Intégrale des Causses par Yoann

10 mois ! J’étais inscrit depuis 10 mois à cette course. Les photos postées par le meilleur trailer Normand Francis GARNIER m’avaient convaincu d’aller découvrir les massifs des Causses.

Les congés posés, les chambres d’hôtes réservées près du départ à Mostuéjouls, nous prenons la route avec ma compagne pour un bon week-end en amoureux.
Arrivés sur place, nous sommes submergés par des paysages magnifiques amplifiés par les couleurs automnales des arbres qui préparent l’hiver. Les roches calcaires mises à vif par des millénaires d’érosion achèvent le tableau.

La veille du départ, nous partons en reconnaissance des points de ravitaillement où Virginie mettra à ma disposition boissons énergétiques ou change.  Quatre points de ravitaillement : Le Rozier à 6km, St André de Vézine au 26 km, Pierrefiche du Larzac au 38e et pour le 4e nous abandonnons  la Ferme du Cade perché sur le Pouncho d’Agaast trop inaccessible au bénéfice du Massebiau qui est à 11km de l’arrivée.

Après cette reconnaissance, nous nous rendons à Millau au Village départ. Nous y découvrons une infrastructure bien rodée avec de nombreux fabricants de matériel de trail avec en premier lieu Kalenji (Décathlon) mais aussi Endurance Shop, Cébé, Sigvaris, LED sensor …, on y trouve également de nombreuses associations qui viennent promouvoir leur trail, nous y trouvons les Bretons de Belle-Ile en Trail (en espérant les revoir fin 2016 …).

Le paquetage est fourni : un buff, un T shirt Technique Kalenji (joli), une paire de chaussettes et le plus important une bière estampillée les Templiers. Y figure également un superbe magazine sur la faune locale et notamment les vautours, celui est réservé d’office pour mon fils Baptiste qui appréciera.
J’y retrouve Francis et sa famille. Ses ambitions sont différentes car il y a déjà fait un Top 20 sur les Grands Templiers. Mon objectif est moindre, il s’agit de le finir le 64 kms de l'intégrale des Causses.

J’arrive à Millau sur la pointe des pieds, en effet ma première moitié de saison a été marquée par 2 abandons consécutifs sur blessures. Le premier à l’endurance trail des Corsaires au 32e km sur un  fatia latta (tendinite de l’essuie glace) et une grosse entorse de la cheville 2 semaines plus tard.
En bref, une grosse perte de motivation et une remise en cause car je n’avais jamais abandonné une course à pied. Je reprends sérieusement l’entraînement en juillet lors de mes congés, s’ajoute également début septembre mon engagement avec  le team du BA35.

Mis à part le 26 km de Guerledan terminé sur les rotules, je n’ai réellement repris qu’au trail des Légendes, j’aime cette épreuve car elle se déroule sur des chemins que je connais bien. De plus l’ambiance avec le team est vraiment sympa. Je passe d’ailleurs la plus grosse partie du trail avec Florian.
Quinze jours après, je fais le semi de Tout Rennes Court avec un bon résultat pour moi et surtout une bonne fin de course où je finis très fort !

Vendredi matin : 7h00, le départ est donné !

Nous sommes environ 350 coureurs à Mostuéjouls, l’ambiance est bonne, les coureurs sont concentrés. Jusqu’au 1er ravito, l’allure est tranquille car nous sommes nombreux sur les mono traces. A la sortie de Rozier, nous attaquons la première montée. J’ai sorti les bâtons pour les montées, ils permettent une grande économie et j'en aurai besoin. Les montées sont lentes et le cardio déjà élevé (env 165 ppm). Cette portion est à mon goût la plus magnifique. Nous avons même d’ailleurs le privilège d’être survolés par une dizaine de vautours.

Nous descendons vers le Truel et débute la 2e montée encore plus dure que la précédente : 400m de dénivelé sec. Par contre, cette portion jusqu’au 2e ravitaillement est en forêt, c’est moins technique que la pierre et cela me convient bien. Le rythme est bon, et j’arrive à St André de Vézine (26e km)avec 45’ minutes d’avance sur mes prévisions et en bonne forme, le cardio a d’ailleurs été mon principal outil de gestion de course.  Désormais, c’est une longue descente vers Roque Ste Marguerite en 500m D- tout en pierre et là je commence à sentir les premières douleurs notamment au niveau des chevilles et des quadriceps. La montée vers Perrefiche est terrible à plus de 15%, je prends le temps sans m’affoler. La portion qui suit vers Pierrefiche jusqu’au 38e est agréable et sans grande difficulté. A la sortie de Pierrefiche, nous attaquons de nouveau la descente, la première partie est rapide mais lorsque nous nous rapprochons des gorges de la Dourbie, nous retrouvons la pierre et sans signe avant coureur, mes muscles me lâchent, je tétanise autant psychologiquement que physiquement.

C’est alors le début d’un long calvaire ou j’ai l’impression d’aller moins vite en descente qu’en montée. Je passe maintenant en mode survie, je m’arrête à deux reprises sur des rochers pour récupérer. Je m’ étais préparé à souffrir mais la peur de me tordre les chevilles est terrible, je continue à mon rythme, avant Massebiau je récupère un coureur qui est aussi dans le dur et qui me dit qu’il va abandonner au prochain point d’eau car il a peur de la dernière descente vers Millau, pour se motiver, il y a mieux…

Je relis le message d’encouragement de mon pote Seb, qui me persuade définitivement de finir cette course. Peu importe le temps, seul comptera le passage d’arrivée.
Je retrouve Virginie et Francis, je prends le temps de manger et allège mon sac, il me reste 10km avant la fin. Ils m’encouragent une dernière fois, de ne rien lâcher. Lorsque je les laisse, un moment d’émotion me prends, c’est indescriptible, on pense à ses proches, à l’absurdité de pousser aussi loin son corps et son esprit. Je respire, je me reprends, ce sera sur la ligne et pas avant !

La dernière montée est la pire de toute avec des marches de 50cm à gravir sous  un soleil de plomb. Je gère les crampes et arrive à la ferme de Cade. Cet endroit est magique, perché au dessus du Pounchon d’agaast, les bénévoles sont ici aussi d’une gentillesse incroyable, je laisse le roquefort sur les tables et profite d’une soupe réparatrice. Il est temps de faire la dernière descente vers l’arrivée car désormais, il fait nuit. La première partie est roulante, je décide de la faire en marche rapide.

Et enfin arrive la portion que je craignais, la pire des descente, des rochers de 60cm à descendre, je m’accroche à tout ce qu’il y a, le sol se dérobe souvent sous mes pieds, j’ai peur. Je traverse la grotte du Hibou dans le noir (malheureusement) et continue seul. J’entends au loin le son du speaker, combien reste t il ? Je demande au bénévole, encore 2 kms … Ils me disent tous 2 km …

Enfin j’arrive sur une portion plus facile, je recommence à courir, enfin je vois la salle de l’arche du bonheur. Virginie m’attend, c’est la première fois qu’elle m’accompagne comme cela. Une petite boucle et je la franchis … enfin après 13h27 de course.
On accroche à mon cou cette médaille.
Je l’ai fait
 
Comme toutes les courses, c'est d'abord une victoire sur soi-même mais je la dédie à 2 personnes : tout d'abord à Virginie qui m'a accompagné pendant toute cette course et ensuite à mon ami Séb, qui m'accompagne souvent physiquement ou pas ...
 

Vos messages :

LEFEUVRE MICK a dit il y a 186 jours
salut,yo un récit,qui donne des frissons. un grand BRAVO. à très bientot. MICK
 
 
 
 
 
 
 

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