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CLUB SPORTIF CYCLOTOURISTE DE CHATEAU THIERRY
 
 
 
 
 
 

 
Après avoir abandonné à Bourg St Maurice en 2013, au km 270, victime d'une terrible défaillance dans l'ascension du col du petit St Bernard ; frustré, je m'étais promis de revenir en 2014, car sans aucun doute cette épreuve semblait à m'a porté, pas pour une place au général bien sûr,  mais juste arriver au bout.
Somme toute, la préparation 2013 me semblait bonne, la gestion de l’effort en montagne par forte chaleur restait un point à améliorer.
Je me présentais donc ce dimanche 20 juillet 2014 sur la ligne de départ avec un BCMF des Aravis, une Marmotte, un brevet de la montagne de Reims sous la pluie et quelques petits circuits dans la vallée de la Marne ainsi que 3 cyclosportives (la Look, la Claudio Chiappuci, la pétillante)
La veille je m'étais rendu à la réunion de briefing des Saisies avec Maryannick, nous nous trouvions parmi 305 candidats et en regardant l'assistance, je me disais que sur l'ensemble la moitié seulement arriveront ! 
L'assistance patientait en regardant l'arrivée de l'étape du tour de France sur grand écran, est moins éreintant !
L’organisateur nous adressa en suite  les recommandations pour le lendemain ainsi que les consignes de sécurité, 330 km 8000 m de dénivelé 3 pays traversés cela laisse songeur, surtout quand le PowerPoint nous montra la météo sur les différents points du parcours et là, ce ne serait pas une partie de plaisir les ¾ sous la pluie et les orages en particulier sur la fin, ce n'était pas une surprise depuis 1 semaine j'étudiai la météo et hélas pas d'amélioration à l'approche de l'échéance.
Fort de mon expérience 2013, j'avais préparé 2 sacs contenant vêtements de rechange et du ravitaillement de route le tout axé pluie légère au début et plus forte sur la fin.
Donc 2 sacs, un au sommet du grand St Bernard et le 2 éme au sommet du petit St Bernard.
Le changement le plus notable du parcours était de ne plus passer par le col de Champex en Suisse mais d’attaquer directement l’ascension du grand St Bernard à partir de Martigny, soulagé dans un premier temps car l’année dernière j’avais trouvé ce col assez dur et l’idée d’arriver sans détour au sommet du grand St Bernard me semblait séduisante, mais après réflexion et étude je m’aperçus que cela réduisait le dénivelé des 150 premiers km au détriment de la seconde partie Champex étant remplacé par le col de San Carlo qui au vu de la topographie est un morceau de choix pour rejoindre la Thuille et le petit St Bernard, de toutes manières il n’y avait pas de question à se poser, mais juste suivre l’itinéraire.
Le départ fixé à 5h30,  c’est une grande farandole de lumière blanche et rouge que l’on pouvait apercevoir dans les lacets du col des Saisies, l’organisation par sécurité avait bloqué avec les  motos la progression du peloton, la route étant dangereuse.
Le départ réel étant donnée à Praz sur Arly (5 km de Megève), des groupes se formèrent rapidement, les 30 premiers km étant en descente la moyenne de 38 km/h fut rapidement atteinte, puis après St Gervais la première montée sur Servoz durcis les cuisses encore froide, là les 1er prenaient leurs envols, ceux-là je ne les reverrais pas !
Je prenais mon rythme sans me soucier des autres,  le cardio étant un bon indicateur pour ne pas se mettre dans le rouge, je m’étais fixé 150 puls comme limite.
Après Servoz nous passions à Vaudagne première difficulté, ce n’est pas un col mais cela monte rudement, la route étant par endroit complétement défoncée par des  travaux, l’organisateur nous avait prévenu de cet état et que normalement celle-ci était fermée à la circulation, avec un passage autorisé exceptionnellement pour notre événement.
Je me demandais comment les cyclistes pouvaient atteindre Chamonix au départ de St Gervais sans prendre cette tranquille route, ne restant  à défaut que la N 205, axe fort chargé pour atteindre le tunnel du Mt Blanc et l’Italie.
Le sommet atteint je m’arrêtais  au ravitaillement pour refaire le plein des bidons et manger des pâtes de fruits, je m’étais donné 3 règles à ne pas déroger, la 1er la fréquence cardiaque à ne pas dépasser, la 2 éme boire une gorgé d’eau autant que possible toutes les 4 min, la 3 éme s’arrêter à chaque ravitaillement.
La descente sur les Houches et la traversé de Chamonix n’était qu’une formalité à cette heure matinale, je me mettais à espérer que la journée ne soit pas pluvieuse.
 
