5.8 - L'évolution du fle et de la didactique -1ère Partie

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 " L'évolution du Fle et de la didactique en France et en Europe "


Transcription d'une conférence enregistrée en vidéo

le Mercredii 13 mars 2013

Université de Poitiers


1ère partie :

Le Français Fondamental /

Les niveaux Seuils


par  Mr Daniel COSTE

SOMMAIRE de la 1ère Partie :

1 - Introduction
 
2 - Le Français Fondamental
: une démarche innovante


3
- Le Français Fondamental : un débat virulent voire violent

4 - Le Français Fondamental : une convergence historique

5 - Questions sur le Français Fondamental

6 - Petite Sitiographie
complémentaire du Français Fondamental

7 - Contexte DES niveaux Seuil

8 - Une exception França!se 
non "entendue"

9 - Évolution ambigüe

10 - Questions sur le Niveau Seuil
 
   
Pour voir la seconde partie        2nd Partie:
.                      Clquez  --->     Le CECR

Commentaires sur
LES NIVEAUX SEUILS

1 - Introduction.

Mr Daniel Coste a participé à l'élaboration du Niveau Seuil puis du CECR. Il présente au cours de cette conférence à l'Université de Poitiers  ces deux outils précédés par le Français Fondamental, ces trois outils "objets" étant devenus successivement des références en didactique, non seulement du français mais également des langues.


En terme de rythme, les grands outils servants de référence au cours du temps se sont succédés sur une période plus ou mois régulière de 20 années : 

- Le Français Fondamental paru en 1954

       - Les niveaux seuil vers 75, 76 et bien au delà

- L e CECR a été préconçu vers 1991 avec une
  publication officielle en 2001

Donc on est sur un rythme relativement rapide, d’un point de vue historique, ce qui fait que ces instruments, à la fois assez comparables, mais aussi assez distincts les uns des autres, sont apparus régulièrement sur le marché.

 

Le Français fondamental avait pour objectif la diffusion du français dans le paysage des colonies, "en vue de l'enseignement du français aux étrangers et aux populations de l'Union française" alors que la France souhaitait améliorer la diffusion de sa langue dans le monde.


S’agissant non pas seulement d’« un niveau seuil », mais de l’ensemble des documents produits pas le Conseil de l’Europe, on est plutôt sur une dynamique de constitution d’un espace européen éducatif et didactique.

Le CECRL quant à lui, contrairement à ce que la mention de « Cadre Européen » laisse entendre, on est dans un environnement de mondialisation, avec tous les problèmes qui en dérivent, de contextualisation, d’adaptation ou rejet d’outils de ce type, que ce soit au Japon, au Maroc ou ailleurs.

 

Une des manières de considérer ces trois instruments, c’est aussi d’essayer de les réinscrire dans une perspective d’élargissement progressif du champ de réflexion/diffusion sur les langues.

 


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2- Le Français Fondamental,
une démarche innovante pour l'époque

Du point de vue des enquêtes et analyses de corpus, le Français fondamental est un des lieux de mémoire important du FLE, un geste inaugural en terme de construction du domaine.


Le fait que dans les années 50, on envisage de définir des contenus d’enseignement du français qui soient explicitement tournés vers son enseignement aux étrangers est quelque chose de tout à fait novateur.


À l’origine, dans un contexte bien particulier qui est celui de l’avant décolonisation, c’est à dire durant une période où on se dit, l’empire colonial, ou bien ça continue et il faut changer les méthodes éducatives, ou bien ça prend fin et ce n’est pas plus mal d’avoir engagé une présence durable du français en modifiant les méthodes et contenus d’enseignement.


D’où l’idée d’essayer de définir un corpus réduit de contenus pour un enseignement du français et de procéder à cette fin par le biais d’enquêtes.

 

1er apport du FF : une enquête sur des conversation enregistrées et un dépouillement avec un comptage selon deux critères

 

Il y avait  bien déjà eu des enquêtes précédemment qui portaient sur le français écrit notamment, sur le français littéraire,  en terme de dénombrement de fréquence lexicale.

