Compte-rendu de Stéphane sur l'UTMB

Comme un gout d'inachevé....

Comment faire un compte rendu d'une course ou, pour la première fois depuis que je fais du trail, j'ai échoué. Par quel bout commencer, certes la fin est déjà trouvée mais il va bien falloir mettre des mots sur cet échec. Cet ultra, j'en ai rêvé depuis plus d'un an, 2013 n'a tourné qu'autour de ça, acquérir les points nécessaires pour participer au fameux tirage au sort en priant le bon dieu des traileurs, s'il en existe un, pour que je sois retenu. Début janvier 2014, la bonne nouvelle est au rendez-vous, je suis retenu dés la première fois comme pour la CCC en 2011. Dés cet instant, ma motivation ne va faire que croître, mon envie de mettre tous les atouts de mon coté va prendre sa place. Aidé par coach J.P Couetil, un plan d'entrainement va être mis en place pour que cet objectif de l'année soit atteint. J'ai confiance en lui, tous mes précédents ultras ont été aboutis et menés à leur terme. Cette préparation entrera dans ma vie comme jamais une prépa ne l'aura été. De janvier à début août, je vis,je lis, je visionne UTMB certes sans pression particulière mais avec cette envie de m'approprier rapidement cette grosse épreuve. Cette préparation s'étant déroulée sans pépins physiques, je pouvais aborder ce jour du vendredi 29 août avec sérénité.

Arrivé 8 jours plus tôt sur Chamonix avec ma femme et ma fille, rejoint par son copain quelques jours plus tard (deux futurs traileurs....et oui l'air de la montagne), nous profitons de ces jours pour découvrir un peu plus le coin, passer comme il se doit au salon du trail ou j'aurai le plaisir de rencontrer quelques traileurs de renom: Christophe Le saux, Dawa Sherpa, Anton Krupicka, Joe Grant et Julien Chorier et voir le départ de la course mythique qu'est la P.T.L. Quel moment, des costauds, pas de semblant à ce niveau de format, une ambiance de dingue pour saluer ces traileurs d'un autre monde. Je retrouve, aussi, pendant la semaine, Vincent, engagé sur la CCC, et sa famille. Nous partagerons quelques soirées, autour de bons repas raisonnables, à faire et défaire notre future épreuve. Sa premier course de montagne à l'ami Vincent. Un peu stressé le bonhomme d'autant que monsieur ai trouvé la fâcheuse idée de se coller, sous la voûte plantaire, une belle ampoule. Malheureusement pour lui, elle lui jouera un mauvais tour car Champex sera sa station d’arrêt. Il faudra y revenir Vincent pour finir la boucle car tu en as la capacité, le coffre, tu es un taiseux, un teigneux sur les courses !!!

Les jours ne passent pas assez vite à mon gout. Je commence à tourner en rond. Un seul petit décrassage de 45 mn le lendemain de mon arrivée puis une petite rando de 2h sur le col de la Balme, au dessus de Vallorcine, le mardi, seront les seuls gros efforts physiques réalisés avant le départ de l'UTMB. Comme je n'ai pas trop envie de me disperser ni de trop marcher, je vais pietiner au salon du trail ou dans les magasins aux enseignes bien connues de tout coureur, j'ai le sentiment que les journées ne passent pas bien vite. Heureusement, le jeudi viendra casser ce sentiment, avec la fameuse journée de remise des dossards pour la CCC & l'UTMB. Vincent m'accompagne, c'est plus sympa. Ce moment est bien rodé par l'organisation, pas de temps mort entre l'entrée dans la salle des sports et sa sortie avec le précieux sésame. Premier poste: la remise d'une fiche informatique individuelle, personnelle ou 3 materiels obligatoires me seront demandés. Cela peut être différent pour chaque coureur. Pour moi, ce sera la veste imperméable, la réserve d'eau d'au moins 1L et le téléphone avec l'option internationale. Et là, grand moment de stress pour Vincent qui doit, aussi, présenter son portable avec l'option.....Euh, Stéphane, tu vas le chercher ou ce truc? Alors Vincent, tu vois on vient de passer de l'air du minitel au smartphone en quelques années lumières à la vitesse du son !!! En quelques petites touches, je lui montre la procédure..........Ouf se dit Vincent. Pourvu que le contrôle ne me demande pas de refaire la procédure...........Vincent, comment on fait déjà !!! Deuxième poste: nouveauté avec cette année, les affaires contrôlées sont à déposer dans un bac et présentées en direct live. Troisième poste: si on arrive là c'est que le sésame est sur le point de nous être remis, ça commence à sentir bon. La petite enveloppe contenant le dossard, la puce m'est donnée par un gentil bénévole qui me souhaite bonne course. Quatrième poste: le tee shirt de bienvenue, le bracelet d'identification à notre course. Le cinquième et dernier, la remise de mon sac qui sera déposé à Courmayeur, la seule et unique base de vie. 1h s'est écoulée. Avec Vincent et un de ses amis coureur de Pacé, retrouvé, nous décidons de nous poser un peu en allant prendre une collation face au salon du trail. La journée est belle, ensoleillée voire chaude, rien à voir avec mardi ou la pluie tombait abondamment, provoquant quelques alertes d'inondations dans Chamonix. Il va être temps de se séparer, se souhaiter bonne chance, belle course et du plaisir.

