Troubles des conduites alimentaires

APPORT POSSIBLE DE LA PSYCHOMOTRICITE DANS LE TRAITEMENT DES OBESITES


1.    Le sujet est son corps

 

Le corps ou plutôt la corporéité (corps habité) est le témoin d’un entrelacement constant entre les dimensions perceptives, motrices, affectives, sociales et imaginaires. Une corporéité bien construite va favoriser le développement d’une harmonie entre le sujet et son corps, entre le sujet incarné et son environnement.

 

Le surpoids peut produire chez les personnes des vécus corporels douloureux qui peuvent amener à un désinvestissement voir un rejet du corps (marqué par l’incurie, l’apragmatisme, l’isolement relationnel) ou un surinvestissement du corps (marqué par l’hyperactivité, le stress, les somatisations, les tensions musculaires).

 

Il n’y a pas une obésité mais des obésités, ce qui implique un ajustement de l’approche corporelle à la personne, à sa problématique, à son désir. La transdisciplinarité est alors essentielle.

 

La personne qui présente une obésité se sent souvent atteinte dans sa chaire, elle peut éprouver de la limitation au niveau de sa mobilité et/ou des difficultés à accomplir certains gestes, parce qu’elle a une mauvaise conscience de son corps.

Il faut alors l’aider à trouver d’autres appuis corporels, d’autres postures, grâce auxquels elle pourra progressivement découvrir ses possibilités expressives et physiques afin d’améliorer la représentation qu’elle se fait d’elle-même.

 

Cette atteinte de l’image du corps a des répercussions sur le psychisme. Il s’agit alors de rétablir un équilibre psychocorporel pour permettre à la personne de mieux vivre dans son corps et donc dans sa tête.

 

2. Les conséquences psychomotrices de l’obésité (sémiologie psychomotrice):

 

o   Perturbations du corps en action

 

-          appauvrissement du schéma corporel

-          déséquilibre du tonus musculaire, défaut d’ajustement du tonus      

           postural à la pesanteur

-          trouble des coordinations fines et/ou globales

-          mauvaise qualité des appuis, défaut d’enracinement, trouble de 

            l’équilibre

-          perte d’autonomie (mobilité péricorporelle, déplacements)

 

o   Perturbations du corps en relation

 

-          fragilisation de l’image du corps

-          désorganisation de l’espace et du temps

-          restriction de la vie relationnelle

 


3.  Indications psychomotrices dans le traitement des obésités

 

  •   Restructurer le schéma corporel et consolider l’ image du corps
  • Améliorer la relation à son propre corps, valorisation de l’estime de soi
  • Prendre goût au mouvement, prendre plaisir à bouger, investir l’espace
  • Prendre conscience de son corps, être présent à soi, à ses sensations
  • Améliorer sa relation à la nourriture, restaurer les perceptions alimentaires (faim, rassasiement, satiété)
  • Améliorersarelationàautrui
  • Préparer à une éventuelle psychothérapie verbale avec un psychologue clinicien

 

4.  Rôle du psychomotricien auprès de cette population

 

La psychomotricité est une thérapeutique originale, neurophysiologique et psychophysiologique dans sa technique, psychologique dans son but, destinée à agir par l’intermédiaire du corps sur les fonctions instrumentales et comportementales perturbées. Le fil conducteur en psychomotricité est le rétablissement d’une coordination entre la vie physique, émotionnelle, relationnel et psychique.

 

Chez la personne obèse, le soin psychomoteur ne va pas être  axé sur la perte de poids, mais sur la réconciliation de la personne avec son corps propre et sa compréhension. Les expériences corporelles vont être prétexte à renouer contact avec lui, dans un objectif de réconciliation et non plus de performance.

 

En pratique, on repère que les perturbations du schéma corporel et/ou de l’image du corps sont souvent retrouvées dans l’obésité. Le recours à un psychomotricien va donc de soi.

 

L’approche psychomotrice consiste à développer une connaissance vécue du fonctionnement corporel, par l’intermédiaire de techniques à médiation corporelle, pour aider le patient, de façon ludique, à restructurer la perception qu’il a de son corps et diminuer éventuellement l’influence du stress. Par l’intermédiaire de techniques mettant en jeu :

 

-          le rythme : il peut aider le patient à recréer un certains nombres de coordinations dont la marche et lui faire reprendre goût au mouvement.

 

-          le dialogue corporel : il peut aider le patient à s’engager corporellement dans la relation à autrui.

 

En complément de ces techniques un certains nombres de moyens expressifs peuvent être exploités : le dessin, la peinture, le modelage et bien sûre la parole. L’un des objectifs de cette approche est précisément de favoriser l’expression du vécu corporel du patient car c’est l’un des éléments indispensables à la restructuration de l’image du corps. En fin de prise en charge, la parole prend une nouvelle valeur, la personne se distancie peu à peu de son ancien fonctionnement.


Dans cette perspective, il s’agit d’offrir au patient un espace d’expériences concrètes, afin qu’il vive la réalité de son corps le mieux possible. C’est alors que le corps peut enfin se faire oublier et devenir plus familier. Ce travail est en général proposé de façon individuelle mais il peut aussi être proposé en groupe.

 

5. Les axes de travail

 

Ils convergent tous vers le nourrissage proprioceptif et l’émergence de la conscience de soi.

 

Le début d’un parcours corporel représente souvent pour le patient qui s’y engage un voyage dans l’inconnu : réticences, inhibition, rationalisation du fonctionnement corporel, croyances et idées reçues, emprise des fonctions intellectuelles, la parole est souvent déconnectée du vécu corporel. Le travail va viser à la :

 

§  Prise de conscience de sa masse corporelle, travail sur les appuis et la conscience du poids du corps

§  Prise de conscience de ses enveloppes du corps : système cutané, charpente osseuse, système musculaire, système viscérale.

§  Prise de conscience du mouvement

§  Travail sur le tonus musculaire, le relâchement musculaire, la modulation du tonus

§  Prise de conscience de sa respiration

§  Prise de conscience de son rythme, modulation rythmique

§  Prise de conscience de son espace corporel mis en relation avec l’espace environnant

 

6. Les outils du psychomotricien


Les outils sont avant tout corporels et favorisent l’impression et l’expression des sensations, des émotions et des pensées.

 

En individuel ou en groupe et selon le projet thérapeutique, on peut avoir recourt aux techniques suivantes :

 

o   Les méthodes de relaxation et de prise de conscience du corps

o   La danse

o   Le dialogue corporel

o   La voix

o   Le mime

o   Le théâtre

o   l’eau

 

Chaque séance comporte un dispositif proposé pour faciliter le travail de mise en mot des vécus corporels (dessin, modelage, peinture). La parole est ainsi reliée au corps de façon authentique.

 

7. Les déterminants du bien être corporel

 

o   Se sentir détendu : lâcher prise, présence

o   Se sentir solide : enracinement, densité

o   Se sentir équilibré : verticalité, symétrie

o   Se sentir entier : coordination, cohésion

o   Se sentir vivant : rythme, espace, émotion

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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