18 - Enseigner au sommet du monde - Leh himalya

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Enseigner au sommet du monde
 
                                                            
          LEH        
         HIMALAYA      
                                                                   



 
 
par  GAËLLE


À la découverte de Leh

Devenir professeur de FLE à la toute jeune Alliance Française de Leh s’est révélé être une véritable aventure, une chance unique d’apprendre mon métier tout en découvrant le Ladakh, un des derniers refuges de la culture tibétaine en terre libre. Je suis arrivée l’année dernière en tant que stagiaire dans cette petite Alliance perchée à  3500m d’altitude dans l’Himalaya Indien aux confins du Tibet et du Pakistan.


En plein mois de novembre, j’ai découvert le toit du monde : ses paysages grandioses, ses températures frôlant les -25 degrés la nuit, des conditions de vie spartiates (pas d’eau courante, des coupures de courant permanentes) et des sourires radieux. Vite réchauffée par la chaleur de l’accueil des Ladakhis et par l’excellente dynamique de notre petite équipe de 3 professeurs, j’ai commencé par donner des cours de A1 à un groupe de cinq apprenants adultes. Notre public est constitué de beaucoup de guides touristiques car  les Français amoureux de randonnée viennent en nombre visiter la région et apprécient de voyager en compagnie de guides Ladakhis francophones.


J’ai découvert avec Tenzin, Karma, Panday et Dorjay le plaisir d’enseigner à une classe de FLE, moi qui jusque-là avait donné des cours particuliers en FLM. J’appréhendais d’enseigner à des A1, bien que chaque niveau recèle son lot de difficultés. Finalement, quel plaisir d’être le témoin des premières constructions spontanées de phrases, d’entendre leurs premières interactions en français, de voir le plaisir avec lequel Karma ouvre la porte de l’Alliance en déclamant dans un charmant français aux accents d’altitude « Bonjour Gaëlle ! Comment ça va ? C’est très froid aujourd’hui ! ».Autour du poêle à bois, je rafraîchis alors la mémoire de la classe qui se réchauffe progressivement, « Il fait » froid Karma mais « il fait » tellement beau !

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Enseigner au sommet du monde

L’hiver rigoureux a laissé place à un été superbe et à l’arrivée de touristes des quatre coins du monde visitant notre petite exposition de photos sur la faune sauvage du Ladakh. Les rencontres entre nos apprenants et les nombreux touristes francophones donnent sens à la mission d’échange culturel qu’est aussi celle de l’Alliance Française. Rendre possible ces rencontres enrichissantes pour tous est vraiment gratifiant et fort humainement. Les élèves récoltent en communiquant avec des francophones inconnus les efforts qu’ils ont fourni tout au long des sessions de cours, ici plus de jeu de rôles ou de situations didactisées, c’est bien la vrai vie ! La prise de conscience de l’effectivité en situation de leurs progrès est renforcée et les motive grandement à continuer. 


Avec le cycle des saisons, mon stage a pris fin et j’ai entamé une nouvelle année en tant que professeur. Aujourd’hui, j’anime deux classes par jour (A1 et A2) et je découvre les avantages et inconvénients des groupes plus nombreux. Je peux organiser des jeux de rôles et des projets (tâches finales) – activités préférées de la majorité des élèves – impliquant  plus de participants; les possibles et les interactions en sont de fait démultipliés.  D’un autre côté, il est bien sûr  plus difficile de rester attentive aux problèmes d’apprentissage rencontrés par chaque individu. En tant que professeur, je me dois d’exercer une véritable vigilance sur moi-même pour ne pas me laisser aller au confort d’assimiler le niveau de la classe à celui des plus travailleurs et surtout des plus extravertis.



S'adapter aux apprenants

Les différences de niveau en classe sont vraiment problématiques et demandent d’élaborer de nouvelles stratégies en permanence. J’essaie d’impliquer au maximum les apprenants les plus avancés en leur donnant un rôle de tuteur envers ceux qui ont le plus de difficultés afin de solidariser le groupe. Ces derniers bénéficient de l’aide des plus avancés sans ressentir cette honte qui, j’ai pu le constater, constitue un véritable obstacle à l’apprentissage. Dorénavant, je suis très claire sur ce point dès le début des sessions en insistant bien sur le fait que je ne tolère pas les moqueries et que j’incite à l’erreur. Je présente cette dernière comme faisant pleinement partie du processus d’apprentissage et en valorisant la prise de risque dans la parole.


