compte-rendu de serge sur le défi

 
C’est en novembre dernier que j’ai envisagé de relever ce « Défi Glazig » : 18 K + 45 K….
Sauf qu’en 2017, c’est 18 K + 54 K : J’y vais quand même !
A partir de J-4, je regarde chaque jour les prévisions météo avec attention : c’est toujours un paramètre important sur ce genre de distance.
Dans mon entourage, certains m’encouragent, d’autres se demandent pourquoi je m’engage sur un tel défi ;  Je n’ai pas de réponse à leur apporter, mais c’est le genre de réflexion qui met un peu la pression tout de même. Mon résultat sera observé…
 
En arrivant sur Saint-Brieuc, le samedi en fin d’après-midi, je m’aperçois que la météo est conforme aux prévisions : le ciel est sombre, et la pluie est déjà pas mal tombée.
Je retire mon dossard, et je vais me préparer pour le 18K dont le départ est prévu à 19H00.
J’ai prévu de faire ce « hors-d’œuvre » » en 2 heures.
 
Samedi 04 février - 19H00 : c’est parti pour le DEFI ! Les premières sensations sont bonnes; Le parcours permet au peloton de s’étirer sans difficulté. Je suis dans le bon rythme pour respecter mon objectif de 2H.
La première partie du parcours se déroule en campagne, je reconnais certains endroits depuis mon passage sur le 25K en 2014 et 2015. Il n’y a pas de difficultés particulières, le parcours est bien « éclairé » par les frontales devant moi.
J’arrive au ravito du 9ème Km, et ma montre indique 51 mn ;  Je pense déjà au lendemain, et décide de revenir sur Plourhan tranquillement… La suite du parcours serpente le long de la côte ; Nous traversons 2 ou 3 plages, les bénévoles sont sympas et nous encouragent.
Nous sommes de retour sur des chemins en campagne…. Un beau raidillon me rappelle qu’il faut en garder sous la semelle pour demain. Un passage « ludique » dans une buse nous offre une séance gratuite de cryothérapie ! J’entends au loin la sono de l’arrivée ; Les derniers kms se déroulent sans problème. J’arrive à Plourhan en 1H59. Je n’ai ni ampoule, ni entorse, juste des chaussures sales…. Donc, tout va bien !
 
Je rentre directement chez mon frère qui habite à  30 mn de là. Une douche, une petite pasta-party en solo, une compote et au lit….
 
Je suis réveillé dimanche, vers 05H15, par la pluie qui frappe sur les fenêtres.
Je pose les pieds par terre : aucun signe d’une sournoise blessure arrivée durant la nuit ! ouf !
Le petit-déj est pris, les affaires sont prêtes : retour à Plourhan à 07H20, 40 mn avant le départ.
 
Il pleut, il pleut, il pleut…..
 
Je suis prêt (enfin je crois !) pour affronter ces 54 K ; Je ressens autant de motivation que d’appréhension. Mes jambes semblent légères, j’ai bien dit « semblent »….
 
Dimanche 05 février – 07h50 : J’arrive sur la zone de départ et je suis déjà trempé. Le speaker évoque les consignes habituelles et annonce 950 coureurs au départ.
Il est 08H00, et en ce qui me concerne, c’est le début d’une épreuve contre moi-même.
Les premiers Kms sont roulants ;
Je commets ma 1ère erreur : « J’ai oublié » que j’avais fait 18K la veille. Je suis à un rythme un peu trop élevé au vu de mes capacités et de la distance me restant à parcourir.
Le 10ème Km arrive en même temps que la 1ère « grosse patate »  à franchir : ce sera la seule fois où un goulot d’étranglement s’est formé. Cela me permet de faire une petite pause,… de me refroidir …et quand il faut relancer, mon corps me rappelle que j’ai déjà 03H05 de course depuis hier soir.
 
J’aurais aimé vous parler du 1er ravito, au Km 16 ou 17, mais je ne m’en souviens plus. Je ressens néanmoins qu’insidieusement, le froid va devenir un sérieux problème. C’est pour tout le monde pareil, je sais…. 
Et là, 2ème erreur : je n’ai pas de gants ; Je pensais que la protection offerte par les manches de mon coupe-vent suffirait ! Progressivement, mes mains deviennent douloureuses et mon cerveau ne retient que cela.
 
Je suis tout de même arrivé sur la partie côtière du parcours : la tempête est bien au rendez-vous : pluie glaçante, vent violent.
Je ne fais pas le malin, et je sais que je suis vraiment dans de sales draps : Il reste les plus grosses difficultés avant l’arrivée, il y a une barrière horaire, je vais être exposé à la tempête jusqu’à Binic, mes jambes sont moyennes…
C’est ça le Trail, non ?...
 
Je ne profite pas du spectacle offert par les éléments déchaînés sur la côte. ( LE TELEGRAMME parlera de conditions dantesques).
Certains traileurs s’arrêtent pour prendre des photos.
J’essaye d’éviter de penser à mes mains, et donc… j’y pense tout le temps !
Je cours quand c’est plat, quand ça descend, et je marche dans les pentes. A présent, je ne prends aucun plaisir car je suis en mode « résistance ». Et ça va durer….
 
Le long de la côte, je suis à certains moments seul sur le parcours. Je me motive en me disant que personne ne m’a obligé à faire cette course, et qu’il faut avancer et non pleurer sur mon sort ! Mais ce regain de motivation baisse quand je vois de plus en plus de coureurs mettre le clignotant, afin d’attendre la navette retour.
 
Finalement, j’avance tant bien que mal. J’attends le prochain ravito pour faire le point.
Mon cerveau a oublié la raideur des jambes, pour favoriser les messages liés au froid qui m’a envahi.
 
