3 - Le CHILI

 
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1 - ARRIVÉE  dans un autre monde
   
2 - À LA CONQUÈTE  de l'apprenant chilien

    
3 - PREMIERS PAS dans l'enseignement
 
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1- Arrivée dans un autre monde...


C'est en Août 2011 que je foule pour la première fois le sol chilien ; les yeux grands ouverts, je contemple mon nouveau paysage, comme un enfant devant une vitrine de confiseur, je m'émerveille de tout et me délecte de ces moments uniques et magiques où chaque rue est une découverte, où rien n'est comme je l'avais imaginé, d'ailleurs, qu'avais-je imaginé ? Naïvement, je m'attendais à arriver dans un quart-monde folklorique, accueillie par des Mapuches, au son de la flûte de pan...
Rien de tout ça ! atterrissage à Santiago, à ce jour je ne sais pas si ce sont les 14 heures de vol ou l'immense excitation, mais je ne tiens plus en place, c'est bien réel, Chile, acà estoyDepuis le tarmac, la voilà, la belle, la majestueuse, la mythique, la voilà droit devant moi : la cordillère des Andes, souvenir flou de mes cours de géographie où on la nommait en rêvant...
Mais là, elle est bien réelle, tout est bien réel, les gros 4x4 ont remplacé les charrettes de mon imagination, les immenses malls à l'américaine sont là, plantés devant moi, alors que je pensais ne trouver que de vieilles épiceries douteuses, non, non, vraiment le XXème siècle était arrivé jusqu'en hémisphère sud !
Adieu clichés, adieu préjugés, je venais d'arriver dans un pays "normal" ! Enfin, au 1er abord...
Pas de temps à perdre, direction Rancagua, 80 kms au sud de Santiago, "petite" ville de 200 000 habitants où j'allais poser mes valises, en attendant que le reste de mes affaires me parvienne , 2 mois après...


Vient ensuite le temps de l'installation, des démarches administratives interminables, un parcours du combattant ! Tout est compliqué ! Pour nous autres européens (trop ?) habitués aux démarches simplifiées, aux rendez-vous EDF plus ou moins respectés, aux artisans ponctuels et efficaces, à un minimum de rigueur dans les petites choses de tous les jours, débarquer dans un pays où la plupart des gens sont nonchalants et prennent le temps pour tout, l'adaptation est un peu délicate ! Mais avec le temps, on lit entre les lignes, on décode leurs paroles lorsqu'un artisan nous promet de venir "mañana sin falta" ( demain sans faute ), comprenez au minima une petite semaine ! "al tiro" ( tout de suite ) comptez une demie journée !

Parce qu'il y a une chose réellement commune à tous les chiliens : ils ne savent pas dire "non" , et au risque de vous donner une mauvaise indication si vous demandez votre route, car ils ignorent votre destination, ils vont vous indiquer votre chemin, avec un aplomb tel qu'on suit leurs indications et quelques kilomètres plus loin, alors que là, c'est certain, on est perdus, on se dit : "ah! Encore un qui ne voulait pas me dire qu'il ne connaissait pas cette adresse" et ça aussi, c'est en se chilénisant qu'on comprend les chiliens ( et qu'on les aime ) ! Ils veulent à tout prix faire plaisir et préfèrent dire des choses qu'ils ne tiendront pas , indiquer un chemin qu'ils ignorent, fixer un rendez-vous en sachant pertinemment au moment où ils le fixent qu'ils ne sont pas disponibles, plutôt que de dire "je ne sais pas", "je ne peux pas" et risquer ainsi de nous froisser... Ça part d'un bon sentiment !

Ce sont des gens adorables, généreux dans l'âme et très bon point pour moi : ils adorent les français ! Oui, oui, vous savez, ceux qui ne se lavent que rarement et se parfument pour masquer tout ça, ceux qui mangent du foie gras à tous les repas, qui boivent du champagne même à la cantine, ces mêmes français qui sont toujours en vacances ou en grève !

Une anecdote que je n'oublierai jamais et qui m'a confortée dans l'idée que j'allais aimer ce pays arriva quelques jours après mon arrivée, ça m'émeut encore 18 mois après de la raconter !

