Fred sur l'Ultr@rdèche 2013 / partie 1

Ultr@rdèche 2013 : Au delà de mes espérances.

 

Lors de la 1 ère édition, j'avais fait le plein d'émotions, de sensations. J'avais trouvé ce après quoi je courrais depuis quelques années. Ce fut l'apothéose, presque l'overdose.

J'ai très vite décidé de rempiler à peine les inscriptions lancées. Je veux ma dose.

La préparation a été perturbée par des chevilles qui ont craqué lors de la Thonnerieux (arrêt au 53 kms). Lors des 12H de Rennes, je réussis à vaincre mes démons et termine ce ½ tour en circadie avec une marque à 120 km qui me ravit.

Je suis moins bien préparé mais je ne suis pas effrayé par ce que je vais devoir affronter. Je me sens bien dans ma tête, plus confiant dans mon mental, pour le physique on verra sur place.

Petit souci logistique sur place, on troquera une tente incomplète p our un lit 2 places super confortable chez Monsieur le Maire. Bien joué L'Deus (je préfère ce surnom à « le gentil mari de Stéphanie »).
Début des retrouvailles, c'est bon. On savoure, on échange, on découvre de nouvelles têtes. J'adore ces moments. Cela fait chaud au cœur. C'est le 1er étage de la dose que je suis venu cherchée. Mais je reste concentré, je suis serein quoique...


Sous le barnum, Lolonidas, grand maître improvise un prêche afin de stimuler ses fidèles. Lolonidas est un beau parleur mais le fond du message est très clair : vous allez en ch... grave. La météo est pourrie, il ne fait bon que sous le barnum car il est chauffé. Cela devrait être un feu d'artifice des éléments qui vous attend nous dit-il. Cool déjà que l'an dernier on s'était bien pelé que peut-il nous arriver de pire que cette satanée Burle. Quoi de la neige, de la grêle, de vent ? Puty heureusement que tu as décalé les dates de 15 jours. Quelques pensées nostalgiques remontent quand je croise le regard de Filou. Je suis le seul de la bande des 4 qui ait repris un dossard. Les copains, vous êtes où ? Je les sais fidèles et leurs pensées vont me booster.


Repas avalé direction le lit. L'deus s'affaire pour choisir sa tenue du lendemain. Moi, j'attendrais le matin. Bizarre ce détachement face à ce qui m'attend. Je ne me l'explique pas, j'y suis sans y être vraiment. Seule inquiétude ne pas me perdre quand je serai seul. Puty, faut être c.. pour se foutre des idées pareil avant de dormir. Je gamberge un peu et tarde à m'endormir. Bien joué Tot.

Réveil sans difficulté, j'opte pour une tenue multicouche que je pourrai adapter à l'envie, Alex me suivant sur tout le parcours en voiture.

Le départ est du feu de Dieu cette année, M. le Maire nous gratifiant d'un feu d'artifice.

Fred sur l'Ultr@rdèche 2013 / partie 2

Je pars en fin de paquet, prudent et conscient de ce qui m'attend. Je suis bien, je suis serein si le bide tient bon, je dois pouvoir reboucler cette affaire.  Allez on y croit, je veux une autre ardoise pour l'abri de jardin. Avantage indéniable sur les néoultardéchois, la connaissance du parcours. Je tape un peu la causette mais je garde l'objectif en tête.   Ne pas me disperser, garder le cap. J'ai intérieurement envie de m'approcher des 30H, je sens que c'est possible, en tout cas c'est l'objectif que je me suis fixé. Utopique, réaliste on verra dimanche matin si je suis rentré pour l'apéro.

L'an dernier nous avions beaucoup marché. Je vais donc réduire au maximum la marche tout en étant le plus économe possible sur le plan musculaire et cardiaque. Ménager la bête, optimiser les pauses et relancer dès le % le permet. Voilà la stratégie. J'arrive au 54 kms assez frais. Alex et Steph sont un peu inquiètes de ma cadence. Elles trouvent que je vais trop vite. Peut-être les filles mais pas question de ralentir car je n'ai pas le sentiment de forcer. Je remonte déjà quelques concurrents. Je suis bien dans mon for intérieur, je suis toujours confiant. Détendu et relâché. Je pense et revis la course de l'an passé. Jipinou est là avec moi, j'entends son rire, son accent chantant de sudiste.  Tiens vous savez pourquoi Devegan était son pseudo... Moi, je le sais depuis l'an passé. Lolo a dit qu'avant le col de l'ardéchoise, mieux valait s'habiller un peu plus. OK bien pris, Bois Lantal, je m'habille un peu plus en prévision du froid. J'alterne toujours marche et course. Je surveille la barrière horaire que je vois reculer tranquillement. Puty, je suis pas mal quand même. Alex est un peu circonspecte : c'est long mon chéri, attention tout de même. Ce n'est pas faux dirait MiniTot tel un officier (un officier ne dit jamais que vous avez raison:-) ) mais je me sens bien, je ne force pas, la ventilation est correcte, sur le plan physique j'accueille les petites douleurs qui s'invitent. Mais rien d'alarmant, tout est nickel. Même le bide. Je continue mon  petit bonhomme de chemin, échangeant quelques mots avec les coureurs que je remonte.  Passage à Borée en fanfare, c'est la fête sur la place du village, mariage oblige. Tous mes vœux de bonheur aux heureux mariés. Un peu de descente avant d'attaquer Sieur Gerbier restons concentré.

