La C.C.C. ( 98 KM / 5600 m D+ ) / Champex

Dés le début de l’année 2010, mon objectif majeur pour 2011 était clairement annoncé. Pour le réaliser, ou plus exactement pouvoir m’y inscrire avant tout, il fallait aller chercher des points sur certains trails français. Ce fut chose faite avec l’éco-trail et la saintélyon. 2010 se terminait donc bien, j’attaquais 2011 plein d’enthousiasme puisque je faisais partie des heureux tirer au sort !!!!
Un mois de janvier au repos puis je démarrais, en février, ma préparation de manière crescendo qui allait me mener jusqu’à ce fameux rendez-vous tant attendu, au cœur du sommet mondial de l’ultra-trail.
Bon, il faut que je vous informe que cela aurait pu ne pas se faire et ceci à cause d’un joli lumbago occasionné à 3 semaines du rendez-vous. Voilà ce que c’est de se baisser, à froid, au petit matin du départ en vacances, pour fermer sa valise !! A méditer !!


J’arrive au « camp de base » le 24/08/11. C’est déjà l’effervescence, Chamonix vit réellement à l’heure de ce grand rendez-vous. Entre la bonne vingtaine d’exposants, les drapeaux, banderoles, la musique….tout y est pour que l’adrénaline monte petit à petit.
Je passe récupérer mon dossard dans l’après-midi afin d’être au calme ensuite. L’organisation est bien huilée, aucune attente, tout est fluide, je passe les différentes étapes sans encombre, le passage au stand de contrôle du matos se déroule bien et je récupère mon sésame !!! La première étape est franchie !! Petite balade ensuite dans le village ultra-trail.

Le lendemain sera, en partie, consacré à la préparation du sac ; le calme et l’excitation se mêlent, j’ai hâte de lâcher le bonhomme afin de me rassurer, aussi, sur l’état de mon dos.

Le jour J arrive : VENDREDI 26 AOUT 2011. Réveil à 6H, la nuit a été bonne, aucune insomnie. Mon protocole alimentaire commence dés le petit déjeuner avec du classique : thé, miel, œuf, pain céréale, fromage blanc, compote, muesli. J’ai, définitivement, abandonné le gatosport depuis le début de ma préparation car je ne le supporte plus, il me reste sur l’estomac. C’est un premier point solutionné et validé. A 7H15, je me dirige tranquillou vers les bus qui nous achemineront à Courmayeur ou nous arrivons vers 8H45. Le départ n’est qu’à 10H10 pour ce qui me concerne. J’ai, par conséquent, le temps de déposer mon sac de rechange que je retrouverai après ma course, de sentir l’ambiance monter, de me détendre assis au sol contre une barrière du sas, d’ajuster une dernière fois mon sac à dos, de voir autour de moi cette effervescence créé par des ultra-traileurs venus du monde entier : Afrique du Sud, Brésil, Japon, France, Hollande……..C’est beau !!!!

Le départ approche, les dernières consignes sont données par Catherine Polleti. Le premier sas de traileurs est lâché, mon tour va arriver dans quelques minutes, je suis dans le deuxième. Ca devient bon. Je me demande si je dois déjà prendre mes bâtons car autour de moi la majorité l’a fait. Finalement, je m’y rallie et grand bien m’en pris car aussitôt sortie du village, on attaquera une première montée.

La musique bat son plein, le speaker italien décompte les secondes, en italien SVP, c’est parti sous le son de la musique de Vangelis. A cet instant, je suis rempli d’émotion, je pense à ma femme, mes enfants pour les moments que je leur ai fait supporter dans ma préparation, je pense, aussi, à mon père qui, de là-haut, doit être un peu fier de ce que je suis en train d’accomplir. Comme à chacun de mes ultras, il m’accompagnera !!