Alors me voilà chez moi, petite maison de 200m2, piscine de 12 mètres et jardin avec d'immenses palmiers... avantage premier de la vie d'expatriés : vivre dans une maison que jusque là je ne voyais que dans les magazines ! Le propriétaire de la maison, pourtant au courant de la date de notre arrivée depuis 2 mois , n'avait évidemment pas terminé les petits travaux qu'il devait effectuer, jusque-là, je le sais maintenant, rien d'anormal !
J'emménage donc dans une maison où maestros en tout genre s'activent ( plus ou moins !) ; nous avons Jules-César et Victor-Hugo qui nettoient la piscine et Michel-Ange qui ajuste le gazon ! Que les bras m'en tombent si j'invente les prénoms !

Arrivés tôt le matin à vélo, c'est vers 14 heures qu'ils décident que leur journée est terminée ( pas leur tâche !) , ils enfourchent leur vélo, prêts à partir et moi aussi, je monte dans mon pick-up, en route pour le supermarché, fatigués de leur dure journée ( "jajaja" ) ils me demandent de les déposer pour éviter de pédaler ( ils sont vraiment épuisés !). Bien entendu j'accepte, vélos à l'arrière, me voilà en route avec Jules-César, Vicor-Hugo et Michel-Ange !

Chemin faisant, ne sachant comment me remercier, ils se mettent à chanter la Marseillaise ! en entier ! L'histoire ne vous fait certainement pas l'effet qu'elle m'a fait, mais vraiment, c'est un moment magique que je n'oublierai jamais ! À 15 000 kms de ma France natale, ces trois petits gars qui chantent MON hymne, alors que moi, quelques mois avant, j'étais à peine capable de situer leur pays sur une carte ! Bon, ne me demandez pas combien de temps il leur aura fallu pour finalement terminer les petits travaux, sujet qui fâche !

Des tas d'autres anecdotes de ce style me sont depuis arrivées, mais celle-là est chère à mon coeur ! Je vous fais grâce des autres ou les raconterai ailleurs !
Me voilà installée, enfin plus ou moins ( moins que plus d'ailleurs ), mes affaires personnelles toujours entre St Malo et Valparaiso... elles mettront 2 mois à arriver, c'est donc 2 mois de camping qui nous attendent, avec un petit 7° dans la maison , la cordillère, c'est joli mais ça rafraîchit !
Vient alors le moment où il faut que j'occupe mes journées, que j'organise mon quotidien, pas de couches à changer, pas d'enfants à déposer à l'école et cette passion que j'ai depuis toujours : transmettre un savoir, transmettre notre magnifique langue. En France, je le faisais déjà et assurais des cours de soutien en parallèle à mon emploi et là, c'était une évidence pour moi : j'allais faire mon vrai métier !

2- à la conquête de l'apprenant chilien !


Bien, valises déballées, visas, carte d'identité chilienne et permis de conduire en poche ( non sans déboires...), me voici enfin disposée à aller de l'avant et organiser ma future vie.
Mais par où commencer ? À quelles portes aller frapper ? Alors que je ne dispose d'aucun diplôme d'enseignement du français et que la seule chose que je peux mettre en avant est la formation du DAEFLE que je commence à ce moment là et une certaine expérience de l'enseignement en France et une terrible envie d'exercer, en somme rien de très convaincant !
La réponse : du culot ! et beaucoup de patience !
Je commence d'abord par déposer des petits prospectus chez les petits commercants de la ville, dépose des annonces en ligne, fais parler de moi comme je peux... une française vient d'arriver, qu'on se le dise !
Et la magie opère ! Quelques mois après mon arrivée un institut de langues "Tronwell" qui désespérait de trouver un professeur de français me contacte. Je dois préciser qu'autant à Santiago la concurrence est dure, car la plupart des expatriés français y vivent, à Rancagua, 80kms plus au sud, nous ne sommes pas nombreux.
Un bref entretien, une "démonstration" de ma manière d'enseigner, et hop, on m'attribue ma 1ère classe ! Puis une seconde et des cours particuliers.
2 classes, 14 apprenants au total, 2 fois par semaine et 3 en cours particuliers 2 fois par semaine égalament. J'étais ravie !



