6.7 - "L'agir professoral, entre dilemmes, contraintes et..."

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 " L'agir professoral, entre dilemmes,

contraintes et idéal éducatif "


le lundi 4 mars 2013

Ciep - "les métiers dans le monde" BELC 2013 - Paris

Mle Francine Cirurel,

professeure à l'université Sorbonne nouvelle - Paris 3

SOMMAIRE de la PAGE :

1 - Introduction
 
2 -
L'agir professoral

3 -
Enseigner : un métier mais aussi une façon d'être au monde

4 - Culture éducative  contrainte ou ressource ? 

5 - La typification 

6 - Un idéal professoral ?

7 - Conclusion
 
   


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1 - Introduction.

Cette conférence présente un travail ayant pour but d'explorer l'(les) acte(s) d'enseigner à travers les paroles d'enseignants, obtenues lors d'entretiens d'auto-confrontations.

C'est en se penchant sur ces commentaires de professeurs devant le filmage de leurs cours que l'on découvre un agir professoral traversé de logiques d'action parfois contradictoires, qui font appel quasi simultanément à des principes méthodologiques, à l'histoire personnelle, au projet d'enseignement, à la perception des apprenants.

L'enseignant, au cours de son action au sein de la classe, est placé devant de fréquents dilemmes. Mais s'il semble vain de penser que l'on peut les résoudre, le fait même d'enseigner une langue fasse surgir des dilemmes, place le professeur devant la pluralité des actions à entreprendre et demande à ce qu'il fasse appel à l'esprit d'analyse, au jugement et à la remise en question de ses propres actes.

L'enseignant est pris entre "un penser par soi-même" et les normes d'une culture professionnelle à laquelle il appartient. Lorsque le public est celui d'une classe de langue, sa planification est constamment modifiée et l'oblige à recourir à "l'invention du quotidien" professoral.

Dans les paroles obtenues par auto-confrontations, on décèle également le désir que le discours tenu débouche sur de l'apprentissage.

Ce sont les quelques éléments qui vont nous permettre d'ébaucher ce qui relève de la condition enseignante.



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3 - Enseigner : un métier, mais aussi
une façon d'être au monde

Dans le cadre d'une recherche, l'enseignant est habituellement désigné comme un agent, un acteur. Mais si on prend en compte son expérience, sa manière personnelle et son appartenance à la communauté enseignante, il est alors un "sujet".

La notion de genre professionnel a été développée comme un stock d'actes, de routines, prêts à servir. Ce sont les formes communes qu'on sait, le comment agir dans un milieu professionnel donné, une mémoire impersonnelle et collective qui constituent les contraintes mais aussi les ressources. Celui qui prend la fonction d'enseignant prend également la posture d'enseignant, en étant responsable de l'interaction dans la classe.

Ceci n'est pas personnel, ce qui implique les termes de "rituels", "routine", "mot de passe" connu seulement de ceux qui appartiennent au même horizon social et professionnel.

Enseigner une langue est un métier qui a ses marques. Il existe un savoir enseignant, avec un terrain commun, fait de codes communs.

L'agir professoral regroupe des caractéristiques communes :
1 - L'action d'enseigner est une action planifiée, qui cherche à avoir un effet sur l'assistance. L'enseignant poursuit un but.
2 - L'action dans la classe est l'actualisation d'un projet qui est préparé avant l'entrée en classe et ne se termine pas à la fin du cours.
3 - L'action avec ses contraintes rencontre des obstacles de multiple nature. Cette notion de résistence et d'obstacle est très importante.
4 - L'action comporte une part d'incertitude. Après un cours, les enseignants émettent toujours en eux-même une auto-évaluation (Il se dit en lui-même : "ça a marché aujourd'hui" ou au contraire "ça a foiré").
5 - L'action comporte une exposition corporelle. Dans la façon de faire des gestes, des mimiques, d'être regardé, c'est une image de soi qui est donnée, quoiqu'il fasse, qu'il en ait conscience ou pas (normalement, il n'en a d'ailleurs pas conscience).


