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Le film "CONTINENTAL CIRCUS"  n'existe pas dans le
commerce en DVD. J'ai donc demandé l'autorisation à la production de faire une vingtaine de copies
de K7 =>  DVD  sans en faire le commerce.

Attention il se lit principalement sur un PC
Car certains lecteurs de DVD (anciens) ne lisent pas tous les formats.

Coût : 30 €,  frais d'envoi compris.

Ce film date de 1970, donc la qualité n'est pas HD, ça ne provient pas du DVD mais
de l'original  (Super 8)

A votre disposition pour plus d informations.

Comment faire :

vous m'envoyez un chèque de 30,00 €uros à mon Ordre : Bruno GUIGUET.
Dès réception du chèque je vous envoie le DVD.
Et j'attends que vous me confirmiez par mail le bon fonctionnement de celui ci.

A ce moment là, j'encaisse votre règlement.

Bruno GUIGUET
Pour me joindre :
06.03.19.10.62   ou :  bguiguet@gmail.com

Interview de Jacques Bussillet

NANOU, UNE FEMME LIBRE AUX COTES DES CHAMPIONS

Rendue célèbre par le film Continental Circus, Nanou, la compagne de Jack Findlay, était une personnalité forte du monde des Grands Prix. De la fin des années 50 aux années 70, Nanou a été une figure du paddock. Elle a participé à la vie des pilotes, interprète des uns, secrétaire des autres, nounou de tous. A sa manière, elle est entrée dans la légende. Elle nous avait raconté sa vie bien remplie.

Une enfance agitée.

Née en 1928. Le berceau de sa famille est dans l'Ain, près de Lyon. Elle avait deux ans quand sa mère a quitté son père, et a dû la revoir vers 12 ou 13 ans. Mariée à 17 ans pour s'émanciper et pouvoir quitter sa famille : elle voulait vivre libre et ce n'était pas facile pour une jeune fille à cette époque. Divorcée six mois plus tard et re-mariée avec un Français qui l'a emmenée vivre à New York. Deux ans après, elle revient à Paris où elle vit un peu en bohème, fréquentant des artistes, posait en Casque d'Or pour un peintre de Montmartre. On allait dans un bistrot tenu par un ancien footballeur borgne. Là, en 1956, entendant parler anglais, elle allait sympathisé avec un groupe. C'étaient des coureurs à moto, une activité dont elle ignorait tout. Il y avait Reg Dearden, Dave Chadwick, David Throw, avec deux Français nommés Collot et Insermini. Elle a d'abord été la petite amie de Jacques Collot, puis se met en ménage avec Insermini. C'était un homme pas ordinaire, il avait un garage, courait à moto, il avait fait le décathlon, le triathlon, des poids et haltères. Il a d'ailleurs fini sa carrière publique comme catcheur. Avec la bande, il y avait aussi Pierre Monneret, qui voulait être danseur mondain et qui faisait la manche en récitant des poèmes.
Vie de bohème 
Elle a vécu presque sept ans avec Insermini. C'était agité, mais la vie nomade et insouciante des coureurs à moto me plaisait. Elle a rencontré Jack Findlay en 1961 : il venait de chuter à Clermont-Ferrand et le médecin du circuit cherchait un interprète. C'est un peu comme ça qu'elle est devenue celui du paddock. Mais elle ne s'est pas spécialement intéressée à Jack sur le moment. C'est plus tard qu'ils se sont retrouvés ensemble. Insermini songeait à arrêter sa carrière, elle avait pris goût au Continental Circus. Elle ne se voyait pas redevenir sédentaire. Elle est restée plus de 15 ans avec Jack.

Les propos de Nanou :

"Rodéo au Grand Prix de France.
Voici un exemple illustrant notre façon de vivre et de penser. La disparition de mes parents a été un moment surréaliste. Mon père est mort au début de la semaine précédant le Grand Prix de France à Clermont-Ferrand. Nous étions dans le paddock, où la police est venue m'avertir de ce décès. Là-dessus, la gendarmerie a reçu un second appel du commissariat de police de Versailles, annonçant la mort de ma mère. Le samedi j'ai enterré mon père, je suis revenue à Clermont le dimanche pour la course, puis le lendemain ont eu lieu les obsèques de ma mère à Versailles. Le mercredi je suis partie rejoindre Jack au Nürburgring où se déroulait l'épreuve suivant".
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Une situation précaire 

