compte-rendu d'olivier sur le 177 km

Voici déjà quelques mois que je suis focalisé sur cette épreuve, je devrais dire quelques années car depuis mon premier raid de 87 km, j’y pense, comme beaucoup je suppose. L’impasse de l’an passé a légitimé le passage à l’acte, une sorte de gageure « puisque je ne fais pas le 87 cette année, je ferais le 177 l’an prochain, na ! »  Douce folie infantile, à 46 ans c’est pitié !

Enfin nous y voilà, après des semaines de préparation, entrecoupées d’autres semaines de préparation, ponctuées par…des semaines de préparation. Sans oublier les tonnes de compte-rendu Facebook dans lesquels je vous abreuvais de détails aussi intéressants que la dissection du cerveau d’un Ribéry ou d’un Pogba, mais qui me permettais de me rassurer, de me dire que je n’étais pas si allumé que ça et que c’était faisable.

Bref, je suis cap’, et puis de toute façon, je n’ai pas réussi à me blesser, ma prépa c’est passée comme une lettre à la po… euh…sans difficulté. Je récupère mon dossard le jeudi soir pour éviter tout stress inutile, je croise mes potes Antony BREAL et Franck SICARD. On boit un verre en terrasse, je suis serein, une bonne nuit de sommeil et nous sommes déjà vendredi.

Le départ est à 18 heures, je retrouve d’abord Antony et Franck à Arzon pour voir le départ du 87 km à 15 heures. Je salue Nico GOULVEN que j’ai encouragé pendant sa prépa et qui court pour une bonne cause, les enfants diabétiques, 3000 € à empocher sur la ligne d’arrivée, ce n’est pas rien. Bravo à lui, il mettra 15 heures et gagnera son pari. Direction Vannes, il faut que j’arrive suffisamment de bonne heure pour me garer et me préparer tranquillement. Un peu de stress pour trouver un stationnement, mais fort heureusement, une place se libère. Je dépose le sac de change pour la mi-course et j’attends les potes du BA35 Steph et Vincent tranquillement dans une chaise longue mise à disposition par le syndicat d’initiative, plus qu’une heure. Antony et Franck me rejoignent suivi de Steph et Vincent. Photos souvenirs et c’est le départ.

Nous partons pour un petit tour de chauffe dans Vannes, prélude au départ officiel, des milliers de personnes sont là et nous applaudissent, nous les 900 inconscients qui tentent cette aventure un peu folle. Les premiers kilomètres se font rapides, tout en tentant de freiner le rythme, il fait chaud, un peu lourd même. Je commence à ressentir mes tendons d’Achille, je commence à être un peu moins serein d’un coup. Petit grain de sable dans cette mécanique que j’ai essayé d’affuter au mieux.  Vincent et Steph me rattrapent, ça à l’air d’aller, même si Vincent semble ne pas prendre de plaisir.  On fait un petit peu de chemin ensemble puis on se reperd. Les gênes aux tendons sont tenaces et j’ai mal au bide. Nous arrivons au deuxième ravitaillement (LARMOR BADEN), à peine quarante kilomètres de fait. Steph m’attend, tout fier, il m’avait doublé un peu avant sans que je le vois, il me demande si j’ai des nouvelles de Vincent. Il semble inquiet pour lui, enfin il arrive, il n’a pas l’air mieux que moi, mais lui, c’est plus mental. Il ne se fait pas plaisir et se demande toujours ce qu’il fait là. Il nous dit que si cela ne va pas mieux, il arrêtera au 50ème. Je pense qu’il a déjà pris sa décision, mais sait-on jamais. Nous mangeons des pâtes et du jambon et Steph repart pendant que j’attends que les chiottes se libèrent. Il y a 2 personnes devant moi donc un gars qui devait faire le relais et qui semble avoir fini, penses-tu qu’il me proposerait de passer avant ! Quoi que, je le comprends, vu mon état, il a peut-être peur que ce soit impraticable après.
Je repars enfin, le ravitaillement qui devait durer 15 minutes a dû me prendre au moins une demi-heure...je ne suis pas arrivé à Vannes ! La liaison vers le Bono se passe relativement bien, les tendons vont mieux et le rythme du Cyrano tient, la nuit est tombée. Je me ravitaille et je m’allonge par terre en relevant les jambes sur un banc, bientôt imité par un autre traileur. Je repars en longeant les vestiaires et j’aperçois…des chiottes…Le bonheur ! Dire qu’il y a des gens qui s’extasient devant des paysages, des montagnes, la mer…alors qu’à cet instant, seul ce petit séant troué en faïence me fait kiffer ! Aller encore un quart d’heure dans la vue, mais il fut salvateur. Je me sens mieux, plus de douleurs, seules les jambes commencent à se raidir, mais c’est logique, nous avons déjà 60 bornes au compteur.

