1-    Les Bosniaques à Villefranche-de-R. (17 et 18 septembre 1943)

 

Les troupes qui s’installent à Villefranche-de-Rouergue, à partir d’août 1943, ont été, dès leur arrivée et longtemps après qualifiées de « croates ». En réalité, elles étaient, bosniaques et donc musulmanes dans leur majorité. Elles constituaient le Pionnier-Bataillon 13 de la 13ie division S.S. Handschar (et non Prince Eugène comme indiqué parfois)). Après la   révolte du 17 septembre et la répression féroce qui s’en suivit, elles furent envoyées vers la Silésie. L’origine et l’histoire de cette division S.S. bosniaque sont décrites avec précision par Fr. de Lannoy, dans Magazine 39-45 (septembre 1997).

 

·         Evénements vus par les  autorités françaises (A.D. dos 324 w 20-21)


*17 septembre- C.P. des RGx au préfet

(…) Cette nuit et ce matin, des bagarres se sont produites dans les cantonnements des troupes d’opérations stationnées à Villefranche de Rouergue. Des croates (sic) se seraient enfuis ce matin et auraient été poursuivis par les officiers et sous-officiers qui les encadrent. Quelques soldats seraient grièvement blessés.

Des perquisitions sont effectuées au domicile de quelques habitants, par les autorités allemandes. Ces incidents paraissent graves. (…)

*18 septembre- Inspecteur à C.P. des RG x

J’ai l’honneur de vous rendre compte d’un incident grave, ressemblant à une mutinerie, survenu parmi les troupes d’opérations stationnées à Villefranche. Environ 700 militaires des troupes d’opérations sont cantonnées dans les écoles à Villefranche. Ils seraient d’origine croate, mais encadrés par des sous-officiers allemands S.S. Parmi les officiers, il y aurait également des Allemands et des Croates. Ces officiers logeaient à l’Hôtel Moderne, situé sur la promenade Guiraudet.

Des renseignements recueillis, il résulte que le 17 courant, vers 4heures du matin, les officiers croates se seraient présentés, révolver au poing, à l’hôtel moderne, chez leurs camarades allemands, et les auraient amenés au cantonnement du collège où devait se trouver le poste de commandement. On ne sait pas ce qu’ils sont devenus. Un remue-ménage a été constaté dans ce cantonnement, et des coups de feu ont été tirés. Leur forfait accompli, les officiers croates seraient revenus à l’Hôtel moderne piller les chambres des officiers allemands.

Durant cette opération, l’alerte aurait été donnée et plusieurs S.S. armés de mitraillettes seraient accourus à l’Hôtel Moderne, et une chasse à l’homme aurait commencé. Vers huit heures, des coups de mitraillettes et de fusils ont été tirés des fenêtres de l’hôtel sur la promenade Guiraudet et place de la République, où 2 soldats en casque ont été abattus. On aurait entendu également des coups de feu tiré dans le secteur du cimetière sans autre précision. Vers 10 h. un sous-lieutenant médecin allemand porteur d’une mitraillette, se présentait à m. le Maire de Villefranche pour lui annoncer qu’il était seul officier, et qu’il prenait le commandement des troupes en attendant l’arrivée des renforts demandés à Rodez et lui ordonnait d’interdire toute circulation en ville jusqu’à nouvel ordre. Cette interdiction de circulation n’a pu être diffusée.

Dès l’arrivée des premiers renforts, vers 14 h. la circulation était redevenue normale sauf par endroits, où des patrouilles allemandes interdisaient tout passage. D’autres troupes de renfort sont arrivées par camion vers 19 heures.

Dans la journée d’hier, la population a manifesté une certaine effervescence, mais à ma connaissance, elle n’a pas eu à souffrir. Il n’a été signalé ni personnes blessées ni dégât. Toutefois, les autorités allemandes accuseraient la population flottante d’avoir facilité des évasions. Par mesure de précaution et à titre exceptionnel pour le 17 courant, MM. le sous-préfet et le maire ont ordonné la fermeture des établissements et lieux publics à 21 heures, dernier délai.