Le jour J est enfin là. J'ai la journée pour me préparer en toute décontraction. Un coup de fil à Hubert Piel, engagé sur l'UTMB, pour un petit café entre amis, histoire de débriefer sur la course car j'ai besoin de ses conseils à l'approche de l'échéance. Ce grand bonhomme a un CV qui impose le respect : des participations multiples à de grands ultras comme l'UTMB, la diagonale des fous, l'utra marin...et toujours finisher avec des chronos qui rendent jaloux. Lors de nos échanges, je lui soumets l'idée de faire un bout de chemin ensemble, une maniere de lui dire " mon pote, j'ai besoin de t'avoir à mes cotés, tu connais le parcours comme ta poche, ses pièges, je veux être rassuré par ta présence ". C'est ainsi que nous nous donnons rendez-vous à 16h15 non loin du départ.

Après un bon déjeuner fait de pâtes, de boissons glucidique et d'un riz au lait, je file faire une sieste d'une heure, au calme. Mais la pression, l'envie d'en découdre est trop forte, je ne peux fermer l’œil. Pas grave, la semaine a été reposante, j'ai bien dormi. 15h, j'enfile ma tenue, j'ai décidé de partir avec un tee shirt X.BIONIC à manches courtes, un compressport. La météo annonce des passages pluvieux par moments, du brouillard au dessus de 2000 m mais des températures idéales, pour courir, entre 3 & 10° selon l'altitude. L'option du compressport plutôt que le short cuissard me permet, ainsi, en cas de froid, d’être déjà couvert au niveau des cuisses et de ne pas perdre de temps à devoir me changer si tel devait être le cas. Allez, il est temps de filer vers la zone du départ.

Je retrouve, comme convenu, Hubert, à quelques pas de la ligne de départ. C'est déjà la grosse affluence à 1h15 du départ dans les rues de Chamonix, la sono crache les tubes du moment, le speaker fait chauffer la foule. En compagnie de ma femme, ma fille et Hugo, je suis Hubert qui m'invite à le suivre vers un endroit proche de la ligne. 3 UTMB à son compteur, monsieur connait toutes les ficelles pour bien s'installer, patienter gentiment jusqu'au coup de départ. Quelques dernières photos en compagnie de mes proches, des messages d'encouragements dans l'attente de se revoir à St Gervais comme prévu.
Nous réussissons à nous glisser à quelques mètres du SAS des dossards privilégiés. Une belle vue m'est offerte pour voir les favoris de cette course: François Dahenne, Christophe Lesaux, Anton Krupicka, Teddy Thevenard......pour ne citer qu'eux. L'ambiance est belle tant chez les coureurs que parmi les spectateurs et ce n'est pas les premieres gouttes de pluie qui refroidissent tout ça. Cependant, le ciel se fait vraiment menaçant, les averses se font plus conséquentes au point que j'enfile ma veste imperméable comme une grande majorité des traileurs. Les prévisions météorologiques sont justes, c'était annoncé!!