Nous passons le ravitaillement de Crach sans encombre, une accompagnatrice indique à un coureur du relais qu’il reste 6-7 km avant le bateau, je vérifie…16,7 km. Je rectifie, le gars me remercie. Certaines personnes ne devraient pas l’ouvrir s’ils ne sont pas sûrs, j’imagine le type de devant qui est parti avec cette idée et qui va s’apercevoir qu’il est encore loin de l’Amérique.
Nous approchons de Locmariaquer, nous sommes à 500 m de l’embarcadère et pourtant, il faut encore bien 4-5 kilomètres avant de pouvoir prendre le bateau. C’est une des spécificités de l’Ultra-marin, les tours et les détours !!!
La traversée est super bien organisée, coupe-vent, gilet de sauvetage, manque juste le café chaud et les croissants, il est 6 heures… Arzon…s’éveille…
Sortie du bateau, direction La salle du Chapron à Arzon, ravitaillement mi-parcours, grande pause de prévu. J’essaye de me remettre à courir pour parcourir les 6 kilomètres qui nous séparent de la salle, impossible. J’ai dû oublier un truc. Je fais un check rapide…chaussures…ok, les pieds sont bien à l’intérieur…ok, les mollets…ok, les quadriceps…bah y sont où ?!? Mince, je me retourne, trop tard, le zodiac est reparti avec. Ouh là-là, ça va être long…. Je me résigne à marcher jusqu’au ravito. Vivement que je récupère les bâtons de marche.

Enfin nous sommes à mi-parcours, l’instant où tu te dis, il ne peut plus rien m’arriver, je retourne à Vannes, en rampant s’il le faut, mais j’y vais. Une bonne douche, un petit déjeuner « jambon-nouilles » une pause de plus d’une heure  au lieu d’une demi-heure, mais ce n’est pas grave. J’ai perdu tout espoir de finir dans mon tableau de marche, le tout est de limiter la casse. J’ai récupéré les bâtons de marche et je vais finir en mode marche nordique plus tôt que prévu. Je continue d’un bon pas, j’arrive à doubler des traileurs en plein doute, à la dérive, certains se reposent ou dorment carrément aux pieds des arbres ! J’arrive à Sarzeau où m’attend ma plus fidèle supportrice...ma mère. L’organisation a bien prévu les choses, il y a un « coin famille » avec des tables où l’on peut manger ensemble, il est midi, ça tombe bien. Ça fait un peu parloir de prison, mais c’est bien. Encore des « jambon-pâtes » et je repars direction Séné. Nous traversons les réserves d’oiseau, les anciens marais salants, je profite du paysage.
Nous rentrons ensuite dans les terres et arrivons à NOYALO. Accueil super sympa des bénévoles (comme sur tous les ravitaillements d’ailleurs), on rigole, elles n’ont pas dormi de la nuit…nous non plus ! Je continue mon chemin, surtout que les concurrents du 56 km ne vont pas tarder à partir de Sarzeau, une vague humaine devrait déferler sans nous engloutir j’espère. Je m’attends également à chaque instant à voir Steph me rejoindre. Avec ses  jambes qui font 2 fois les miennes, ce n’est pas possible qu’il ne me rattrape pas.
A peine le temps me replonger dans les pensées de mon moi-même intérieur, que je vois débouler un avion de chasse lancé à vive allure « bravo ! » me crie –t-il en passant, je lui crie tu es le premier du 56 ?? Il acquiesce et file droit devant, je l’encourage. 1 – 5 – 10 mn…je me retourne plusieurs fois, personne ! Enfin les suivant arrivent, d’abord au compte-goutte, puis c’est la marée humaine, la plupart du temps, ils peuvent déboiter sans que je ne les gêne, c’est cool. Beaucoup nous encouragent « c’est super, ce que vous faite », « vous êtes des dieux les gars », … c’est une ambiance incroyable, un peu surréaliste.
5 km avant le ravito de Séné (154 km), je croise un type de Fontainebleau, il me raconte les trails du coin là-bas, qu’il y en a des sympa, nous passons le temps et nous encourageons mutuellement à ne pas ralentir le pas, nous rejoignons le ravitaillement ensemble. Je n’ai pas encore revu Steph dans mon rétroviseur, j’imagine qu’il a dû me dépasser.

