relais ultra marin ( par denis L.)

Depuis quelques mois,  patrice avait décidé de composer une équipe. Il cherchait un relayeur de nuit et moi je cherchais une course de 50 bornes qui devrait être mon objectif annuel. Notre relais était donc constitué.

Ce relais de 177km doit être composé de 4 coureurs et c’est pour nous l’honneur de pouvoir faire le tour du golfe.

Départ 19h du port de Vannes pour Joel,  37 km jusqu’à Larmor Baden
Pendant ce temps j’ai conduit son véhicule pour me rendre sur mon lieu de départ : beaucoup plus court par la route de par la côte. J’ai pu déjà voir quelques concurrents tout au long de mon trajet. Arrivé sur place ; j’ai la surprise de retrouver Mika arrivé, lui aussi,  pour prendre son relais.

Temps pour nous de préparer notre équipement et d’essayer de faire une sieste en attendant le passage des premiers ultra (les fous qui vont faire les 177km seuls, ). Le sommeil est difficile a trouver mais le repos pourra nous faire du bien.
L’inconvenant de ces relais c’est que l’on ne sait pas bien à quelle heure nous allons partir mais nos estimations ont toutes été bien respectées. Nous nous étions donné quelques consignes afin de nous préparer au mieux. Celle de Joel était de l’appeler au bout de 3h de course. Parti assez vite, il me dit qu’il lui restait 10 km soit environ 1h.

Je finis de me préparer et retrouve le lieu de relais aménagé dans un champ tout près du parking. Il faut être attentif à l’arrivée de Joel car il y beaucoup de monde entre les ultras, leurs logistiques les relayeurs,  les familles les spectateurs. C’est pour moi l’occasion de découvrir une ambiance de ravito d’un très longue course pour certains qui m’ont l’air déjà atteints alors qu’ils ont encore 150km. Tout est prêt pour moi je contrôle mon équipement et m’aperçois que j’ai perdu les clés de la voiture de Joel.

Je suis maudit ? Il y a 3 semaines déjà, j’ai perdu mes clés sur le circuit du Boël et je connais  les conséquences engendrées. Je suis fou. Il faut chercher les clés, contrôler l’arrivée de Joel, appréhender sa colère. Je retourne voir ou j’ai fait ma petite pause pipi : rien. Et dans l’herbe au milieu de tout de monde ; je crains le pire ; notre relais tombe à l’eau. La luminosité baisse ; je surveille toujours l’arrivée de joel ; allume ma lampe et au bout de quelques secondes les retrouve au sol. Me voilà sauvé. Je fais quelques aller-retour parking/ relais pour m’échauffer et croise Joel dans la pénombre. Passage de relais et me voilà parti pour 52KM nocturne

Il fait nuit noire mais j’adore ça. Je connais cette première partie l’ayant reconnue en WE il y a quelques mois. J’essaye de ne pas partir trop vite mais je savais que TOUTE la course je doublerais des ultras et c’est assez traite car nous n’avons pas ni le même objectif ni la même allure. Je commence ma remontée en sentier côtier en disant « je passe a gauche », « merci, je passe à droite ». Enfin un relayeur me rattrape. Au moins un concurrent pour courir à la même allure et discuter. Je vais sans doute un peu vite mais je mène le rythme. Nous sommes rejoints par deux autres relayeurs. Une course à 4 commence. Je vois que ça accélère à nouveau et me laisse dépasser. Il fait encore chaud et nous ne sommes qu’en début de course.

Le petit port du Bono arrive avec le premier ravito (km 17). Je laisse donc mes compagnons d’échappée afin de retrouver un rythme perso. J’en profite pour remplir mon camelbak et me ravitailler. C’est reparti vers st Goustan, beau petit port d’Auray ; j’attends un relayeur pour faire un bout de chemin ensemble. Ce sont ses chemins d’entrainement .Un léger crachin breton vient nous humecter. Les sentiers sont un peu plus larges et donc plus facile pour doubler les ultras. Nous arrivons a st Goustan. Beaucoup de monde en journée par beau temps mais la nuit c’est désert.

Ma course se passait bien mais arrive une période de coliques. Je passe le joli pont pavé en marchant. Nouvel objectif pour moi : un petit coin pour me soulager. Il fait nuit, peu de concurrents,  c’est vite trouvé. Je repars, en marchant,  en remontant les remparts d’Auray. Ça va mieux. Arrive une longue montée vers le mausolée d'Auray, le dernier relayeur m’en avait parlé ; mais suivant les coureurs qui me précèdent, nous sommes une trentaine à  aborder une longue montée sur la route. Arrivé en haut : croisement et pas de direction. Malheureusement il faut redescendre presque jusqu’en bas. Nous avions tous loupé un balisage. J’avais bien vu le panneau « mausolée » mais pas la balise. Nouvelle montée aussi longue mais sur un chemin sombre. Je reprends mon rythme, les coliques sont passées.