Le moment tant attendu est enfin sur le point d'arriver, le top départ est annoncé sous la musique de Vangélis, cette musique que dis-je cet hymne à l'UTMB qui vous fait frisonner, vous donne la chair de poule. Je suis déja dans ma course. Allez, le départ est donné de la place du triangle de l'amitié, nous nous engageons dans la rue piétonne principale de Chamonix ou la foule impressionnante nous fait une haie d'honneur. Nous entamons, sous une pluie d'applaudissements, d'encouragements, nos premières foulées qui vont nous mener, j’espère, 46h maxi plus tard au même endroit place du triangle de l'amitié.

1ere étape de ces 168kms & 9600 D+ / D-: les houches situé à 8kms. Cette portion est sans difficulté majeure, une traversée en sous bois fort agréable faite, enfin, sans la pluie qui a décidé de nous laisser tranquille.....pour combien de temps? Mon rythme de course est bon, selon moi, Hubert est à mes côtés en père peinard, me faisant la visite guidée des lieux. Il y a comme quelque chose de rassurant de l'avoir auprès de moi. Nous alternons course et marche active dés que la pente se présente quand bien même elle peut se faire en courant, une manière de se préserver des prochaines difficultés. Nous arrivons aux Houches ou la foule est impressionnante, les encouragements personnalisés grâce à notre prénom inscrit sur le dossard font du bien à entendre, je me laisse même porter par cette ambiance en faisant une petite holà au passage dans le bourg.

Allez, je me reconcentre car la route, qui va nous mener à la montée du Col du. Délevret altitude 1776m, devient pentue. La première difficulté est annoncée, certes sans commune mesure avec les suivantes, mais elle a le mérite d'installer un espèce de silence de cathédrale dans le peloton. Le souffle commence à devenir court, les pas se raccourcissent mais le rythme est bon. Je suis dans ma bulle, aucun échange avec Hubert, ça s'était validé avant le départ, je monte sur un terrain glissant rendu boueux par les pluies tombées mardi et celle de ce jour. La descente est raide et périlleuse, chacun joue son numéro d'équilibriste. Des chutes ont lieu. Nous redescendons sur St Gervais, kilomètre 21, la pluie à refait son apparition, elle ne nous quittera plus de la nuit. On m'avait parlé de cette ambiance extraordinaire à St Gervais, je ne suis pas déçu. J'y retrouve, noyés dans la foule, ma femme, ma fille Rachel et Hugo son copain. Un "allez papa, t'es le meilleur" m'est adressé, je le prends sans modération. Ils sont courageux de m'avoir attendu sous la pluie battante. Je ne reverrais mon petit monde que le lendemain matin en Italie à Courmayeur. En attendant, arrêt au ravito, prise rapide de coca, bananes, raisin et à l'abri, j'enfile ma veste. C'est le déluge et en même temps, la foire d'empoigne au ravito car les places sont chères pour enfiler son vêtement à l'abri. Je ne traine pas, je repars avec Hubert en direction des. Contamines á 10kms de lá. Il fait nuit noire, grâce à la lampe frontale, je peux vraiment constater le déluge qui tombe à travers le faisceau lumineux.

Il n'y aura aucunes difficultés majeures pour rejoindre les contamines. Le parcours nous fait traverser des bois au milieu des alpages. Le terrain est de plus en plus glissant. Je reste attentif car la moindre chute pourrait compromettre la suite de mon périple. Les kilomètres défilent et la première véritable difficulté pointe son nez: le col de la croix bonhomme et ses 2443 m de D+. Nous aurons parcouru 44kms. Je découvre le vrai dénivelé montagnard, le pas est lent mais la poussée est soutenue, le peloton de traileurs avance lentement mais sûrement. Je m'appuie sur les certitudes de ma préparation.

