Compte-rendu des 12 heures de Rennes par Fred

12H de Rennes – Vaincre mes démons rien qu'une fois...

Préambule

Dans le cadre de ma préparation pour l'Ultr@rdèche, j'avais décidé de participer aux BUT (65 kms). Suite à une foulure sur la Thonnerieux et à un petit raté dans les inscriptions, jee me retrouvais sans sortie longue durant le mois d'avril. On me proposait d'aller aux 100 kms de Belvès mais la date ne correspondait pas à notre planning. On me conseilla d'opter pour les 12H de Rennes. Ce serait l'occasion de faire le point avec les courses horaires. Mes 2 dernières tentatives sur 24H s'étant soldé par une résignation avant le terme de la course, je me suis laissé tenter, bien décidé à vaincre mes démons.
Je suis conscient que pour nombre des membres du BA 35, les courses horaires peuvent paraître comme un choix particulier voire hors cadre de vos envies et votre pratique sportive. Quoi d'intéressant à courir en rond ? Je vous comprends. Ce type de course est vraiment particulier et l'approche doit être différente des autres courses en ligne. On ne part pas pour faire un temps mais une distance sur une boucle courte en général (plus pratique pour la logistique). C'est conviviale mais pour autant j'y ai vu de grosses bagarres. C'est plus impressionnant pour les spectateurs si le speaker sait faire monter la pression.
Inscrit, il me faut maintenant un objectif raisonnable, suffisamment ambitieux pour qu'il ne soit pas atteignable sans revoir les démons. Je décide de viser les 120 kms soit 10 km/h de moyenne. C'est un compte rond. Cela me va bien et devrait rentrer dans mes cordes si tout va bien mais il ne faudra pas trop de fausses notes. La marge est plutôt réduite.

La course

Une fois n'est pas coutume, je suis seul. Alex travaille et je n'ai pas voulu solliciter ma famille qui a déjà largement donné surtout que cette fois tout se fera de nuit ou le matin. Donc nuit blanche assurée pour qui veut m'aider. C'est aussi l'occasion d'avoir un vrai rendez-vous avec moi-même. Je n'aurai de gentils accompagnateurs disposés à écouter mes jérémiades et mes pleurnicheries habituelles. Tu as un petit souci avec tes démons, tu vas le gérer tout seul comme un grand. Il est 22H, c'est l'heure du départ. Nous sommes une petite vingtaine sur la ligne. Le peloton des 24H est déjà bien écrémé, on va rebooster ceux qui tournent encore. Je pars tranquillement, pour atteindre la cible, je décide de courir à 10,2-10,3 km/h afin d'assurer les ravitos sans trop de stress. Le but sera de tenir le plus longtemps possible, d'accumuler un léger pécule sur la 1 ère moitié de course voire un peu plus. Ensuite, faudra serrer des dents et se raccrocher aux branches. Cela tombe bien c'est le printemps. Il ne fait pas trop chaud, un peu de vent frais mais supportable. Par contre on nous annonce du froid pour la nuit. Pas terrible mais c'est mieux que la pluie surtout pour les pieds qui seront soumis à rude épreuve dans ce cas.

J'ai décidé de ne pas trop boire afin d'éviter mes récurrents soucis gastriques et réflexes nauséeux qui m'affectent trop régulièrement depuis quelques courses. Ce sera donc alternance de coca et soupe pour toute la course plus quelques gels quand le besoin s'en fera sentir. Je suis également résolu à ne pas prendre de solide ou du moins le moins possible. Il faut faire des expériences et les valider si on veut en tirer des enseignements. Cette course n'est qu'une préparation c'est donc le moment pour tester des choses. Sur le plan de l'allure, je décide de passer en mode course à pied intégrale, adieu la Cyrano que j'ai tant plébiscitée. De toute manière, je n'ai pas trop le choix car il m'aurait encore fallu courir plus vite pour m'accorder cette pause marchée tant salutaire sur du très long.

Durant 3 – 4 H tout va être nickel, très régulier dans l'allure, assez souple des pattes arrières. Tout s'annonce bien. Que nenni ! Les démons arrivent et plus vite que prévus. Je ralentis mais ne m'en rends pas franchement compte. Le chrono ne ment pas, je viens d'effectuer mon 1er tour en dessous des 10 km/h. Je me dis que je ne suis pas resté suffisamment concentré et j'ai dû trop ralentir dans la partie montante ou bien est-ce le vent qui a forci. Je relance un peu dans la descente et le tour suivant je suis de nouveau au-dessus des 10 km/h. Bien sûr fatalement, dès qu'il y a un léger trouble dans mes prévisions, les doutes arrivent. Je commence à gamberger et devient obnibulé par ce satané chrono qui ne fait que baisser. Je suis de plus en plus régulièrement en deça des 10 km/h. Alors la calculette mentale rentre en action. Je vous fais grâce de tous mes calculs savants mais le résultat tombe. Mon cher Fred, c'est râté si tu flanches si tôt tu peux rentrer au lit de suite. Un bon lit au chaud, puty il n'est qu'à 1/4h, imagine... Une douche, une collation et hop direct au dodo. Voilà les démons sont de retour. Ils vont encore avoir raison de moi. Fais ch.. Si je renonce si tôt, à quoi bon aller en Ardèche mon Z'ami ? S'ensuit une véritable tempête sous mon crâne. Rester peut importe la distance mais rester, courber le dos, prendre son mal en patience pour engranger des heures en vue de l'U@ ou bien ne pas résister à ce lit confortable qui me tend les bras. En général, je craque et j'abdique. Cela était presque devenu facile et normal d'abandonner sans lutter. Pas cette fois.