Commence un long passage du désert : 10km  de longs chemins de campagne. J’avais bien repéré cette portion sur la carte et je savais ce qui m’attendait. Les crampes commencent à se sentir de temps en temps mais j’arrive a bien gérer ces moments. Les ultras commencent à se faire plus rares. Mon objectif étant à chaque fois au suivant. J’arrive enfin a un petit ravito très sombre et très calme. Et là je sur content de tombé sur olivier venu attendre ses ultras. Je suis trempé, il m’aide à changer ma pile et ma tenue.

Je laisse mon maillot du BA mais inaugure mon coupe-vent BA en course. Je me ravitaille mais crains de nouveau les coliques. Prochain objectif le bateau au 47eme. Encore quelques km de chemins de campagne mais arrive rapidement de nouveau les sentiers côtiers ou on peut apercevoir les lueurs de notre point de départ Larmor Baden il y a déjà bientôt 5h. Les coliques reviennent  mais j’y suis bien préparé et connais la procédure.

Nous arrivons sur Locmariaquer, il reste 5km avant le bateau et moins de 10 pour moi. Je me mets en tête que je double des gars qui ont 80 km dans les pattes et qui leurs en reste une petite centaine. Moi je n’ai pas le droit de me plaindre : eux attende le ravito et moi l’arrivée. Je me lâche et reprends rapidement de nouveaux ultras. Arrive la traversée en zodiac. Poncho et gilets de sauvetage sur le dos. Bien dans le fond du bateau pour éviter le vent.

Ce devait être un super moment mais ce fut le plus terrible. Je suis pris de crampes partout ;  voute plantaire, mollets, cuisses. Impossible de bouger dans le bateau. Mon pire souvenir de course. Alors que les ultras essayent  de dormir, moi je me plains de douleur; le monde à l’ envers. Sortie du bateau, je marche quelques minutes et tout revient dans l’ordre. Je donne tout ce qu’il me reste pour les 4 derniers kilos. Le fait de reprendre toujours et toujours des concurrents est très motivant. Je n’aurai vu sur 52km que 4 relayeurs (selon les résultats il y eu a eu 9) Mais sans les ultras, la course aurait été très longue. Merci les fous

Arrivée à Arzon au relais ou Samuel m’attend pour son  32km. Je mets 15/20 minutes à récupérer. Mon objectif est atteint en 6h28. Je profite des kinés au chômage qui attendent les ultras. Les crampes reviennent mais je suis en bonnes mains. Le kiné me dit bon courage mais je ne lui dit pas que moi j’ai fini. Je m’aperçois que je suis dans un autre monde. Je n’ai  autour de moi que des coureurs aguerris qui en sont à mi-course : 87 km en 10h avec autant encore à faire. Je rejoins notre logement à pied ou s’apprête à partir patrice pour Sarzeau. Il est 7h30, Une douche et au lit.  J’essaie de dormir mais me relève très souvent pour étirer les crampes.

Samuel est de retour vers 9h30. Je me lève pour avoir ses impressions. Il est également content de sa course. Je traine au lit sans réussir à dormir mais ne me semble pas fatigué pour autant. L’euphorie de la course est encore là.
Nous prenons tranquillement la direction de Vannes en passant par notre relais d’Arzon voir des ultra en repartir comme des zombis à 3 à l’heure. Ils ont 18h de course et ils leurs reste 85 bornes mais ça devrait être chaud pour eux pour rentrer dans les délais.

Arrivé à Vannes, nous profitons de l’ambiance ou arrivent les participants à la course des douaniers 36km avec une superbe place de 5eme et 3eme V1 pour Cécile.  ainsi que les quelques premiers ultra et quelques relais. Arrivée également de patrice notre dernier relayeur sur ces 56km en 6h. Nous franchissons la ligne ensemble pour cette belle course en relais ou nous terminons 31eme eu 19h. Chapeau a Mika qui a du se faire deux relais consécutifs 52+32

Après près de 24h  passées en immersion auprès de ces ultras ; je trouve cela  hors du commun. 3 d’entre  eux ont même réussis seuls à faire un meilleur temps que nous. Je discutais avec certains que je doublais. Ils ont un mental ENORME, ils se mettent dans leur bulle comme ils le disent et avancent, avancent. Une pensée pour Vincent D qui je crois a dû abandonner au 150 km quand même et a stephane J parti avec un mal de dos.

Petit repas sympa du relais le samedi soir pour clôturer le tout et prêt à revivre l’aventure

Denis L
 

Vos commentaires :

steph a dit il y a moins d'une minute
un ENORME bravo à toi Denis et à ton équipe. J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ton CR, ayant l'impression de revivre mes deux éditions d'ultra en solo, avec des endroits familiers. Tu as pu, ainsi, te rendre compte du monde dans lequel nous sommes sur du très long. Tu réalises une belle perf tout comme l'équipe. Un relais, cela doit etre fort aussi en émotion collective. Bra...
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