Voilà un an que je ronge mon frein, une année 2015 quasiment blanche et le secret espoir de démarrer l'année 2016 enfin libéré par cette blessure. Janvier fut le mois test avec le clocher tors à Québriac, un 15 kms bien mené, un mieux au niveau du fibulaire mais pas exceptionnel. J'insiste avec le trail entre Dunes et Bouchots 27kms, là encore satisfait de ma course mais le terrain accidenté rend encore fragile ma blessure. Les semaines passent, l'envie est vraiment trop forte, il me faut trouver mon ultra annuel, ma dope quoi. Ce sera ultra marin du golfe du Morbihan. Une envie décuplée par la présence des potes du team Sébastien, Olivier & Vincent. Je ne m'inscris qu'en mars mais la motivation est forte. La typologie du terrain ne mettra pas à mal mon tendon. Je fonce sur cette épreuve déjà courue en 2013 en 35H.
Le séances d'entrainement, concoctées par Coach JP que je remercie, faites sans pression ou je fais plus de vélo et moi de longues sorties, avec en point d'orgue les 6H de Tinténiac, renforce mes certitudes de m'engager sur cette course.

Vendredi 24, avec Vincent, nous faisons route vers Vannes nous attend Olivier. Malheureusement, Seb a mis le clignotant 8 jours avant, victime d'un soucis de santé qui l'a mis à plat. Retrait des dossards,  balade au village, il est temps de remonter à la voiture se préparer. Vincent et moi faisons nos derniers réglages et à 17h prenons la direction du port ou le mythique départ sera donné à 18H. Nous retrouvons Olivier en pleine sieste sur son transat, Anthony Breal, Franck Sicard et une collègue de travail engagée sur le 36kms comme les compères Dupont et Dupond ( Anthony et Franck ). Le temps est vraiment beau, le soleil est là, il ne fait pas trop chaud, les conditions sont optimum pour débuter la course. Tout le monde est détendu, ça plaisante, j'ai meme le sentiment que les plus stresser sont Franck et Anthony. Il y a un monde dingue sur le port, entre les 800 coureurs, les spectateurs, c'est l'effervescent . J'essaie de voir Micka du team Brocéliande Aventure 35 engagé sur le 177kms en relais sous les couleurs de la police, un SMS via Messenger mais sans succès.

Il reste 30 mn avant de lâcher des fous, j'allume ma GARMIN et là le drame "batterie faible, appuyer sur enter". Je file en quatrième vitesse vers le stade de la Rabine, situé à 100m, récupérer la 2eme GARMIN prêtée par Steph Jean ( merci Michel Début ) De retour dans le peloton, je retrouve Vincent, il me reste 20 mn pour paramétrer ma montre: distance, chrono et surtout alarme temps pour mon Cyrano, 14 mn de course / 1 mn de marche. A 10 mn du départ, je réussis à mémoriser l'ensemble des paramètres. Ouf!! 
Allez, go, c'est parti,le speaker nous invite à un tour d'échauffement dans la vieille ville avant un retour sur le port et le départ officiel que nous ferons ensemble Olivier, Vincent et moi dans nos superbes tenues du B.A 35. En regardant toute cette foule qui nous encourage, j'entends mon prénom, c'est Micka qui m'appelle. Le moment est furtif mais sympathique. Pour lui, le relais sera effectué durant la nuit.