Certes, c’est un lieu commun, le travail fourni par l’élève est la meilleure garantie de sa progression mais il faut bien noter, dans un esprit comparatif, que la connaissance grammaticale d’au moins une langue (souvent la langue maternelle) facilite le processus d’apprentissage. Lors de mes cours de FLE à l’université, j’ai pu approcher cette notion de manière théorique mais ici au Ladakh, nous sommes bien placés pour observer empiriquement ce fait.

La majorité des élèves n’ont aucune connaissance grammaticale de leur langue. Nous sommes ici dans une situation linguistique atypique, une situation de diglossie. Le Ladakhi est essentiellement oral, sans expression écrite propre - pour cela ils recourent au tibétain classique  dont seuls les moines bouddhistes et l’élite connaissent les arcanes. Les Ladakhis parlent aussi un hindi non académique  enseigné par des professeurs qui, pour la majorité, ne connaissent pas sa grammaire. L’anglais est également enseigné à l’école mais est surtout, pour ceux qui le parlent, appris en immersion au contact des touristes.


Je vous donne toutes ces précisions afin d’expliquer que la grande majorité de mes élèves ne sait pas en arrivant à l’Alliance ce qu’est un verbe, un sujet, un adjectif ou encore un nom. La minorité qui a eu l’opportunité d’étudier à l’université, à Chandigarh ou à Delhi,  a évidemment beaucoup plus de facilité à élaborer une grammaire intermédiaire lors de l’apprentissage du français, à transférer leurs savoirs et induire à travers une multiplicité de contextes d’apparition des règles de grammaire.

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Déconstruire la langue

Bien qu’aujourd’hui la plupart des courants méthodologiques incitent au maximum à pratiquer la grammaire de manière inductive, selon mon expérience cela est vraiment problématique pour des apprenants dont les connaissances en grammaire dans leurs propres langues sont quasi nulles.  Notre méthode, au contraire de beaucoup d’autres, est toujours balisée par des points de grammaire- convoqués de manière notionnelle fonctionnelle, ce qui, je pense, est plus adapté à notre public. Au début de notre dernière session de cours de A1, j’ai décidé de faire quelque points simples et courts de grammaire de l’anglais, leur apprendre à repérer les sujets, les verbes et les objets dans une langue qu’ils manient déjà sans employer de métalangage trop lourd, avant de les transférer vers le français. La structure Commune « SVO » de l’anglais et du français s’y prête bien. Certes, ce sont juste des points de repère simplifiés mais je vois aujourd’hui la différence par rapport à l’évolution de mes sessions précédentes.


C’est un des aspects passionnants et loin d’être évident du métier de professeur de FLE (d’autant plus pour un locuteur natif) que de déconstruire son rapport intuitif à la langue ou ici à la grammaire pour didactiser son savoir. A posteriori, je comprends mieux pourquoi certains de mes élèves me regardaient d’un air franchement dubitatif quand je leur expliquais durant les premiers cours que l’adjectif en français s’accorde avec le nom, alors qu’ils ne connaissaient pas les concepts couverts par ces termes et qu’ils n’osaient pas m’en faire part. Quand j’ai réalisé que beaucoup ne savaient pas repérer un verbe dans une phrase (même dans leur propre langue), j’ai compris que j’avais manqué de perspicacité et de recul. On enseigne avant tout à un public, à des individus et le fait de connaitre de mieux en mieux la culture ladakhi  me permet d’appréhender des problématiques qu’il était dur d’envisager en arrivant ici.

Le bonheur d'enseigner

J’apprends beaucoup à oublier ce que je sais. Des pans entiers de la réalité de ma propre langue émergent du hors-champ de mon intuition au contact des apprenants. Ma culture française se dessine et prend plus profondément conscience d’elle-même au contact de la leur. Ce mouvement réciproque d’apprentissage est un véritable moteur pour moi, soutenu par ce désir que chacun se sente reconnu dans son identité et sa volonté de l’étoffer au contact de celle de l’autre.


J’ai encore beaucoup à apprendre, je suis moi-même friande de témoignages d’autres professeurs. J’espère que le mien vous aura intéressé. Ceci n’est qu’un bref échantillon des problématiques que j’ai pu rencontrer. Les questionnements soulevés par le champ de l’enseignement-apprentissage et  les expériences qui les incarnent se dessinent sur un horizon quasi infini et c’est bien pour cela qu’ils sont si intéressants. Je vous souhaite à tous beaucoup de passion dans votre métier.


Gaëlle Kermarrec

Professeur de FLE à l’Alliance Française de Leh Himalaya - Toit du Monde (annexe de l’Alliance Française de Chandigarh Le Corbusier)


 
Pour en savoir plus,
le blog de GAËLLE :
http://quatrieme-gauche.fr/gawel/


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