La deuxième difficulté sera le col de Seigne avec ses 2500 m.Ca ne rigole plus. La montée de nuit est superbe, au mois pour la vue, par contre pour l'effort, c'est autre chose. Contrairement au col de la croix bonhomme, c'est une ascension faite dans la caillasse, les rochers plus ou moins imposants, les bâtons sont parfois inutiles tellement la hauteur de pose est élevé. Il y a longtemps que j'ai perdu Hubert qui est déjà loin devant. Je suis face à moi, le défi est à la hauteur de mon attente. L'arrivée au sommet au petit jour est grandiose. Le Mt Blanc nous observe, imposant. Le temps d'une photo, je ne m'attarde pas car il fait froid et le vent est de la partie. J'engage ma descente, en direction du lac Combal à 1970 m, dans de bonnes dispositions, je réussis à me remettre en mode course, je double pas mal de coureurs, je suis content et rassuré à la fois. Comme à chaque fois, je fais une petit pose au ravito qui se présente. Le poste situé au lac m'en donne l'occasion. Je reste sur mon protocole qui passe bien depuis le départ: je pioche, á droite à gauche, bananes, raisins, coca ou eau gazeuse. Allez tant que la forme est la, je ne m'attarde pas, je repars en petites foulées en direction de l'arête du Mt Favre situé à 2417 m d'altitude. D'ici la montée, nous avons quelques kilomètres de plat ce qui me convient car j'avance toujours dans de bonnes dispositions mais je craint le menu qui va nous être proposé quelques kms plus loin d'autant que la chaleur pointe son nez, en ce début de matinée de samedi. Je suis toujours en tenue de nuit, chaudement habiller. Il va falloir que je me pose pour me dévêtir car je ne suis pas à l'aise. Comme beaucoup de traileurs, Je parviens à trouver un endroit dans la montée pour enlever ma veste imperméable, mon teeshirt manches courtes X.Bionic, mon sac poubelle ( qui m'a bien protégée durant la nuit, souvenir de la CCC 2011 ), je replis mes manches longues de ma premier couche. De toute façon, Courmayeur est dans 10 kms, il sera temps de se changer complètement.

La montée du Mt Favre faite, déjà 66 kms au compteur, la première nuit terminée et la perspective d'une pose sur la seule base de vie de l'UTMB: Courmayeur mais en attendant il y a une sacrée descente, en direction de l'Italie, que je redoute car Hubert m'en a dit quelques mots: 11kms raide, presque en ligne droite, dans les pistes de skis de la station puis dans les bois ou les sapins sont légions. Entre ces deux portions, le poste du col de Checrouit, en Italie, 73kms et 4337 m de D+ de fait depuis la veille, ou je prendrai 15 mn pour me ravitailler en pâtes et boire du thé, une pose bien utile car cette premiere moitié de descente m'a un peu usé, les cuisses piquent, je sens un poids sur le dos avec mon sac alourdi par mes vêtements humides de la nuit. Cette pose est salutaire, j'envoi un SMS à ma fille et Hugo qui m'attends en bas à Courmayeur pour leur annoncer mon arrivée dans quelques temps. Je repars, il faut poursuivre la descente. Je ne prends aucun plaisir, la chaleur ne m'aide pas, c'est la chape de plomb en sous bois, pas un brin d'air. Des zigzag en pente sèche à n'en plus finir, des marche de rondin de bois pour corser les choses, les cuises sont mises à l'épreuve. Je suis dans un petit groupe de 5 coureurs, de même niveau, il n'y en a pas un qui veuille passer devant l'autre, parfait ça m'arrange. Nous entendons, en contre bas, le speaker, nous devinons Courmayeur qui semble si près mais qui est encore inaccessible. La descente me gonfle un peu, j'évite de regarder la vallée ou l'on devine la base de vie. Enfin, les premiers randonneurs qui remontent à contre sens, les encouragements font du bien, une ola est improvisée par un groupe, c'est cool, ça fait du bien. On nous annonce 300m encore de descente dans les bois puis la route se présentera à gauche, direction la base de vie. J'ai lâché mes acolytes, je file en courant, certes en petites foulées, mais le rythme est bon après plus de 16h de course .