Dans la nuit du 17 au18, les gendarmes ont été désarmés et gardés à vue à la caserne. Ils ont été remis en liberté le 18 septembre vers midi. M. Fontange maire de Villefranche a été arrêté dans la nuit et relâché au courant de la même matinée. Des excuses lui ont été faites par les autorités allemandes. Plusieurs personnes auraient été arrêtées dans la ville même, mais aucun renseignement précis n’a pu être obtenu à ce sujet.

La loi martiale a été décrétée à Villefranche par l’autorité allemande. Le couvre-feu a été ordonné  et aura lieu de 21 heures à 6 heures du matin.

 

*18 septembre,  le sous-préfet au préfet

            J’ai l’honneur de vous rendre compte des graves événements suivants.

            Dans la nuit du 16 au17 courant, il semble qu’une mutinerie se soit produite parmi les troupes croates stationnées à Villefranche. Autant que l’on puisse savoir (car il n’est évidemment pas question de demander des explications aux autorités allemandes mêmes), cette mutinerie aurait été déclenchée par des officiers croates aidés d’un certain nombre de leurs hommes. La réaction, conduite par des S.S. a commencé rapidement et s’est manifestée à la population par une véritable chasse à l’homme dans les rues de la ville. Au cours de cette poursuite qui a duré jusqu’à 11 heures environ, près de 200 coups de feu ont été tirés, tant par fusils que par mitraillettes ; une grenade même a été utilisée (5 officiers et on ne sait combien d’hommes auraient été abattus).

Jusque-là, malgré la gêne et le danger que ces opérations présentaient pour la population, on ne pouvait qu’accepte. Mais dans le courant de l’après-midi, du 17, les autorités allemandes ont pris des mesures qui sont en formelle contradiction avec les accords intervenus en haut-lieu et relatifs à la liberté dont doivent  jouir les autorités françaises et aux rapports que la police allemande doit entretenir avec la police française.

Voici les faits dans toute leur sécheresse :

1°- La ville a été bloquée, en ce sens qu’on n’autorisait ni entrée ni sorties, les routes étant gardées ;

2°- Les Allemands ont fait certains contrôles d’identité dans la rue et a procédé, pour défaut de cartes, à quelques arrestations qui ont été maintenues environ deux heures ;

3°- Les gendarmes et agents de police français ont été empêchés d’exercer leur mission, malgré le port de l’uniforme.

4°- Tous les cafés ont été contraints de fermer.

5°- La gérante de l’Hôtel Moderne, où étaient logés les officiers croates, Mme Escande et son concubin, m. Sauvage, ont été arrêtés.

6°- Après cette arrestation, le gérant du restaurant Moderne, a dû accompagner des militaires allemands pour visiter les chambres de l’hôtel et a été maltraité sous prétexte qu’il ne se dépêchait pas assez. (sic)

7°- L’autobus rentrant le soir, à 20 h.45 de Gaillac, a été empêché de pénétrer en ville et ses occupants (40 environ) ont du coucher sur la route à 2 km en amont de la périphérie de la ville.

8°- Vers 20 heures, la gendarmerie de Villefranche a été encerclée, les gendarmes contraints de descendre sur la place, alignés contre le mur et maintenus en respect par des mitraillettes. Une  patrouille allemande alla à la recherche du capitaine qui se trouvait chez moi. Elle pénétra dans mes appartements et mon bureau, baïonnettes aux canons et mitraillettes au poing et, malgré des tentatives laborieuses d’explications, emmena le capitaine Olagnon à la gendarmerie où tout le personnel français fut consigné.

9°- Peu après, j’étais avisé que M. Fontanges, maire de Villefranche, avait été également conduit à la gendarmerie sans escorte.

10°- Pendant la nuit du 17 au 18, des patrouilles allemandes sillonnèrent la ville soit à pied, soit en camion, interdisant toute circulation.

            Malgré des tentatives répétées, il ne m’a pas été possible, pas plus qu’à aucune autre autorité française, d’entrer en contact avec le ou les officiers allemandes responsables. Je vais de nouveau m’y efforcer ce matin, pour élever les protestations qui s’imposent afin que cesse cet état d’exception que rien ne semble justifier. Les autorités allemandes soupçonneraient la population d’avoir favorisé certains actes de rébellion. Aucune preuve ne nous a été apportée jusqu’à présent.

