6.6 - "Pensez entre les langues" H Wismann 25/02/13

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 " Pensez entre les langues "

Ciep - "les métiers dans le monde" BELC 2013 - Paris

par Heinz Wismann - Philosophe et philologue

   

Lundi 25 février 2013, conférence d'accueil

SOMMAIRE de la PAGE :

1 - La linguistique comparée  de 1797 à ...
 
2 -
Connaitre sa propre langue : langues de service, langues
      de culture


3 -
Les langues de service  sont utiles

4 - Les langues de culture   sédimentent leur histoire  

5 - S'en aller 
pour mieux percevoir le bonheur du retour  

6 - Conclusion
 
   


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Mr Heinz Wismann occupe une place singulière dans l'histoire intellectuelle française des ces trente dernières années. Allemand né à Berlin en 1935, il vit depuis le début des années 1960 en France. Directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS), il a crée et dirigé pendant 20 ans la collection Passages aux éditions du Cerf.
Il a fait découvrir au public français tout un pan de la tradition philosophique allemande, avec une prédilection pour l'herméneutique et la postérité du criticisme kantien. Philoso^he et philologue, il s'est également consacré à l'étude de la pensée antique et on lui doit des travaux importants sur Héraclite, Democrite et Epicure dont il a renouvelé la lecture et la compréhension, en collaborant avec l'lhelleniste Jean Bollack.
Il vient de publier chez Albien Michel "pensez entre les langues" qui doit prochainement recevoir le prix de l'essai européen, au même titre qu'Edgar Morin ou Claudio Magris.


"Quand on doit présenter un ami, on est toujours dans le dilemne,

c'est à dire lui tresser des lauriers en accompte,

avant même qu'il les ait mérités"


Spécialiste du gué-savoir, passant d'une langue à l'autre, il vit le passage, pense les frontières pour vous les faire passer ensemble et les sublimer.


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1 - La linguistique comparée de 1797 à ...

L'idée selon laquelle chaque langue ouvre une fenêtre sur un monde commun en déployant une forme qui lui est propre, est une idée récente, mais qui surgit dans le contexte français post- révolutionnaire.

C'est en 1796 qu' Emmanuel Kant publie son "projet de paix perpétuelle" en allemand. Kant est le premier grand philosophe à avoir publié en allemand. À l'époque, la "traduction-relai" était une pratique naturelle. Afin qu'une langue étrangère soit "purifiée" de toutes ses floritures et devienne compréhensible, il fallait qu'elle soit traduite, soit en français, soit en latin. Et ce fut le cas :

 

" Nous remercions notre jeune savant d'avoir nettoyé le texte de kant
de toute la scolastique, le rendant désormais lisible"

 

Lisible, sans doute, mais ne correspondant en rien au texte initial et ne reflétant plus du tout ce que Kant disait.

C'est dans ces conditions que nait la linguistique comparée, avec pour but de reconnaître ce qu'il y a de particulier dans chaque langue, y compris les mimiques, la gestuelle, jusqu'au pratiques vestimentaire qui lui sont attachées. C'est avec Wilhelm von Humboldt et Friedrich Schleiermacher que les réflexions sur le rôle et la pratique de la traduction engagent philosophes et philologues à collaborer plus étroitement et à montrer la manière dont la traduction participe à l'histoire de l'ouvrage, à sa résonnance. Traduire sans trahir, "sans donner sa propre couleur à tout ce que l'on traduit ", selon les mots de Madame de Staël, tel était le nouvel objectif.

Madame de Staël, répudiée par Napoléon, se réfugie en allemagne avec le projet d'interroger la création littéraire allemande et d'isoler les ressorts de cette créativité, afin d'en faire profiter la littérature française de l'époque qu'elle estimait décadente.
Elle voyait les allemands comme des représentants d'une culture jeune, vigoureuse, susceptible d'apporter une force qui faisait défaut en France.

Alors qu'elle était à un diner chez Goethe, elle note que lorsque les allemands commencent à parler, il n'est plus possible de les interrompre avant la fin.

" Ah que je regrette le gazouilli de mon salon,

où tout le monde parle en même temps."

Pour elle, la sociabilité consistait à pouvoir poursuivre la phrase commencée par un autre. Ce qui est facile en français, car on commence par dire de quoi on parle et ce n'est qu'après qu'on dit ce qu'il faut dire !
C'est l'inverse en allemand. Ce qu'il y a de moins important vient avant et ce qui compte et donne le sens ne vient qu'à la fin. Il faut donc écouter et laisser finir jusqu'au bout !

Madame de Staël parlant de Friedrich Schiller, poète allemand présent à la même soirée le dépeint comme un "homme extrêmement entreprenant", le disant "presque amoureux". Et Schiller d'écrire: " j'ai rencontré cette femme dont on parle tant, agitée et extravagante et qui a la manie de m'empêcher de finir les phrases. J'ai donc dû lui tenir les mains pour la prier de me laisser les terminer "


Ce qui fait dire que :


L'allemand est une langue monologique qui fait tendre au silence.