Je profite pleinement, j'emmagasine les bravos de ces spectateurs admiratifs. Les premiers kilomètres nous amènent vers la presqu'Ile de Conleau. Olivier a pris les devants, Vincent est avec moi. On se remémore 2013 ou cette portion marquait la fin de notre aventure, l'arrivée était proche. Aujourd'hui, et depuis un an, le parcours se fait dans l'autre sens. La presqu'Ile est toujours aussi belle à traverser. Des vacanciers profitent pleinement de la plage, se baignent, prennent un verre de rosé, une bière au bar du coin. Le pied quoi!! pour eux....pour moi aussi, je suis bien, heureux de m'être engagé sur cette épreuve que j'aime. Aucune pression, c'est pas dans mes habitudes, je veux juste profiter en pensant à ma saison blanche, avec le secret envi de titiller les 30H.
Le parcours emprunte les chemins côtiers assez rapidement pour nous mener, après 17kms, à Arradon. Vincent et moi finissons par retrouver M'sieur Olivier qui est en mode marche. Tout semble aller. Le premier poste de ravito léger arrive, bien entendu, le peloton n'est pas suffisamment étiré, c'est l'embouteillage sur la berge. Je prends juste un tuc et un verre de coca puis repart avec Vincent. Nous avons perdu la trace d'Olivier. Nous longeons le golfe, le paysage est magnifique avec le coucher de soleil. L'hélicoptère fait un vol stationnaire au dessus de moi et quelques traileurs. Je suis heureux!! Je surveille, cependant, ma V.S qui oscille entre 9 & 10km/h. Je suis régulier. Les sensations sont très bonnes. Les kilomètres défilent, je me retrouve seul, j'ai lâché Vincent et Olivier. J'avoue que ça me booste cette situation,je me dit que ce serait pas mal que je fasse la nique aux jeunots. Bon on est pas rendu là mais je me surprends à en rire!

36kms, j'arrive à Larmor Baden, la nuit et la fraicheur commencent à tomber. Je décide de me changer et de m'habiller plus chaudement. Je file me ravitailler en pates et compotes. Je retrouve Olivier assis sur un banc, un peu hagard. Je l'interroge sur son état de forme. Pas top me dit-il, un soucis gastrique le perturbe, les wc vont avoir sa visite!! Vincent arrive bien après nous, complètement désabusé et déjà bien habillé. Il nous annonce son absence d'envie, les jambes qui ne tournent pas et l'idée de vouloir abandonner très prochainement. J'essaie de le rassurer, que ça va venir tranquillement mais ça sent le roussi dans sa tète.
Je retourne rapidement au ravito remplir mes bidons en eau plate et gazeuse avant de repartir. Je passe le contrôle, le bip se fait entendre, c'est reparti....oui mais pas pour longtemps car je sens sur mon short des gouttes d'eau. Mazette, le bidon d'eau gazeuse qui fait pschitt! et merde, 100 m de fait, je décide de vider mon bidon et remonter au ravito chercher autre chose en boisson. Je repasse le poste de contrôle qui re bip dans le sens du retour puis du départ. Cela aura complètement perturbé mon suivi live semble-t-il car certains potes se demanderont, faute de news, si je n'avais pas abandonné!!

La nuit est bien tombée, la fraicheur aussi et surtout, ce que je n'attendais absolument pas, le sommeil. Je suis envahi par une envie de dormir. Une sensation jamais connu sur un ultra, jusqu'à présent. J'ai l'impression d'avoir 3 grammes dans chaque poche quand je cours. Je me gifle pour rester éveiller. Si je m'arrête, c'est foutu, je pique un roupillon. J'atteins Le Bono au 55e kms vers1H du matin. Pas âme qui vivent sur le jolie port de Saint Goustan.Objectif minimal se poser un peu sur un banc. Mais là, en plus du sommeil, c'est le froid qui m'envahit, je tremble au point de ne pas pouvoir boire mon gobelet de soupe dont la moitié passe par dessus dés que je le porte à ma bouche. Je réussis tant bien que mal à boire cette soupe salée et complète avec un verre de coca et un tuc. Au moment de mettre dans le sac poubelle mon verre, patatra, un bon rot et la séance vomito se met en route au dessus du sac. Je pouvais vraiment m'en passer. Quel enchaînement !! 
Assis sur un banc, j'ai vraiment du mal à me détendre avec ce manque de sommeil et ce froid qui me surprend. Une coureuse me propose d'aller dans la tente de secours. Je la rassure en lui disant que ça va se calmer. 15 mn et je décide de ne pas perdre mon temps avec ces tremblements qui persistent et ce sommeil toujours malicieux. Je me remets en marche, me disant qu'il vaut mieux être actif pour se réchauffer et repousser cet envie de dormir.