Enfin, l'entrée dans Courmayeur, j'aperçois, à la sortie d'une ruelle, Hugo le copain de ma fille, heureux de me voir, une tape dans la main, il me signale que Rachel m'attend dans la salle. Juste le temps pour moi de lui dire que j'ai envi de yaourts au fruits bien frais. Le voilà à piquer un sprint vers le centre du village pour satisfaire mon envie passagère !!
A ce moment de la course, les coureurs ont le droit à une assistance. Je récupère mon sac, contourne la salle et rentre dans le bâtiment. Ma fille, heureuse de me voir, vient à ma rencontre. Dans un bordel incroyable, elle a tenté de me trouver une place pour que je puisse me changer. Le rez de chaussée est rempli de coureurs qui cherchent une place. Impossible dans ce bazar de pouvoir s'assoir, je m'énerve et perd de l'influx. Je propose à ma fille de monter avec moi à l'étage ou se trouve le ravitaillement. Mais au moment de monter l'escalier, une personne de l'organisation interdit à ma fille de me suivre. C'est à plus rien n'y comprendre. Je décide donc de me changer à minima dans l'escalier montant au 1er étage, ma fille m'envoyant à la volée mes changes. Je l'informe que je vais passer voir le podologue car je suspecte des ampoules sous la boîte plantaire, puis passer au ravito et lui demande de me retrouver, avec Hugo, dehors ou je terminerai de me changer. Le but étant d'être pointer sortant à la sortie de la salle au premier étage. J'ai 1h d'avance sur la barrière horaire. J'informe le podologue que je dois filer dans moins de 30mn car je n'aurai plus beaucoup de temps pour me ravitailler. Pas de bol, j'ai á faire à une flèche qui pipelette avec des filles élèves podologue ou kiné, ça m'irrite au point que je suis à deux doigts de dégager. Au final, pas d'ampoules mais de belles gouttières dues à l'humidité stockée la nuit avec la pluie. Nettoyage des pieds, je lui dis que j'ai de la crème dans mon sac, je badigeonnerai les pieds. Je dégage. Et file au ravito: une assiette de pâtes, un bol de soupe bien salé, trop à mon goût et deux verres de coca qui auront raison de ma digestion puisque mister vomito passera par la dans les minutes qui suivront. Pas grave, je ne ressens aucune gène gastrique. Je file vers la porte de sortie, en short et teeshirt à manches courtes, pieds nus dans mes chaussures sèches que je viens de changer.

Je retrouve mon assistance de choc à la sortie de la salle. Nous nous installons sur la pelouse, bien à l'ombre. Le temps de manger deux yaourts aux fruits, ma fille me tanne les pieds de crème. Avec Hugo, je fais le tri dans mon sac, enleve le superflu. L'équipe d'assistance est bien rodée.
Ce bazar dans la salle m'a fait perdre 45mn, je me retrouve, du coup, à devoir me battre avec la barrière horaire. Quelle M...E!!! Bon je ne gamberge pas encore. C'est le moment de repartir, il est 12h00. Mon assistance me quitte, je les remercie pour cette aide bien précieuse. Courmayeur aura été le terminal pour plus de 130 coureurs, portant, déjà le nombre à 484. Après 77 kms, c'est l'hécatombe. La nuit et les conditions météorologiques auront eu raison de certains.

Pour moi, une nouvelle course commence. Un parcours que je connais bien puisqu'il s'agit de celui de la CCC fait en 2011. Je sais ce qui m'attends dés la sortie de Courmayeur avec cette terrible montée de Bertone. 5kms de montée sèche et près de 1000 D+. C'est le début de la période de coup de moue. Il fait extrêmement chaud. J'ai pris le temps de remplir mes bidons de 750ml d'eau plate et gazeuse ainsi que mon camél back à une fontaine, juste avant la montée. Cette ascension est particulière, elle débute dés le village avec quelques centaines de mètres de bitume avant de s'enfoncer sous les sapins ou la chaleur est étouffante. Plus nous montons, plus nous sommes à découvert en plein soleil. Mes poses se font de plus en plus répétées et rapprochées. Je suis subitement passé d'un état convenable, à l'arrivée sur la base de vie, à un état très moyen. Suis-je en train de payer un début de course rapide, ce qui ne me semblait pas être le cas, ai-je laissé des plumes durant la nuit avec le terrain boueux, glissant.....autant d'interrogations.
Mes pauses ne durent que 2 à 3 mn, elles me sont nécessaires. A la faveur de la montée de deux coureurs, je finis par m'accrocher à eux puis les doubler. J'arriverai, seul, au sommet de Bertone.
Malgré le timing serré, je m'impose un arrêt Buffet de coca. 10 mn et je repars en direction de Bonati situé à 2015m d'altitude. J'en suis à 82 kms de course et 5065 D+.