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4 - Les langues de culture sédimentent leur histoire

Ferdinand Braudel est un historien français qui a introduit dans l'histoire la notion de "longue durée". L'histoire sédimente. De même, les langues de culture ont sédimenté toute leur histoire.


il est indispensable pour individualiser et apprendre une langue de culture de se plonger dans le passé de la langue et ne pas se contenter de son utilisation superficielle, comme le fond de nombreux manuels actuels. La connivence étant rattaché au côté connotatif exclusivement, elle ne peut plus se construire si cet aspect n'est pas pris en compte.

Pour cela, il faut que les individus aient préalablement une représentation dans leur propre langue. D'où l'importance que les apprenants maîtrisent préalablement la LV1.

Savoir écouter le "sens" et non les "mots".



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5 - S'en aller pour mieux percevoir le bonheur du retour

L'apprentissage d'une autre langue boulverse une identité en créant une situation de mobilisation. Cela impose un voyage, un départ. Mais le bonheur du retour n'en est que décuplé.

S'en aller puis revenir,
c'est avoir le privilège d'entrer dans le "périple de l'Odyssée".


C'est ainsi qu'était expliqué la parti pris de l'enseignement des langues anciennes. Le vrai intérêt de l'élève est d'être arraché aux réalités de son environnement habituel en créant une petite douleur, pour un bien infiniment plus riche.


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2 - Connaitre sa propre langue maternelle
pour pouvoir en apprendre une autre

Madame de Staël prônait le brassage des cultures
"de manière à ce que les façons des uns et des autres s'estompent."


C'est un discours qui a beaucoup de succès aujourd'hui, dans la mesure où l'anglais international perd de sa spécificité originale. La langue utilisée dans dans les congrès est le "SINGLAIS", de l'anglais indonésien. "It's not english!", ont coutume de dire les britaniques !

Deux notions sont à retenir et à bien distinguer:

- la connotation = communication (sens second)

- la dénotation = information         (sens premier)

L'usage dénotatif engendre des langues techniques, de terminologie scientifique. Chaque mot a un sens précis immuable, donné dans le dictionnaire. Le sujet n'apparait pas dans la réduction langagière. Il est illusoire de se faire reconnaître (voire de tenter de se faire reconnaître) dans une langue qui impose une réduction drastique. il s'agit d'une "langue de service".

Pour être attractive, une langue ne peut pas être que "de service", mais elle doit aussi être une "langue de culture".


L'usage connotatif des langues implique

une prise en compte de ses aspects historiques.


Les langues de culture renaissent en permanence de leur profondeur historique. Il ne faut pas s'aligner sur des "manières de dire" qui ne sont pas les nôtres. Il parait incontestable que le dialogue ait lieu dans l'interculturel mais pour accéder à une langue de culture qui n'est pas la nôtre, il faut déjà avoir la maitrise de sa propre langue. il faut donc initier les enfants à leur langue maternelle, afin de s'habituer à un certain standard de communication, avec une véritable richesse expressive.


Il faut donc inviter "les voisins"

à déjà s'occuper de leur propre langue (British Council)

Nous sommes dépendants de la capacité de ceux qui veulent apprendre une langue à déjà connaitre leur propre langue



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3 - Les langues de service sont utiles

On a intérêt à enseigner " les langues mortes ".

Elles vivent dans la grammaticalisation des langues en Europe. Ceci a été favorisé par le fait qu'il s'agissait de métalangues qu'on ne parlait pas, ce qui libérait de la contrainte que nous connaissons bien de nos jours, de "parler tout de suite".

Il faut réffléchir sur la manière par laquelle les langues de service, qui sont utiles, se greffent dans "les langues de culture". Les langues techniques par exemple, car le débat ne peut être mené que dans la langue de communication.

Babel : "la pluralité des langues est une punition de dieu". Cette assertion exprime l'espoir de retouver la langue commune perdue du paradis (Mais cette langue commune, c'est comme l'Espéranto, une langue figée, qui n'évolue pas selon les besoins du locuteur qui souhaite exprimer quelque chose de personnel).

Pencôte : Les apôtres parlent "en langue", c'est à dire les leurs, celles de leurs origines multiples. Par leurs langues maternelles, de communication, ils s'expriment dans la subjectivité et se comprennent malgré tout, comme par miracle.

De la même façon, de l'anglais de service (Singlais) renaissent des langues de culture (Inde), comme par miracle, différentes de la langue de service, avec des caractéristiques historiques.


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6 - Conclusion

1 - Il ne faut pas tout réduire à l'utilité immédiate, car ce n'est
     pas ça qui entretien la flamme.

2- une langue réduite peut être utile, mais n'attire pas.
    Elle manque de charme.

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