Il existait également des études qui avaient été faites pour l’anglais, concernant le « basic English », mais avec des postulats méthodologiques et même épistémiques différents, car on procédait non pas par enquêtes, mais par construction sémantique.

 

Ce qui va se passer pour le français est une première, technologiquement instruite, car on va travailler avec des enregistrements de conversations qui vont être dépouillés à des fins de comptage lexical.

 

160 conversations enregistrées sur des disques souples qui n’existent plus aujourd’hui, Un corpus de 350 000 mots, des dépouillements manuels avec comptage selon deux critères :

- de fréquence simple

- et un critère de répartition, dans la mesure où ce qui était important, c’était qu’un terme ne soit pas seulement très présent dans un élément du corpus, mais qu’il soit réparti dans différentes conversations pour apparaître comme vraiment important et puisse entrer dans une liste qui va définir ainsi des contenus.

 

2nd apport du FF : Un travail sur le Français oral

 

L’autre nouveauté est que l’on travaille sur de l’oral car on envisage que le français soit enseigné dans une perspective de communication orale dans les pays qui sont visés à l’époque.

 

En fait, les choses ne se passeront pas tout à fait de cette manière car ça sera très peu utilisé dans les anciennes colonies, mais ça sera un instrument qui servira dans « l’étranger traditionnel », c’est à dire les pays qui n’avaient pas d’histoire coloniale particulière avec la France.

 

3ième apport : enquête complémentaire « de disponibilité »

 

Autre aspect de l’enquête, c’est qu’indépendamment des critères de fréquence et de répartition, on s’est aperçu qu’il y avait un certain nombre de noms n’apparaissant pas dans les conversations comme par exemple le plus fréquemment cité, le mot « fourchette », terme que l’on a quand même besoin de connaître en pratique de vie quotidienne.

D’où une enquête complémentaire dite « de disponibilité » qui a consisté à demander à des élèves de l’École Normale  de citer un certain nombre de substantifs ou de verbes qui leur venaient spontanément à l’esprit, s’agissant d’un certain nombre de thèmes : la maison, les transports, l’alimentation,  … pour recueillir des éléments qui n’étaient pas apparus par le biais de la fréquence et des conversations enregistrées.



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3 - Un résultat et des débats très violents

Au total : élaboré par des grammairiens et linguistes français que sont Georges Gougenheim, René Michéa, Paul Rivenc et Aurélien Sauvageot,  le français Fondamental retient à peu près 1500 mots qui vont constituer le corps d’un petit fascicule qui va faire autorité pendant plusieurs années dans le domaine du FLE.


"Autorité" qu’il convient peut être de nuancer…

 

Les résultats de l’enquête ont donné lieu à des filtrages successifs et au-delà des résultats bruts statistiques, des correctifs ont été apportés par une commission désignée, comportant des linguistes chargés de se prononcer sur cette 1ère liste.


Ceci a entrainé des éliminations d’un certain nombre de termes considérés par trop familiers, ainsi que tout une série de petits mots phatiques qui rythment habituellement la conversation, mais considérés comme parasites et devant être nettoyés (« hein », « euh », « bon »…).

 

 Un travail normatif  vient donc se greffer sur le travail d’enquête initial.

 

C’est une période où ont également eu lieu des travaux mécanographiques, non encore informatisés, de corpus littéraires, où sont publiés des ouvrages concernant le traitement statistique du vocabulaire. On est donc dans un contexte marqué par un début de reconnaissance de l’oral et par intérêt sur la quantification dans le domaine.

 

Cependant, d’autres enjeux apparaissent rapidement y compris dans la grande presse et les médias, mettant en avant des interrogations sur la pertinence d’un travail de ce genre, d’un point de vue technique, d’enquête linguistique, mais aussi d’un point de vue politique linguistique dans la mise au point d’un instrument de ce genre.

 

                           Des débats très virulents, voire violents

 

On a du mal à imaginer aujourd’hui la violence des débats qui ont accompagné le projet à l’époque.