"Question argent, je savais ce que Jack gagnait et dépensait. Tout allait dans la course, l'achat des machines, du camion, l'entretien, le carburant. Heureusement que Jack s'est vite fait une bonne réputation. Il était très bien accueilli dans les petites courses internationales, où il était mieux payé qu'en Grand Prix. D'ailleurs, il ne recherchait pas systématiquement ces épreuves. Si une course payait mieux le même jour, Jack y allait sans hésiter. Les organisateurs traitaient tellement mal les pilotes. Je me suis souvent battue pour obtenir quelque chose après une chute, pour des gars blessés qui n'avaient même pas de quoi repartir. Ce qui me révoltait, c'est que les plus durs étaient toujours les organisateurs qui faisaient le plus de spectateurs, le plus de pognon. Ceux là, ils étaient intraitables. Les années se suivaient, bonnes ou mauvaises, au gré des chutes ou des casses. A partir du milieu des années 60 Jack a connu une certaine aisance, enfin de quoi préparer correctement la saison suivante. II était aimé et respecté de tous, et puis il y a eu 1968 qui a été une année extraordinaire. Jack était de loin le meilleur pilote privé au monde ; il l'avait déjà montré les deux saisons précédentes. On avait pu s'installer en Italie dans le nord de Milan, tout près de chez Daniele Fontana avec lequel Jack était très lié. Notre petit appartement était toujours plein, beaucoup d'amis passaient nous voir. Jack avait son atelier où il préparait et construisait ses motos dans l'usine de Fontana. La saison 68 a couronné trois très belles années, puis on a connu l'enfer décrit dans le film Continental Circus".

Une saison en enfer.

"Lorsqu'est arrivée cette proposition de rouler pour Linto en 1969, l'année à venir devait être bien. Jack accédait enfin à un statut officiel, il n'avait plus à payer et préparer ses motos. Mais tout de suite ce fut l'horreur, les casses et les chutes se sont succédées. La Linto était si souvent en panne que Jack a dû emprunter d'autres motos. Lorsqu'il a chuté à Spa avec la Matchless de Peter Williams, on a touché le fond. La moto était détruite, il a fallu rembourser les dégâts. J'admirais Jack pour sa volonté ; dans ces moments-là, il ne regardait jamais en arrière. En 1970 il est reparti seul. Puis il a construit sa 500 Jada avec Daniele Fontana, a gagné un Grand Prix, et trouvé le soutien de l'usine Suzuki. Je ne l'ai jamais entendu se plaindre".

Des années trépidantes.

"Ces 20 années sur les circuits ont été fortes pour moi, je les ai vécues sans en perdre un instant. Au début des années 70, notre relation avec Jack s'est dégradée. Le film avait fait de nous un couple mythique, mais au sein du Continental Circus les couples de pilotes étaient mis à rude épreuve. Les coureurs étaient beaucoup sollicités, mais leurs femmes et petites amies aussi ! Moi, j'aimais cette vie libre et vagabonde, j'étais amoureuse des paddocks, de ce truc indéfinissable qu'était le Continental Circus. Je me moquais des propositions, je respectais Jack, mais nous n'avons jamais parlé ensemble de cette passion qui m'animait. Peut-être s'en rendait-il compte, et pourtant on ne peut pas dire que j'étais plus attachée au Continental qu'à lui. C'est paradoxal, car à la sortie du film Continental Circus en 1972 notre couple était mythifié alors que nous commencions à parler de séparation. | Star d'un film culte. Je n'aime pas ce film. Le projet initial, c'était de montrer un vice-champion du monde. 