Nous traversons Courmayeur, il y a foule, un drapeau Breton s’agite dans un virage, un petit bonjour rapide aux supporters. Très rapidement, la route monte et nous entrons dans un bois qui va nous mener vers notre première ascension. Après 1H de course en montée sèche, raide, en zigzag, on passe Bertone. Nous allons ensuite basculer vers une succession de petites montées et descentes. Certains marchent et ont tendance à gêner la progression car nous sommes sur de la monotrace et il est difficile de doubler sous peine de basculer dans le vide ; une certaine tension est palpable mais cela finira par s’arranger.
2H de course se sont écoulées, nous arrivons au refuge de Bonatti ou un ravito liquide nous attend. Pour le moment, tout va bien, les sensations sont bonnes, le dos tient, je suis rassuré ; j’ai pu, dans la montée de Bertone, m’imprégner de ce qui allait m’attendre. Question météo, malgré le soleil, ça se bouche tranquillement, les nuages se pointent. Une petite pose boisson de 2 mn, plus pour prendre la température de l’organisation et je repars sur le même rythme. Une montée suivi d’une descente et j’arrive à Arnuva ou c’est de la folie au ravito. Une ambiance de dingue qui ne me fait rien regretter. Premier gros ravito, on se fait badger au contrôle. Je décide de me restaurer 5 mn et ne traine pas. Je repars sous les encouragements des gens. Cela me donne la pèche, nous en aurons besoin car se profile la montée du grand col Ferret à 2537m. Ca ne rigole pas. C’est une procession de traileurs qui marche lentement, en lacets. Tout là-haut, j’aperçois une tente jaune qui doit être un point de contrôle avant de basculer dans la descente vers La Fouly et la Suisse. J’y arrive, et comme à Arnuva, c’est une belle ambiance qui m’accueille. J’ai prévu, là encore, de prendre 1H pour me ravitailler correctement avant de filer sur Champex. Cela me fait énormément de bien, je le sens en quittant La Fouly, j’ai une bonne « patate », les jambes répondent bien, aucune fatigue musculaire. Je respecte scrupuleusement mon plan, cela me rassure et me forge un moral d’acier pour aller au bout.
La montée sur Champex est hyper costaud, longue, laçant. Je commence, un peu, à sentir une petite fatigue musculaire. Je décide de m’accorder une pose, certes 5mn, pas plus mais suffisante pour mieux repartir et me rassurer. Je m’alimente en grignotant une moitié de barre céréale aux fruits des bois / chocolat blanc, une gorgée d’eau et je repars.
La nuit va bientôt pointer son bout du nez ; j’arrive à Champex vers 18H. La encore, mon plan de marche prévoit un arrêt d’1H que je vais respecter. Je me restaure en solide (pain, banane, gâteaux secs) et boissons chaude (soupe, thé). Cette soupe que je vais regretter pendant quelques heures, ensuite, car un gout de sel va me gêner, me donner soif pendant un bon moment, au point de boire de l’eau plus que le corps m’en réclame. J’ai, aussi, prévu d’attaquer la nuit et sa fraicheur avec des vêtements secs.

1H s’est écoulée, je repars en longeant le lac de Champex. Il commence à venter et il ne fait plus bien chaud. L’itinéraire a été modifié à cause des conditions climatiques, nous filons vers Marigny avant d’attaquer le col de la Forclaz. La météo commence à changer de couleur, la nuit risque d’être délicate à passer si les conditions climatiques deviennent mauvaises. Bon, je n’en fait pas une fixation, l’arrêt prévu à Champex m’a fait du bien, je suis reparti sur le même rythme, les jambes répondent bien aux sollicitations du terrain. Les montées se succèdent aux descentes mais le moral est toujours aussi bon.