Direction, maintenant, Auray puis Crac'h. 15 kms pour atteindre ce dernier et son nouveau pointage et ravito en liquide. Comme sur chaque ultra, il est important de découper les portions sinon cela devient un calvaire. J'alterne course et marche en respectant au maximum le protocole fixé. Cela se déroule bien, les sensations sont bonnes, l'envie de dormir est toujours là mais je n'ai plus froid. cela me booste. Je me soucis peu du chrono, mon œil est rivé surtout sur ma V.S, cependant, je remarque que mes prévisions pour atteindre Arzon et sa base de vie, soit entre 6H30 et 8H30, seront respectées. Je suis bien seul sur cette partie du parcours, je pense aux copains, à Seb qui n'a pas pu etre des nôtres (nous avions envisagé de le faire ensemble après les 6H de Tinténiac), à Vincent qui est dans le dure (j'écouterai son message à Arzon m'annonçant son abandon à Le Bono), à Olivier qui est devant, dans le tempo et que j'espère revoir pour terminer ensemble! Je pense mais je reste attentif car le sol est jonché de belles racines, bien traites, une gamelle est vite arrivée d'autant que la nuit étant toujours là malgré une faible lueur de jour, l'envie de dormir ne me lâche pas. Vivement le jour. Je continue à bien m'alimenter en liquide avec du thé pris à Crac'h et une boisson énergisante de chez GO2 bio. De la pomme pote, à petites doses. Par contre, j'ai une sacré envie d'eau pétillante. Vivement Arzon!

Le jour commence à se lever, je vois à nouveau le golfe magnifique et au loin l'embarcadere d'arrivée sur l'autre rive à Arzon. Seulement, il faut d'abord atteindre Locmariaquer et la zone d'embarquement pour la traversée en zodiac. La journée va etre belle et chaude, il est 6h, le soleil pointe son nez, il va falloir gérer cet élément là. En attendant, mon premier objectif est validé: avoir vaincu ce besoin de dormir, arriver frais à Locmariaquer. J'ai la banane, je discute, à la sortie d'une route nous amenant sur le littorale, avec un couple de bénévoles, madame allongée dans sa chaise longue, emmitouflée dans une grosse couverture. Un bonjour matinal et un remerciement car la nuit a du être longue aussi pour eux! Pendant la traversée de Locmariaquer, je rattrape quatre coureurs, je remonte vers le stade ou en 2013 était installée la base de vie, je redescends vers la mer et longe pendant deux ou trois kilomètres le rivage, voyant au loin la zone de départ en zodiac et l'arrivée sur l'autre rive. Ca sent bon la petite pose salutaire dans quelques temps. J'arrive seul au zodiac, un bénévole m'enfile mon poncho et mon gilet, entre temps, les coureurs que j'avais doublé, arrivent. Nous embarquons pour une petite traversée de 10mn au cours duquel le chrono est arrété. Contrairement à 2013, ou une crampe m'avait fusillé dans le bateau, rendant ma traversée délicate, là, c'est le pied, je discute avec le pilote, lui demande à combien nous fonçons car je le vois rattraper des zodiacs partis avant nous: 20 nœuds me dit-il ravi (les puristes du nautisme apprécieront) pas sur ma voisine en face que je vois blanchir et grimacer à chaque mouvement du bateau contre les vagues.
Personne n'est tombé à l'eau. Nous accostons, j'enlève mon poncho et gilet, me rappelle du message de Seb pour se ravitailler en eau, au seul point d'eau sur le port, avant de filer sur Arzon distant de 5 kms. Je repars en marchant  durant un kilomètre avant de reprendre en foulée rasante la course. Cela m'est d'autant plus facile que je remarques que mon temps de passage par rapport à 2013 est en avance d'une bonne heure. Génial!

