6.2 - Cultures d'enseignement/cultures d'apprentissage

" Diversités culturelles et

enseignement du França!s dans le monde "

   

par   Emmanuelle Carette,

              Enseignant-chercheur à l'Université de Lorraine

(anciennement dénomée Université Nancy 2)


Vendredi 18 janvier 2013,

École communautaire du Fle -ATTICA (Paris)

SOMMAIRE de la PAGE :

1- Présentation de la recherche CECA : La question
 
2-
Réflexions méthodologiques : Représentativité ? Objectivité ? Accès aux contextes locaux ? Est-ce extrapolable ?
 
3-
Conclusion


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1- Présentation de la recherche

La question de recherche était rédigée comme suit :

« Derrière les discours « didactiquement corrects », qu’en est-il des modalités locales, collectives et individuelles, d’appropriation du FLE/FLS en milieu institutionnel ? Quels sont les traits constants de ces courants, à l’intérieur des cultures (et pas seulement un portrait des représentations et des comportements) ? »

En d'autres termes, la didactique est et doit être connue par tous et en tout lieu. C'est une idée qui va de soi. Mais en pratique, n'y a-t-il pas une résistance avec le maintien d'habitudes (représentations et comportements) d'origine culturelles ?

Près de 140 enseignants-chercheurs universitaires, dans 20 pays, se sont engagés en 2007, dans le projet de recherche mondial CECA (Cultures d’enseignement / Cultures d’apprentissage). À la demande de la FIPF (Fédération internationale des professeurs de français), l’équipe Crapel de l’ATILF (CNRS/Université de Lorraine) et l’AUF (Agence universitaire de la francophonie) ont mis à disposition du projet des moyens scientifiques, techniques et financiers.


La méthodologie de recherche a consisté à dresser une véritable ethnologie de la classe de langue sur des critères communs à tous les pays avec des analyses à plusieurs niveaux à l'aide de vidéos et de comptes rendus par des équipes de nationalités différentes. Elle s’est appuyée sur deux principes fondamentaux :

- Privilégier le recueil des données et l’observation par rapport aux discours officiels

- Les regards croisés : il s’agissait de confier la première interprétation des résultats à ceux qui connaissent le contexte local puis la soumettre à des regards croisés, c'est-à-dire que la première interprétation de l’équipe locale devait être soumise au regard d’une autre équipe avant de revenir une dernière fois à l’équipe locale.




 


 





 

 

 

 








- Dans chaque pays A, des Salles de classes ont été sélectonnées (3 par pays) observées et filmée  sur 6 séances par une équipe.
- Une équipe de ce même pays A donne une première analyse de cette classe ("Regard EXPLICATIF autochtone").
- Dans un second temps, une équipe de pays B reçoit un enregistrement de la classe du pays A et porte aussi un regard ("Regard INTERPRÉTATIF"). Seules les vidéos des deux dernières séances ont été utilisées.
- Ce deuxième rapport est envoyé à l'équipe du pays A.

Il va bien-sûr y avoir une réaction de l'équipe du pays A avec un élargissement des points de vue par un retour sur elles même en raison de ces échanges. Ce sont les explications contextuelles que fournissent les équipes, liées à des situations culturelles, qui sont particulièrement intéressantes à étudier.


Au total, des équipes de vingt pays ont participé à la recherche : Argentine, Brésil, Bulgarie, Burkina Faso, Burundi, Canada, Espagne, France, Gabon, Indonésie, Kazakhstan, Liban, Maroc, Mexique, Ouganda Roumanie, Russie, Tunisie Ukraine, Vietnam.

 

Le projet CECA a déjà donné lieu à de nombreuses communications dans des colloques et à des articles dans plusieurs revues scientifiques et à un colloque final tenu à   El Jadida.




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Protocole CECA.png

2- Réflexions méthodologiques

- Les équipes de chercheurs entraient dans les classes, mais, à partir du moment où un caméra fime, elle ne filme que de façon tronquée, sans rendre compte du contexte et des interactions, avec un plan unique (cas de l'Argentine) ou, à contrario, lorsqu'il y a deux caméras, avec un montage et donc également une manipulation des images. Par ailleurs, en cas de gros plans, le reste de la classe n'est plus visible. D'où l'importance de prise de notes et de comptes rendus d'observation de classe et pas seulement des vidéos. Par ailleurs, la présence d'une caméra en elle même modifie les comportements.

- Discours explicatifs autochtones : Ce sont des rapports écrits en réponse au protocole de façon à recueillir des données qui étaient souhaitées objectives. En réalité, Les chercheurs du groupe de pilotage du protocole se sont rendus compte qu'elles étaient fortement teintées de subjectivité. Ceci à cependant permis une analyse de second niveau en isolant les représentations des chercheurs du pays considéré sur eux-mêmes, avec des postures de recherche très différentes.