Le début du col des Montets s’effectuait avec un groupe mais certains donnant trop d’ à-coups au passage des relais celui-ci explosait dès la sortie d’Argentière,  je me retrouvais seul avec un cycliste en point de mire à la hauteur duquel j’arrivais au sommet, nous échangeâmes quelques mots, c’était un guide de Chamonix qui aujourd’hui se retrouvait sans client, la météo n’étant pas favorable à une escapade en haute montage, il entretenait sa forme et  m’appris en discutant des prévisions  que par effet de fun, avec  le vent était d’Est la vallée de Chamonix était protégé, par contre la Suisse et l’Italie ,oh là là !!!.
Nous nous séparâmes peu après la frontière, au Chatelard, me laissant à l’ascension du col de Forclaz et aux premières gouttes.
Je gardais une allure constante, le col de ce côté-là n’est pas trop difficile, peu avant le sommet je retrouvais le photographe de l’épreuve bien emmitouflé dans son anorak, la pluie s’accentuait et la descente vers Martigny fut prudente, l’année passée j’avais dû descendre  à plus de  70 km/h, là j’avais mal aux mains de freiner presque en permanence, je contemplais les vignes valoises accrochées à la montage que furtivement et arrivais à Martigny, début de l’ascension du grand St Bernard, la route à cet endroit est un axe européen très fréquenté au mois de juillet.
37 km d’ascension que j’estimais à 2h30 à 2h45 d’efforts, de plus sous la pluie !
Il tombait à ce moment des trombes d’eaux qui étaient accentuées par le passage des voitures, je ne distinguais que les panneaux ventant les abricots du Valais, mais pas les abricotiers, je progressais impatient  d’arriver au ravitaillement de Sembrancher pour me restaurer quelques peu, et me détendre les muscles.  Il y avait du monde qui comme moi profitait de l’abri salutaire du barnum et de ses victuailles.
Ne m’attardant pas trop, le plein fait je repartais, il n’y avait plus de groupes mais des cyclistes esseulés, chacun montait à son rythme, je songeais à cette même ascension l’année précédente dans la chaleur, là le thermomètre au fur et à mesure de l’altitude descendait progressivement comme le plafond de nuage.
Enfin je sortais du long tunnel paravalanche et quittais la route à grande circulation  engageant les 6 derniers km, les plus durs !
Régulièrement je passais devant des voitures d’assistance  d’autres participants, cela me permettais de voir si je prenais de l’avance ou du retard, ça meuble l’esprit dans les moments dures et quand on est seul !
J’arrivais tant bien que mal au sommet  et profitais d’une courte accalmie des intempéries en ralliant le point de ravitaillement pour me saisir de mon sac.
Je me changeais rapidement et déplorais de n’avoir mis le K-way que dans le sac du petit St Bernard, de n’avoir que des gants courts, etc… Il ne faisait que 6 °C, j’en profitais pour prendre un bol de soupe chaude, gentiment proposé !
Il était 13h00 148km et 3600 m cela faisait 7h30 que j’avais quitté les Saisies, à peine à la moitié du périple.
Le sommet est également le point de passage de témoin pour les relais, le tour du Mont Blanc pouvant également se faire par équipe de 2, ce fut aussi le lieu où les premiers abandons intervinrent.
J’entamais résolument la descente vers Aoste, les premiers lacets avec une visibilité de 50m, sur une route détrempée, je grelotais sur mon vélo, par bonheur l’arrivée sur Aoste se fit avec une température plus agréable de 20°,  la remontée du val d’Aoste  sur une route sèche, je profitai d’un regroupement  pour rouler plus  confortablement jusqu'au ravitaillement de la Salle.
La route du val d’Aoste menant à Courmayeur est agréable, elle est parsemée de villages pittoresques,  de châteaux moyenâgeux gardant des passages stratégiques. Arrivée à la Salle, je me rendais vers le stand et mangeais un plat de pâtes avec grand appétit, quand je pense que l’année dernière j’avais à peine mangé et que je n’avais plus de salive pour mastiquer un petit sandwich, cette fois j’avais fait honneur à la table et profité du saucisson sec et autre cochonnaille, ne pas faire l’impasse sur les ravitaillement telle était ma devise.
15 min plus tard rabiboché avec moi-même, je prenais la direction de Morgex , le plat de résistance m’attendais au col de San Carlo, une ascension virtuelle m’avait permis de mieux appréhender la difficulté, et c’est sans surprise que j’entamai la montée, un joli panneau en bois gravé indiquait au pied  «  col de San Carlo, altitude 1950 m, longueur 10 km , 10 % de pente moyenne ». sur Google mapstreet  la route était ombragée et je m’étais dit que c’était une bonne chose de pouvoir grimper un peu à l’abri du soleil sur une telle pente, mais ce jour-là, nul soleil à l’horizon, je n’hésitais pas à passer le 29 dès le début et à adopter une allure adaptée,  je songeais que j’avais déjà rencontré une pente aussi raide mais plus courte au col des Glières.
Le cardio n’était plus d’une grande utilité après tant d’efforts et ne montait guère au-dessus de 135 pulsations , il ne restait plus que les sensations, un cyclo me doubla,  puis un second voulant le rattraper, le gardant en ligne de mire je le vis brusquement s’arrêter, se pliant totalement sur sa machine je me doutais des raisons de l’arrêt; celui-ci, un néerlandais avait quasiment mon gabarit et avait probablement un peu trop surestimé ses capacités, en me voyant passer,  il se ressaisissait et pris ma roue , ne la lâchant que 6km plus loin au sommet du col, me faisant un geste de remerciement.
 