Il va sans dire qu’une profonde émotion s’est emparée de la vile et que les troupes croates vont jouir, sinon d’une certaine sympathie, au moins d’une certaine pitié qui contribuera à renforcer le sentiment germanophobe. On peut craindre que, dans l’avenir, les relations franco-allemandes de Villefranche ne se trouvent envenimées par ces faits. Si, d’autre part, ces troupes croates sont considérées comme disciplinaires, ne pourrait-on obtenir qu’elles fussent cantonnées ailleurs que dans une ville ?

Je ne manquerai pas de vous tenir informé de toute évolution de la situation.

Le sous-préfet, CHAROLLAIS

 

·         Affiche instaurant la Loi martiale, 18 septembre


A LA POPULATION DE VILLEFRANCHE

En raison des événements qui viennent de se dérouler dans cette ville, je suis nommé commandant de place à Villefranche.

J’ORDONNE CE QUI SUIT :

1-Villefranche est placé sous le régime de la loi martiale.

2-De 21 heures à 6 heures, toute circulation est interdite aux civils dans les rues et sur les places publiques. Toute personne qui sera trouvée au-dehors, sans y être autorisée, durant ce temps, sera arrêtée et punie. Les médecins, les sages-femmes, les employés des services publics (chemins de fer, usine à gaz, électricité, service des eaux, etc…) recevront un laisser -passer d’après l’attestation donnée par le Maire.

3-Celui qui sera trouvé en possession d’armes sera mis à mort.

4-J’exige la remise immédiate de toutes les armes, le 18-9-43 jusqu’à 20 heures ; les armes seront remises à la Kommandantur.

5-On devra se conformer sans délai aux injonctions de tous les postes et de toutes les patrouilles.

6-Tous les habitants de Villefranche qui n’y sont pas domiciliés doivent le 18-9-43, dernier délai 18 heures, se faire inscrire sur la liste des étrangers au commissariat de police. Les étrangers qui ne seront pas fait inscrire dans le délai fixé seront arrêtés.

7-La KOMMANDANTUR se trouve située à l’Ecole Primaire Supérieure de jeunes filles.

            Français, je fais appel à votre sentiment de l’honneur et je compte que vous ne vous laisserez pas influencer par les éléments étrangers à votre peuple, tels que les juifs ou les agents anglais ! Cette valetaille ne veut que votre perte !

Villefranche, le 18-9-1943              

HANKE, commandant de place

·      

  Inhumation des officiers tués,  20 septembre à Rodez

Le commissaire principal à M. le préfet,

(…) « L’inhumation des officiers tués a eu lieu hier 20 septembre courant à 15 heures. Une haie de soldats allemands avait été formée à partir de la caserne où les corps avaient été déposés jusqu’au cimetière sur tout le trajet suivi par le cortège.

Une musique militaire allemande était à la tête du cortège, les corps des cinq officiers décédés étaient transportés chacun sur un camion et derrière eux le deuil était représenté par de nombreux officiers allemands.

Un incident s’est produit sur le parcours. Alors que le convoi funèbre passait devant la foule, un ecclésiastique fit volte-face, tournant le dos au convoi. Un officier de S.S. appréhenda ce prêtre et le conduisit au bureau de la Kommandantur. Le nom de ce prêtre ainsi que la suite qui a été donnée à cette arrestation nous sont inconnue. »

[Le lendemain, le CP communique un nouveau rapport et donne des précisions.]

(…) J’ai l’honneur de vous faire connaître que l’ecclésiastique arrêté pour avoir tourné le dos au cortège se nomme M. Gineste.

Relâché presque aussitôt après son arrestation, ce prêtre a été conduit à l’évêché de Rodez où toutes observations nécessaires lui ont été faites par ses supérieurs.

 

·         Narration par F. de Lannoy       ( Revue Magazine 39-45 , septembre 1997)

 

 

 

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Narration de Fr. de Lannoy

2-    Les Azéri  de  Rodez (16  et 17 août 1944)

 

La situation au sein des troupes stationnées à Rodez semble, en effet, connaitre quelques turbulences. Elles sont composées de nombreux Azéri et quelques Arméniens issus de l’U.R.S.S. Dès la fin 1943, trois sous-officiers sont condamnés à mort et exécutés sur le champ de tir de Saint-Radegonde le 31 janvier 1944 et enterrés derrière la butte.  Quel est-il cet officier russe, exécuté fin 1943,  selon R. Fournier, qui aurait été livré par une  Française, Mme Cazagnadou, côtoyant les occupants ?