J'arrive dans la salle de sport de Arzon vers 8h30. Mon objectif est clair: m'accorder une pose sommeil de 30 mn en priorité. Je file prendre mon sac et direction un lit de camp encore dispo. Je procède par ordre: enlever ma tenue, enfiler un short et dodo. 30 mn plus tard, l'heure est venu de se lever. Afin de ne pas me disperser, je procède encore par ordre: nouvelle tenue, pommade aux pieds, je vire le superflus de mon sac salomon, remet dans celui-ci un teeshirt bionix en prévision de la nuit prochaine, des manchons, nouvelles piles pour la frontale, mon coupe vent sans manches, casquette vissée sur le crane, lunette de soleil par dessus et mes bâtons. En tout 10mn m'auront été nécessaires, c'est parfait, j'ai prévu de ne pas rester plus d'une heure, je suis dans le tempo. Je laisse mon sac à la bénévole aphone et file au ravito. Mon envie de pétillante ne m'a pas passé, le temps de réclamer pour mon plateau repas un jambon purée, de la compte, je file chercher mon verre d'eau pétillante que je m'empresse de boire d'une traite.....Et bing, séance vomito bis au dessus du sac poubelle. Quel con, je me dis, c'est sur avec un ventre un peu vide en solide, c'était garanti. Un bénévole s'inquiète, me propose un médecin, je le rassure, lui explique que j'ai voulu joué, j'ai perdu!! Allez, je file m'asseoir et déguste tranquillement mon repas qui passe bien, le tout arrosé d'un coca pris sans précipitation. Il va être temps de repartir avec une prochaine étape qui me mène à Sarzeau ou mon beau-frère, mes neveux et nièces ont prévu de me voir. Rien que cette idée me booste. 27 kms avec un passage, d'abord, à Porth-Neze au 104e kilomètre. J'ai déjà parcouru 100kms en 16h49.

La chaleur est présente, j'ai du mal à me remettre à courir alors que ce temps de repos à Arzon m'a vraiment fait du bien, je suis reparti sans avoir la moindre douleur musculaire. J'essaie, en vain, de me relancer mais ça ne veut pas. Avec ça, une envie de Yop me titille les papilles. A la différence de 2013 ou c'était les éclairs au chocolat avant Saint Goustan le samedi après-midi, là c'est du laitage aux fruits bien frais qu'il me faut. Même moyen de communication: le SMS, cette fois à ma frangine qui passe le message à son mec. Bizarre, c'est à peu de chose près dans des temps de course et kilomètres identiques que l'envie m'est venue en 2013. Des comme ça, j'en veux tout le temps!!

Avec cette chaleur, je joue la précaution et décide de me mettre en mode rando pure à un bon rythme autour de 6km/h. Nous longeons le GR, la vue est toujours aussi belle, je récupère un couple qui était parti de la base de vie bien avant moi. Je prend le temps de discuter avec le monsieur après avoir doublé madame quelques mètres auparavant. Il me dit que ça sent le roussi pour madame qui a mal aux pieds, il ralentit afin de rester au maximum avec elle. Je lui souhaite bon courage et file, aider de mes bâtons qui rythme ma cadence. D'ailleurs en parlant de pieds, j'ai une ampoule qui commence
à pointer son nez derrière le talon sous la plante du pied, ajouter à cela, avec la chaleur, mes pieds qui supportent  de moins en moins le bitume qui se fait fréquent. Je vis mon petit chemin de croix, pas bien grave mais m'obligeant à gérer.

Je finis par me retrouver, à nouveau seul, cela me convient, je suis dans ma bulle. Je continue à boire régulièrement car le soleil tape. Le moral est là, aucune envie de mettre le clignotant. C'est tout bon même si mes prévisions d'arrivée à Sarzeau ont un peu volé en éclat. Pensant y arriver vers 13H, je finirai par y être à 15H30, tout heureux, malgré tout de voir mon beau-frère et ses enfants un peu surpris de voir ce zombie déboulé d'un coin de rue, dire bonjour sans prendre le temps de s'arrêter et continuer son chemin jusqu'à la salle de sport. Je les invite, pour me faire pardonner, à me suivre dans la salle. Echange avec les bénévoles qui acceptent que mon neveu et ma filleule soient auprès de moi. Qu'ils sont fiers à me servir d'assistance, l'espace de 20mn. Passe moi un Yop, leur dis-je, prend un granit me disent-ils, c'est génial, j'ai l'impression d'être François D'Haene et son assistance.....Hop hop hop, on ne se laisse pas bercer par cette douce rêverie. Je m'enfile deux Yop et deux yaourths aux fruits.....Hummmm un régale, j'informe mon staff que je vais dormir sur le banc 15mn et qu'il faudra me réveiller. Un staff de pro vous dis-je, 15 mn, pas une de plus, après, Mon neveu vient me murmurer " il est l'heure tonton ", c'est pas beau ça!!
En avant, les loulous, nous sortons tous les cinq de la salle, quelques photos, un bisous et je repars en ayant adressé un coucou à ma filleul au loin qui ne perd rien de mon départ. Ce fut un doux moment, paisible, appréciable, utile pour mieux repartir. Je quitte Sarzeau, croise un traileur du 56 kms qui prendra le départ à 18h, croise, à nouveau un deuxième coureur dans son camping car, un peu surpris et me demandant " tu fais le 56kms? " mais oui bien sur.....Je le rassure et lui donne mon identité de fada........Hop pardon, me dit-il, et bin, chapeau mec, rajoute-t-il. Allez sans rancune!