Je ne pus vraiment apprécier ce col car dès le 3 éme km, la pluie qui s’était arrêtée un temps dans la descente du col du Grand St Bernard, repris de plus belle, et je peux bien témoigner que malgré la dureté de la pente, je n’ai pas eu à souffrir de  la chaleur !
Je m’arrêtais au sommet afin de rectifier m’a tenu et m’alimentais avant de plonger vers la Thuile, début du petit St Bernard.
La traversée fut vite réglé,  je découvrais que les autorités italiennes avaient bien fait les choses depuis l’année dernière, la route du col était un super ruban de bitume ayant un rendement fantastique, réduisant quelques peu les efforts, quand je pense que l’année dernière je montais péniblement en faisant attention aux trous et cailloux de la chaussée, accablé par la chaleur !
Cette fois je montais à mon train vers le col, il n’y aurait pas eu de pluie, le plaisir aurait presque été là,  je m’approchais du sommet, celui-ci se faisait bien attendre, on croit y arriver mais la route serpente encore derrière des rochers.
C’est après 2 km, revenant sur un groupe en apercevant l’ex poste douanier que je ressentais  un effort inattendu, le pneu avant était en train de se dégonfler je prenais sur moi de rouler presque à plat jusqu’au poste et tentais de m’abriter de la pluie, mais d’abri point, j’ai eu beau faire le tour du poste pas d’endroit pour réparer au sec, je me plaçais sous un vague auvent du bâtiment principale et réparais, les mains engourdies par la pluie froide, dire que le ravitaillement était 800 m plus loin au poste de douane Français. J’y arrivais tout de même et prenais mon 2 éme sac pour me changer sous la tente de l’organisation, ô joie de me saisir enfin de mon K-way !
J’en grogne encore contre moi-même de ne pas l’avoir pris depuis le début; quand on veut voyager léger il faut en assumer les conséquences !
Je prenais de la soupe chaude histoire de  me réchauffer car la température au sommet n’excédait pas les 7°et me félicitait de ne pas ressentir de signe avant-coureur de défaillance. Revigoré, je reprenais le fil du parcours : la descente vers Bourg St Maurice.
Une chaussée presque sèche, la descente fut vraiment agréable et je pris du plaisir à la faire sportivement, doublant quelques concurrents, le passage à Séez aux abords de Bourg St Maurice fut quelque peu perturbé par de fortes bourrasques de vent, l’orage annoncé se faisait entendre  dans la montagne.
J’arrivais à l’avant dernier ravitaillement, témoin de mon abandon l’année passée, sous des trombes d’eaux, l’orage éclatait.
Je profitais de l’arrêt pour prendre de nouveaux des pâtes et des petits sandwichs, refaire le plein des bidons, vérifier l’éclairage, il était 19h40 c’était le 270 éme km, mais ce dernier était défaillant devant et derrière,  il était certain qu’une partie de la fin du parcours se ferait de nuit et il faisait déjà bien sombre,  GRRRR et re GRRRR, les piles étaient neuves, l’éclairage arrière également, finalement l’avant en démontant et remontant les piles remarcha, je décidais de ne pas m’attarder comme d’autres concurrents, les orages en montagne peuvent stagner sur place un bon moment, c’était  vraiment le déluge quand j’attaquais les premières rampes du Cormet de Roselend , j’aperçus dans un virage un couple de suisses abrités sous une grange et avec lesquels j’avais remonté précédemment le val d’Aoste qui étaient passés devant moi à la faveur de ma crevaison, je continuais ma route les jambes toujours ok, bon ce n’était plus celles du départ mais elles me montait sur les 20 km du Cormet, la 1er partie étant la plus ardue avec ses lacets.
