Une fugue en soLot
A la fin du mois de mai, le
couple d’amis Bruno et Jackie m’ont transporté et hébergé avec vélo et bagages
à leur résidence familiale de Fontanes
près de Cahors. Au préalable, Bruno m’avait concocté un tour du Lot à la mesure
de mes modestes capacités vélocipédiques, ni trop long, ni trop dur. Lui qui
affectionne les raidards, je n’en éprouverai qu’un seul.
Le lendemain, arrimage des sacoches sur les porte bagages
surbaissés de la fourche avant. Après la photo du départ, Bruno est effaré par
la lourdeur de mon percheron.
1ère étape :
Fontanes > Figeac : 120 kms.
Un premier arrêt au bord d’un
gisement d’or noir. Le pétrole, que non, les chênes truffiers, nous sommes tout
près de Lalbenque. Puis le village de Bach, on immortalise sur la plaque à
pixels la première fugue de la randonneuse. Elle finira bien par connaître la
musique, pourvu que la partition ne soit pas trop ardue à jouer. 44ème
kilomètre, arrivée à Cajarc, Coluche me regarde. Je cherche le magasin de chez
Moulineau. Comme Moulinex, c’est fermé ; il ne s’agit pas d’articles de
pèche, mais d’un bar initialement tenu par Molinier, baptisé Moulineau par ses
potes. Je longe la paisible vallée du Célé, je traverse les agréables villages
de Cabrerets, Brengues, halte contre indiquée pour un cyclo, puis Espagnac Ste
Eulalie. Arrivée à Figeac vers 17 heures. Je suis accueilli à l’hôtel du
Faubourg par une accorte mamie qui m’indique le garage à vélos. Une odeur
familière s’en échappe : des bottes de foin y sont entreposées, j’y appuie
mon cheval après l’avoir délesté de ses sacoches.
2ème étape : Figeac >
Gourdon ; 125 kms.
Dès le départ, 20 kms de montée
entrecoupée de coteaux avec de très belles vues et la première halte à la
boulangerie de Latronquière où j’entends quelques cancans lotois. Le 40ème
km me voit en retard à Sousceyrac que je rattraperai au cours de la longue
plongée sur Saint Céré. Ensuite quelques photos au village classé de Carennac.
Et c’est parti pour une trentaine de kms à saute mouton entre la vallée de la
Dordogne et les falaises rocheuses qui la surplombent. D’autres photos sur le
pont de Meyronnes pour récupérer car un nouveau raidard se profile après le
village prédestiné de Cales. Un cyclo m’observe en train de terminer ma
grimpette puis me jure qu’il ne pratiquera jamais cette forme de cyclotourisme,
considérant que se charger ainsi à vélo, c’est de la torture. J’ironise en lui
rétorquant qu’à vélo, il y plusieurs manières de se charger. L’arrivée à
Gourdon est ponctuée par quelques gouttes de pluie, cela me semble de mauvais
augure pour le lendemain.
3ème étape :
Gourdon > Lauzerte : 97 kms.
Je n’ose ouvrir les volets :
il pleut, je pressens que sera pour la journée. J’enfile ma tenue de pluie à
toute épreuve. Arrêt boulangerie à frayssinet le Gelat, que j’aurais plutôt
nommé le mouillat. A Prayssac, je décide de bâcher ma sacoche de guidon. Le
rabat n’est pas étanche, ma carte du Lot
est trempée, l’eau a effacé le nom de l’hôtel réservé à Lauzerte ; pourvu
qu’il n’y en ait qu’un. Seul l’itinéraire du roadbook improvisé reste encore
lisible. Je parcours la tranquille vallée du Lot jusqu’à Luzech, puis à Sauzet
je fais une halte en compagnie d’un groupe de cyclos béarnais qui effectuent un
séjour ffct dans la région. A Bagat en Quercy, je me sens esbagat, comme on dit
chez nous. Un randonneur est par nature un esbagat. Je parviens à
Montcucq ; je découvre ainsi la perception de Montcucq, la gendarmerie de
Montcucq. Quand ils vous font des misères, les gendarmes sont toujours de
Montcucq. Dommage, la pluie m’empêche de prendre des photos. Parvenu à l’unique
hôtel de Lauzerte (ouf), j’emprunte un sèche cheveux afin que ma carte
redevienne lisible pour la dernière étape. Je constate avec plaisir que mes
bagages sont secs, merci aux sacoches latérales parfaitement étanches.
4ème étape :
Lauzerte > Fontanes : 52 kms.
Dès que j’ai quitté le village
classé et perché de Lauzerte, je m’aperçois avec stupeur que mon compteur a
disparu. Le courage me manque pour remonter à la bastide, avec un trop mince
espoir de retrouver l’indispensable compagnon de route. Tant pis, à l’aide de
ma carte séchée, je décide de raccourcir l’étape initialement préparée pour 82
kms. Pour la première et dernière fois de mon périple, la côte de Tréjouls me
voit mettre pied à terre ; la montée est longue et raide et le vélo bien
lourd. Après avoir contemplé un champ de coquelicots, je parviens à la belle
bastide de Castelnau Montratier, puis, après de bucoliques montées, à celle de
Montpezat de Quercy où l’arrêt photos se double de celui du casse croûte. A la
sortie du village, je coupe droit vers Fontanes, Pour sabrer d’avantage
l’itinéraire, je n’hésite pas à emprunter brièvement la N20 Cahors Paris
pourtant fréquentée. Je termine lentement à regret mon périple. Je contemple
cette paisible campagne quercinoise, tel ce moulin à vent, juché sur un
promontoire, contemporain hélas, mais il fonctionne. Enfin je ramène ma fidèle
compagne à Fontanes.
La fugue se termine devant la
batteuse d’antan.
Merci Bruno, sans toi çà n’aurait pas existé.