Dans la grande presse, Albert Dauzat directeur de la revue « Le Français moderne », moteur de la modernité de l’époque, très favorable à la définition de corpus réduit pour l’enseignement du français, avec des contenu moins ambitieux qu’auparavant, mais en même temps il part en guerre contre le Français Fondamental en réfutant cette notion d’enquête et n’est-il pas mieux de faire une sélection à partir de dictionnaires, est-ce pertinent de faire une enquête en France, et pourquoi ne pas la faire plutôt dans d’autres pays africains où le français est parlé, et il s’insurge aussi contre la dimension statistique qui ne paraissait pas utile.

Il y a donc une mise en cause par des personnes qui ne sont pas nécessairement des « conservateurs ».

 

Marcel Cohen,  linguiste éminent, spécialiste des langues indo-européennes, très actif au parti communiste de l’époque déplorait quant à lui qu ‘on mette de l’argent pour cette enquête parce qu’il y avait des visées politiques et qu’en revanche pour d’autres enquêtes intéressantes d’un point de vue purement linguistique, il n’y avait pas un sou, par choix idéologiques. Il pensait également que cela était se mettre au service de l’impérialisme américain et que l’on préparait ainsi les Africains à devenir les forces avancées des troupes capitalistes à travers le monde.

 

Maurice Garçon,  avocat, écrivain et académicien, représentant plutôt la droit conservatrice de l’époque d’écrire : « on ne va quand même pas fabriquer un français petit nègre pour des étrangers fainéants ou incapables,  le français est une langue à laquelle il n’est pas question de rien toucher».

 

Il y avait donc d’un côté ceux qui disaient qu’on ne peut pas proposer à des populations un français réduit sans les mépriser en faisant cela,  et d’un autre côté, des discours assez comparables mais sur le mode, « le français est une langue intouchable ».


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4 - Une convergence historique

Ce qui va faire le succès du Français Fondamental, ce ne sont pas les résultats de l’enquête en tant que tels, mais le fait que très peu d’années plus tard, en 1958, le Général De Gaulle revient au pouvoir, avec une relance très forte, de ce qui avait commencé avant mais s’est accéléré avec son arrivée, d’une politique tournée vers l’extérieur et valorisant le Français. Des centres comme le BELC, le CREDIF vont être mis en place et des outils pédagogiques vont être élaborés à partir du Français Fondamental et fortement diffusés dans le monde.

 

C’est aussi à ce moment que la revue « Le Français dans le Monde » est créée, en 1961,  et elle abonde sur le Français Fondamental.

 

Il y a donc une sorte de convergence historique qui est plus large que le domaine linguistique ou didactique et  qui donne une poussée extraordinaire à cet instrument.

 

D’un point de vue strictement linguistique, la démarche va être aussi critiquée. Bien que les aspects positifs dans ce dépouillement soient soulignés, la forme de simples listes de mots met insuffisamment en évidence et en relief l’importance de la dérivation morphologique, la suffixation…  des mots, ce dont il aurait fallu tenir compte.

Tout un courant se constitue dès lors au nom de la linguistique appliquée.

 

On a par ailleurs des interrogations concernant les usages possibles d’un lexique sélectionné en termes de composition. Robert Galisson au BELC a écrit un ouvrage : « l’inventaire thématique et syntagmatique du Français Fondamental » dans lequel il essaie de montrer comment avec le FF on peut construire des syntagmes, les articuler les uns par rapport aux autres. Une des formules qu’il avait eu à l’époque : il y a vache dans le FF, mais je ne peux pas la traire et je ne peux rien en faire, montrant ainsi que certains éléments ne sont pas articulables de façon à être plausibles …

 

Dans le cadre du CREDIF qui a fait suite au Centre de Français Élémentaire, un certain nombre d’enquêtes ont continué, un peu sur les mêmes bases, avec l’élaboration d’un FF 2nd degré qui résultait du dépouillement d’articles de journaux (corpus écrit), puis ultérieurement un outil de vocabulaire général à orientation scientifique, qui résultait de dépouillements de manuels scolaires de sciences, sur les bases de décompte lexical, mais en essayant de mettre en valeur les éléments importants pour l’orientation scientifique de certains termes, souvent très usuels, mais qui dans chaque domaine prenaient des significations particulières.