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5 - Notion de typification

Alfred Schütz, philosophe autrichien des sciences sociales, porteur d'une approche phénoménologique, a développé entre autre la notion de typifications selon laquelle le monde social est constitué d’acquis, dont l’intégration est implicite dans les actions et les intentionnalités pratiques. Dans son quotidien, l’individu acclimaté à une culture, intègre un ensemble de savoirs et savoirs-faire qui aura le caractère "d’allant de soi" (taken for granted), ces savoirs et savoirs-faire étant pris pour acquis – jusqu’à ce qu’il y ait altérité.

Dans la plupart des cas, notre comportement ne relève pas de décisions conscientes, car nous avons des réserves, une sorte de typification, action typique que l'on connait en raison d'une expérience antérieure. C'est en vertu de son expérience de routine acquise que l'Enseignant est capable d'agir.

Ex du corpus Ginabat : l'enseignant explicite elle-même son comportement en fonction de sa connaissance antérieure, en se référant à la culture éducative de son public.


La personne, le "soi-enseignant" intervient de façon plus ou moins importante dans le fait d'enseigner une langue, outil de communication par excellence, sujet à la subjectivité, avec une implication plus ou moins grande et un style personnel que l'enseignant suit pour réaliser le genre auquel il appartient.

Extrait : utiliser son corps et sa voix comme vecteur de transmission.

Le professeur ayant des étudiants chinois de niveaux hétérogènes utilise la voix de façon stratégique, afin de les interesser. Elle théâtralise et exagère sa manière d'être pour enseigner. Sont dès lors captées, au titres d'actions didactiques, des traits personnels dans l'agir professoral. La personnalité, la nature devient un matériel pédagogique.


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7 - Conclusion

Être enseignant, c'est un métier,
mais aussi une façon d'être au monde.

Être enseignant,
- c'est faire parti d'une communauté professorale. Tous les professeurs ont des questions communes.
- mais derrière chaque enseignant, il y a une personne qui assure un rôle d'individualité qui la rend différente de sa collègue. La méthode ne suffit pas à écraser la personnalité de l'enseignant
- la situation, les circonstances, les occasions dans lesquelles l'enseignant construit l'action le révèlent.
- La "pensée enseignante". Les savoirs pratiques souvent cachés et livrés par le recueil de paroles de professeurs, conduit à penser qu'il vaut mieux connaitre ce langage. Dans l'enseignement, tout n'est pas une question de savoirs. Le professeur véhicule aussi un savoir-faire non détaché de la personne qui l'énonce.
- Il faut développer dans la pensée reflexive et choisir dans un ensemble de possibles celui qui parait le plus pertinent
- Ce qui caractérise une expression artistique, c'est que celle-ci est évaluée par le public. L'action professorale est également évaluée par le public présent, mais aussi et surtout par l'auto-évaluation qui est beaucoup plus douloureuse, avec une recherche de rationalité. Les profs s'enfoncent souvent eux-mêmes, ils ont tendance à se dévaloriser.

Actuellement, des travaux sont effectués au niveau du Ciep, afin de mettre en place un dispositif d'évaluation des compétences professionnelles, en tenant tout particulièrement compte de cet aspect.

Notons qu'une participante en salle à insisté sur le fait qu'en Allemagne et en Suède notamment, il y a une animation participative en classe de langue beaucoup plus importante. Pour elle, l'auto-évaluation des prof est une obsession française, une normalisation éducative mettant le professeur  au centre, alors que dans les pays du nord, c'est le groupe qui est chargé de s'auto-animer.

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2 - l'agir professoral

L'agir professoral est définit comme un ensemble d'actions verbales et non verbales, préconçues ou non, que met en place un professeur pour transmettre et communiquer des savoirs ou un "pouvoir-savoir" à un public donné dans un contexte donné. L'agir comporte aussi les intentions, les motifs et les stratégies mises en place. Il ne se limite pas à ce qui se passe dans l'ici et maintenant de la classe, car il est aussi un projet, une projection et une prise en compte du passé et du futur.

Pour agir, un enseignants s'appuie sur le répertoire didactique, c'est à dire un ensemble de ressources diversifiées - modèles, savoirs, situations - pour faire son cours. Ce répertoire se constitue au fil des rencontres avec divers modèles didactiques (un professeur que l'on a connu, par exemple), par la formation académique et pédagogique, par l'expérience d'enseignement qui elle-même modifie le répertoire. Lorsqu'il s'agit de l'apprentissage d'une langue, c'est le répertoire verbal tout entier qui peut constituer une des ressources didactiques.