Je me réjouis à retrouver du monde sur les chemins, en cette fin de journée avec le départ prochain du 56 kms. Se faire doubler ne sera pas considéré comme un grand malheur. A mi chemin entre Sarzeau et Saint Armel, je me fais doubler par le premier qui file en prenant le temps de m'encourager et de me dire bravo. Des bravos, il va y en avoir pratiquement jusqu'à Séné. Une overdose de bravo, de courage, de bravo, de courage.....Stop!!!! Trop c'est trop, c'est con mais au bout d'un moment, je finis par dire que le courage, y'a bien longtemps que je l'ai avec ces 125 bornes déjà enfilés, que si je ne l'avais pas à cet instant, y'a bien longtemps que le clignotant aurait été mis. Bon, mon agacement passagé ne durera pas trop, la faute a l'effort physique pendant une journée chaude. Comme prévu, les premiers traileurs du 56 kms me doublent, je vois filer comme un ovni mon ami P'tit blog Didier Sportez vous nature, de St Perreux, juste le temps de lui dire: " salut Didier, c'est moi Steph ", qu'il me dit " tu vas ou " et là grand moment de rigolade personnel. Un troupeau de coureurs, sur un single, dans un marée, me doublent, tellement nombreux, que je m'arrête pour les laisser passer. Les encouragements fusent, mes merci aussi!

Je traverserai le jolie petit village de Saint Armel avant de poursuivre vers le Hezo au 135kms ou un point d'eau sera le bienvenue. Je marche beaucoup, mon ampoule se réveille de temps en temps. Cette portion n'est pas la plus agréable, ce n'est que de la route et cela le sera encore
après Noyalo.Pas d'affolo, il faut gérer jusqu'à Noyalo et son ravito. J'atteindrai le poste à 19H30 après 140 kms dans les jambes. Premiere chose à faire, filer au poste de secours pour soigner l'ampoule, malheureusement, entre les abandons du 177 et du 56 kms, l'absence de matériels, déborder semble-t-il, pour me faire soigner, je perds facilement 20 mn. Ne faisant pas confiance aux secouristes, je décide de me rechausser en ayant pris soin, au préalable, de me crémer un max les pieds. Un passage au ravito, remplissage des bidons, pointage dans la salle, arrèt au robinet d'eau pour s'asperger le visage et c'est reparti, en croisant les coureurs nombreux du 56 kms qui passent sur le chemin communal opposé.