Un autre  F. Ogli Bayram de Bakou, est fusillé à son tour le 13 juin 44. Depuis plusieurs mois, la Résistance avait établi des contacts, hasardeux et difficiles, avec des éléments dont certains étaient prêts, semblait-il, à se révolter. L’initiative en revenait aux groupes Veny.

 

a-      Révolte avortée des Vlassov   (d’après R. Fournier, Terre de Combat)  

 

 

·         Motivation politique


« Nous, anciens soldats et officiers de l’Armée rouge, après des souffrances inouïes qui nous furent infligées par les canailles fascistes, fûmes enrôlés de force dans la fameuse légion. Dès le premier jour, nous commençâmes notre travail pour la formation d’une organisation antifasciste. Malgré la perte de nos meilleurs organisateurs, malgré la répression sans nom que nous avons subie, notre travail antifasciste se poursuivait : passages organisés du côté de l’armée rouge, et, après notre envoi dans l’Ouest, passage aux Partisans français, Yougoslaves, Polonais ou Italiens. »

Signé : Kourbanov, Veleiev, Koulaiev, Iakoubov, Hanahamador.

            

·         Action des groupes Veny  : Note du 9 juillet 1944 (citée par R. Fournier)

 

« (…) A Rodez, nous trouvons des compagnies de la Légion Azerbaïdjan dont les éléments sont sûrs en majeure partie et sont tout prêts à faire leur jonction avec nous. Ils ne veulent s’assurer que d’une chose, c’est qu’ils ont été vraiment pressentis par la Résistance officielle française et nous demandent par les moyens indiqués plus bas, de le leur prouver. Leurs chefs, anciens officiers de l’armée rouge, dont certains ont une culture universitaire, les organisent intérieurement en groupes actifs, conscients de leurs tâches, qui au moment voulu entraîneront le reste de la garnison.

Ce travail est très dangereux, d’abord du fait de la surveillance exercée par les Allemands, et ensuite parce que ces derniers ont su s’assurer de certains de leurs membres mécontents du régime ou tout simplement achetés.

1° La première tâche des conspirateurs est donc de se débarrasser de ces traîtres ; pour ceci, des moyens matériels (argent, armes de petits calibres, etc) leur sont nécessaires, et leur ont été en partie fournis. Il faut continuer dans ce sens, tout en exerçant un certain contrôle sur leurs actions.

2° Il peut arriver que certains membres travaillant pour nous soient découverts ou vendus par leurs camarades (…) Nous leur avons promis dans ce cas de les prendre individuellement. Pour ceci, il faut que nous ayons une maison située à proximité de Rodez ou dans la ville même, connus des chefs de la « Vlassov » où ils pourront chercher refuge en cas de danger, prendre des vêtements civils et trouver un agent à nous qui le dirige sur le lieu de repli que nous aurons désigné. (…) Un interprète nous est indispensable pour ce travail. Nous n’avons encore pas pu trouver à Rodez un Russe conscient de son travail et possédant les qualités requises. Nous vous demandons de faire l’impossible pour le trouver, sinon, il peut vous être envoyé un de nos agents du Tarn, dont les frais de séjour et de travail, qui ne sont pas minimes, doivent être couverts par la Résistance e l’Aveyron.

3° Il a été décidé que la révolte des troupes Vlassov aura lieu simultanément dans toute la Région. Ils doivent, soit faire des prisonniers, soit tuer les cadres allemands et passer de notre côté avec armes et bagages. (…) Rodez m’a demandé de prendre un ou deux de leurs hommes avec nous, qui pourront s’assurer de visu de la réalité de la résistance et le faire savoir à leurs camarades. Ces hommes resteront, bien entendu, avec nous et ne rentreront plus dans leur corps. (…)

 

 

·         Quelques repères :


            Un membre de Veny prit contact avec le capitaine Mamedor Morzaham et Mamedor Goussein Rza. La révolte était prévue le 17 août à 1 h. du matin. Le polonais Grégoire Roumaniuk sert d’intermédiaire (interprète et agent de liaison). Seraient également informés le commandnat de gendarmerie Morizot  et un chef de division de la préfecture (Il pourrait s’agir de Malaterre).  Mais Romaniuk est arrêté le 14 août par la gestapo ; il sera fusillé à Ste-Radegonde le 17. La mutinerie est connue, la trahison est manifeste.