Le film a été tourné la mauvaise année : Jack Findlay était autre chose que ce pilote toujours par terre. Il aurait fallu pouvoir dire pourquoi il tombe, pourquoi les casses s'accumulent. On m'a souvent dit que je lui ai volé la vedette, c'est aussi pourquoi je n'aime pas ce film. Mais je dois dire que j'adorais la musique. Dans le film, je suis provocatrice. J'en ai entendu parler de mes shorts, de mes seins, de mes perruques, de mes bottines. Je voulais mettre un peu d'animation dans le paddock, et j'avais ma réputation de Française à soutenir ! J'avais de bonnes copines parmi les femmes de coureurs, principalement des Anglaises, mais elles s'habillaient un peu tristement. Face aux petites nanas qui venaient draguer les stars, nous, les femmes de pilotes, nous devions marquer notre territoire. Dangers et blessures Les courses étaient violentes, beaucoup de pilotes se tuaient. Nous vivions dans cette atmosphère de liberté et de plaisirs éphémères. J'ai parfois eu la sensation que le rêve de Jack serait de mourir en course... J'étais tellement impliquée dans sa vie que cette idée était probablement fausse. Cet homme avait un courage hors du commun, mais ce courage l'emmenait dans des situations de danger où il aurait encore plus besoin de l'exprimer. Une sorte de cercle vicieux. Jack était très discret, même à moi il parlait peu. Il vivait avec des choses à lui, mais son amour de la moto et son plaisir de rouler étaient si forts... Jack était un idéaliste, méticuleux, perfectionniste, donc toujours insatisfait de ses propres résultats. Fin d'une vie de rêve La séparation d'avec Jack a été dure. Il fallait que j'aie ma liberté. Ce que je vais dire va surprendre, mais je ne me voyais pas avec lui hors des circuits. En même temps, une séparation est toujours un mauvais moment. Je suis revenue vivre sur la Côte d'Azur, parce que j'ai toujours aimé cet endroit, près de chez Insermini avec qui je suis restée amie. 
Autour de moi personne ne sait qui j'étais. Les voisins s'étonnent de voir autant de voitures étrangères devant ma porte, mais je n'ai jamais parlé ni du film ni de rien. A la mort de mes parents, j'ai eu la chance de toucher un petit héritage. J'ai placé cet argent en me disant qu'il ne devrait jamais servir à la course, que c'était un peu mon assurance-vie. Je me suis serré la ceinture, on a eu des moments difficiles mais j'ai tenu bon. Garder ces économies pour moi, ce n'était pas de la méfiance vis-à-vis de Jack, mais une mesure de prudence, presque de survie, parce que cette vie était tellement aléatoire. Et puis j'ai eu un gros pépin de santé en 1981. J'ai commencé à perdre la vue. Une vie à reconstruire. Opérations et traitements ayant échoué, je suis aveugle depuis 1994. J'en ai bavé pendant 13 ans à vouloir me suicider. On vit avec ce handicap parce qu'on ne peut pas faire autrement, mais on ne s'y fait jamais. Alors j'ai décidé de vivre comme si tout allait bien, je sors avec des amis, je vais visiter toutes les relations du Continental Circus que j'ai gardées, en Italie, en Angleterre, et même en Australie ! J'aime retrouver mes vieux amis et en même temps je n'aime pas qu'on s'apitoie sur notre temps d'autrefois. Il n'y a pas très longtemps, je suis allée au banquet des anciens pilotes à Lyon, j'ai eu une médaille ! Mais il faut que je sois honnête : j'apprécie cette affection que l'on me porte, y compris de jeunes gens qui n'étaient pas nés au moment de Continental Circus".


Cette interview, publiée à l'été 2004 dans Moto Légende, est en fait un agrégat de conversations téléphoniques. Nanou adorait parler au téléphone, mais l'idée d'une interview ne lui plaisait pas. Très souvent, au cours de nos conversations, je lui disais " Attention Nanou, je prends des notes, un jour j'en ferai quelque chose " et ça la faisait rire. Lorsque ce texte a été publié, elle l'a fait traduire en anglais et envoyé à tous ses amis. Elle a gardé des liens étroits avec beaucoup de gens du Continental Circus et appréciait chaque occasion de resserrer ces contacts. A l'occasion d'une visite à Nice, j'avais pu voir combien la vie était difficile pour elle, car la cécité est un terrible handicap, surtout pour une personne âgée vivant seule. Mais Nanou était toujours aussi fière, vivant comme si de rien n'était, ne se plaignant jamais. Elle m'impressionnait autant que lors de nos premières rencontres, à la fin des années soixante. D'ailleurs j'ai changé le titre de ce texte. Au lieu d'une femme libre dans l'ombre d'un champion, je préfère désormais une femme libre aux côtés des champions".

Jack Findlay  est né le 5 février 1935 à Shepparton en Australie, il est décédé le 19 mai 2007 à Vaucresson en France                                                       


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