Le parcours qui va m'amener jusqu'à Bonati est une suite de up and down qui use, exposé en plein soleil. J'ai, à ce moment, plus de mal pour relancer, je marche mais à un rythme soutenu. Le moral reste bon cependant. J'aperçois, allongés sur le bas côté, un groupe de traileurs, je suis surpris car ils m'avaient doublé dans la montée de Bertone. Je me dis que finalement je me suis refait la cerise et qu'ils sont, à leur tout, au creux de leur forme. Je m'approche et la un marcheur me demande de stopper ma course car l'organisation est en train d'évacuer par hélicoptère un traileur victime de déshydration. Une pause forcée de 10 mn puis le feu vert nous est donné pour repartir. J'en profite, au passage, pour interpeller le membre de l'organisation et lui demande si le temps que nous avons concédé allait être pris en compte. A cet instant, j'aurai mieux de me taire car je reçois un scud en retour: " c'est pas 41h de course qui vont être perturbées par 10mn d'arret " ce á quoi je réponds: " ok mais cela peut jouer sur les barrières " je poursuis mon chemin et j'entends :" monsieur votre numéro de dossard " 2132 lui réponds-je. Et la, grand moment de stress, je commence à me dire que je vais être fiché par l'organisation et que je vais me prendre des pénalités. À cause de cet incident, je vais, jusqu'à Arnuva, gamberger avec ce truc dans la tête et sortir, sans le vouloir, de ma course.

Je poursuis mon chemin avec deux coureurs. Nous revenons sur l'incident, ils me disent avoir pris des photos en cas de réclamation. Ça me rassure qu'à moitié. Ils finissent par me doubler.
Je ne suis pas satisfait, à ce moment de la course, de mes sensations, j'ai un coup de mou qui me plombe, je ne retrouve plus cet élan, cet enthousiasme qui me portait avant d'arriver à Courmayeur. J'essaie de me persuader que ce n'est qu'un mauvais moment à passer mais rien n'y fait. Je me pose pleins de questions. C'est un état que je ne connais pas, jamais vécu sur une course longue. J'essaie de m'accrocher à des souvenirs positifs mais j'ai au fond de mon esprit un truc qui revient sans cesse, un message que mes proches m'ont peut être trop souvent dit " si ça ne va pas, ne te met pas en danger, arrête toi" Souvenir de mon retour du défi de Guerlédan qu'ils ont mal vécu. J'ai ressenti, depuis, un stress de leur part, une crainte de me voir faire cette course coûte que coûte quitte à me mettre dans un état pitoyable.

Et finalement, cette pensée va avoir raison du bonhomme. Ma descente sur Arnuva, que je vois en fond de vallée, va se faire tranquillou, je n'ai plus faim, je suis limite avec la barrière, tant pis, je cours et il arrivera ce qu'il arrivera. Je me fais doubler par quelques coureurs qui n'étaient même pas à Bertone quand j'y étais dont un japonais avec le maillot de meilleur grimpeur. Je vous dis ça car cela a son importance et vous le lirez plus tard. Mes proches verront que je suis capable de prendre une décision en toute lucidité même après presque 100kms de course et presque 6000D+

J'arrive, enfin, au ravito d'Arnuva. Je vois le grand col Ferret situe juste à la sortie du poste. Il y a 4.5kms et 800 D+ à effectuer. C'est la grosse difficulté à ce moment de la course. Je le connais pour l'avoir gravi sur la CCC. J'ai besoin de me poser sur un banc, de boire car il fait toujours aussi chaud. Le ser fil vient me voir, me demande si ça va, j'ai encore 10mn avant la fermeture du poste. Qu'est ce qu'on fait Stéphane ? Je ne me bats pas, je repense encore et encore à cet après Guerlédan et les répercussions sur l'image que j'avais donné à mon retour à la maison. Si je dois leur prouver que je suis assez lucide pour prendre la décision dans une période ou je suis moins bien, c'est maintenant. Je n'ai même pas pensé à appeler un ami comme qui dirait, je n'ai même pas réfléchi que je pouvais sortir enregistrer du poste avec mon ravitaillement et me poser quelques minutes après puis, qui sait, repartir. Mais non, rien de tout ça!