- Le deuxième type de discours traduit le regard universitaire sur ce qui se passe dans la classe mais hors contexte. Il y a eu parfois des regard très critiques et dans ce cas, ce qui est interessant d'analyser, ce sont les points qui ont été critiqués. Derrière "ce qui est dit" ou "ce qui n'est pas dit", peuvent être dégagées des caractéristiques culturelles. L'objectif était de faire naitre des discours permettant de révéler les façons de penser fort différentes.

- les discours de réaction, écrits par une équipe suite à ce qu'une autre équipe a dit au sujet du contexte et du déroulé de la classe dans son pays ont été essentiellement de deux types: 1°) "avocat général" pour accuser telle ou telle prise de position 2°) ou surprise pouvant parfois amener à une prise de conscience, une modification des modalités d'analyse et une remise en question.




Représentativité de ces résultats ?      NON

- Il est impossible de pouvoir extrapoler à l'échelle d'un pays tout entier des obsevations de seulement 3 classes, dans un moment donné avec des critères de sélection qui se voulaient être communs et si possibles objectifs mais qui dans les faits ont  montré une très grande disparité.
- Il n'y a pas non plus eu d'observateurs suffisamment différents pour pouvoir dire si tel ou tel observateur aurait expliqué certains faits de façon différente ou pas.
- La demande critériée initiale n'a-t-elle pas elle-même orientée les 'interprétations" qui en ont été faites, les observateurs ou chercheurs voulant trouver absolument des réponses là où il n'y en avait pas ?


Objectivité ?      NON

- Il est clair que les auteurs des textes ont voulu donner une "illusion d'objectivité" de leurs discours, soit par des descriptions précises, des données chiffrées, des transcriptions étendues ...
- L'analyse a montré qu'il n'y avait pas d'objectivité mais des élément très intéressants par le croisement des données.

Accès aux contextes éducatifs ?    OUI


La confrontation entre les groupes de chercheurs étranger et leurs collègues locaux est l'élément qui a été le plus intéressant car c'est dans les échanges qu'apparaissent alors des particularismes culturels, dans le "ce que l'on remarque" ou au contraire, "ce que l'on ne remarque pas", car considéré comme normal. L'accès au contexte se fait donc par les échanges produits entre des étrangers et pas tant dans l'observation simple. Ce sont "les commentaires sur ce que l'ont voit", plus que ce q'ont y voit vraiment, qui sont importants, ainsi que les étonnements qui sont générés.


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3- Conclusion : Mieux comprendre les contextes locaux !

La question de recherche était de mettre en évidence si derrière un discours consensuel ne se cache pas une certaine résistance et toute la difficulté de cette étude a résidé dans le fait qu'il existe un regard souvent impérialiste voire colonialiste de la part de ceux qui observent les classes des pays émergents depuis l'occident.

Cette etude s'est donc appuyée sur des équipes de différents pays avec des analyses croisées pour chaque pays entre une équipe du même pays et une équipe étrangère.

L'analyse des resultats a porté essentiellement sur ce qui avait été observé par chacune des deux équipes, non pas tant pour leur valeur d'observation en elle même mais en s'appuyant sur les "détails" relevés... ou pas. Ce sont les discours croisés et leurs effets en réaction qui ont été les plus révélateurs.

Il faut noter que cette étude a été sujette également à de fortes contraintes de temporelles et budgétaires.


Une monographie de l'équipe canadienne est parue en septembre. Des publications des équipes mexicaine, espagnole et vietnamienne sont prévues également, bref, une multitude d'exploitation sont encore possibles et devraient voir le jour tellement les données sont nombreuses et peuvent nous révéler de choses ...

Enfin, les recherches menées sont vraiment intéressantes pour qui veut étudier et comprendre les conditions dans lesquelles agissent enseignants et apprenants, dans un pays ou une région donnée. C'est vraiment le regard croisé des équipes qui révèle réellement les valeurs qui seraient restées implicites sans confrontation au regard de l'autre, pour les acteurs de la salle de classe, comme pour les chercheurs qui les observent... du fait, un conseil donné lors de cette journée est non seulement d'aller observer un cours, mais aussi de se faire observer lors d'un cours donné par un collègue local, afin de pouvoir en discuter avec lui ou elle et de mettre à jour par ce regard croisé, les différences et les ressemblances d'enseignement de nos pays respectifs...afin de mieux comprendre le contexte local et de mettre un peu de côté nos belles théories, qui ne sont pas forcément universelles comme nous le disions plus haut.


On peut trouver un article sur ce thème dans la revue "le français dans le monde" numéro 382 de juillet-août 2012. Des textes sont également en consultation libre sur www.ceca.auf.org




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