Fred sur l'Ultr@rdèche 2013 / partie 3

Le ciel semble bien sombre, on va prendre un grain c'est sûr. Pô grave, je suis breton, alors la pluie même pas peur (faudrait pas que cela dure des heures). Je monte d'un bon train, aucun souci, je n'ai pas froid au contraire. J'enlève régulièrement ma casquette pour aérer la tête. Par instant des flashs de l'an passé me reviennent. Allez direction le Gerbier, le point culminant de cette course. Je prendrai un peu de neige et de grêle avant la bascule. 
Ravito au sommet, Dominique m'indique le point 0 de la Loire Intégrale. Je vois Filou et forcément, nous pensons à la version une de l'U@. C'est dans la descente que la bande des quatre s'était formée pour ne plus se séparer. Filou, me rappelle que je ne dois pas descendre trop fort. Attention, l'an passé,  la descente m'avait laissé de très mauvais souvenirs. J'avais pris la tête du groupe, le bide n'avait pas aimé la blague. Je suis en compagnie de Fred. (dossard 75) depuis quelques kilomètres. C'est un traileur, toutes les classiques ont été épinglées à son palmarès. Nous avons basculé ensemble. Il va fort en descente, sur la pointe des pieds. Méfiance l'ami, cela pourrait chauffer les pneumatiques prématurément.


Je calme le jeu. C'est long avant d'arrivée à St Pierre de Colombier. Je dois ménager la bête. Aucune douleur significative n'apparaît dans la descente, les quadri encaissent, j'essaie d'être le plus souple et décontracté possible, quitte à marcher par instant pour relâcher un peu la pression. Je profite des paysages, c'est superbe, on aurait presque envie de s'arrêter pour contempler, admirer et savourer.

Fred sur l'Ultr@rdèche 2013 / partie 4

J2J, Didier, j'arrive, attention virage en épingle et hop. Arrêt au stand. Voilà un peu plus de 100 kms de fait. Quelques mots échangés, je reprends la descente. Quelques signes avant coureur me rappellent à l'ordre. Fred, tu déconnes, ton bide, ce serait moche. L'an passé, j'avais tapissé un bout de pelouse après Burzet. Je stoppe les entrées, je rechargerai à St Pierre. Je perds le contact avec Fred, je suis seul et file vers St Pierre de Colombier. La 2 ème barrière horaire, c'est bon, je suis largement dans les temps, j'ai une marge conséquente pour autant le plus dur arrive. Lolonidas, a dit : A St Pierre, tu devras être frais. Ben, sur le plan physique c'est bon, tout est nickel mais voilà que l'estomac ne veut pas de la soupe. Fais ch... mer.. et remerd.. Filou arrive et me voit tout palot. On me bichonne, on me cajole. Le doute. Tient voilà un démon qui pointe le bout de sa truffe. Sale bête, sort de ma tête. Alex le sent. Elle me connaît par cœur. Je commence un peu ma litanie et pleurnicheries habituelles. Non, non je ne vais pas bâcher. Allez, on prend son temps, on ingurgite derrière cela va monter donc tout devrait rester. Je suis pris de hauts-le-coeur. Je ne vais pas tapisser la poubelle.

 Je me lève mais ouf tout reste !Yes, je reprends le dessus comme à Rennes. Je repars gonflé et bien remonté. J'estime mon avance sur l'an dernier à 1H30 environ. J'entame la montée sur un bon tempo marche. Dès que je peux courir, je cours, je veux les moins de 30H. Je reviens ainsi sur Mathieu (Teraflop) Il semble lutter, il n'arrive pas à se relancer me dit-il. Cale-toi dans mes runnings et en route. Nous joignons nos efforts. Le tempo que j'imprime semble lui convenir. L'an passé, il avait raté les 30H pour 2'. Tiens tiens, j'ai donc trouvé le bon compagnon. La nuit va ainsi passer, alternance de marche et course. Peu d'arrêt au ravito. Nous sommes synchro, une association de circonstance pour atteindre l'objectif : rallier l'arrivée pour l'apéro. Mathieu dispose d'un GPS, que c'est pratique et confortable. Lui calcule l'ETA (comme on dit dans l'aviation), visualise chaque kilomètres entre les ravitos. Moi je donne le tempo.