Se sont ajoutés des apprenants qui avaient vu mes petites annonces, en cours particuliers ou en petits groupes que j'ai formés. Le tour était joué, tout se mettait en place !
Pour parler de rémunération, car ne nous voilons pas la face, c'est un point important, le Tronwell n'est pas très généreux, 8000 CLP (12€) de l'heure, mais je conserve mon poste car je n'oublie pas que grâce à eux j'ai mis le pied à l'étrier !

En cours particuliers, le tarif est de 12.000 CLP (18€), et j'ai mis en place des petits groupes, à qui je propose deux classes par semaine pour un tarif mensuel de 60.000 CLP (90€). Les affaires marchent plutôt bien et j'envisage à la rentrée (ici en Mars), de proposer à une école publique d'un petit village tout proche quelques classes par semaine totalement gratuites. Car l'envers de ce décor merveilleux est l'incroyable inégalité qui existe entre ceux qui gagnent des millions de pesos et ceux qui survivent avec un salaire minimum ici de 200.000 CLP ( 300€).

Pour information, les écoles sont privées et très chères, comptez 200.000 CLP (soit un salaire entier de certains) pour que votre enfant aille dans une école digne de ce nom et si vous ne disposez pas de cet argent (c'est le cas de 50% des chiliens), votre enfant ira dans une école publique, très largement dénigrées et délaissées par l'état. Mais il semblerait que les choses soient sur le point de changer, en tous cas le peuple se mobilise et s'insurge contre une éducation réservée à l'élite.

En attendant ce jour béni des Dieux où tous les enfants auront droit à la même éducation, quelle que soit leur position sociale, je vais tenter d'y contribuer, à mon niveau, en leur offrant la possibilité d'apprendre une langue étrangère, chose jusqu'alors réservée à ceux qui en avaient les moyens...
 
HASTA LA VICTORIA SIEMPRE !


3- Premières classes, Premiers émois !

Alors nous y voilà ! Les premières classes sont programmées et je suis un peu stressée à l'idée de me retrouver en face d'inconnus, mais c'est très heureuse que je me rends à ma 1ère classe, me voilà seule au milieu d'une petite pièce, 7 paires d'yeux braquées sur moi !

Le souvenir de cette première classe restera indélébile et marque, je l'espère, le début d'une longue aventure...
Le contact avec les apprenants chiliens est très facile, ce sont des gens extrêmement gentils !
Lors de notre 1ère classe, la question de savoir pourquoi ils voulaient apprendre le français fût lancée, les réponses furent diverses, certains le "subissaient", envoyés par leur entreprise ou par leurs parents, d'autres par pur amour de la langue de Molière !
Les clichés des français vus par les étrangers y sont tous passés, certains sont assez fondés ! C'est très drôle de voir comment nous sommes perçus et lorsqu'ils me demandent ce que les français pensent des chiliens, je me sens démunie, car il semblerait que nous n'ayons pas d'avis sur la question et qu'hormis Santiago, Pinochet et peut-être Valparaiso (patrimoine de l'humanité !), notre connaissance du Chili est assez restreinte.

L'apprentissage du français est assez aisé pour les hispanophones, les mots sont pour eux "transparents" pour la plupart, les plus grosses difficultés sont quelques sons, le [y] par exemple qu'ils ont tendance à prononcer [u], et on le comprend aisément, presque tous nos e finaux deviennent des [e], c'est mignon !

Aujourd'hui, un an après ma première classe, je pense qu'il règne dans mes classes une ambiance chaleureuse, ceux qui étaient arrivés contraints et forcés viennent désormais avec une réelle envie de progresser, et ils attendent le prochain cours avec impatience, je suis ravie de la tournure qu'ont pris mes cours.

Jadis, mais il n'y a pas si longtemps, le français était présent dans toutes les écoles, et il était enseigné en seconde langue obligatoire, la Chili d'après Pinochet l'a abandonné, et son enseignement avait presque disparu, en tout cas hors Santiago, mais le français a à nouveau la cote, et revient en force et le rêve, autrefois américain, devient français !
 

Régine Viguier.
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