Quel abruti que je suis; á la question " on coupe le dossard ", je dis oui. Je suis soulagé d'avoir démontré que j'étais capable de dire stop. Quel abruti que je suis de n'avoir pas pris mon téléphone portable et sollicité une bonne engueulade d'un pote du BA 35........

Mon UTMB s'est arrêté, sans violence, après presque 24h de course. Je suis sous la tente, hagard, sans reaction, j'essaie d'envoyer un SMS à ma femme, pas de réseau. Ça attendra, de toute façon, j'arrive à Chamonix plus vite que l'horaire prévu. Des coureurs arrivent encore, pour eux, pas de débat possible, le chrono à fait tomber la sentence. Et si au moins j'avais été à leur place, la raison de mon échec aurait été plus simple à digérer ou si médicalement, on m'avait dit de stopper......mais non, rien de tout ça, l'abruti s'est bêtement mis hors course pour une saloperie de pensée négative.

Le bus de retour sur Chamonix nous attend. Les trois quarts des passagers sont des traileurs. Je m'assois au fond de mon siège, termine le fond de mes bidons et de mon camel bag. J'entends quelques coureurs refaire leur course: physiquement j'étais cuit, j'ai des ampoules, c'est trop dur ..... Je ne me reconnais pas du tout dans ces analyses. Je dois être vraiment le seul à m'être arrêté pour prouver que je savais le faire. La route me berce, je somnole, je revis ma petite course. Les regrets ne sont pas encore à l'ordre du jour mais ça ne devrait pas tarder !

Je retrouve à Chamonix, deux traileurs en terminent, 25e place annoncée. Je déambule dans les rues de Chamonix, des gens me disent bravo, je leur fais comprendre avec deux croisés que la course est fini pour moi. Ma femme et ma fille me rejoignent. Mon chien me fait une fête pas possible au point qu'un photographe immortalise la scène devant des gens en terrasse. C'est bien le seul qui a envie de faire la fête.....je ne souhaite pas m'attarder et rentre rapidement à l'appartement. Je passerai une bonne nuit, la journée de dimanche ne le sera pas !!

Dimanche matin, les coureurs arrivent, de manière plus ou moins espacés, mais ils arrivent. Il est 12h et la, à ma grande surprise, je vois passer mon japonais de meilleur grimpeur qui en fini avec cet UTMB. Il me rend le coup de grâce, les regrets commencent à émerger dans ma cervelle de moineau.

La suite de la journée sera un chemin de croix, il me sera difficile de contenir mes larmes.

15 jours se sont écoulés, j'ai pris le temps de bien analyser ce gros échec, le premier de ma vie de traileur et pas des moindres. Cette analyse, je l'ai, aussi, partagé avec mes proches car j'en avais besoin, cela me permettra de bien rebondir, de retourner sur ce format avec, cette fois ci, une voix intérieure qui me dira " tu vas te secouer, tu ne vas pas nous emmerder avec tes lamentations, tu vas sortir du ravito, on fait le point après l'enregistrement et je te promets tu vas t'éjecter de cet endroit..."

Merci à coach JP de m'avoir préparé physiquement, merci à tous mes potes et ils se reconnaîtront, qui m'ont soutenu à travers leurs SMS, emails, messages FB . J'aurai tant aimé.......enfin vous savez quoi.....mais j'y reviendrai!

 
 

Vos commentaires :

denis a dit il y a plus d'un an
salut steph, encore un superbe roman , tres prenant comme tu sais le faire . dommage de ne pas arriver au bout mais comme tu le dit tu as su renoncer et tes proches en sont réconfortés pour tes courses a venir. tu as déja un tres bon CV de trailer. on est beaucoup a te l'envier. moi je dis un grand BRAVO a ce que tu as déjà fais sur cette course. bonne reprise Denis
 
 
 

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