Plus que 25 bornes ! Mais je n’arriverais pas à Vannes avant le début de la nuit, j’ai bien fait de prévoir une batterie de rechange pour ma frontale. Nous nous dirigeons vers Port Anna et on entend déjà le speaker, il reste 15 ou 16 kilomètres ?!? et oui, toujours ces tours et détours…ceux-là font  très mal, on est tout proche, mais encore très loin, je ne sais plus trop où j’en suis, je continue d’enfiler les kil…euh, les mètres les uns après les autres. Je vois un gars s’assoir sur un banc, je l’encourage, il m’indique simplement qu’il fait une pause ! Je me souviens d’un gars que j’avais vu il y a 2 ans, alors que je finissais le Raid de 87 km, dormant au pied d’un banc, à peu près au même endroit, j’espère pour lui qu’il ne va pas faire de même. Les derniers kilomètres sont interminables, nous arrivons au dernier point d’eau, je remets la frontale, je rempli la poche d’eau et go, 2 km plus loin, je m’aperçois que j’ai laissé mon brassard fluo sur un muret, tant pis ! Nous sortons des chemins pour prendre un bout de route vers Vannes, puis nous bifurquons de nouveau vers la gauche pour une dernière boucle, cela fait plus d’une heure que j’attends d’atteindre le pont tournant de Kerino, j’ai l’image fixe dans ma tête de la route à traverser pour aller sur le petit parc, puis atterrir sur les quais longeant La Marle, puis l’épingle à cheveux au bout du quai pour atteindre l’arrivée…in-ter-mi-nable…
Ca y est enfin, j’aperçois le petit parc, je traverse la route, je dépasse encre quelques traileuses et traileurs à bout, il est quasiment 1 heure du mat, il y a encore foule pour nous regarder passer, des applaudissements, je plie mes bâtons et je lève les bras comme si j’étais premier, j’y suis, je l’ai fait, j’ai vaincu le 177 km, p…. que c’est bon !

Je récupère mon polo finisher et je me dirige vers la tente des héros, je prends mon plateau, je demande….des pâtes et du jambon, cela fait 4 fois en 30 heures, mais je mangerais n’importe quoi, l’essentiel est ailleurs, dans ma tête, ça bouillonne, je m’assoie en face 2 gars qui ont fait le 56, ils sont de Bruz, ils m’admirent et me disent qu’ils seraient bien incapable de le faire, j’écoute à demi-mots, je suis dans mon monde, je ne sais pas ce qu’on fait mes potos, dans mon esprit, ils ont déjà franchi la ligne depuis longtemps. Je suis quand même bien atteint, je me lève péniblement du banc et je vais chercher mon sac « mi-course » qui est au stade de la Rabine, nous sommes plusieurs à errer comme des zombis, le pied gauche hésitant à doubler le pied droit et inversement.  
Bizarrement, même si je bouillonne intérieurement de joie, je me rends compte que je n’ai jamais douté d’arriver au bout de ce défi. J’avais prévu entre 25 et 30 heures, ce sera finalement 30h50. Comme dit Francky, je suis dans le premier tiers, 900 partants 490 arrivants. Je ne sais pas encore si j’analyserais les données de mon périple, mais je sais déjà que la victoire n’est pas physique, elle est intérieure, mentale. J’ai mis du temps avant d’écrire ce CR car je voulais voir si la plénitude qui m’a envahi le lendemain et la semaine qui a suivi allait s’estomper, mais non. J’ai vaincu le 177 km, mais j’ai également acquis de la sérénité, une paix intérieure et une confiance à toute épreuve. Je n’ai qu’une hâte, repartir, toujours plus loin, travailler encore pour progresser et continuer à se faire plaisir. Prochain objectif…Les Hospitaliers avec le BA35, en force !
 
Olivier
       
 
 
 
       
 
 
 

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denis a dit il y a 1 minute
Un grand BRAVO à toi olivier c'est vrai je vous prends pour des malades quel mental vous avez respect
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