L'avant-course par Augustin

En 2010, Eric, Yvan et moi étions inscrits pour l’UTMB. Malheureusement, nous n’avions pas été tirés au sort pour le départ en 2011. Ce n’était que partie remise car nous étions prioritaires pour l’édition 2012. Le compte à rebours était donc lancé pour la préparation logistique, physique à la participation de cette course Ultra connue dans le monde entier des « traileurs ».

2 semaines avant le départ de l’UTMB, nous sommes arrivés en famille à Chamonix pour passer des vacances de découverte du pays Mont-Blanais et sportives pour finir ma préparation sur les chemins de randonnée à dénivelés variables.

Mais avant tout, nous avons découvert une région surprenante. En effet, Chamonix est une ville très agréable dans un site majestueux (à la hauteur de sa réputation). Entourée par les chaines montagneuses du Mont-Blanc et des Aiguilles Rouges, elle est séparée par une rivière (avec une eau très froide, j’ai testé, je n’ai pas vraiment aimé) «l’Arve» où chacun peut pratiquer les sports aquatiques proposés : rafting, canyoning, hydro, kayak, hair boat etc ). 
Chamonix est une ville cosmopolite où une multitude de nationalités se mêlent en cette période estivale. Mais Chamonix est surtout, pour nos yeux de traileurs, la ville de nos «fantasmes» sportifs avec en ligne de mire l’Utra-trail du Mont-Blanc, course d’une vie pour beaucoup et dans tous les cas, une course mythique où chacun souhaite mettre une pierre à son histoire âgée de 10 ans. Enfin, Chamonix est aussi, pour l’anecdote, une ville de tentations pour tous les sportifs. En effet, toutes les marques majeures sont présentes avec leur magasin regorgeant de produits aussi attirants qu’onéreux. (Attention, pour les accros, la carte bancaire « chauffe » très vite car les prix sont parfois prohibitifs.).

Eric, Yvan et Séverine nous ont rejoints pour participer à cette grande fête du trail. En allant chercher le dossard, nous apercevons Iker CARRERA (2nd UTMB 2011) passer devant tout le monde. C’est sans doute normal pour un des favoris. Par conséquent, Eric et moi  n’avons rien dit ! La prochaine fois je lui dirai 2 mots. Après avoir validé notre inscription, chacun va se préparer selon un rituel personnel en espérant ne rien oublier.

Préoccupations au niveau météorologique. Plusieurs SMS de la Direction nous alertent sur la nécessité de prévoir plusieurs 1ère et 2nd couches car la pluie, le vent, la neige sont attendus en altitude pendant toute la nuit, (encore des achats à faire à la dernière minute ; les magasins se frottent les «caisses»).

Vendredi 31 août 2012, Jour du départ ; dans la matinée : réception du SMS de la Direction de l’UTMB pour confirmer le changement de parcours (météo épouvantable : 40 à 50 cm de neige dans les cols). Au final, l’UTMB n’est plus car nous passons de 166 km à 103.42 Km et de 9.500 m de D+ à 5.862 D+. Quelle déception !!! C’est un séisme, un rêve qui s’écroule mais la sécurité a été privilégiée sur l’aspect médiatique. Ça, c’est rassurant.
Malgré ce changement, sur les 2.500 dossards retirés, 2.482 traileurs étaient sur la ligne de départ. Après de multiples vérifications, me voilà enfin prêt à défier le Mont-Blanc et c’est avec une relative confiance que je me dirige, avec ma famille, sur la ligne de départ. Dernières photos, derniers bisous et en route pour mon aventure raccourcie.

Mon UTMB ( parcours de repli : environ 110 km )

Sur la musique habituelle de Vangélis, le départ est donné sous les applaudissements de milliers de spectateurs qui m’ont (je l’avoue) donné la larme à l’œil (sensation étonnante pour la participation à un trail). Mais pas n’importe lequel !!

