Compte-rendu de Fred

24H Rennes – 2014 – Utopie inavouée

Après Grenoble où j'ai franchi les 200 km pour la 1ère fois, c'est Rennes qui se présente sur mon calendrier. J'en ai fait le 1 er objectif de l'année. Le circuit est nouveau, il est beaucoup plus roulant que l'ancien, il est plus court (1033m), il est plus ouvert. On doit pouvoir y faire une belle marque.

Charlie est à la manœuvre pour amener le bourricot dans les meilleures dispositions le jour «J » J'ai voulu mettre un peu de vitesse durant l'hiver. N'aimant pas les cross, je décide d'enchaîner des 10 kms. (4 au total) avant de basculer vers le long. L'idée est de déboucher les durites, de décalaminer les soupapes, me sortir un peu les doigts. Autant vous dire que je n'ai pas aimé mais pas aimé du tout ce type d'effort. Partir à fond, tenir et finir à fond ce n'est pas mon truc. L'idée était d'augmenter la vitesse de base puis d'espérer un transfert vers l'endurance.

Après analyse des séances et des courbes, Charlie valide un départ à 10 km/h. Début de « panique » chez moi. La barre est symbolique mais je ne sais pas pourquoi, je trouve cela osé, risqué, presque prétentieux en fait. Petit complexe d'infériorité selon les spécialistes. Complexe ou pas, il n'empêche que je ne suis pas serein mais pourtant... Je discute, je gamberge, j'hésite mais les données sont là devant moi. Je peux courir à 10 km/h au moins au départ et donc si on se réfère à BH, si je pars à 10 je dois pouvoir finir à …. Non non ne pas y penser. Si je veux faire mieux qu'à Grenoble, j'ai 2 options : améliorer la fin de course puisque les 12 ères heures ont été très régulières à 9,5 ou partir un poil plus vite, prendre un peu de risque et serrer les dents, m'accrocher aux branches quand la vitesse baissera. Je rediscute, je regamberge mais tout le monde me dit c'est 10 km/h. Alors on y va. J'ai pu tester le circuit durant plusieurs heures, le bénéfice de la proximité. Quelle chance non ?

Sur le plan nutrition, je sais maintenant que le sucré n'est pas mon truc, le salé me convient mieux. Ayant participé à un stage hors stade organisé par le Comité de Bretagne, j'ai pu rencontré et échangé avec Anthony Berthou (nutritionniste) selon lui pas de soucis pour la soupe tant que j'ai un apport en sucre équilibré. C'est décidé, ce sera soupe à volonté.

Plus l'épreuve approche et plus le doute s'installe : courir 24H, c'est long, c'est dur, c'est très dur. Vais-je pouvoir vivre la même course qu'à Grenoble durant laquelle tout ou presque s'était bien passé. J'ai ramassé plein de branches pour m'y accrocher quand je serai dans le dur. Je me nourris des CR des autres, de leurs expériences heureuses comme malheureuses. Je remplis mon carton à émotions, mon album à souvenirs et ma boite à musique. Allez cette fois, je vais rester sur le circuit quoiqu'il arrive. Maestro que la musique commence.

Vendredi J-1, je suis en vacances, je me prépare tout est ok. Rien à déclarer, si si … Une petite sortie d'1/2 h en fin d'après-midi, il fait beau. J'ai chaud, le cardio dérive un peu. Bizarre non ? Un peu de stress gars Tot. Demain faudra être prudent et méfiant de Sieur Soleil. Bien pris.

Samedi, Jour-J. Tout est nickel, j'ai bien dormi, je suis décontracté, pas de stress apparent. Je discute avec les potes circadiens. C'est bon enfant comme ambiance, il fait un peu frais. Je ne bois rien en attendant, je discute grand bavard que je suis. 1 ère erratum à mon avis. Je suis négligent.

Le départ approche, petit briefing d'avant course, rappel des consignes et pan. On part. C'est bon, les doutes ne sont pas là. Je me sens bien. Impeccable mec !! Allez, voilà que je n'arrive à toper les laps quand il faut. Résultat, très vite je ne sais plus si je suis en pair ou impair et donc je bois ou pas, je marche ou pas. GRRRrrr cela m'agace, je ne suis pas concentré. Le rythme est bon par contre le cardio s'envole vite, très vite, trop vite. Puty qu'est-ce qu'il a ce con de cœur, il ne fait pas encore chaud, je ne suis pas stressé, je suis même en mode touriste cool. Voilà que les aiguilles viennent taquiner les 150 puls. C'était prévu que j'atteigne ces données en cours d'après-midi, pas si tôt. Tant pis, je décide d'en rester à ce niveau cardiaque quitte à freiner la bête un peu. Et voilà les 6h qui arrivent... Vroum vroummm olà qué tal los Z'amigos. Vachette cela envoie du steack. Un peu de causette avec Foufou, Superpapa et d'autres.