Passer Marigny, j’attaque le col de la Forclaz. A la sortie du village, des gens ont installé un arrêt minute café ou thé. Super sympa, un peu de chaleur et d’encouragement pendant la nuit est bon à prendre. Comme annoncer, il pleut, il vente, ce qui ne nous aide pas dans cette montée extrêmement difficile, toute en ligne droite. Plus ça grimpe plus la montée devient abrupte. La pluie qui tombe n’arrange pas le terrain qui devient glissant. Le groupe, dans lequel je suis depuis un petit moment, croise un randonneur qui descend. Il suit, à contre sens, visiblement les traileurs qui montent le col. Pas avare d’infos et de conseils, le gars nous donnent quelques conseils au vue de ce qui nous attend ; il insiste sur la montée du col qui va devenir difficile au fil des mètres. Je confirme. Une montée sèche sur 1500 m, en ligne droite. Seul un très léger répit se présente quand nous traversons la route qui serpente. Je vois quelques voitures monter et je me dis qu’ils ont bien de la chance d’être à l’abri et d’effectuer cette montée aussi rapidement. L’espace d’un instant, je me mets à la place de ces gens qui doivent se dire : ils sont malades ces mecs….Un petit délire mental qui me permet de laisser évader mon esprit alors que cette montée du col n’en finit pas. Je m’impose un petit arrêt, comme beaucoup, sous le préau d’un petit chalet, bien à l’abri du vent et de la pluie. J’attaque une moitié de barre de céréales, bois. Personne ne parle, tout le monde souffre dans cette ascension. Il faut repartir car il fait froid et je commence, un peu, à regretter de m’être changer à Champex. En effet, je suis trempé par la sueur (voila ce que sait de ne pas évacuer en urinant. Pas une pose pipi du parcours) et n’ai pas mis assez rapidement mon sur-pantalon imperméable – vous savez, celui qui a fait tellement jaser et porter à polémique sur le forum de l’organisation – pour couvrir mon collant. Résultat : je commence à gamberger et me demande comment je vais attaquer la suite. L’ascension du col de Forclaz se termine, pas trop tôt, content d’être là haut ; j’attaque la descente vers Trient en courant comme un centbornard, les pieds au raz du sol, en petites foulées. Je reste très attentif car la descente est aussi glissante que la montée, avec en plus de la caillasse à vous filer une bonne entorse.
Le ravito à Trient pointe son nez, il pleut comme vache qui pisse, c’est le déluge ; conséquence, c’est le beau bazar pour ne pas dire le bordel. Il y a du monde et pas assez de place assise pour se reposer quelques instants. Le speaker en rajoute une couche en nous annonçant toutes les minutes la distance qu’il nous reste à parcourir et les difficultés du dénivelé en sortant de Trient. Sympathique le garçon. Heureusement, le D.J de service met une belle ambiance de boite de nuit. Un traileur brésilien arrive et se fait interpeller par le speaker ; nous voilà transporter à copacabana avec la musique du carnaval de Rio !!!
Ne voyant pas de place, je décide de me poser sur une table d’un sponsor en ayant été récupéré, auparavant, du thé bien chaud. Soudain et comme souvent (ça m’est aussi arrivé à la Saintélyon ) je suis pris de tremblement, je ne peux me contrôler, résultat, la moitié de mon gobelet de thé est renversé. Je passe mon temps à faire des allers-retours avec la table de boissons chauds afin de boire des gobelets entiers !! Il va falloir rapidement trouver une solution pour ne pas rester dans cette humidité qui m’habite. Soudain, une idée me vient : comment font les coureurs avant de redescendre un col pour ne pas avoir froid, ils mettent du papier journal sous leurs maillots. Voyant de grands sacs poubelles, aussitôt, je demande à un bénévole de m’en donner deux ; après un moment de refus, il accepte (j’ai bien cru qu’il n’allait pas me les filer ce cochon, lui qui est au sec depuis un certain temps ). N’y une n’y deux, deux trous pour les bras, un trou pour la tète, j’enfile un premier sac entre ma première couche et ma deuxième puis le dernier sac entre ma deuxième couche et mon k-way. Me voila un peu rassurer, je taxe auprès d’un membre d’un sponsor, qui observe depuis pas mal de temps mon manege, deux nouveaux sacs. Une heure s’est écoulée, il va falloir dégager pour ne pas s’installer dans un certain confort fatal !!!!

Je repars donc sous une pluie battante en croisant des coureurs qui arrivent au compte goutte et pas forcément au mieux. Direction Vallorcine. Je suis rassuré par mon installation vestimentaire car je ne ressens pas la fraicheur malgré l’humidité de mes vêtements. Voilà au moins ça de gagner.
Comme à Champex, cet arrêt programmé à Trient, m’a fait du bien, je suis reparti avec une bonne foulée, sur une cadence donnée par le son de mes bâtons sur le macadam. Très vite, je me suis remis dans ma bulle, rassuré par un physique qui répond bien ; je pense au coach J.P qui m’a, encore une fois, concocté un plan bien adapté à mon profil de traileur. Merci à toi grand sorcier du team BROCELIANDE AVENTURE 35.
Nous traversons un village ou un bar est encore ouvert, des clients ont installé une table dehors, posé leur bière pression au milieu de gobelets d’eau ; sympa les gobelets mais une p’tite mousse à cette heure de la nuit et après pas mal d’heure à crapahuter, ne serait pas de refus, j’hésite et je me dis que si je la leur demande, ils vont bien être capable de m’en offrir une. Restons sérieux et prenons qu’un gobelet d’eau !! La bière, ce sera à l’arrivée…..Oui, oui, j’ai, à ce moment, des certitudes, je vais bien être à Chamonix au petit matin !!!!

Une belle montée à travers des sapins nous amène sur les hauteurs de Vallorcine, petite station de sport d’hiver ; nous passons devant un télésiège et je demande à des bénévoles à quelle heure est la dernière descente à la station? Un peu d’humour à 4h du mat, ça ne fait pas de mal !!
J’arrive à Vallorcine, j’en profit pour changer les piles de ma frontale plus pour me rassurer
qu’autre chose. Mais c’est important, cette frontale qui fait partie intégrante de la réussite ou de l’échec d’un ultra ; un bon éclairage permet d’anticiper un obstacle, une marre de boue ou d’eau comme c’est le cas depuis pas mal de kilomètres. Je sens au ravito que, malgré la fatigue, le sourire apparait sur les visages tirés des coureurs ; ça commence à sentir la fin, encore une quinzaine de kilomètres. Ok, je n’oublie pas le dénivelé qui va rallonger le temps de course mais de savoir qu’il reste autant de bornes est bon pour le moral. Quelques minutes posté devant la lampe chauffante avec un bon thé bien chaud et quelques gâteaux secs et je repars vers Argentiere qui est à 6km pour un dénivelé de 206 - & 206 +. La lecture du panneau indicateur me donne une pèche d’enfer. Je fais effectuer la distance en 50 mn en doublant pas mal de traileurs qui marchent ou cours très lentement. Chaque coureur devant moi est un objectif à atteindre et dépasser (désoler mes amis). Je garderai cet envie, cet objectif jusqu’à Chamonix.

