a. palatine, de l’a. maxillaire interne.


 Vascularisation veineuse : les plexus veineux tubaires sous muqueux se drainent essentiellement vers le plexus veineux ptérygoïdien.


Les lymphatiques :


Le réseau est très pauvre au niveau du protympanum, riche au niveau de la trompe cartilagineuse et d’autant plus que l’on va vers l’ostium. Leur drainage se fait vers les ganglions rétro-pharyngiens, les ganglions de la région parotidienne, et plus à distance vers les ganglions de la jugulaire interne.


Innervation motrice :


Le muscle tenseur du voile du palais innervé par une branche du V3(n. mandibulaire) par une branche née sous le Foramen ovale destinée  au muscle  tenseur du voile, au ptérygoïdien latéral et au m. du marteau.

Le m. élévateur du voile du palais est innervé par le plexus pharyngien (IX, X, XI)


 L’innervation sensitive se fait par le nerf de Jacobson (branche du IX) pour le protympanum. Elle est plus complexe pour la trompe cartilagineuse et se fait essentiellement  par le V3 et le IX


L’innervation végétative est importante car commande la turgescence de la muqueuse et de la sous muqueuse (et donc sur la perméabilité tubaire). Elle provient du nerf pharyngien de Bock (branche du V2), mais aussi branche du n. grand pétreux superficiel, d’une branche du n. de Jacobson et surtout du plexus péri carotidien par le n. carotico-tympanique.


                                              


3 – Physiologie



Mais à part enquiquiner le plongeur à quoi sert-elle ? Et comment ça marche ?


 


3-1- Fonctions de la TE


- Fonction équipressive


La muqueuse de cavités de l’oreille moyenne consomme de l’oxygène, ce qui met ses cavités en relative dépression. Lors de son ouverture la TE rétablit cette pression. Elle permet lorsqu’elle s’ouvre, d’égaliser la pression entre la caisse du tympan et le milieu extérieur : cavum et conduit auditif externe  (c’est la même). Cette équipression de part et d’autre du tympan est indispensable à une bonne vibration du tympan et à un bon fonctionnement  de la chaine des osselets, et ainsi à une bonne audition


- Aération de la muqueuse des structures de l’oreille moyenne. Cette muqueuse  consomme de l’oxygène et dégage  du gaz carbonique, de la vapeur d’eau et des déchets divers. Lors de son ouverture, la TE permet le renouvellement de cet air.


- Fonction de drainage


La trompe est tapissée intérieurement par une fine muqueuse respiratoire en continuité avec celle de la caisse du tympan et du cavum, sécrétant du mucus et animées de cils vibratiles. C’est la fonction muco-ciliaire propre à tout épithélium respiratoire. Cette muqueuse s’épaissit dans la trompe cartilagineuse et d’autant plus que l’on se rapproche de son orifice pharyngien. Le mucus sécrété et la vibration de ces petits cils (vibration orientée vers l’ostium) vont éliminer les déchets de la caisse en les faisant migrer vers le cavum. Le dysfonctionnement à ce niveau entraine une accumulation de liquide dans la caisse, et c’est l’otite séreuse ou l’otite séro-muqueuse


- Protection de l’oreille moyenne.


Normalement fermée à l’état de base, elle empêche la migration des sécrétions et des germes nasopharyngées vers la caisse du tympan et la protège ainsi. De plus sa richesse de sa muqueuse en éléments lymphoïdes a aussi un rôle protecteur direct. Enfin en position fermée elle évite la propagation rétrograde de la voix du sujet.



3 -2- Fonctionnement  de la TE ou mécanismes de l’ouverture tubaire.


Normalement fermée, sa lumière est virtuelle. Sa fermeture est passive, son ouverture active par la contraction des muscles péri-tubaires comme au cours des mouvements réflexes de déglutition et de bâillement. Le moteur, c’est donc la musculature du voile du palais.


Les échanges gazeux dans la caisse du tympan induisent une dépression et déclenchent un réflexe de déglutition  qui va ouvrir la trompe, et compenser par un passage d’air frais.


On déglutit une fois par minute à l’état de veille, mais la trompe ne s’ouvrirait qu’une fois sur deux, et toutes les 5mn pendant le sommeil.