 

Enfin, il faut noter l’existence d’outils également élaborés au CREDIF comme Le dictionnaire contextuel des sciences de la terre, le dictionnaire contextuel de la vie politique, qui sont des instruments complètement méconnus aujourd’hui, mais qui en revanche, changent complètement de paradigme dans la mesure où il s’agissait justement de dictionnaires contextuels, c’est-à-dire qu’ils n’était plus dans des dépouillements aboutissant à des listes de mots mais on était dans des interrogations sur les contextes particuliers et les valeurs sémantiques que les termes avaient dans ces contextes, notamment dans des domaines assez contrastés, comme celui de la géologie et puis de la vie politique sur un corpus d’élections législatives. On est donc dans une évolution des modèles linguistiques qui va beaucoup plus vers les discours et  les interrogations de catégories sémantiques, en quelque sorte « Méta » par rapport aux mots tels qu’ils étaient considérés dans le FF.



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5 - Quelques questions sur le FF

 Comment des personnes comme Petar Guberina et Paul Rivenc se sont-ils emparés du FF pour faire du matériel pédagogique  qui a été à la base de « Voie et Image de France » ?

 

Pour Paul Rivenc, c’était clair dès le début. La visée était pédagogique et dans la mesure où on disposait d’un contenu linguistique qui devait servir à ça, les personnes qui avaient élaboré ce contenu étaient « bien placées » pour en proposer une exploitation pédagogique.

 

Il y a en plus d’un point de vue historique la rencontre entre Paul Rivenc et Petar Guberina, yougoslave qui avait pensé un certain type de structuralisme, et qui fait qu’au titre des méthodes Audio-Visuelles Structuro-Globales,  on a commencé à élaborer des instruments tels que « Voix et Images de France ».

 

C’était aussi une question de survie institutionnelle. Le Centre d’Études du Français Élémentaire avait terminé sa tâche avec la publication du Français Fondamental  et a poursuivi par la réalisation d’autres enquêtes du même type, mais aussi et surtout par une intervention sur le terrain pédagogique, dans une perspective de contribuer à une diffusion du FLE, avec un militantisme d’éducation populaire, intérêt pour les migrants en France. Il y a eu des outils élaborés à partir du FF pour l’alphabétisation de travailleurs migrants à l’époque, dans le contexte de guerre d’Algérie,  avec une situation qui n’était pas toujours très facile. Mais ceci a été oublié. Ce qui a survécu, c’est « Voies et Images de France », à cause de l’impulsion politique de diffusion sous le régime Gaulliste

 

Il y a donc eu un croisement entre  un renouveau méthodologique, avec l’idée que l’oral devait être aussi l’objet d’enseignement et ne pas être seulement utilisé pour des enquêtes  liguistiques. Il fallait sortir du Mauger Bleu et de ce qu’il proposait. La conjonction FF, SGAV, appuyée sur la technologie avec des magnétophones et la projection d’images a rendu possible ce renouveau méthodologique.

 

Etonnamment, il y a eu aussi une conjonction entre le monde de la recherche, la dimension économique et la dimension institutionnelle

Il paraitrait difficile aujourd’hui qu’une méthode, en l’occurrence Voix et Images de France soit diffusée avec à la fois la bénédiction sonnante et trébuchante du ministère des affaires étrangères,  avec un éditeur qui s’appelait Didier qui avait accepté que ne soit vendues des méthodes qui coûtaient assez cher par ailleurs qu’à des enseignants ou des établissement qui avaient formés leurs enseignants et avaient obtenu le diplôme du CREDIF.

