Compte-rendu de Stéphane : 65 km et 3200 m de d+

Dernière étape avant le grand saut

L'objectif se précise, la fin de la prépa aussi. J'avais prévu un week-end choc le 14 juillet mais finalement après avoir entendu parler de l'Aquaterra, je décidais, à 3 semaines de l'épreuve, de m'y inscrire. Une belle occasion, aussi, de découvrir un lieu situé au carrefour de plusieurs régions: l'Auvergne, la Corrèze, le Cantal, le Limousin et le Puy de Dôme.
Quelques échanges via facebook pour remarquer que je ne suis pas le seul traileur local à m'y rendre puisque Stéphane Lagreve de St Aubin et Stéphane Collin de Guichen y participent. Nous décidons, par conséquent, de nous rendre à Bort Les Orgues ensemble. L'esprit de la communauté trail en pleine action. Génial!!

Rendez-vous est pris le vendredi matin pour un départ à 9h qui nous amènera vers 16h sur le site. Nous nous rendons place Marmontel à Bort pour récupérer nos dossards. Stéphane Lagreve et moi sur le 65kms et Stéphane Collin sur le 40kms. Et déjà, les premières bonnes impressions arrivent : un accueil chaleureux, une grande disponibilité des bénévoles. Tout est fait pour que les coureurs soient le moins perdus possible. Après un petit tour sur la place, il est temps de nous diriger vers notre lieu d'hébergement, la maison St Joseph à Tauves, situé à 20 kms. Là encore, nous serons accueillis avec le sourire par la propriétaire, adepte du marathon. Remise de la clé de notre chambre, un dîner simple pris dans le réfectoire puis il est l'heure de remonter dans la chambre afin de préparer nos sacs respectifs. Personne ne traîne car demain matin, le réveil aura lieu à 4h45.

Une bonne nuit, un petit déjeuner avalé et nous filons, à 5h45, pour Bort Les Orgues ou nous arrivons 20 mn après. Le village ne grouille que de traileurs engagés sur le 65kms, ceux du 105kms sont partis depuis 0h00. Nous ne sommes pas très nombreux à attendre les navettes qui vont nous acheminer à la crête du barrage. Stéphane Lagreve et moi discutons avec des coureurs bretons. D'ailleurs, nous sommes en nombre sur cette course, beaucoup de petit drapeau accroché au sac à dos. Allez, les coureurs sont priés de monter dans les mini-bus, direction les hauteurs de Bort ou un brouillard épais nous attend. Impossible de voir le lac d'un coté mais de l'autre nous pouvons voir, en contre bas, les grosses turbines. Une vue impressionnante du bord du parapet ou le vide domine et le vertige s'installe vite. Il nous reste 10 mn avant que le départ ne soit donné. Le temps que l'organisatrice de la course ne donne ses derniers conseils de vigilance. Enfin, le départ est donné, les 170 coureurs s'élancent sur le barrage pendant 200m avant de rentrer dans une partie boisée. L'Aquaterra peut démarrer et ma course de prépa UTMB aussi. La stratégie est simple: mode rando-course un max, toutes les montées, quelles qu’elles soient, seront faites en marchant avec une relance, systématique, à la sortie. Dés le départ, avec Stéphane Lagrève, nous décidons de mener chacun notre course et si l'opportunité se présente de courir ensemble, ce ne sera que du bonheur.

Mon départ est cool, je suis en mode détendu. En compagnie de Stéphane, nous enchaînons les premiers kilomètres de la plus tranquille des façons, tant est si bien que nous atteignons, à ma grande surprise, déjà le château de Val après 5 kms de course. Je ne pensais pas le voir si tôt. Un superbe vestige au bord du lac que nous découvrons pleinement car le brouillard s'est enfin levé. Je profite de cet instant pour prendre en photo ce château. Des passages en sous-bois peu techniques vont s’enchaîner, les grosses difficultés ne sont pas encore là, raison de plus pour ne pas s'emballer car les jambes tournent bien.
Nous passons quelques temps avec deux coureurs de Guer; ça discute pas mal mais leur rythme, un peu lent à mon goût, m'incite à partir tranquillement devant, laissant Stéphane avec eux.