En fait le plongeur n’est pas la seule victime. Elle est prévue pour bien fonctionner (en principe), chez l’homme censé se déplacer dans un plan horizontal, donc à pression pratiquement constante, et non chez de curieux individus trouvant plaisant de se déplacer dans les airs ou sous l’eau avec des variations pressionnelles parfois trop brutales pour elle. Elle persécute éventuellement ainsi toute personne évoluant dans les 3 dimensions, ce qui intègre aussi le personnel naviguant, le parachutiste, et tout autre aérostier ou utilisateur de matériel plus ou moins planant, et à un degré moindre l’alpiniste.



Chez le plongeur :


 

Le plongeur doit parfaitement contrôler sa fonction tubaire sous peine de subir un barotraumatisme de l’oreille. Ces « manœuvres tubaires » ainsi que l’explication des variations pressionnelles en plongée dans les structures de l’oreille, très largement abordées ailleurs, sont du domaine de la technique fédérale qui les enseigne. Nous ne les évoquerons pas ici nous cantonnant à l’anatomophysiologie traditionnelle.


Citons  simplement les manœuvres de Toynbee de Delonca … et surtout bien-sûr, la célèbre manœuvre de Valsalva qui peut être dangereuse si elle est trop brutale ou si elle est faite inopportunément.


Mais au fait qui était VALSALVA ?


C’est un anatomiste et chirurgien italien (1666-1723), élève et ami de Malpighi,  réputé pour ses travaux entre autres sur l’audition. Ce serait lui qui aurait baptisé le tube auditif : trompe d’Eustache et lui qui a décrit cette célèbre manœuvre dans son ouvrage « de laure umana » (1704).


 


4 - Problèmes liés à la plongée et petit tour de pathologie tubaire du plongeur



Trop perméable on parle de béance tubaire, insuffisamment perméable on parle d’insuffisance ou d’obstruction tubaire. Cette obstruction tubaire (relative ou totale) peut être extrinsèque (par compression tumorale ou par des végétations adénoïdes chez le petit enfant par exemple), ou intrinsèque comme par exemple une inflammation locale ou des déformations anatomiques.


 

Chez le plongeur :


 

Sa pathologie est dominée par le barotraumatisme de l’oreille. Si l’équipression de part et d’autre de la membrane tympanique n’est pas maintenue au cours des variations de pression (profondeur), l’oreille devient douloureuse, le tympan est étiré et finalement se rompt si ce delta de pression augmente trop. Nous citerons brièvement les 4 stades otoscopiques classiques du barotraumatisme de l’oreille qui vont d’une simple rougeur autour du manche du marteau à la rupture tympanique, en passant par l’épanchement séreux ou sanglant dans la caisse.


La rupture tympanique entraine une irruption d’eau dans la caisse susceptible de léser gravement l’oreille.


A côté de  ce barotraumatisme de l’oreille moyenne, le dysbarisme tubaire peut provoquer un barotraumatisme de l’oreille interne, souvent plus insidieux, indolore, consécutif à des difficultés tubaires pas toujours nettement ressenties,  mais provoquant une surdité pouvant être définitive, parfois survenue en 2 temps, c’est-à-dire après un certain délai entre le barotraumatisme et l’apparition des signes. Le sujet évoque souvent une « sensation d’oreille bouchée » et ne s’alarme que trop tardivement.


Il s’accompagne volontiers d’acouphènes et plus rarement de signes vestibulaires (vertige, déséquilibre).


La forme grave de barotraumatisme de l’oreille interne est constitué par la fistule péri lymphatique, c’est-à-dire une communication entre l’oreille moyenne et les liquides de l’oreille interne : rupture de la fenêtre ronde ou fracture/luxation, voire arrachage de la platine de l’étrier.


Rappelons l’intérêt du test au diapason tombé en désuétude. Si on fait vibrer un diapason sur le haut du front, le sujet ressent la vibration du côté lésé si c’est une surdité de transmission, et du côté opposé si la cochlée est lésée. Ce signe de latéralisation vers le côté sourd doit alors alarmer et requérir un avis ORL d’urgence.


Il existe des barotraumatismes mixtes de l’oreille, associant les signes du barotraumatisme de l’oreille moyenne et de l’oreille interne.


 Le barotraumatisme du labyrinthe postérieur (organe de l’équilibration) est exceptionnel. Sa symptomatologie est vertigineuse.


Classiquement le barotraumatisme touche la cochlée (organe de l’audition) et l’ADD est vestibulaire, c’est-à-dire qu’il concerne le labyrinthe postérieur dévolu à l’équilibration.