Donc on était vraiment dans une certaine conjonction entre des intérêts économiques, parce que Didier y a beaucoup gagné à la longue,  une volonté institutionnelle, qui était celle du ministère des affaires étrangères, à pousser à de nouvelles méthodes dans les Alliances françaises et Instituts Français à l’étranger et puis en même temps la contribution, en quelque sorte de bénédiction et de patronage scientifique qu’apportait un centre ENS de Saint Cloud.

 

Pourrait-on repartir sur un nouveau Français Fondamental ? Est-ce l’avenir ?

 

Marie Madeleine Rivenc a toujours été une militante de Voix et Images de France et de la méthodeSGAV, mais d’un point de vue linguistico-technique, il s’agit d’éléments qu’il faudrait sérieusement retravailler aujourd’hui par rapport à la perspective qui avait été celle de l’époque.

On a peut être jeté trop vite le Français Fondamental aux orties, au moment où d’autres instruments sont apparus, mais en même il y aurait beaucoup de choses qu’il faudrait revisiter aujourd’hui, même avec les moyens dont on dispose désormais et qui permettraient de travailler beaucoup plus vite, sur des corpus beaucoup plus gros.

Alors ça ne serait sans doute pas un travail inutile, y compris  une analyse contrastive, en comparaison avec ce qui était sorti à l’époque, mais est-ce que le jeu en vaut vraiment la chandelle aujourd’hui, cela est douteux. Mais c’est peut-être ma méfiance à l’égard des gros corpus qui se manifeste.

 

Le corpus de 300 000 mots du Français fondamental est celui sur lequel s’appuie Al Capo aujourd’hui et lorsque l’on regarde les personnes qui ont été interviewées et qui sont à la base des données recueillies, on ne peut pas dire qu’il y avait une représentativité sociale pertinente. Le FF est certes un repère, mais il a vécu. D’autres enquêtes ont eu ultérieurement une méthodologie bien plus fiable.

 

Voix et Images de France a eu un certain succès. L’ouvrage a été employé car il s’agissait de LA méthode du ministère des affaires étrangères. Qu’est-ce qui a fait qu’après 68, on va passer à autre chose ? Comment se fait cette révolution vers le Niveau Seuil avec les actes de langage, la pragmatique ... ?

 

S’agissant des outils pédagogiques et méthodes, il y a d’abord que c’est la fin des plans quinquennaux du ministère des affaires étrangères à la fin des années 60, il y a beaucoup moins de crédits pour des actions engagées dans une certaine durée et puis il y a le fait que du côté économique, les éditeurs, eux-mêmes,  ont véritablement compris que le FLE était un marché, et ils se mettent à produire eux-mêmes des outils qui vont élargir l’offre de matériel pédagogique (ex. : méthode produite par Guy Capelle à l'époque).

 

De nouveau un contexte particulier va intervenir, mais cette fois ci beaucoup plus nettement européen. Ça ne se situe pas au niveau d’un centre français, mais au niveau européen, le Conseil de l’Europe, avec un parcours à long terme,  entre 1973 et la fin des années 90, toute une série de projets intitulés « Projets Langue Vivantes » vont se développer les uns dans la continuité des précédents, sans véritable rupture, avec un personnage important qui est John Trim, qui a été le pilote de ses opérations, non pas en tant que membre du Conseil de l’Europe mais en tant qu’expert consulté et responsable de projet

 

Pendant toute cette période,entre niveau seuil et CECR, un certain nombre d’évolutions vont avoir lieu maissans rupture.



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8 - Une exception Française non "entendue" ...

Un niveau seuil est défini mais se pose la question de savoir s’il existe des niveaux descriptibles de la même manière avant et après.

Il y a eu très tôt un débat entre anglophones et francophones, les anglophones étant partisans de définir effectivement d’autres niveaux au-dessous et au-dessus avec des descripteurs sur le même modèle:


- les anglophones pensaient que le "Threshold Level", niveau seuil définit initialement devait être complété par le  "Waystage" - en route vers ... et par le "Vantage" - regarder par le dessus, 


- les francophones disant plutôt que si le niveau seuil est un objectif,  on doit poser qu’on peut l’atteindre par des voies différentes et que c’est trop contraignant et trop linéaire de mettre en place un niveau intermédiaire qui serait du même tonneau et décrit avec les mêmes catégories. De même, ce qui se passe au dessus est plus une diversification qu’un niveau comparable au niveau seuil mais un cran plus haut (D. Coste défendait aussi cette vision).