Au moins, j’ai assez de lucidité pour continuer à manger et à boire régulièrement.
 
Je suis obligé d’avouer que l’idée d’un abandon commence à germer.
 
Cependant, je suis toujours le long de la côte, et toujours sous la pluie. Certes, j’avance, mais cela devient très difficile. Je vois des coureurs avec leur couverture de survie auprès des bénévoles : Ils ont lâché l’affaire….
Le parcours nous fait traverser les mêmes plages que la veille au soir. J’ai l’impression que cette côte est interminable : c’est bien le cas !
 
Et puis, un évènement extraordinaire survint…
Je retrouve les jambes pour courir à 13 ou 14 km/h : Non, c’est une blague….
En fait, je rejoins un traileur et échange quelques mots avec lui ; On vit difficilement ce moment du Glazig, on se pose les mêmes questions. Et il va sauver ma course, en me donnant deux chaufferettes qu’il avait sur lui. Grâce à cette rencontre miraculeuse, mes mains vont se réchauffer ; « Ma » course va pouvoir reprendre dans de meilleures conditions.
 
Evidemment, le moral remonte. Je double 5 ou 6 coureurs. Je cours….
L’abandon n’est plus d’actualité, mais un petit truc me tracasse : la barrière horaire.
Je décide de reprendre la marche en avant, je ne regarde plus mon GPS pour éviter le stress.
 
Nous quittons un moment la côte et je me retrouve à devoir franchir le même raidillon qu’hier soir. Les nombreux passages ont décapé la terre : ça glisse fort !!!
Puis, je me dis que je vais avoir droit à une seconde séance de cryothérapie ; Et non ! L’eau est montée et l’organisation nous fait traverser la route.
 
Les chemins sont bien gras, la boue ralentit ma progression. J’avance toujours, mais je gère pour ne pas gaspiller trop de « jus » dans les parties les plus boueuses.
 
Je parviens au 3ème ravito. Deux heures auparavant, je ne m’imaginais pas rejoindre cet endroit de la course.
Vu ce qu’il reste sur la table, je suis bien en fin de peloton ! Nous sommes 4 ou 5 à ce ravito ; Les bénévoles sont affables, mais ils sont aussi frigorifiés que nous ; L’un d’eux nous dit qu’on peut abandonner là si on veut… Je souris et je repars après avoir bu un peu de coca et manger une banane.
 
J’arrive donc à cette barrière horaire. J’ai le droit de continuer !
L’organisation me demande comment je me sens : « ben pourquoi ça n’irait pas ? » Je n’ai pas fait tout ce chemin pour rentrer par le parcours du 25K (itinéraire obligatoire pour rentrer après la barrière horaire). Je veux aller à Binic.
 
Je suis à 17K de l’arrivée selon un bénévole.
 
Je suis seul sur le chemin qui m’amène à Binic. Je cours, le moral est bon : je sais que, sauf blessure ou autre catastrophe, je serai finisher du défi.
 
Il pleut moins, je profite un peu plus des paysages. J’ai moins froid.
Me voilà à Binic.
Le rythme de passage des coureurs est faible, très faible : certains bénévoles restent dans leur voiture, mais je les salue quand même;
 
Après Binic, retour à la campagne…
Comme annoncé par les organisateurs, le parcours final est délicat : de la boue, encore de la boue, raidillons avec de la boue, des chemins avec de la boue, ça monte, ça descend.
Il me reste tout de même des forces pour avancer. Je m’octroie un Twix, car c’est bon pour le moral !
 
Je suis heureux d’apercevoir ce 4ème et dernier ravito, au Km 46. Encore et toujours des bénévoles sympas pour nous accueillir ; Ils hésitent tout de même à mettre plus de quatre-quart sur la table ! On sent une atmosphère de fin de bal, ils ont envie de ranger les tables et de rentrer…
 
Mais moi aussi, j’ai envie de rentrer à Plourhan, punaise !  Je reprends donc ma course (inutile de décrire à nouveau des chemins boueux, qui montent et qui descendent….). Au loin, je vois un clocher…. Puis, il y a un peu plus de maisons, on doit donc arriver à un endroit où des gens habitent ?! Je vois nettement le chapiteau rouge : un dernier « petit » effort et j’y suis.
 
Je termine en 08H20, avec les derniers survivants…
 
Je remercie mille fois mon ami traileur (dont j’ignore malheureusement le prénom) qui m’a donné les chaufferettes : sans lui, je serais arrivé à Plourhan bien avant 16h20 !
 
Je remercie aussi les bénévoles : ils ont affronté des conditions météos dantesques, et leur dévouement est à souligner. Je suis allé au ravito d’arrivée, des bénévoles racontaient n’avoir jamais vu une telle tempête un jour de Glazig….
 
Heureux d’avoir été finisher de ce défi, mais ce fut très, très difficile. (30% d’abandons sur le 54K).
J’ai mal géré le début de course, j’aurais dû partir un ton en dessous pour « remettre progressivement  la machine en route», et ne pas entamer trop tôt mon « capital-énergie » sur cette course exigeante. (J’aurais aussi dû prendre des gants !!!)
 
Quelques minutes après cette arrivée, je me disais que, finalement, le Grand Menestrail de décembre fut une partie de plaisir, mais la mémoire est sélective….
 
« La douleur est temporaire, l’abandon définitif »
 
 
 
 
 
 

Vos messages :

damien a dit il y a moins d'une minute
Bravo ! je me retrouve assez dans ce CR puisque j'ai fait le 54k aussi...mais être finisher de ce Glazig sans gants alors là ça m’impressionne vraiment..j'ai tenté d 'enlever les miens 10 min à un moment ou j'avais l'impression de m'être réchauffé les doigts..grosse galère pour les remettre tout en grelotant ! encore Bravo !
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