Après avoir passé le crêt Bettex  la pente devient moins raide presque plate, c’est alors que les suisses qui étaient entre temps repartis et doublé, au détour d’un virage avaient brusquement ralentis, la route était inondée et plus inquiétant un éboulement avait eu lieu récemment, conséquence probable des pluies diluviennes, seul un étroit passage nous permîmes de traverser, nous reprîmes le cours de notre route vers le sommet.
Heureusement la pente du final est moins exigeante et c’est avec bonheur que je vis le dernier poste de ravitaillement devant le panneau du col, je m’arrêtai et prenais une boisson chaude, la température à 21h00 et à cette altitude  ne s’était guère réchauffée, seul du thé était disponible, ce n’est pas ma boisson préférée mais dans ce cas il fallait faire avec ;  2 véhicules de l’organisation stationnaient moteur tournant afin de maintenir de la chaleur à bord et d’abriter de malheureux concurrents enroulés dans des couvertures de survies.
C’est alors qu’un des motards de l’organisation dit qu’il était question d’arrêter l’épreuve et de rapatrier tous les cyclos par mini bus, la descente du col étant dangereuse, alors là je me suis dit «  Pascal tu t’es trainé jusqu’’ici , il ne reste plus que la descente vers Beaufort et la remontée vers les Saisies soit 30 km , ce n’est pas pour finir une nouvelle fois dans une camionnette ! » , ni une ni deux je reprenais mon vélo et profitais des dernières lueurs du jour pour foncer vers Beaufort, la descente fut sportive et l’état de la chaussée incomparablement mieux que le précèdent éboulement, hormis un froid pénétrant me faisant claquer des dents !
Je rattrapais 3 concurrents dans la descente, mais constatais que les conditions de route avaient totalement dégradés mais patins de freins, neufs au départ et qu’à Beaufort les manettes n’étaient pas loin de toucher le cintre !
Il ne me restait plus qu’à atteindre Hauteluce avant dernier village avant l’arrivée, je savais que c’était presque dans la poche.
Je fus rattraper par 2 gaillards à la sortie de Hauteluce , dans l’euphorie j’oubliais de m’alimenter et commençait à accuser un peu le coup, surtout comme je vis le panneau les Saisies  6 km , un rapide calcul me dit encore 45 min !
Seul dans la nuit je pensais pouvoir faire un ou deux arrêts, c’était sans compter sur la solidarité des cyclos, un des gaillards me disant « tu termines avec nous ? » je ne pouvais qu’accepter avec 2 voitures suiveuses et des encouragements constants plus questions d’arrêts, mais que ce fut long,  rien que de voir dans l’éclairage des phares les bornes, les Saisies 5 km, 4km,3 km,….. Et toujours pas de station en vue ce ne fut que vers la borne 2km, au détour d’un virage que je découvris enfin les lumières de la ville et pouvait enfin me dire « ça se termine ! », quel soulagement de passer la ligne et de descendre du vélo et de dire : JE L’AI FAIT ! Il n’était pas loin de 23h00 la pluie s’arrêtait enfin.
Des 305 concurrents initialement inscrits, 260 prirent le départ et 150 passèrent la ligne d’arrivée, le premier mis  11h18 pour parcourir les 330 km et 8000 m de D+, le dernier arrivera hors délai après minuit.
 
 
 

attente sur la ligne de départ

la descente du col des Saisies

Sembrancher ravitaillement N°2

le col du grand St Bernard

le final du grand St Bernard

en route vers Aoste

le col San Carlo un jour de beau temps!

le col du petit St Bernard

Saint Bernard

Bourg St Maurice le déluge !