Très vite, le bitume refait son apparition, nous longeons une voie express, le golfe et ses récifs sont loin, il va falloir faire avec pratiquement jusqu'à Séné. Je me remets en mode rando-course puis rapidement en mode course. Je me teste en me fixant des distances " tiens je vais aller jusqu'au poteau " " allez tu ne lâches pas avant le virage " et petit à petit, je me surprend à courir alors même que le cerveau ne m'a pas imposé un arrêt. Ca c'est bon ça, continuons à se faire plaisir, tellement bon que je double pas mal de concurrents du 177 et du 56 dont certains sont totalement désabusés de me voir les doubler, eux qui marche alors qu'ils ont à peine fait les 3/4 de leur course. Certains me demandent comment je fais après tant de kilomètres, un petit conseil distillé: découper votre course, ayez un mental de fer et le reste suivra.
j'ai retrouvé des forces, elles ne me quitterons plus jusqu'à Séné. Le parcours n'est plus aussi joli, beaucoup de bitume mais je me raccroche aux nombreux traiteurs du 56kms que je double, avec qui je papote aussi. Trois filles qui taillent la bavette depuis quelques kilomètres me posent des questions sur ma gestion de course, c'est sympa, je prends le temps de discuter avec elles et en en profite pour leur réclamer de l'eau plate car je suis en rade, j'ai un bidon vide et le deuxième est à la moitié. Séné n'est pas encore en vue. 

La nuit tombe, j'arrive à la salle de sport de Séné. 154kms de réaliser. Il doit être 22h. Pour avoir réalisé une sortie randonnée d'entraînement de 4h et effectuer à l'issue 27kms, je sais qu'en marchant, j'arriverai à Vannes vers 2h00 du matin. Ça sent bon l'écurie, plus rien ne peut m'empêcher d'aller au bout. C'est le pied. Je suis surpris par le nombre de coureurs allongés sur les lits de camp ou sur les estrades de la tribune. Pour certains, ça sent un peu le pâté rien qu'à voir leur démarche ou leur visage. Avant de m'alimenter, je décide de faire une dernière petite sieste de 30mn afin de ne pas revivre la même péripétie que la précédente nuit et mettre toutes les chances de mon côté pour finir au mieux. Je sais déjà que mon chrono sera bien meilleur qu'en 2013. Une bénévole m'invite à utiliser les lits de camp situés dans le couloir des vestiaires pour y être plus au calme. C'est vrai que, dans la salle, tous les lits sont pris par des traileurs en panne sèche ou blessés en attente d'un Kiné ou podo. Je rentre dans le couloir et croise un couple dont la dame me dit quelque chose....ayez, nous nous sommes régulièrement vu sur le parcours, elle attendait son traileur de mari á divers endroits du parcours et chaque fois que je la voyais, c'était le bonjour amical et la petite phrase " bon j'vous dit au prochain ravito, á toute !!!" Mais là, plus de place á l'échange, je vois son mari se lever d'un lit de camp, l'air blême, le teint blanc. Nous avons fait le yoyo souvent ensemble après Arzon. Je lui demande si ça va, il me dit qu'il va rendre son dossard car il ne s'alimente plus depuis 24h. Je lui propose de patienter 30mn le temps de ma sieste, pendant ce temps, je lui propose d'essayer d'avaler quelque chose, ne serait-ce qu'un petit bout de raisin sec, et on termine ensemble. Malgré mon insistance, malheureusement, la tête avait dit stop. Il mettra le clignotant à Séné, a 21kms du but. Quelle frustration, comme quoi, ce n'est jamais gagné !!
30mn sont passés, la bénévole à qui j'avais demandé de venir me réveiller, est fidèle au rendez-vous. Je me lèves, décider, et file vers la table de ravito avaler une bonne soupe et une compote. Le temps pour moi de discuter avec trois mamies qui sont admiratives de nos efforts. Les questions fusent: comment faites-vous, comment vous préparez vous, comment vous alimentez vous, dormez-vous....passionnant ! Bon, mesdames je vais devoir vous laisser, votre compagnie fut fort agréable mais je dois rentré à la maison et si possible bien avant le lever du soleil.