 

Cela a donné lieu du côté français à deux options très marquées  par rapport à ce qui s’est fait pour l’anglais et qui n’ont pas été véritablement  prises en compte par la suite.

 

1- On ne parle pas de Un Niveau seuil mais LE niveau Seuil, sous entendu parmi d’autres possibles. Il doit y avoir des variantes suivant les publics considérés et une catégorisation sommaire est faites de type touristes-voyageurs, scientifiques ou professionnels qui ne vont pas nécessairement à l’étranger mais qui ont besoin d’une forme de niveau seuil dans leur pratique,  les travailleurs migrants et leurs enfants sont dans une situation différente … etc. Il fallait aussi catégoriser outre les publics, les contextes d’usage en distinguant les relations familiales,  commerçant,  associatif / grégaire,  la fréquentation des médias,  et en croisant les types de populations et les domaines d’usage on va déterminer des déclinaisons différentes de ce que l’on entend par niveau Seuil. Il fallait donc pour le niveau Seuil lui-même, des instruments différents qui soient construits en contexte.

 

2 – Le deuxième choix qui avait été fait pour le Français, complémentaire du premier, posait qu’on a besoin dans les exemplifications en français de listes beaucoup plus longues, d’exemples beaucoup plus diversifiés que ce qui a été proposé pour l’anglais. de façon qu’il y ait plus de possibilités de choix, pas seulement pour des raisons de contextualisations évoquées ci-dessus, mais aussi pour des raisons tenant à une conception de l’acquisition. L’idée était que pour apprendre, il fallait de la variation, même aux premières étapes de l’apprentissage. On construit une compétence pas seulement communicative mais aussi linguistique dans la langue étrangère si on a du grain à moudre et des possibilités de varier les formulations très tôt et pas du tout s’enfermer dans une ou deux formes permettant de réaliser telle ou telle fonction langagière.

 

À partir de là, on arrive à un instrument beaucoup plus volumineux pour le français que ce qui avait été fait un an avant pour l’anglais,  et ce sur quoi on peut s’interroger rétrospectivement, c’est le fait que, dans la pratique ensuite,  c’est le modèle anglais qui a de loin été le plus utilisé à travers l’Europe.

 

Il y a eu un succès important de tels instruments, jusque dans les années 90.  Pour un très grand nombre de pays et de régions, il y a eu des demandes d’établir des niveaux Seuils  spécifiques.



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7 - Contexte DES Niveaux Seuil ...

De nouveau un contexte particulier va intervenir, mais cette fois-ci beaucoup plus nettement européen. Ça ne se situe pas au niveau d’un centre français, mais au niveau européen, le Conseil de l’Europe, avec un parcours à long terme,  entre 1973 et la fin des années 90, toute une série de projets intitulés « Projets Langue Vivantes » vont se développer les uns dans la continuité des précédents, sans véritable rupture, avec un personnage important qui est John Trim, qui a été le pilote de ces opérations, non pas en tant que membre du Conseil de l’Europe mais en tant qu’expert consulté et responsable de projet

 

Ça commence avec un contexte scientifique environnant assez clair qui est celui de la conjonction entre une philosophie pragmatique (Speakacts du philosophe britannique Austin) et des influences de l’ethnographie de la communication, de la sociolinguistique. Ce croisement aurait pu ne pas se faire avec l’apport de français comme Bertrand Schwartz, qui s’est beaucoup battu pour que la formation des adultes ne soit pas sanctionnée seulement par des diplômes terminaux que l’on obtient au bout de trois-quatre ans, mais par petites étapes d’unités capitalisables.