Le 16 août vers 21h. 22h. certains  responsables sont arrêtés. Ces douze hommes sont condamnés à mort par un tribunal militaire et doivent être immédiatement fusillés au cimetière. En cours de route, ils se jettent sur leurs gardes, 5 sont tués, les autres s’enfuient parfois blessés.

Dans la journée du 17, de nombreux cadres non allemands de la Légion azérie sont arrêtés ; une soixantaine d’exécutions s’en suivirent. Dans son Histoire de la Résistance, H. Noguères reprend la narration de R. Fournier (Terres de combat, p. 239)

Contrairement à Richard, (témoignage suivant), R. Fournier  responsable départemental considère que l’action des FTPF de Rodez, trop peu nombreux, n’eut aucun rôle déterminant dans les contacts avec les Azéri. « (…) Malheureusement, si l’organisation du Front National était puissance à Rodez depuis 1942 (initialement l’œuvre d’Arthur Giovoni, alors professeur au lycée Foch), celle des Francs-tireurs et Partisans Français (FTPF) demeurait faible : un groupe légal de huit hommes, armés seulement, avec les frères Calpéna. Les FTPF pensèrent ne pouvoir entreprendre à Rodez, du moins dans l’immédiat, une action de grande envergure… »

 

b-Témoignage écrit de Richard (Chef départemental FFI)


 « (…) Quelques temps auparavant, il y eut la révolte des Azéris. Les Azerbaidjanais avaient eu les premiers contacts avec les FTP puisque communistes à la base mais en un moment, ils ont voulu savoir qui était le chef de la Résistance. Et Clément de Brauwer, qui était un agent de liaison remarquable, m’a dit un jour que j’avais rendez-vous avec les Azerbaidjanais dans un bistrot où il y avait deux salles communiquant par une grande ouverture en ogive. Je m’étais mis dans un angle, ce qui était une erreur, car les trois hommes (deux officiers de l’Armée rouge et un officier du KGB) étaient devant moi. Il y avait deux sorties : la sortie officielle devant le bar et la sortie arrière sur le côté. Dans le bar mon agent de liaison assurait le contrôle.

J’ai donc discuté avec eux et donné mes instructions. A un moment, mon agent de liaison m’a dit « Richard, la patrouille ». A ce moment, les trois hommes sont partis par la porte arrière à toute vitesse. Mais je n’ai pas pu sortir car, en partant, j’aurais bousculé la table et fait du bruit, pour sortir de mon trou. Je me suis collé contre le mur en essayant d’être le plus mince possible. La patrouille est entrée dans le bistrot. L’officier s’est avancé, il a regardé et a vu qu’il n’y avait personne dans la salle arrière (s’il avait fait un mètre de plus, il m’aurait trouvé) et donc il est parti, et moi aussi !

Je pense qu’il y a eu une indiscrétion chez les Azéris. Un Azéri a sans doute dit aux Allemands qu’il se passait quelque chose, et d’ailleurs en sortant du bistrot alors que la nuit était arrivée, je suis tombé sur un Allemand qui m’a mis sa mitraillette sur le ventre et m’a demandé qui j’étais. Heureusement j’avais des papiers, qui prétendaient que j’étais collecteur de peaux de chamois et de lapins et j’avais des listes de localités où acheter des peaux de lapin. Il ne comprenait rien du tout, il m’a libéré et j’ai rejoint mon copain l’agent de liaison chez qui j’ai dormi.

