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~ 18 au 22 Août 1944  ~

Environs de Millau – D911 – D529

 

En ce mois d’août 1944, les paysans du Lévezou se consacrent aux battages alors que le maquis redouble d’activité contraignant l’occupant à se cantonner dans les villes et à ne sortir qu’en grosses formations.

Le 18 août après-midi, un groupe du Maquis est posté sur la RN111 face à la ferme de « La Tacherie » avec pour mission d’attaquer une colonne ennemie venant de Rodez. Ce groupe est surpris par un détachement allemand venant de Millau et se portant en renfort de la grosse colonne accrochée au-dessus du « Bois du Four ». Les maquisards doivent replier, un groupe se dégage à la grenade et perd deux hommes, tandis qu’une partie de l’unité se replie par la route de St.Beauzely. Le reste du groupe se dérobe, passant près de la ferme de Boussayrets où se trouve en activité la batteuse de Juliaguet. Les pertes subies par l’ennemi lors de cet accrochage n’ont jamais été connues. Le battage est interrompu et suivant les incitations des maquisards, une partie du personnel s’enfuit dans les bois, vers la vallée de la Muse ; les autres travailleurs entrent à l’intérieur de la ferme.

Peu de temps après, un avion à croix gammée passe en rase-mottes. Deux heures s’écoulent sans autre incident.

Les personnes employées à la batteuse se sont regroupées pour reprendre le travail qui se terminera à la nuit, permettant ainsi le départ de la machine pour la ferme d’Argol où le dépiquage aura lieu le lendemain chez Gaubert.

Contrairement à ce que l’on pouvait penser, les allemands ne sont pas tous partis, mais se sont repliés vers St.Germain pour la nuit.

Au matin du 19 août une unité ennemie revient de St.Germain vers le lieu d’accrochage de la veille, semblant attendre la venue d’un autre convoi. Vers 8-9 heures du matin, un groupe assez important d’allemands, investit « La Tacherie », perquisitionnant dans tous les bâtiments d’exploitation, l’habitation et fouillant les abords ; le personnel est tenu sous la menace des armes.

A ce moment là une auto contenant 4 maquisards (dont ALDOZA) accompagnés par Monsieur SEE (Alsacien réfugié « aux Châtaigniers, commune de St-Beauzély) monte la côte venant de St. Beauzély ; arrivés à 200 mètres sous « La Tacherie », les allemands ouvrent le feu sur le véhicule, alors que des arbres abritent encore partiellement la voiture. Les maquisards sortent sans dommage du véhicule et se dispersent dans la nature, tandis que M. SEE, parlant couramment allemand, interpelle les soldats qui, surpris, arrêtent la fusillade et l’emmènent vers la ferme. Avec un bel aplomb, Monsieur SEE réussit à faire admettre aux allemands que, parti en quête de provisions, il a été embarqué de  force par des éléments anarchistes espagnols et persuade l’officier que le personnel du domaine est étranger aux agissements du maquis et qu’il serait injuste de les prendre comme otages. Monsieur See est relâché après avoir sauvé le personnel de « la Tacherie » et la ferme de la destruction.

Une vingtaine de soldats se dirige vers « La Devèze », encercle la ferme et perquisitionne. Deux millavois, MM. SAUVAT et CALMES, venus chercher des provisions, présentent leurs papiers et ne sont pas inquiétés ; ils s’en vont, mais seront peu après appréhendés sur la route et abattus sans autre forme.

Le fils du propriétaire, Gabriel VAYSSIERE, est brutalement emmené par les allemands pour vérification d’identité. Le groupe se dirige vers Boussayrets, et, en chemin, tire un coup de feu sur Monsieur GAYRAUD, facteur à St. Beauzely. Ce paisible préposé qui heureusement n’est pas atteint, se laisse tomber à terre et ne bouge plus ; les soldats vont jusqu’à lui, l’obligent à se relever et, après avoir vérifié son identité, lui font des excuses. Les allemands continuant leur chemin, cernent la  ferme de Boussayrets, explorent les bâtiments, demandent aux hommes leurs cartes d’identité et se retirent sans autre incident.

Sortant de Boussayrets,  les soldats peuvent voir de l’autre côté du ravin la ferme Argol ainsi que les ouvriers qui travaillent à la batteuse ; ces derniers ne savent pas, dans un premier temps, quel est ce groupe insolite qui les observe. Les allemands tirent en direction  de la batteuse. Le dépiquage est interrompu et 5 ouvriers s’enfuient vers des haies et des chemins creux sous le feu des allemands. Les 8 autres travailleurs restent sur le lieu de dépiquage n’ayant rien à se reprocher.

