La bande à Jojo
-Hey Jo ! Ou vas-tu comme ça ?
-Mais Poupou je pars au rendez –vous !
-Qu’est-ce que tu me dis ? Encore à ton âge !
-Raymond, ça n’a rien à voir, je vais t’expliquer ; tu sais quand j’ai quitté ton équipe Mercier, je me suis installé à Orange avec ma compagne. Me voyant tourner en rond dans la maison, celle-ci m’a suggéré de trouver un club de vélo pour me maintenir en forme et, peut-être, pour elle s’oxygéner, mais cela, elle ne l’a pas dit. J’ai donc rendez –vous au départ d’une sortie du CCO à 13H30 ; mais on a encore le temps de boire un café !
-Dis donc Jo ! Tu as toujours été mon meilleur équipier ; ça se paye un « champion du monde et équipier de Poulidor »
-Pas un radis, Raymond ; le président, un nommé Gérard, m’a dit à la signature qu’il aimerait bien me glisser une enveloppe pour s’être inscrit à son club, mais qu’il n’osait pas augmenter la cotisation de ses ouailles, qu’il se devait de leur offrir de temps en temps une collation récréative, que les membres de son bureau étaient trop rémunérés ‘que les sponsors se faisaient tirer l’oreille : bref, tout était en ma défaveur. Des clopinettes, je te répète Raymond. Même le vélo, je l’ai payé de ma poche : tu te rends compte. Chez Mercier, quand je courrai avec toi, à chaque course, Caput m’offrait un vélo neuf, toujours mauve, bleu ça faisait Gitane, blanc, ça faisait Peugeot, noir, ce n’était pas à la mode.
- Ils roulent beaucoup dans ce club ?
-Trois, quatre sorties par semaine ; beaucoup de retraités comme moi, poupou, quelques actifs actifs et de nombreux actifs passifs. Tu prends du sucre ?
-Non Jojo, merci ; dis moi ; et toi comment tu roules avec eux ?
-Oh, Raymond ! C’est fini les jambes d’antan ! J’ai trouvé dans ce club des mollets aussi attendrissants que les miens ; je me place dans un groupe intermédiaire entre les bourrins qui s’envolent du peloton après dix kilomètres après avoir pris de tes nouvelles bien respectueusement et qu’on ne verra plus jusqu’au départ de la prochaine sortie et le groupe dit des anciens fait de nonagénaires, octogénaires, septuagénaires, sexagénaires, quinquagénaires et peut être quadragénaires, j’arrête là , fait aussi de couples dont les époux n’osent pas confier leur moitié aux deux autres groupes, fait de convalescents après chute, de dépressifs en séance de méditation parasitée quelquefois par un grand Gérard, retraité de la traite des viandes. Attention, Raymond ! Je ne te dis pas qu’un jour je n’irai pas rejoindre ce groupe, ils sont plus jeunes que moi et roulent très bien. Pour le moment, je reste dans le groupe du milieu : deux ou trois infatigables mènent le bal, Christian, Jean-Luc, Alain, je crois qu’ils s’appellent. Dans ce groupe, je suis toujours second, mais pas comme toi, Raymond, juste avant le dernier. Ah, il faut que je te dise qu’il y a aussi quelques filles que les maris ont lâchement abandonnées pour se mesurer dans le premier groupe. Mais non, Raymond ! Ne fais pas la moue ! vis avec ton époque !l es filles nous martyrisent à présent. Jamais satisfaites ! tu leurs proposes quatre vingt kilomètres, elles en veulent cent. Encore une tasse Raymond ?
-Merci. Au fait, j’ai bien reçu ton livre, il m’a enchanté par sa sincérité et m’a rappelé notre belle carrière avec ses moments pénibles et ses joies inestimables sous notre maillot violet. Allez, Jo je te quitte ; vas rejoindre ton nouveau club, le CCO tu m’as dit ; il peut être fier d’avoir été choisi par Monsieur Georges Chappe. A bientôt, JO.