Argentiere : petit ravito liquide. Des bénévoles aux petits soins mais je ne reste que l’espace d’un gobelet de thé ; il n’y a que ça qui passe depuis Champex. Depuis mon épisode de la soupe et du saucisson bien salé, dont le gout m’est resté longtemps dans la bouche, je n’ai plus envi de ces aliments. Quelques courageux sont dehors à braver le froid et la pluie qui a un peu cessé. Je les remercie en repartant, eux aussi méritent bien des encouragements.
Allez, encore une douzaine de kilomètres et l’affaire sera pliée. Le relief est moins pentu mais quelques petites montées viennent me rappeler que nous sommes toujours en montagne. Je décide de marcher un peu mais de manière dynamique malgré tout car la fatigue musculaire s’est installée. J’ai un peu de mal à relancer la machine et m’installe dans un petit confort en marchant d’autant que je n’ai plus personne devant de moi depuis un moment. Je n’ai plus cet objectif qui me fait avancer. Qu’importe, Chamonix se rapproche, pour moi, c’est l’essentiel.

Le jour commence à pointer, dernier point de contrôle au bord de l’Arve qui dévale dans un bouillonnement infernal. A cette heure de la matinée soit 6H, il ne ferait pas bon de tomber à l’eau. Je longe le cours d’eau, je me dis que ça va être comme ça jusqu’à l’arrivée, tant mieux car j’avance doucement. Manque de bol, ça ne dure pas longtemps, je remonte dans un vallon puis ça redescend puis ça remonte et la de manière plus brutal. Le moral en prend un petit cout, je me dis qu’une dernière grosse montée est au programme, il ne manquerait plus que ça. Je me résigne et me dit que si c’est le prix à payer pour arriver en bas, et bien, ça se fera, je ne lâcherai rien. Seul me chagrine le chrono car j’ai prévu d’arriver vers 6H30 selon mes prévisions d’avant course et ça risque avec cette maudite montée de ne pas se faire. Débile comme réflexion si prés du but final me dis-je mais ça me permet malgré tout de relancer la machine en petites foulées.

La dernière grimpette est faite, la vue est magnifique, les nuages tout blanc recouvrent la vallée. Une petite descente me permet d’être sur le sentier qui va me mener jusqu’à Chamonix. Je retrouve, enfin, un traileur, un Japonais qui sifflote, parle tout seul. Je me dis qu’il doit un peu délirer. J’hésite à intervenir, en japonais, en anglais, en savoyard, en breton……..maintenant, c’est moi qui délire !!! Je décide de rester derrière lui à 5 ou 10 mètres, en attente ; je sens que ça l’irrite un peu ; soudain, il se met à accélérer, j’en fait de même pour lui signifier qu’il ne me lâchera pas. Sentant que ça risque d’être comme ça pendant un moment, il décide de ralentir. Pour autant, je maintiens ma position quelques instants et décide d’accélérer à mon tour pour le doubler. Je croise, dans la descente des spectateurs venant au devant de coureurs, un petit bonjour, des encouragements : bravo, plus que 1,5KM. Mon portable sonne, qui ça peut bien être à 6H45 : ma femme restée à Chamonix qui s’inquiète de savoir ou j’en suis. Un rapide coup de fil pour lui annoncer mon arrivée, je la sens soulager, cela me booste !!

J’entre dans Chamonix, une bénévole m’indique la direction à prendre, je longe l’Arve en courant toujours sur un rythme de centbornard, en petites foulées efficaces et régulières, les bâtons dans chaque main (mes chères bâtons qui, finalement, ne m’auront pas quitter des mains depuis le départ). Je double trois coureurs, j’entre dans les rues piétonnes, quelques personnes sont là, m’encouragent de leur bravos et de leurs applaudissements. Je le leur rend aussi par des mercis. Encore un virage et c’est la petite ligne droite face à l’arrivée mythique. J’aperçois des spectateurs le long des barrières. Je franchis cette ligne à 7H10 soit un chrono de 20H56mn, le doigt pointé vers le ciel pour le remercier de m’avoir accompagné encore une fois dans cette belle balade !!



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