L’apprentissage des langues a été un terrain de mise à l’épreuve de systèmes d’apprentissages par les adultes, donc des définitions des objectifs d’apprentissage des langues réalistes, atteignables à relativement brève échéance.

Avec une interrogation simultanée non seulement sur la dimension de langage, mais aussi celle de notions : « si je propose à quelqu’un d’aller au cinéma avec moi demain, «, je vais mobiliser des notions générales de type temporel « demain », avec un forme particulière « est-ce que tu voudrais » et une notion spécifique « le cinéma » …

On a une architecture assez rustique : des actes ou fonctions,  des notions générales ou spécifiques, et puis à partir de là, on va essayer de dériver des illustrations ou des réalisations dans différentes langues de cet appareillage catégoriel.

 

Un des problèmes qui va se poser tout de suite est de savoir si ce type de modèle est pertinent dans des contextes scolaires et comment on s’y prend pour définir ces catégories.

De même que dans le FF on avait « bidouillé » un petit peu,  les listes étaient revues à la fin pour faire ce que Gougenheim appelait « de l’empirisme rationnel », dans le cadre des niveaux seuils, les listes d’actes ont été très souvent bricolées et sont variables. Elles peuvent s’inspirer des catégorisations de type Austin et Searl, elles peuvent s’inspirer de besoins qui sont considérés comme étant ceux des apprenants,  il y a beaucoup de discussions autour de la notion de besoins langagiers, de touristes, de travailleurs migrants… et des interrogations sur cette notion même de besoin.

On a ce type d’approche de situations d’usages dans lesquelles  des usagers actifs seront amenés à réaliser tel acte de parole, dans tel contexte, avec telle notion générale ou spécifique.

 


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9 - Évolution Ambigüe

Il y a eu un succès important de tels instruments, jusque dans les années 90.  Pour un très grand nombre de pays, et de régions, il y a eu des demandes d’établir des niveaux Seuils spécifiques.

 

Cela pose différents types de questions :

 

1 - d’ajustements ou mal-ajustements culturels. Faire un niveau Seuil pour le Catalan avec comme matrice ce qui a été fait pour l’anglais, pose des problèmes culturels de l’usage effectif du catalan par rapport aux usages de l’anglais et la dimension universalisante des catégories proposées.

 

2 – Complémentairement,  le fait qu’il y ait par exemple pour l’Espagne 4 ou 5 niveaux Seuil,  le Catalan, le Castillan, le Basque,  le Galicien et un autre ( ?),  est intéressant en terme de conception des politiques linguistiques en permettant à des langues régionales ou autres que la langue nationale officielle, de se mettre sur un pied d’égalité avec la langue nationale et donc d’avoir un statut potentiellement valorisant.

Ce qui explique peut-être que lorsque l’Europe s’est ouverte après 1989, des demandes nouvelles d’élaboration de niveaux Seuil ont continué (Lituanie, Estonie…).

 

Donc l’extension de ces instruments posait à l’évidence des problèmes culturels, mais d’un autre côté, il s’agissait de quelque chose qui pouvait servir à un début de reconnaissance d’un espace éducatif européen avec une prise de conscience commune, ce que des instruments comme le Français Fondamental ne permettait pas car ce n’était pas leur objet.

 

Pour les niveaux Seuil, il n’y a pas véritablement d’enquêtes, mais sur l’établissement de listes de catégories, à partir desquelles on dérive des formes linguistiques.
Mais, comment établit-on ces listes de catégories ?


Pour le Français, contrairement à ce qui s’est passé ailleurs là encore, Michel Martins Baltar qui s’est chargé des actes de parole,  est parti d’un dictionnaire français et de tout ce qui avait trait à une dimension pragmatique, tous les verbes par exemple. Le français va distinguer entre prier, supplier,implorer etc. mais à partir du corpus d’un dictionnaire de français pour les Français, ce qui était un choix tout à fait conscient et volontaire.
Cela l’a amené à s’interroger sur des actes de niveau 2, en ce sens que ce sont des actes en réponse à un premier acte, ce qui n’existait pas non plus en anglais. Autre exemple: faire un classement dans des actes comme refuser, contester etc. qui supposent qu’il y a eu quelque chose avant.