Une partie des allemands surveille les opérations, depuis Boussayrets tandis que le reste du groupe cerne progressivement l’aire de battage où sont restés les 8 paysans. Que se passe-t-il à ce moment-là ? Nous ne le sauront certainement jamais. Certains travailleurs n’ont pas de pièces d’identité sur eux, d’autres en sont munis. Les allemands emmènent les paysans, ainsi que le fils Vayssière,  bien encadrés, vers la route D.911 En une demi-heure le groupe atteint la bordure de la route en passant par les pins.

A peine les Français sont-ils arrivés en bordure de la route, qu’ils sont sauvagement abattus par une double rafale n’ayant que le temps de pousser un grand cri.

Les victimes de cette tuerie sont :

- Gabriel VAYSSIERE                        33 ans              - Albert  SEVIGNE- Laglène         19 ans

- Louis GRATIA – Millau                     51 ans             - Raymond GAYRAUD                   16 ans

- Emile CAPRAS  - Eslane                23 ans             - Germain BLANC – Causits          23 ans

- Louis GINESTY – St.Laurent du V.                        - 1 inconnu

- Albert GREGOIRE – Viala              15 ans

Le dernier travaillait depuis quelques jours sur la batteuse, allant de ferme en ferme et personne n’a pu révéler son identité.

Au moment de cet odieux massacre, M. et Mme. Grégoire sont occupés à charger des gerbes à environ 1 kilomètre de là. Entendant la fusillade, ils devinèrent l’affreuse tragédie. Mme. Grégoire, au mépris du danger, s’approche des allemands afin de connaître la raison de cette fusillade. Le chef des soldats lui déclare : « Ce n’est pas nous qui les avons tués, partez madame ». Et à quelques dizaines de mètres seulement du corps de son fils, la pauvre femme doit s’en retourner.

Quelques minutes après ce drame, une auto, occupée par 4 maquisards, arrive par la route de St.Léons et s’engage dans la descente qui se termine au chemin d’Argols. La voiture, cible facile, est prise sous le feu des allemands. Deux partisans sont mortellement frappés, un troisième est blessé mais réussit à se dégager et à parvenir au hameau de Causits d’où il est transporté à St.Laurent du Lévezou . Le quatrième occupant de la voiture se dérobe dans un bosquet de pins et, déchargeant son arme, réussit à blesser un ennemi ; bien que poursuivi au-delà de la ferme du Viala, il parvient à s’échapper.

Les soldats, avant  de se replier sur St.Germain et Millau, mettent le feu à la baraque des Pins que M. et Mme. LAUR exploitent, mais ils ont prudemment vidé les lieux durant la matinée emmenant la majeure partie de leur cheptel.

Au cours de l’après-midi dans un paysage silencieux et une atmosphère angoissante, les familles des victimes vont récupérer les corps de leurs martyrs. Tous criblés de balles.

La journée du 20 août va s’écouler dans l’anxiété. Dans la matinée, une fusillade sera entendue à hauteur d’Azinières, provenant de l’arrière garde de la colonne allemande qui se replie, et sera vers midi à Millau. Dans l’après-midi, le maquis Roland, venu de l’Aubrac, passe par St. Beauzély et établit son cantonnement à Azinières durant 2 jours avant de faire son entrée dans Millau le 22 août 1944.

Le dimanche 20 août a eu lieu à St.Beauzély, l’inhumation de M.JULIEN de Creissels, abattu par les allemands le 18, en même temps que son patron, M. JULIAGUET (fermier au Baraquet commune de Vezins).

Le lendemain 21 août ont lieu les cérémonies funèbres des 2 maquisards tués le 19 sur la route de St.Léons. Quelques heures après arrive le convoi funèbre amenant de La Devèze, les corps de Gabriel VAYSSIERE, Louis GRATIA, Emile CAPRAS auxquels la municipalité joint la dépouille de l’inconnu de la batteuse et celle d’un habitant de Millau.

Le maquis Roland rend les honneurs.

Ce 21 août voit également les obsèques de Louis GINESTY à St.Laurent du Lévezou et le soir même celles d’Albert GREGOIRE, Albert SEVIGNE, Raymond GAYRAUD et Germain BLANC à St.Léons.