Nous avons un peu lutté contre le sommeil, un gros quart d'heure pour moi, un peu plus pour lui semble-t-il. Alex est toujours surprise de nous voir arriver. C'est vrai que nous remontons régulièrement des coureurs. Pour autant je n'ai pas la sensation de vraiment forcer l'allure. C'est un tempo qui me convient parfaitement. Par réflexe je regarde un peu le classement à chaque ravito.  On approche des 25 èmes mais l'essentiel est ailleurs. J'ai profité de la nuit, de son calme, du clair de lune. Réduisant l'intensité de ma frontale au minimum pour la sécurité, je me laisse bercer par le vent dans les arbres, le bruit des cascades en contrebas. C'est bon, c'est sain. 
Puty, je suis en train de prendre ma seconde dose d'ulr@rdèchois. Je remplis mes poumons de cet air pur. Je suis en équilibre : bien dans ma tête, bien dans mon corps. Ce toboggan nocturne me comble même le vent au sommet des cols ne pourra altérer mon moral. Tu peux souffler l'ami. Aujourd'hui, tu n'as pas d'emprise sur moi. Je suis équipé pour lutter. L'an passé, je t'avais maudit presque haït.  Tu m'avais usé, tu m'avais transpercé, gelé jusqu'à l'os. Ce soir, je suis bien, très bien, peut-être comme jamais je n'ai été alors souffle l'ami. Je revois les scènes de l'an passé, notre solidarité a affronter ces éléments, notre lutte commune pour rallier l'arrivée. 

Je me sens orphelin de mes copains.  Je contemple ces lumières perchées dans la nuit, accrochées à la montagne. Je suis un peu déconnecté, c'est un moment intemporel.

Fred sur l'Ultr@rdèche 2013 / partie 5

Arrivés à la 3 ème barrière, Mathieu veut faire une mini-sieste. Je sens que le bide une nouvelle fois ne tourne pas rond. Je ne veux pas, je ne peux pas rester dans cette maison, il fait trop chaud, la patate ne passe pas. Elle est bloquée et me pèse. Le Papy a écrit dans un post : quand c'est bloqué, faut débloquer pour mettre les compteurs à zéro et pouvoir recharger. Ok. Bien pris. J'avale un grand verre de coca cul sec et je sors. L'effet est immédiat, je me vide. Je prends 1 gel et de l'eau  puis je descends à pied. J'avais convenu avec Mathieu de faire la descente tranquillement afin qu'il puisse me reprendre après son petit somme. Mon releveur gauche commence à donner des signes de  fatigue. J'opte pour un trot léger moins douloureux que la marche. Alex est un peu soucieuse suite mon épisode vomito. Cela ne m'a pas entamé le moral mais si je n'arrive plus à manger et boire cela risque d'être un peu compliqué pour les 50 derniers kilomètres. Elle décide de réduire les sauts de puces afin de prendre connaissance de mon état.

Je la rassure, tout semble bon. De plus cela va monter. Je vais pouvoir manger un peu. J'entame la remontée équipé de la musique. J'aperçois une frontale en face dans la descente. Je stoppe. La frontale pointe délibérément dans ma direction : Mathieu c'est toi, Maaaaathieu ?  La réponse arrive : oui. OK je lève le pied, je t'attends. J'en profite pour recharger le bidou. Il ne tarde pas à établir la jonction. Et hop le tandem est de nouveau constitué. Direction Gluiras, nous trouverons la portion «plate » un peu longuette. Un peu de fatigue sans doute. On recharge et on plonge dans la descente. Il nous reste un gros marathon. Obnibulé par mes 30H j'interroge régulièrement Mathieu : c'est bon pour les 30H ?  On fera le point après Chalencon dit maître du GPS. Nous savons tous les deux que la descente ne devrait pas être une partie de plaisir. Je relance assez « fort », j'ai envie d'en découdre avec le chrono. Direction Chervil et son pont. Alex est venue à notre rencontre en fin de descente. Nous avions convenu qu'elle fasse quelques bouts avec moi, en fin de course. Elle prépare l'Ultramarin, donc autant joindre l'utile à l'agréable. 