Je ressors du poste de pointage, afin de ne pas rendre trop long la dernière ligne droite. Je décompose, encore une fois, ces 21 derniers kms. Premier objectif, atteindre le dernier poste de contrôle situé à 8kms. Je n'ai plus trop la force de courir, même un petit peu. Je rentre dans un certain confort à randonner, malgré tout le rythme est autour des 6km/h. Le temps passe relativement vite. Le dernier pointage arrive, nous ne sommes que 4 coureurs dont un du 56 kms. Seul des robinets d'eau sont á notre disposition, j'en profite pour refaire le plein, plus pour me rassurer. Je bois régulièrement de petites gorgées avec un rituel depuis Arzon et j'en rigole aujourd'hui : je bois puis recrache un peu, comme un besoin nécessaire qui me porte chance depuis. Débile mais on se raccroche à n'importe quoi tant que ça ne fait pas de mal.
Je repart avec le coureur du 56kms. J'entends au loin le speaker, ça fait du bien, il ne reste plus que 13kms. Ensemble nous rattrapons des coureurs du 56kms. Nous trouvons le temps de discuter, il me demande comment s'est passé ma course. Un moment qui me permet de faire passer plus vite ces derniers kilomètres car honnêtement, entendre le speaker, sans le voir, commence un peu á me gonfler. Au loin, quelques frontales me font croire qu'ils arrivent à vannes, il n'en est rien. Je grogne un peu puis me recentre sur moi-même pour ne pas trop gamberger. Nous finissons par rattraper un coureur du 177kms, le long d'un passage sur digue, il est dans une sale état. Complètement plié sur le côté, on dirait Casimodo. Ses bâtons traînent, il zigzague, nous rigolons á le voir aller de droite à gauche en pariant sur le moment où il tombera sur la plage de sable en contre bas. Pas sympa les copains. Et ce qui devait arriver, arriva, au bout de la digue, c'est un angle droit pour un retour dans une ruelle qui débouche, á nouveau, sur la route. Et bien au lieu de tourner, le gars il est allé tout droit et á fait un vol plané dans le sable accompagné de jurons divers et variés. Avec mon acolyte du 56 kms, nous nous activons sur la plage pour l'aider à se révéler mais le mec est sur une autre planète, il ne nous voit même pas, nous lui demandons si cela va et le type s'appuie de tout son poids pour se relever en s'entêtant à vouloir repartir. Devant cela et voyons que ça a l'air d'aller, je quitte tout le monde et file. 

Je retrouve du GR, j'aperçois, sur l'autre rive, les lumières de la presqu'île de Conleau, mon euphorie de sentir la ligne d'arrivée s'approcher est tempérée car depuis un moment le tracé de la course nous invite à supposer l'arrivée mais aussi á s'en écarter. Tant que je n'ai pas vu l'entrée du port, je ne suis pas arrivé et je me persuade de continuer à marcher d'un bon pas. Je dois l'avouer mon envie de courir, ne serait-ce qu'en petites foulées, n'est plus la, je n'essaie même pas, peut-être la conséquence d'une certaine satisfaction, qui s'invite en moi, de mon chrono qui sera meilleur qu'en 2013 et me ravi pleinement me faisant oublier mon objectif initial de 30h.

Enfin, les lumières du port, les premiers bateaux mais aussi les premiers rares spectateurs encore présent à cette heure de la nuit. Il est bientôt 2h du matin. Je replis mes bâtons et décide, pour le fun, de me relancer avec des foulées rasantes. Il ne me reste plus que 500 m environ, j'aperçois, sur la rive opposée, les arches dont celle qui va matérialisée mon arrivée. Un spectateur vient au devant de deux coureurs du 177kms dont un est son fils. C'est la grande accolade. Les félicitations tombent, le gars, rempli d'émotion, cale, j'en profite pour le gratter, si je peux arriver seul pour ma photo souvenir, c'est ça de pris en plus!! Allez encore 150 m, j'amorce mon retour sur l'autre rive, reçois des encouragements de la part de promeneurs noctambules, j'enclenche la deuxième pour amorcer un semblant de sprint, je vois les deux photographes postés sur la ligne d'arrivée, je lève les bras faisant un signe avec mes pouces pour exprimer ma satisfaction d'avoir bouclé, pour la deuxième fois, et dans des conditions physiques très correctes, cet ultra marin du golfe du Morbihan.

Un chrono de 32h24. Un gain de 3h sur ma dernier participation. 314e sur 876 partants. Plus de 40% d'abandons. La chasse aux points pour l'UTMB est relancée, prochaine objectif les Hospitaliers avec le rassemblement du team Broceliande Aventure 35. Bravo á Olivier pour avoir bouclé cet ultra dans un excellent temps.