Le 22 août, St.Léons voit encore les convois funèbres de Daniel SIGAUD, tué accidentellement par une grenade, et d’un jeune réfugié de Toulon pris par les allemands à la ferme d’Ayladières, torturé puis fusillé.

 

L’annonce de la Libération de Millau, ce 22 août 1944, provoque au cœur de tous un profond soulagement, mais cette joie est tempérée par le souvenir des deuils qui viennent de frapper la population des environs.

 

           Récit de Monsieur Henri LACOMBE d’Aguessac.

 

 

«  FRANÇAIS SOUVIENS TOI »

 

 

 

Le monument des Pins de Vinhac sur le Lévezou, à la sortie de Millau sur la D111, rend hommage aux treize fusillés.

 

 

 

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Evénements des 16 et 17 août à Rodez

(rapport  du cap. Staub, A.D. dos 324 w 539)

 

Les Allemands exerçaient une surveillance active sur le moral de cette troupe, se servant d’Allemands connaissant le russe et même l’azerbeidjan, mais surtout de quelques indicateurs azerbeidjans. En automne 1943, ils découvraient des menées pro-russes de trois sous-officiers dont un médecin auxiliaire. Traduits devant le Tribunal militaire spécial de la division, ils furent condamnés à mort et après confirmation du jugement par le général Fromm, fusillés le 31 janvier 1944 à la butte de Sainte-Radegonde et enterrés derrière la butte.

Un nommé Fuka Ogli Bayram de Bakou continuait une propagande bolchéviste parmi ses camarades. A la suite de la découverte de ses deux carnets de notes, il fut traduit devant le Tribunal militaire, condamné à mort et fusillé le 13 juin 1944 dans la cour de la caserne Burloup. Il a été enterré sans cercueil au cimetière de Rodez. Deux autres condamnés à mort se trouvaient encore en juin à la prison de Rodez, les nommés Aslano et Abdoullah condamnés pour viol, crime commis dans la région de Périgueux, mais ces derniers furent graciés.

Sur ordre du commandant Richard, qui était renseigné sur l’état d’esprit des Azerbeigjans, des agents du maquis se mirent en juin 1944 en rapports avec quelques sous-officiers azerbaidjans et y trouvaient un terrain favorable. Un soulèvement était prévu, le massacre des cadres allemands pendant qu’en même temps les formations du maquis devaient attaquer Rodez. Pour plusieurs raisons l’exécution de ce plan fut différée à plusieurs reprises, des indiscrétions commises. Le 16 août 1944, le commandant du Bataillon, le Hauptmann Lieb fut mis au courant par un sous-officier azerbaidjan. Sa réaction fut rapide, dans la nuit du 16 au 17, soixante officiers et sous-officiers azerbaidjans furent arrêtés et la troupe désarmée par les cadres allemands. Une cour martiale fut constituée dans la matinée, composée de deux officiers dont le lieutenant Hastreiter et d’un sous-officier qui siégeant de 13 à 19 heures, prononçait 19 condamnations à mort, celles de 5 officiers et de 14 sous-officiers, tous azerbaidjans. Ces jugements furent confirmés par le Oberst Steuber du Verbindungsstab de Rodez et devenaient ainsi exécutoires.

L’Oberleutnant Emshäuser de la 4e compagnie fur chargé de l’exécution et accompagné de cadres allemands partait vers 21 heures dans la direction du champ de tir de Sainte-Radegonde. Dans l’avenue du cimetière, trois officiers ayant pu se détacher, sautaient du camion, deux furent abattus, un dans l’avenue du cimetière même, un autre dans le jardin d’une maison de l’avenue du cimetière, un troisième quoique blessé à la cuisse mais profitant de l’obscurité, a pu se sauver. Trouvé le lendemain près d’Agen d’Aveyron, il fut amené à l’hôpital de Rodez où il fut soigné.  Vu cet incident, l’Oberleutenant Emshäuser décidait de rebrousser chemin, rentrait à la caserne Burloup où l’exécution des onze autres eut lieu. Le lendemain  matin, on les retrouvait, après le départ des Allemands, dans les tranchées abris sous les pins entourant le mat du drapeau.