Le premier ravito arrive, je découvre avec surprise l'abondance : coca, fromages locaux, saucissons, jus d'orange, pain d'épices....et j'en passe. Je m'y arrête quelques instants en décidant d'innover, et ce sera le cas sur beaucoup de ravitos, par rapport à mes prises habituelles sur les courses. Je mets l'accent sur les prises salées en me disant que j'ai du sucré avec moi donc le bonne équilibre alimentaire......La suite me contredira et vous le lirez plus loin. En tout cas, le fromage d'Auvergne et le saucisson sont bons et comme j'ai des kilos à retrouver, l'occasion est bonne!!!

Les kilomètres s’enchaînent, les premières difficultés pointent le bout de leur nez. Les UP and DOWN ne vont pas arrêter, longs et raides parfois, les devers inclinés et glissants, en sous-bois, les singles tracks, tout y est pour bien bosser sans se faire mal. Nous n'avons même pas encore fait la moitié du parcours. J’enchaîne correctement les montées en mode rando et repart en courant dans les phases descendantes qui, parfois, sont en lacets, presque en angle droit. Un vrai numéro d'équilibriste. Nous longeons le lac par de petits singles jonchés de pierre, nous remontons vers l’intérieur de la forêt ou une grosse patate nous fait face. Ce menu va être au programme pendant les 3/4 restants de la course. Les premiers du trail de 40 kms nous doublent. Je suis impressionné par la facilité avec laquelle le premier me double dans une grosse montée que je fais en marchant avec un traileur de la région. Et là je me dis que Stéphane Collin va finir par me rattraper, engagé sur ce format 15 jours après sa belle course sur le 56kms du golfe.

Déclic: il n'en est pas question...Mon challenge sera d'atteindre le ravito du 40eme et donc la ligne d'arrivée pour lui avant qu'il ne me double. Ce petit coup de pied au derrière sera salutaire. J'arrive, donc, à ce ravito ou me retrouve quelques minutes après Stéphane Lagreve que j'avais lâché mais qui, finalement, n'était pas très loin. Nous prenons un peu de temps pour nous restaurer. Je reste sur ma ligne directrice : salé en veux-tu en voilà.

Nous repartons ensemble et laissons les traileurs du 40 kms revenir sur Bort en navette fluviale sur le lac (veinards). Avec Stéphane, nous commençons à attaquer de nouvelles portions de Up and Down. Je cours tout en mâchant un morceau de pain qui a du mal à être ingurgité, ça mâchouille dans la bouche, je finis par ne pas apprécier et décide de le recracher. A cet instant, une contraction de mon estomac m'oblige à m’arrêter, les symptômes de vomissement sont proches. On se calme, une pause de quelques minutes est nécessaire, le temps de voir Stéphane Lagreve partir seul, même pas eu le temps de lui dire ce qui m'arrivait. Ajouté à ce moment d'indigestion, un gout très présent de salé qui s'est véritablement installé dans ma bouche. Une sensation de sécheresse qui ne passe pas malgré les gorgées régulières de boisson énergisante et eau. Il faut impérativement que je coupe ce gout. Voilà ce qu'il arrive à vouloir prendre du salé. Un essai pas concluant. Sur les ravitos qui vont se succéder, je prends du jus d'orange frais en me disant que ça va casser la présence du salé, nouvelle erreur.

