René Bérard unijambiste de 83 ans a fait 544 400 kilomètres à vélo



Performance Cyclotouriste depuis 1946, il pédale encore vers des records. « Maintenant, le Mont-Ventoux je le regarde de loin. Mais je l’ai quand même grimpé à 78 reprises. La dernière fois, c’était le jour de mes 78 ans », explique l’octogénaire René Bérard qui possède beaucoup de chiffres dans la tête . C’est bien simple, lorsqu’il ne pédale pas, cet Orangeois qui vit avec son épouse dans la maison familiale construite par son père dans les années trente, parle, pense, se souvient, et se projette vélo. Ce cyclotouriste qui comptabilise 544 400 kilomètres au compteur des guidons de ses vélos sur mesure était mal parti pour devenir un sportif qui cumule les records.
Un tour de France de 4 800 kms et 27 jours
"À l’âge de 4 ans, alors que j’étais en vacances chez mes grands-parents à Digne, j’ai contracté la polio avec de l’eau polluée. Depuis, j’ai une jambe complètement morte et je suis considéré comme unijambiste. J’ai appris à monter à bicyclette à l’âge de 15 et depuis je n’ai jamais arrêté," ajoute l’ancien prothésiste dentaire. Samedi, lors de l'assemblée générale du CODEP le Club de Cyclotourisme Orangeais honoré sa mémoire vivante. En effet, René Bérard, en 1946, alors âgé de 18 ans, fait non seulement parti des membres fondateurs du club mais ne l’a en plus jamais quitté. Au début des années soixante, il en a même accepté la présidence pour l’aider à ressusciter. "Dans les années quarante, nous n’étions qu’une quinzaine d’adhérents et l’état d’esprit était vraiment au loisir et à la découverte, regrette-t-il un peu. Les sorties de tous les clubs d’aujourd’hui sont beaucoup moins portées sur les visites, la découverte du patrimoine."
Oui, car si ce dynamique pédaleur qui sort encore trois fois par semaine pour réaliser une cinquantaine de kilomètres et collectionne les trophées et les performances, pratique également sa passion dans le but de découvrir les gens et le terroir. Ce que confirme son épouse Renée : "Les premières années de notre mariage, pendant au moins dix ans, nous faisions du tandem. Il y a maintenant longtemps que je ne fais plus de vélo mais nous partons régulièrement dans différentes régions du pays et mon mari continue ses périples." Dans deux mois à peine, Renée et René seront à Issambre dans le Var, puis en mai à Digne. D’ici l’été, d’autres séjours sont prévus à Perpignan, Annecy... L’une des plus grandes fiertés de l’homme aux 2222 cols grimpés dont 101 de plus de 2000 mètres, reste d’ailleurs son tour de France "Randonneur". Les 4800 kilomètres doivent être réalisés en moins de 30 jours pour être homologués par la Fédération et il les a parcourus en 27. "Oui mais j’avais le vent dans le dos", dit-il avec un peu de malice. Au cours de ses périples en France et en Europe, René Bérard a eu trois accidents dont deux très graves, avec des doubles fractures ainsi que des mois de fauteuil roulant et de rééducation. Un véritable aventurier, qui, face à l’adversité de la vie, a su fermement resserrer ses poings sur le guidon et suivre sa route.
Depuis qu’il a été à la création du club de cyclotourisme d’Orange en 1946, à l’âge de 18 ans, René Bérard tient ses comptes. Il est aujourd’hui en mesure de prouver qu’il a réalisé 544 400 kilomètres de vélo à travers la France et de nombreux pays d’Europe (son cinq cent millième kilomètre a été roulé en 2006). Depuis début 2012, du haut de ses 83 ans, il a déjà parcouru plus de 400 kilomètres. Sur le magazine spécialisé "Le club des 100 cols" qui est édité une fois par an, René figure encore à la 143e place, sur plus de 7000 inscrits. Son meilleur classement a été 80e. Il a franchi 2222 cols sans poser le pied parterre dont 101 de plus de 2000 mètres. Parmi ses préférés, il a grimpé le col de la République (Loire) à 28 reprises et le Ventoux 78 fois. Il a aussi réalisé deux Paris-Brest en moins en 79 heures, un Paris-Nice et a parcouru 534 kilomètres lors du fameux Vélocio qui consiste à rouler pendant 24 heures non-stop. Tout ce que le vélotourisme compte comme challenge, René Bérard les a testés. Mais ses meilleurs souvenirs restent son tour de France en solitaire et ses virées moins officielles en tandem avec sa femme et en famille avec ses enfants.

                                                                                                                                                                                  Bernard Sorbier, journaliste à LA PROVENCE