Arrive le 1er coup de moins bien, psychologique comme d'hab. Installe-toi l'ami je continue sur mon tempo. Cela passe. Arrive le 2 nd après 5H de course, il est plus sérieux comme client. Je contrôle la cadence. Tout est bon. Alors installe-toi mec mais ne reste pas trop longtemps quand même, faut pas déconner. Les Bretons sont accueillants mais quand même. Il va s'installer durablement. Je peux relancer mais la tête est vide. Je suis en mode sans cerveau comme prévu avec Soeurette. Je débranche les « connectiques cérébrales » et en route. Puty cela va être long. 19 H encore, merdasse cela va être chaud mais si je gagne ce combat, je serai un vrai warrior. AhAh... Pas prévu un tel marasme prématurément. Il fait chaud, je suis en débardeur, sans casquette et je tarderai à m'arroser. Bien joué garçon, t'es en Bretagne, certes, n'empêche qu'il fait très beau, ce sont les 1ères chaleurs et tu dégustes. J'ai chaud, dès que je marche je transpire énormément. Je n'arrive pas à boire suffisamment car le bide est déjà limite de repeindre la chaussée. Difficile équilibre à trouver. Les 6h en ont terminé, nous sommes seuls depuis déjà... pas assez longtemps en fait. Je traîne ma misère. J'ai sorti la boite à musique, je pioche dans l'album à souvenirs mais cela ne passe pas. Je glisse irrémédiablement le long de tronc auquel je ne peux m'accrocher. Toutes les branches cèdent les unes après les autres. Je vous promets que je sers de toutes mes forces. Elles ne sont pas assez solides, je glisse. Bien sûr la vitesse s'effrite tranquillement rien d'alarmant. Au contraire, je remonte au classement car je pense être assez régulier. Pour en être sûr il faudrait que j'arrive à toper ces put... de tours comme il faut. Je regarde bien le panneau d'affichage cependant les 1er signes d'Alzheimer sont là. Difficile de faire les calculs mentaux. Grosso modo, j'en suis rendu à 9,5km/h de moyenne après 8H de course. Ok. Ben c'est pas mal mon garçon, sur la base de Grenoble sauf que tu es parti plus vite cette fois. Tu es content ? Oui mais en fait non car j'en ai marre plus que marre.

Il n'y a pas d'ombre sur ce circuit, je suis en train de rougir, de cuire. Foufou m'a proposé de la crème et devinez la réponse de la mule : Non merci c'est sympa. Je suis rôti. Le soleil est tombé, la plupart des coureurs se sont couverts certains sont tout en long (haut et bas) et devinez qui n'a pas froid : Bourricot 1er, roi des écrevisses. Je transpire toujours. Je ne peux pas boire autant qu'il le faudrait pour recharger la bête. Je me sens vidé, je suis rincé. J'en ai plein le c.. de cette connerie, je veux dormir. Puty mon lit est à 12'. 12' petites minutes. Oui oui j'ai chronométré une fois le trajet « maison – circuit » en y allant, trop fort le Tot. Belle connerie l'ami. Le chrono dit tout le contraire de mon cerveau. Je remonte encore et encore. Je viens de faire mon entrée dans le top ten. Et oui, Monsieur « raz le bol » est là bien présent nonobstant (il est pour Jipinou celui-là et n'est pas réservé à VO2) il n'a pas raison de ma cadence, incroyable paradoxe.

Je passerai les 100 kms en 10H34 (seul chiffre que j'ai réussi à imprimer. Je calcule et je suis en retard sur Grenoble. Oui en retard. De combien, j'en sais rien en fait. ( pour info à Grenoble j'atteins les 113 km en 12H, je vous laisse faire le calcul à 9,5 km/h de combien était mon retard. Une bière à la personne ayant la bonne réponse.) Dans ma tête, cela sonne le glas. Je me suis voilé la face durant toute cette préparation. Dans mon inconscient presque conscient j'ai toujours rêvé faire mieux qu'à Grenoble et seul ce but m'importait. Grand prétentieux. Tu passes une fois les 200 kms après 6 tentatives et te voilà qui veux faire encore mieux.

Ce qui m'aura manqué : Humilité, respect, sagesse mais surtout rusticité dirait Patrice. Je n'en ai pas assez pour être si audacieux et présomptueux. Je me rassurai avec des objectifs secondaires, tertiaires voire quaternaires. Je n'étais pas à un près. Mais je me mentais à moi-même et surtout aux autres. C'est pas bien Tot. Et là, mon calcul m'annonce que cela va être compliqué. Je suis déjà dans le dur psychologiquement depuis plusieurs heures et sans doute un peu entamé. Tout s'effondre dans ma tête. C'est fini, c'est mort «je vous dis ». Je m'arrête au stand, sur de moi, c'est la fin. J'en peux plus de me battre ainsi. Il me reste 13H de course, je suis 8 ème. Et oui quand on est mort on progresse au classement c'est logique non? En tout cas ce fut la mienne. Alex, Stéph, Cédric, tous ceux qui sont là tenteront de me relancer. Trop tard, je suis passé en mode huître fermée. Je me trouve des prétextes et des excuses à la pelle. Je dois bien avouer qu'ils ont failli réussir leur coup. J'ai eu un vrai doute, j'ai hésité mais l'appel de mon lit à 12' a été le plus fort. Je bâche donc ainsi ce 24H. Je n'ai aucune douleur particulière, les jambes un peu lourdes, qui ne les a pas après 11H de course. Ma tête et surtout mon utopie ont eu raison de moi.

Grand merci à toutes les personnes qui ont pensé à moi, qui sont venus me voir durant cette course. Je peux refaire l'histoire maintenant avec beaucoup de si. Je peux prétexter beaucoup de choses, justifiant mon abandon. Cependant quand je regarde le miroir droit dans les yeux, la seule vérité qui s'impose à moi est que je manque cruellement de rusticité et de mental face à la rudesse qu'est la circadie. Alors quand vous jouez les prétentieux soyez armés ou allez vous coucher.

 

Vos commentaires :

Fred a dit il y a plus d'un an
Ronan, le mot "perf" était une petite allusion à ma dernière prestation lors des Templiers :-))) Ok pour la boisson salé.
 
 
 
 

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