 A côté des victimes de ces barotraumatismes parfaitement décrits il existe de nombreux plongeurs  que l’on pourrait qualifier « d’handicapés de la trompe ». Ils ont très fréquemment des problèmes d’équilibration tubaire quand ils descendent, parfois quand ils remontent, et multiplient les micro barotraumatismes. Les causes sont souvent associées : causes anatomiques avec des trompes  constitutionnellement peu perméables, auxquelles s’associe un défaut de contrôle de la fonction tubaire, ils pratiquent mal les techniques d’équilibration. Ce « syndrome » est fréquent chez le débutant


 Le vertige alternobarique de LUNDGREND. On considère maintenant qu’il est dû à une asymétrie de l’ouverture (et donc de la perméabilité tubaire) à la remontée. Il se produit  classiquement à la remontée, dans la zone des 10 mètres, souvent intense et pouvant nécessiter éventuellement une aide pour le retour en surface. Caractère essentiel : il guérit dès le retour en surface.


Le syndrome de béance tubaire (trompe trop perméable ou toujours ouverte) est bien connu en ORL. Peu fréquent en pratique, ses implications chez le plongeur sont mal documentées.



Rappelons que la dysperméabilité tubaire interdit les activités en hyperbarie. C’est une contre-indication temporaire. Il est bien connu par exemple, que l’on ne plonge pas quand on est enrhumé, la trompe fonctionnant mal ou pas du tout dans cette circonstance. Il faut restaurer cette perméabilité pour plonger.


 


5 – exploration clinique et paraclinique (16)


Citons-les  très rapidement :



- L'examen des tympans dont un certain nombre d’aspects et de pathologies témoignent à l’évidence d’un dysfonctionnement tubaire. On regarde le tympan pour apprécier le fonctionnement de la trompe. C’est l’examen de base.


 -L’examen du nez et de sa perméabilité, les  manœuvres tubaires au cabinet, le test au speculum de SIEGLE (plus personne n’en a…)


 

Par l’ORL :


- L’examen des tympans sous microscope, éventuellement accompagné de manœuvres tubaires, comme la manœuvre de Toynbee (mouvement de déglutition nez et bouche fermés, ou de Valsalva)


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-l’impédancemétrie : pour l’ORL, elle est bien-sûr couplée à une audiométrie (mesure de l’audition) ? Cet examen comporte une tympanométriequi étudie la fonction de la trompe d’Eustache, du système tympan-osselets et la pression dans l’oreille moyenne et l’étude des réflexes stapédiens (système de protection de l’oreille contre le bruit).Trois sondes sont placées par un embout unique dans le conduit auditif externe : une faisant varier la pression, une envoyant un son et une autre recueillant la quantité de son réfléchi. On obtient une courbe en accent circonflexe dont la forme et l’amplitude renseignent l’examinateur. L’examen ne peut pas être réalisé en cas de perforation du tympan ou de corps étranger du conduit auditif externe (bouchon de cérumen par exemple).


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 -La nasofibroscopie : l’ORL introduit une fibre optique ou une optique rigide pour visualiser l’intérieur des fosses nasales, et aussi l’orifice de la trompe s’ouvrant dans le cavum,  et ses mouvements lors de la déglutition.


 

-Pour mémoire nous citerons simplement :


         la sonomanométrie (qui étudie la conduction sonore à travers la trompe en phase d’ouverture),
         la tubomanométrie (qui étudie les variations de pression au cours des mouvements de déglutition).


Affaire de certains spécialistes, ces tests intéressants étudient le fonctionnement tubaire ; appareillage complexe et couteux, dont sont équipés peu de cabinets.



-L’imagerie.


Le scanner en coupe orbito-méatale objective la trompe osseuse. Le scanner 3D (position assise tête droite) parvient à objectiver la trompe cartilagineuse. Ce sont des examens difficiles qui parviennent parfois à objectiver une béance tubaire. Scanner et IRM tubaires sont souvent peu contributifs en cas de problème fonctionnel, mais sont essentiels dans un contexte de tumeur de la région.


Par contre le scanner nez-cavum-sinus ou « CONE BEAM »  est parfois très intéressant, permettant d’apprécier l’état rhino-sinusien dont dépend pour partie la fonction tubaire.


 


6 - Les Traitements



6 -1-  Les traitements médicaux classiques


 


Le traitement est surtout préventif par l’acquisition des techniques d’équilibration lors de la formation du plongeur. C’est un point essentiel.