Chalencon se dresse devant nous, pas question de lever le pied. Je traîne un peu au ravito, Mathieu prend un peu d'avance. Je marche d'un bon pas. Mathieu semble souffrir de la jambe gauche. J'ai l'impression qu'il boite un peu. Il ne dit rien, il s'accroche, il doit lutter. Régulièrement, il indiquera que nous sommes à plus de 6 km/h dans cette montée. Je sens mon releveur siffler de plus en plus. Un peu avant le sommet Alex est de retour. C'est bon de l'avoir à mes côtés. J'aime partager ces instants. Ravito léger car on va descendre. Je prends les commandes et direction Vernoux à plus de 10 km/h, on fleurte avec les 11 km/h. Je me sens toujours bien. Cela sent bon l'arrivée. Mathieu m'annonce être large pour les 30H. Pour lui, maintenant, le challenge serait d'être le plus près des 29H voire sous les 29H. Puty, t'es sûr de ton coup l'ami. J'ai encore du gaz. Je ne l'explique pas, je suis bien, je me sens bien. Pas fatigué, pas usé comme l'an passé. Juste ce releveur qui me gêne à la marche mais c'est largement supportable. De toute manière mieux vaut courir, non !!! Sandra la chérie de Mathieu est venue à notre rencontre en vélo. Elle nous rejoint un peu avant le pont du Belay. Son compeur indique 21,8 kms. Allez un semi et c'est l'apéro. 

On relance, maintenant, c'est clair, on y va. Droit devant. Mathieu temporise un peu mes ardeurs, un semi c'est 2H45 environ à 8 km/h. Sandra nous décrit ce qui nous attend après Vernon. Une belle bosse, une légère descente, de nouveau un peu de grimpette puis 8 kms de descente. Ok. Voilà la stratégie. Beau tempo sur le plan, on gère la montée avec relance si possibilité puis descente soutenue jusqu'au seuil de douleur supportable. Nous venons de reprendre 2 coureurs avant Vernoux, on est 19 et 20. Non non Fred, c'est 19 ème ex aequo dira Mathieu.  On ne s'attarde pas, 16 kms dont 8 kms de descente. C'est bon, allez... Alex fera le dernier tronçon avec nous. Alboussière nous voilà. Un groupe est un point de mire. En file indienne, on les dépasse, salutations d'usages, encouragements et direction Grozon. La montée nous surprend un peu, pas facile de relancer le % ne nous le permet pas vraiment. Début de la descente, Mathieu m'annonce que c'est même jouable pour moins de 29H si je continue ainsi. On y va alors ?

Il hésite et m'invite à finir seul. J'hésite, pas habitué à laisser là un compagnon d'aventure après tant d'heures partagées.  Puty si c'était mon jour, si je pouvais non pas tordre le coup à dame 30H mais saluer dame 29H. Sans regret, je peux partir ? Ok banco, j'allonge la foulée, fait rugir le moteur (ok, c'est très imagé mais je dois être à 12 km/h après 200 kms dans les pattes) les jambes répondent bien. 2 nouveaux concurrents de doublés, j'accélère encore. Merde, le ravito est en bas, c'est une route en T, attention j'arrive, je donne mon numéro de dossard à la volée, pas de le temps de m'arrêter c'est que j'ai une Dame à saluer

Fred sur l'Ultr@rdèche 2013 / partie 6

Et pan, voilà le replat dont avait parlé Sandra. Je marque un peu le coup, j'ai fait ma folle. Garçon, faut assumer maintenant  Je marche d'un bon pas. Alex aperçoit Mathieu à quelques encablures. Purée, on ne va pas finir comme cela. Séparé d'un rien.  Il court, je réduis l'allure, je récupère un peu. Nous sommes de nouveau ensemble. Cette fois se sera jusqu'à l'arche. Le GPS nous lâche, dommage, je l'aimais bien l'animal. Sandra à son compteur, elle égraine les kilo, même les ½ kilo. On est bien calé pour la descente, plus question de ralentir, on peut passer largement passer sous les 29H. Alors on va aller chercher le maximum de secondes et pourquoi pas des minutes. Je m'assure que tout le monde suit la cadence et ainsi va notre train lancé vers Alboussière. Alex me remercie pour ce tempo, me faisant remarquer qu'en dehors des montées elle n'aura jamais été en endurance et encore moins à sa VS pour l'Ultramarin. Désolé ma chérie, mais je suis toujours bien et mieux vaut que je cours, j'ai moins mal qu'à la marche. Avec Mathieu nous franchissons la ligne ensemble, souriants, heureux de notre balade.


Lolonidas est là. On lui tombe dans les bras. Cette accolade est forte, très forte. Voilà ce que j'étais venu chercher, voilà 216 kms, 28H37' que j'attends cela. C'est bon j'ai ma deuxième dose. A la lecture du chrono,  je dois reconnaître que l'on a dû se mélanger les neurones sur la fin.

 

Merci Lolo et Isa, merci Martine et Jacques. Merci Mathieu. Je remercie également tout ceux qui m'ont apporté soutien et réconfort durant cette épreuve qu'ils soient sur place ou bien un peu plus loin. Vos mots, vos pensées m'ont porté.  Merci à tous de m'avoir accompagné, de m'avoir encouragé.

Une semaine après, j'y suis encore.

 

Tot


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