Les paroles de l'enseignant, qui est pris entre "un penser par lui-même" et une "culture professorale" à laquelle il appartient, c'est à dire qui se trouve dans un va et vient permanent entre ces deux pôles contradictoires, est un terrain très riche, permettant de saisir toute la complexité de l'agir professoral.



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4 - Culture éducative contrainte ou ressource ?

C'est au cours d'entretiens d'auto-évaluation que l'on demande aux professeurs de commenter spontanémment ce qui s'est passé dans leur classe et ce qui a été filmé.

Ceci permet d'avoir un accès à la perception qu'a le professeur de sa propre action. L'observation de l'interaction en classe n'est que la partie visble d'un film. Le discours du professeur est la partie cachée de l'action qui est ainsi révélée. Ce sont des données provoquées, de l'oral spontanné.

Ex de Valérie qui enseigne à des apprenants d'origine chinoise qui viennent travailler en France comme caissières mais qui ne sont pas pour autant socialisées. ( Corpus Corny - Souci de l'enseignant - http://www.interactions-didactiques.org/ )

Le souci de cette enseignante est "de revenir au cours et d'avancer", c'est à dire, au "genre dicté" malgré son désir d'écouter ses apprenants. Elle est obligée de renoncer à l'écoute. La conscience d'être professeur de fle et d'avoir un cours à faire l'oblige de reprendre une séquence didactique normale. elle ressent comme un danger, une menace didactique, que son cours devienne un "salon de thé".
Il peut donc y avoir conflit entre les valeurs d'un métier et un désir de communiquer et donc de n'approcher l'autre que par les représentations que l'on se fait de ce métier.

Quand on enseigne, on doit prendre des décisions dans l'urgence.

" agir dans l'urgence, décider dans l'incertitude"

L'agir professoral ne se réalise pas de la même manière selon les contextes nationaux et institutionnels, mais aussi selon le répertoire didactique sur lequel on s'appuie pour faire cours et qui contient aussi l'enseignement qu'on a reçu soi-même.


Les traits de la culture éducationnelle comportent pour l'oral en occident

- les tours de parole

- comment on s'adresse au professuer

- les normes relationnelles

- la posture corporelle et vestimentaire

- la place de l'interaction.



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6 - Un idéal professoral ?

Dans le dispositif d'autoconfrontation, la personne est confrontée à son image dans la réalisation de son métier. Des explications spontanées sur la posture , la gestuelle, la postion du corps interviennent fréquemment dans les commentaires, avec une verbalisation qui montre que la singularité des pratiques n'est pas effacée par l'agir professoral.


Car peut-on enseigner sans une représentation de ce que l'on considère comme étant ce qui "devrait être fait", sorte d'idéal au nom de quoi on enseigne ?

Ces convictions ne sont pas forcément conscientes, mais les verbalisations provoquées par le filmages les révèlent. Il existe bien une maxime professorale. Le professeur voit ce qu'il fait et puis cela devient une maxime générale. Tout le problème consiste à trouver comment déméler ce qui ressort du genre professionnel de la prise en compte des besoins des apprenants et des autres.


Le dilemme.


Selon un philosophe Danois, l'homme (et le professeur) a un double aspect:

- l'esthète, celui qui vit dans l'immédiat et ses contraintes

- l'individu qui se libère et dont l'avenir est "le possible". Mais les possibles sont multiples et source d'angoisse existentielle

Le professeur a des dilemmes à résoudre, il est constamment placé dans des alternatives et est poussé à faire des choix dans des situations didactiques variées.

Toute action didactique consiste à transmettre et faire recevoir. Dans cet agir, apparait le germe de la liberté, mais aussi une inquiétude en raison de dilemme et contraintes.

Quels moyens pour résoudre ces dilemmes ?

Le professeur doit pouvoir disposer d'arguments de typification pour les résoudre. Les futurs enseignants, ou ceux qui sont en formation, devraient être placés devant différents scénarii, car il y a plusieurs solutions et décisions possibles. Il faut donc ainsi permettre d'augmenter le champ des possibles, ainsi que la créativité.




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