Donc les Azerbaidjanais se sont révoltés dans leur caserne ; il y a eu des coups de feu tant et plus. Et les Allemands ont gagné, fait prisonniers un certain nombre d’Azerbaidjanais et ont décidé de les fusiller. Mais ils ne les ont pas attachés. Ils étaient donc dans un camion et un Azéri a demandé à l’Allemand qui les surveillait de lui donner une dernière cigarette. L’Allemand a posé sa mitraillette pour la lui donner, et bien sûr, tous les Azéris se sont évadés sauf certains qui ont été tués par les Allemands du peloton qui étaient là. Parmi les évadés, il y avait un homme que j’avais connu lors du rendez-vous à Rodez, qui m’a raconté cela lorsqu’il est revenu à Rodez et que j’ai vu à cette occasion. » (…)

(La Résistance telle que l’a vécue… B.H. Bonnafous alias Richard)  

           

C - Narration des événements par le capitaine  Staub

(A.D. dos 324 w 539)


Les Allemands exerçaient une surveillance active sur le moral de cette troupe, se servant d’Allemands connaissant le russe et même l’azerbeidjan, mais surtout de quelques indicateurs azerbeidjans. En automne 1943, ils découvraient des menées pro-russes de trois sous-officiers dont un médecin auxiliaire. Traduits devant le Tribunal militaire spécial de la division, ils furent condamnés à mort et après confirmation du jugement par le général Fromm, fusillés le 31 janvier 1944 à la butte de Sainte-Radegonde et enterrés derrière la butte.

Un nommé Fuka Ogli Bayram de Bakou continuait une propagande bolchéviste parmi ses camarades. A la suite de la découverte de ses deux carnets de notes, il fut traduit devant le Tribunal militaire, condamné à mort et fusillé le 13 juin 1944 dans la cour de la caserne Burloup. Il a été enterré sans cercueil au cimetière de Rodez. Deux autres condamnés à mort se trouvaient encore en juin à la prison de Rodez, les nommés Aslano et Abdoullah condamnés pour viol, crime commis dans la région de Périgueux, mais ces derniers furent graciés.

Sur ordre du commandant Richard, qui était renseigné sur l’état d’esprit des Azerbeigjans, des agents du maquis se mirent en juin 1944 en rapports avec quelques sous-officiers azerbaidjans et y trouvaient un terrain favorable. Un soulèvement était prévu, le massacre des cadres allemands pendant qu’en même temps les formations du maquis devaient attaquer Rodez. Pour plusieurs raisons l’exécution de ce plan fut différée à plusieurs reprises, des indiscrétions commises. Le 16 août 1944, le commandant du Bataillon, le Hauptmann Lieb fut mis au courant par un sous-officier azerbaidjan. Sa réaction fut rapide, dans la nuit du 16 au 17, soixante officiers et sous-officiers azerbaidjans furent arrêtés et la troupe désarmée par les cadres allemands. Une cour martiale[1] fut constituée dans la matinée, composée de deux officiers dont le lieutenant Hastreiter et d’un sous-officier qui siégeant de 13 à 19 heures, prononçait 19 condamnations à mort, celles de 5 officiers et de 14 sous-officiers, tous azerbaidjans. Ces jugements furent confirmés par le Oberst Steuber du Verbindungsstab de Rodez et devenaient ainsi exécutoires.

L’Oberleutnant Emshäuser de la 4e compagnie fut chargé de l’exécution et accompagné de cadres allemands partait vers 21 heures dans la direction du champ de tir de Sainte-Radegonde. Dans l’avenue du cimetière, trois officiers ayant pu se détacher, sautaient du camion, deux furent abattus, un dans l’avenue du cimetière même, un autre dans le jardin d’une maison de l’avenue du cimetière, un troisième quoique blessé à la cuisse mais profitant de l’obscurité, a pu se sauver. Trouvé le lendemain près d’Agen d’Aveyron, il fut amené à l’hôpital de Rodez où il fut soigné.  Vu cet incident, l’Oberleutenant Emshäuser décidait de rebrousser chemin, rentrait à la caserne Burloup où l’exécution des onze autres eut lieu. Le lendemain  matin, on les retrouvait, après le départ des Allemands, dans les tranchées abris sous les pins entourant le mat du drapeau.

 



[1] Selon R. Fournier : Lt Hans Streiter, les  adjudants Sessler, et Dollofer, lt Hartmann interprète. Deux jugements différents : le 16, août douze condamnations (12 évadés)  puis le lendemain 17, beaucoup plus. 60 exécutions mais fuite d’un certain nombre encore. Les diverses narrations présentent des différences factuelles notoires.

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