Je coupe le chrono, je prend mon MP3, j'abandonne tout objectif et me laisser porter par la musique. Je suis seul dans ma bulle. C'est ma sœur et ma chérie qui vont être contentes. J'ai réussi, je continue à courir alors que j'en ai marre. Je suis plus fatigué mentalement que physiquement en fait. C'est le moment de prendre un gel. Un peu de sucre pour le cerveau c'est aussi important que pour les muscles. J'ai fait le deuil de la cible mais je me sens bien en accord avec moi-même presqu'en paix. Les heures passent ainsi, je suis libre tout en tournant en rond attaché à ce parcours autour du complexe de Bréquigny. Bizarre mais je m'échappe de cette boucle laissant mon esprit divagué à l'envie. Plusieurs d'entre vous me rendrons visite au cours de la nuit par la pensée, ma famille aussi, mes amis. Vous allez me prendre pour un cas relevant de la psychiatrie, tant pis.

C'est bien beau de courir mais j'en suis où ? Cela fait déjà un long moment que mis à part les 2 premiers plus personne ne me double. Le circuit est plutôt long pour une course horaire 1,820 km. De plus nous n'avons que très peu d'occasion de se croiser. Nous serions donc à des vitesses similaires. Allez je vais jeter un petit coup d'oeil au classement. Tiens 5 ème, c'est logique. Je l'avais annoncé à Alex je dois pouvoir accrocher la 5 ème place. Tout est conforme sauf la cible, pas grave. J'ai vaincu les démons. Cours mon garçon, tu es là pour cela, ne t'occupes pas des autres. Il reste encore du temps. Alors je cours, à quelle vitesse ? Je suis resté proche des 10 km/h en fait. Je n'ai pas vraiment baissé. (selon les fiches horaires consultées à postériori sur le site) Par contre un fait nouveau survient. Je rattrape 2 coureurs que je sais pertinemment devant moi. L'un marche et l'autre ne semble pas au mieux, son allure est basse. Dommage pour eux, je ne m'en réjouis pas, loin de là. C'est peut-être bientôt mon tour. Forcément je porte une attention plus particulière au tableau d'affichage (il nous indique à chaque tour : notre place, notre kilométrage et l'heure exacte de notre passage) Surprise ou hallucination : je suis 3 ème. J'ai rêvé. Au prochain tour je m'arrête pour regarder. Mais oui, je suis 3 ème. Il reste 4h de course environ. Plus question d'abandonner sauf soucis majeur. Je vais donc gérer l'avance et on ne sait jamais, si la remontée pouvait se poursuivre encore plus vers le haut.

Oui mais c'est sans compter sur le 4 ème qui vient de me combler un tour et me laisse littéralement sur place. Merdasse, s'il a vraiment retrouvé la forme, il lui reste 3H30 pour boucher 5,5 kms soit 3 tours. C'est une belle marge mais après 8H30 de course on voit les choses différemment surtout quand on a les jambes lourdes et que l'on pensait à assurer un contrôle à distance et ne pas voir un bolide vous laisser sur place. Puty, je dois réagir sinon c'est mort. Pas de 120 et pas de podium non plus. Va être content le Président !!! Je décide de me relancer, je profite d'une portion plate pour tirer sur les bras sachant qu'ils vont enclencher un mouvement similaires sur les jambes. Le corps répond plutôt bien. Les jambes sont un peu raides mais globalement c'est inespéré. On fait les comptes (nouvelle apparition de la calculette mentale, je vous passe toujours les détails)

Résultats, je prends l'option : Cela doit lui prendre le maximum de temps pour combler ce 3 ème tour. La bagarre est lancée, il faut gérer la fatigue, les ravitos que je saute à l'occasion afin de limiter la perte de temps, encore un gel. Et oui sur ce type de course, on se voit, on sait exactement quand vient de passer l'autre. Nous avons des infos en tant réel. On peut apprécier soit même, on peut bluffer, c'est un vrai spectacle. C'est du poker menteur grandeur nature auquel on se livre sur ce type de course. Bilan : 2H50 pour combler 1,820 km. C'est bon je vais pouvoir assurer ma 3 ème place, il reste 40'. Au fait j'en suis où de mes kilomètres effectués. Nous avons bien accélérer et la moyenne a dû monter ? Il m'en manque encore un peu mais je suis tout prêt. Que faire ? Tapis : 3 ème place et 120 km ou bien juste la 3 ème place. Je décide me maintenir la cadence, à la moindre alerte, je réduis l'allure. Pour les 120 kms, on verra dans 20'. Cela fait maintenant 11h50'50'' que je cours et je franchis la ligne pour la dernière fois. Le compteur affiche 118,7 km. 9' pour 1,3 km c'est moins de 10 km/h c'est bon, la descente soutenue et je gère la montée. Puty, j'ai un doute c'était 118,7 et il me reste 1,3 km ou bien c'était 118,3 et il me reste 1,7 km. Ce qui n'est pas du tout la même chose à ce moment de la course. Je suis paumé, alors je cours, je ne réfléchis plus me disant que si je rate tant pis mais au moins pas de regret. Sinon je serai super content. Le mesurage officiel sera de 120,288 kms. Super je suis content. Direction l'U@ fin mai.

Bilan :

Je n'ai pas mangé et bu comme auparavant : pas de souci
Je n'ai pas alterné course et marche comme d'habitude : pas de souci.
Les démons sont venus comme prévus : je les ai vaincus qui l'eut cru.

Je repars de cette course rassuré sur certains aspects pour autant je sais que ce qui m'attend en Ardèche sera d'un tout autre acabit. RDV fin mai, place à la récup maintenant.


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