En attendant l’apothéose culinaire, les kilomètres défilent avec son lots de difficultés: les passages en sous bois sont pentus, inclinés ce qui nous invite à jouer l'équilibriste. Les cuisses travaillent, j'ai plus de mal à relancer, je sens la fatigue mais ne panique pas car il ne s'agit que d'une sortie longue en mode prépa. Et puis, ce mal de bide qui n'en finit pas, je ne peux rien avaler de solide et ne boit que de petites gorgées d'eau. Et ce qui devait arriver, arriva, à nouveau le vomito est en route. Plus rien dans le bide, ça va pas etre facile. Il me reste une quinzaine de kilomètres, je décide de fonctionner en mode total rando, au moins sur quelques kms pour récupérer. Dans les descentes, je repars en courant mais le ventre est vide et l'impact de la foulée, au sol, n'arrange pas mes sensations. Faut serrer les dents mec. Je prends le temps de cerner, tout de suite, l'objet du délit : trop de salé ayant installé un gout de sécheresse dans la bouche que j'ai voulu effacer par du jus d'orange sucré et bien frais. De la dynamite, moi j'vous dis!!!!

Je gère, au mieux, cette situation. Le GARMIN m'annonce plus de kms que celui annoncé par l'organisation. Finalement, il n'avait pas tort le bénévole qui m’annonçait "encore 7 kms" à ma grande joie. Sur le coup, je le maudissais!!! J'en suis à 62kms affiché. Allez on sert les dents. En traversant une portion de route, je découvre, en contre bas, Bort les Orgues, cela me booste à relancer la machine. Je m'engage dans un chemin plat, au bout, j'entre dans un bois ou une nouvelle difficulté se présente. Je m'écarte totalement de la route qui mène à Bort. Purée, ça n'en finit pas. Le chemin remonte et nous écarte de l'arrivée. La cerise sur le gâteau.

A la sortie d'un chemin, je rencontre des randonneurs qui en finissent avec leur épreuve. Cette perspective me ravit. Une descente, en sous bois, bien en zig zag, va me ramener sur les hauteurs de Bort les Orgues ou je commence à entendre le speaker. Enfin, ça sent bon l'arrivée. Une dernière grosse descente sur la route finira le travail dans les cuisses. Nous entrons, dans la ville, par une rue piétonne du centre ville. Moment fort sympa ou je croise du monde qui m'encourage sur cette fin de parcours. La pensée s'égare, un instant, sur un flash : "dire que si je vais au bout de l'UTMB, ce sera comme ça dans les rues de Chamonix".

En attendant, revenons au moment présent, je traverse la Dordogne pour retrouver la place Marmontel et l'arrivée. Un chrono de 11h20 pour 69.70kms. Je retrouve Stéphane Lagreve arrivé il y a 18mn et Stéphane Collin qui en avait terminé depuis un moment. Nous échangeons quelques mots en nous dirigeant vers le stand médical ou une bonne séance de kiné sera salutaire pour la récupération.

Débriefing à l'issue :

Je ne prendrai plus de jus d'orange sur les ravitos et beaucoup de salé. Je vais revenir au classique, qui m'a toujours réussi, un peu de coca, un peu de banane, des tucs, du raisin. Niveau tenues, j'ai testé un maillot X.BIONIC près du corps qui m'a convenu et que j'ai validé. C'est une certitude, j’achète 2 bidons RAIDLIGHT avec pipettes à valve plus pratique pour boire car pas besoin de les sortir pour les mener à la bouche. Je perds trop d'influx à devoir remettre le bidon dans sa poche. Ce fut une bonne séance, soutenue sur un trail très exigeant qui mérite d’être fait. J'y ai découvert une belle région, un accueil exceptionnel et une organisation bien rodée.

C'était la dernière grosse course de prépa UTMB. Dans 5 semaines, l'heure de vérité sonnera, faisant place à son lots de questions, d'incertitude, de plaisir, de joie, de bonheur, de souffrances. Je sais, au fond de moi, que, quoiqu'il se passe, j'aurai mené du mieux possible cette préparation pour atteindre mon GRAAL.
 

Vos commentaires :

denis a dit il y a plus d'un an
salut step encore un bonne prépa pour toi histoire encore de teste se qui va bien ou moins bien . j'ai été pris comme toi a l'ultra marin ou j'ai voulu testé une barre salée pour éviter la saturation du sucré et elle n'est pas passée non plus. Il faut mieux que ça t'arrive maintenant. récupère bien avant le grand saut . encore un bon récit que va etre le prochain bon courage denis denis
 
 
 

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