Le traitement médical du barotraumatisme de l’oreille moyenne est là encore bien connu et gradué en fonction de sa gravité après un bilan précis (otoscopique et audiométrique) :

          - Anti inflammatoires non stéroïdiens ou stéroïdiens, éventuellement associés à des antibiotiques s’il y a une composante infectieuse, antalgiques palier 1 si besoin.

            - La paracentèse (diabolo) se discute en cas d’épanchement dans la caisse ; elle n’est en aucun cas systématique.


En cas de perforation, éviter les gouttes auriculaires oto-toxiques. Les gouttes d’Ofloxacine sont parfaitement utilisables, il en existe une forme associée à un corticoïde. Bien sûr il ne faut pas mettre d’eau dans les oreilles. Ne pas oublier de laver et désinfecter les fosses nasales.


La durée d’exemption de plongée est fixée par le médecin examinateur en fonction de la gravité.


 Le barotraumatisme d’oreille interne ou mixte requiert une audiométrie en urgence et un avis spécialisé. Le traitement reposera sur les corticoïdes et les vaso-actifs. Une exploration chirurgicale de l’oreille peut se discuter en cas de suspicion de fistule péri lymphatique. Le pronostic reste incertain.


La prise en charge de ceux que nous avons appelé les « handicapés de la trompe » est moins consensuelle et parfois complexe.                                                                                   


Elle nécessite un bilan otologique et rhinologique (avec imagerie du nez et des sinus), et un bilan du terrain, notamment la recherche de terrain allergique (Phadiatop par exemple puis éventuellement tests allergiques). L’allergie appelle l’inflammation et c’est le cercle d’auto aggravation :             allergie <->Inflammation          qui s’auto-aggrave et retentit bien sûr sur la fonction tubaire.


Le traitement sera surtout étiologique, encore faut-il déterminer cette étiologie.


A cela, on rajoute :


- les soins de nez : lavages, rhino corticoïdes,


- les aérosols manosoniques, le but étant d’introduire par voie rétrograde des substances médicamenteuses et notamment des corticoïdes  du nez vers la trompe.


-Le kinétube est un appareil qui est venu enrichir l’arsenal thérapeutique, à mi-chemin entre les aérosols manosoniques et la rééducation. C’est un générateur de surpression réglable  entre 15 et 50 mbar), relié de façon étanche aux fosses nasales du patient, et synchronisant la surpression délivrée à ses mouvements de déglutition. Son usage encore peu rependu est au moins pour partie lié au fait que la location du matériel n’est pas prise en charge par la sécurité  sociale.


 


 


6 - 2 - La rééducation tubaire


Elle a maintenant acquis sa place dans l’arsenal des moyens thérapeutiques, principalement chez les « handicapés de la trompe », catégorie évoquée précédemment.


Qui la pratique ? Les kinésithérapeutes et orthophonistes formés à ces techniques.


Son principe consiste à faire travailler et contrôler par le sujet le sphincter vélo-pharyngé et à lui apprendre dans la mesure du possible à contrôler son ouverture tubaire.


Les techniques sont multiples : auto-insufflations, dispositif Otovent, travail sur la langue (en pro traction) et le voile. Le but est d’apprendre au sujet à faire ses manœuvres, le rééducateur n’intervenant ensuite qu’épisodiquement pour en vérifier l’efficacité.


En fait les moniteurs de plongée font de façon empirique une sorte d’éducation  (plus que de rééducation) tubaire lors de la formation des plongeurs. Leur rôle est particulièrement important dans ce domaine.


 


6 - 3 – La chirurgie


La chirurgie directe de le trompe et notamment les essais de transplantation n’ont pas à ce jour donné de résultats probants.


Les aérateurs de la caisse, (diabolo, T tube, tube d’Austin…) pallient, plus ou moins transitoirement, à la fonction tubaire défaillante, mais ils interdisent bien-sûr tout activité aquatique ou subaquatique.


La chirurgie du nez et des sinus peut donner des résultats à condition qu’une cause inflammatoire ou infectieuse à ce niveau soit responsable de la dysfonction tubaire.


 


CONCLUSION


La trompe est un organe complexe surtout du fait de son environnement, au fonctionnement délicat. Mais de ce bon fonctionnement dépend la possibilité de plonger.


 


 


        


 


 


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