Départ et fin de la colonne de Rodez

(Rapport du capitaine Staub, 27/28 octobre 1944      A.D. dos 324 W 539)

(…) La colonne de Rodez composée de la légion et de la colonne motorisée de l’armée de l’Air ainsi que du Verbindungsstab quittait Rodez sous le commandement de l’Oberst Steuber le 18 août 1944 à partir de cinq heures, le gros de la colonne motorisée en tête, le reste en arrière-garde, au milieu la Légion à pied avec ses véhicules hippomobiles, elle s’étendait sur une longueur de 5 kilomètres. Prenant la direction de Millau par Luc-Primaube, il fut déjà attaquée (sic) à quatre kilomètres de Rodez et ces attaques continuaient tout le long de la route. L’intention était de rallier Montpellier pour se joindre à la colonne allemande de cette ville et gagner avec celle-ci la vallée du Rhône. Arrivée à une dizaine de kms devant Montpellier, elle apprenait le départ de cette garnison, Montpellier fut évité et la direction  Est fut prise immédiatement, par Alès, Aubenas, de plus en plus attaqué. Dès Millau, la colonne s’augmentait de la garnison de cette ville, services d’Intendance, et encore en cours de route de deux autres colonnes, une compagnie d’Allemands, l’autre d’Arméniens.

Une attaque par huit avions américains à 17 kms avant Alès causait de grandes pertes en hommes et surtout en chevaux. La destruction d’un pont à environ 15 kms après Aubenas, en direction de Rivas nécessitait l’abandon de tous les véhicules et toute la colonne continuait à pied.

A noter qu’immédiatement après Montpellier, la colonne motorisée de l’Armée de l’Air accompagnée de la Gestapo quittait le gros de la colonne. Ce détachement de l’Armée de l’Air n’avait du reste pas un meilleur sort que la colonne même puisque ses camions ont été trouvés semés tout le long de la route ;  seul son chef, abandonnant ses hommes pour se sauver avec la Gestapo,  a été vu, prétend-on, avec la Gestapo à Orange.

Le 30 août 1944 dans une route encaissée, une attaque des maquis a été particulièrement violente et dispersait tout ce qui restait de la colonne. 300 à 400 azerbaïdjans avaient déjà disparus en cours de route. Dans al soirée un certain regroupement fut de nouveau possible, mais le lendemain, 31 août 1944, l’apparition de 2 à 3 chars et de 3 à 4 automitrailleuses américaines appuyées par des forces importantes du maquis précipitait le dénouement dans un vallon près de Brunes dans l’Ardèche. Le colonel Steuber et le commandant Reisener, tous les deux du Verbindungsstab de Rodez agitaient le drapeau blanc et se rendaient.

Le mot du colonel était « eine angehme Gefangenschaft soll mir auch gefallen »(une captivité agréable n’est pas faite pour me déplaire.

Il ne devait pas en être ainsi, car vu les pillages commis et les incendies allumés en cours de route, sans doute aussi de nouvelles atrocités commises en cours de route, les F.F.I. de l’Ardèche  fusillaient le 3 septembre 1944 à Vals-les-Bains, l’Oberst Steuber, le major Deisener et le Hauptmann Lieb ainsi que 60 Azerbaïdjans et Arméniens et vengeaient ainsi nos trente massacrés de Sainte-Radegonde.

Les trois interrogés prétendent évidemment ne rien savoir des atrocités commises en cours de route, prétextant surtout la longueur de la colonne qui les empêchait de connaître ce qui se passait en avant et en arrière d’eux. Le leutnant Hastreiter a bien vu les morts de Viarouge, mais prétend que plus de la moitié portant la tenue kaki, ils ont également vu flamber des fermes, mais ne connaissent pas les auteurs de ces incendies.

Ils regrettent vivement, en insistant sur leur bonne tenue pendant tout leur séjour à Rodez que par suite du massacre des trente par la Gestapo, crime qu’ils voudraient qu’on ne mette pas à la charge de l’armée, avoir maintenant laissé une si triste renommée à Rodez. Eux et l’armée craignaient la Gestapo autant que notre population et ce crime aurait été vivement désavoué par tous les Allemands.

En quittant Rodez, Hastreiter prétend n’avoir rien connu de la situation réelle de l’armée allemande en France ; ce ne serait qu’en cours de route qu’ils auraient écouté la radio de Londres. Il critique vivement le commandement de l’armée d’avoir dispersé en France des petites unités pour les abandonner ensuite à leur sort. Il critique également le commandement de ne pas avoir reconnu comme combattant les soit-disants « terroristes » qu’on aurait célébré en Allemagne comme des « Freiheitakämpfar » (combattants pour la liberté) en 1919  alors même que la guerre était terminée.  (…)

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