Direction Delevret, avec 13 Km pour 1.015 D+ puis Saint-Gervais, 7 Km plus loin à 1.123 m d’altitude. Mes sensations sont bonnes malgré un coup de chaud. En effet, j’ai opté pour le port (dès le départ) de ma veste en Gore-tex. C’est donc tout textile ouvert que défilent les Km. Les sentiers sont larges et peu techniques. Le plus difficile, c’est d’être les uns sur les autres sur des passages étroits (escaliers, monotraces, etc….). La nuit est tombée et les frontales ajustées sur nos têtes éclairent nos appuis sur un terrain de plus en plus humide avec un léger brouillard qui rend la vision moins sûre.

2h30 plus tard, j’arrive à Saint-Gervais où m’attendent Sylvie, Hugo et Eva, frigorifiés. Je me ravitaille, nous sommes très serrés dans cet espace d’assistance et cela m’apparait finalement très désagréable. Je repars, agacé, vers Contamines et la Balme pour 18 Km et 1.250 D+. Cette partie est particulièrement difficile pour plusieurs raisons : la pluie et la neige tombent en alternance au fur et à mesure de notre ascension. Le vent associé à cette humidité donne une impression de froid (-5°) qui touche progressivement mes mains. Heureusement, mes gants imperméables et très pratiques (n’est-ce pas Eric ?) me protègent de ces intempéries. Par contre, ma lampe frontale donne des signes de fatigue malgré des piles neuves.

Vers 0h30, j’atteins Contamines où ma famille est présente, c’est réconfortant. Je me change pour passer la nuit avec des vêtements secs. Le problème de la lampe frontale n’est pas réglé car je n’ai plus de piles neuves et celles de rechange ne sont pas optimales. J’ai commis une grande erreur, me suis-je dit à partir de cet instant. Il fallait faire avec. J’ai donc pris le parti de suivre les traileurs. Je peux vous assurer que cela n’a pas été très simple de courir en s’aidant du halo des lampes des concurrents. Pendant toute la nuit, et ceci à partir de Saint-Gervais jusqu’à Contamines retour (Km 54), j’ai fait en sorte de courir prudemment en évitant de me tordre les chevilles ou de faire une mauvaise chute. A 5H30, sur le stand PETZL (alléluia !!!), j’ai remplacé mes piles pour le restant de la nuitée. Au lever du jour, en direction du col de Bellevue, mon allure en rando-course devenait plus régulière et, par conséquent, moins usante. Après un passage dans «le dur», au Km 60, j’ai pu négocier les parties très boueuses en descentes comme en montées. Chaque traileur tentait d’éviter la chute.

Par la suite, les sentiers roulants m’ont permis de dépasser plusieurs concurrents et ceci jusqu’aux Houches, lieu où je retrouve femme et enfants vers 10 h du matin. 30 mn plus tard, je repars avec la certitude (presque) que je passerai la ligne d’arrivée. Je donne RDV à Sylvie, Hugo et Eva à Argentière pour un dernier changement de vêtements plus light. Ces 24 Km et les 1.200 m de D+ furent particulièrement difficiles Tines/Argentière. Une ascension interminable par une monotrace technique (roches-racines, etc…) qui a réduit à néant l’espoir de certains d’être finisher.

Patiemment, j’ai parcouru ces Km pour atteindre mon objectif : arriver à Argentière pour la dernière étape.Moment délicieux où je prépare avec mes enfants et Sylvie ce dernier tronçon entre Argentière et Chamonix qui s’avèrera rapide. En effet, mes jambes répondaient favorablement à ma demande d’aller le plus vite possible. Le dernier Km fut mémorable où les spectateurs m’encouragent, me nomment, me flattent. Que c’est bon ! je continue vers l’arrivée et les derniers mètres ; je fais comme K Jornet ‘seule chose que je peux imiter de lui », en zizgaguant d’un côté et de l’autre pour saluer tous ces anonymes qui me fêtent.

Franchissement de la ligne, c’est fait avec, toutefois ; une pointe d’amertume en raison du changement de parcours qui finalement n’est plus l’esprit de l’UTBM que chacun d’entre nous avions rêvé de faire. Mais cela n’est que partie remise, je vous l’assure. 
 

Vidéo d'Augustin lors de la remise des prix


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