Une autre interrogation qui a été très peu exploitée pédagogiquement a concerné les actes d’opérations discursives, "résumer", "effleurer un sujet", "mettre les pieds dans le plat".  Ce sont des actes de gestion de l’interaction ou de gestion du discours pour lesquels un certain nombre de formulations sont tout à fait possibles.

 

Cela a aboutit à un objet très complexe mais qui a été très peu exploité dans ses possibilités complètes et qui comporte des apports intéressants, du moins originaux à l’époque.

 

Enfin,  il y avait en français une grammaire sémantique, notionnelle, alors que dans les autres niveaux Seuils, il n’y a pas de grammaire traitée par un chapitre particulier. Jeannine Courtillon travaillant avec d’autres auteurs comme Bernard Pottier et autres linguistes s’est intéressée sur la façon qu’a une langue comme le français de grammaticaliser un certain nombre de notions générales, en relation avec le temps ou l’espace.

C’est aussi une position originale qui a eu peu de suites, sinon un succès d’estime de la part d’un certain nombre de spécialistes, mais ce n’est pas quelque chose qui a été repris avec un usage plutôt traditionnel de la conception de la grammaire dans les instruments pédagogiques.

 

Les éléments de contexte :

- formation des adultes au démarrage,

- succès prolongés des niveaux Seuil avec l’ouverture de l’Europe,

- la promotion des régions

- période où l’anglais devient en Europe de plus en plus dominante et enseignée avec une machinerie qui fonctionne très fortement à son profit.



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6 - Petite Sitiographie complémentaire

- La grammaire du Français fondamental : Dominique Klinger et Georges Daniel Véronique, « La grammaire du Français fondamental: Interrogations historiques et didactiques », Documents pour l’histoire du français langue étrangère ou seconde [En ligne], 36 | 2006, mis en ligne le 06 septembre 2011, consulté le 10 avril 2013. URL : http://dhfles.revues.org/1189

 

- Présentation d'un Dictionnaire contextuel de français pour les sciences de la terre :  J.-L. Descamps, E. N. S. de Saint-Cloud, CRÉDIF, 1973

Commentaires sur
LE FRANÇAIS FONDAMENTAL

10 - Questions sur le Niveau Seuil ...

Le niveau Seuil n’a pas pris en compte la dimension paraverbale, mais des personnes comme Geneviève Calbris et d’autres également auteurs du niveau Seuil qui ont travaillé sur la sémiotique des gestes en situation conversationnelle ainsi que sur l’intonation en étant au CRÉDIF, on peut supposer que cet aspect a été abordé, même s’il n’a pas eu la même diffusion que le reste des contenus, tout en collaborant avec Michel Marins-Baltar qui s’intéressait plutôt à la relation dimension énonciative et dimension pragmatique

 

Y a-t-il un niveau Seuil en langue des signes ?

 

Non, il y a un CECR en langue des signes,

 

La grammaire notionnelle sémantique, élaborée par Janine Courtillon, comment peut-on expliquer que cette grammaire novatrice ait eu si peu d’impact, mise à part la grammaire de Geneviève-Dominique De Salins et pourquoi est-on retourné à une grammaire très traditionnelle dans les manuels ?

Les manuels élaborés par Janine Courtillon mobilisent ce qu’elle même avait fait dans le niveau Seuil mais en général, les éditeurs ont toujours été très prudents à l’égard de ce type d’approche grammaticale dans la mesure où à tort ou à raison, ils « aiment mais les enseignants ne suivront pas ! » ; c’est ce que disent toujours les éditeurs lorsqu’il y a quelque chose d’un peu novateur. C’est je crois l’explication toute simple. Mais il se peut aussi que dans le monde scientifique au sens large, cela paraissait comme hérétique. Malgré la proximité avec des gens comme Bernard Pottier qui lui même se retouvait aux marges du domaine de la linguistique.

 


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