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LA DIFFICILE ASCENSION DES KARATEKAS

La première fois ...
Le 1er jour, c’est la plaine avec au loin, les montagnes, tout d’abord petites et colorées, ressemblant aux monts d’Auvergne, en arrière plan, pointent les Pyrénées, les Alpes se profilent loin derrière, apparemment inaccessibles ...
En bas, c’est la vallée blanche du Dojo, on y découvre un nouvel environnement, on ne sait plus où donner de la tête tellement c’est riche et on a beaucoup à apprendre. On avance à petits pas, on met du temps, selon que l’on est plus ou moins attentif au paysage ....
Après quelques mois, ça y est ! On commence l’escalade vers le mont Jaune, c’est un chemin relativement facile d’accès, balisé par des techniques de base. Lorsque l’on atteint ce premier promontoire, on se dit que le chemin sera long, semé d’embûches ... Mais pour certains, c’est déjà une première victoire ...
Un soir, après une année d’efforts, on a le plaisir de découvrir un coucher de soleil, la couleur orange domine le jaune .... On a eu quelques difficultés à y assister, on a trébuché pour en arriver là. En effet, il a fallu grimper à nouveau et éviter les obstacles, tels la routine et le manque de confiance en soi. Mais en final, quel spectacle ! On se dit que l’on a franchi une étape de plus et derrière ce ciel orangé on voit se profiler la verte prairie d’altitude, encore lointaine. Il va falloir grimper encore ...
Après 12 mois de marche forcée, on a pris des coups, on a mal partout, on a des courbatures, on se demande parfois ce que l’on fait là ... Mais on a acquis également de la souplesse, on marche mieux vers la prairie verte ... Et puis, un jour, on l'atteint ! On va se reposer un peu et se remettre en question car c’est l’endroit où l’on se demande si l’on va continuer cette marche vers les hauts sommets ... Mais le vert, c’est aussi la couleur de l’espoir, alors on continue ...
Quelques mois plus tard, on a repris notre progression à travers la prairie verte, sous la grisaille parfois et tout à coup, le ciel s’éclaircit et devient bleu ... Le moral est bien meilleur car la montée de la prairie verte au sommet où le ciel est bleu a été pénible, avec des chemins très escarpés qu’il a fallu franchir par des techniques de plus en plus compliquées. On souffle un peu car on sait que les choses sérieuses vont commencer ... Dans notre esprit, les sommets marron des Pyrénées sont de plus en plus présents...

Les choses sérieuses vont commencer ...

Le ciel bleu laisse apparaître les Pyrénées aux sommets de couleur sombre. Le chemin est encore long pour y accéder. On hésite souvent, le sentier devient très abrupt, avec un niveau supérieur dans les techniques rencontrées ici et là ... Le paysage s’assombrit, on se pose des questions, pourquoi ? Comment ? On se bat contre soi-même, j’y vais, j’y vais pas ? Il faut gérer ses angoisses ... Chaque enjambée est importante désormais et le retour à la base, impossible ... A ce stade, on ne peut plus reculer ... Le crépuscule couleur marron nous enveloppe, avec l’angoisse de l’échec ...
Le noir, c’est la nuit avec ses rêves et ses cauchemars .... L’accumulation des expériences, toute cette ascension de plusieurs années faites de souffrances, de sueur, d’interrogations, pour atteindre ce fameux sommet des Pyrénées de couleur noire, on y est finalement arrivé avec plus ou moins de succès, des échecs aussi, quand on se sent incompris de ceux qui nous jugent au bout du chemin ... Et un jour, on devient Sampai ... Pour certains, c'est un combat gagné contre soi-même.

Le repos des guerriers ...
Là, on décide de se reposer une petite année, histoire de bien digérer notre escalade et profiter de notre satisfaction d’avoir atteint le but, en se disant que la vie est belle. On se sent un peu plus respecté des autres, mais c’est une illusion car le respect, dans le paysage du karaté, existe à tous les niveaux.
On aide alors les plus jeunes à grimper, ils ont encore un long chemin à parcourir. Nous essayons d’être des exemples pour eux, en toute modestie. Nous n'oublions pas qu'ils sont notre miroir.
Et puis, quelques deux années plus tard, on a des fourmis dans les jambes .... On s’était pourtant juré de ne plus grimper ! On a tellement eu du mal ! Le paysage nous semble immuable mais on a envie de voir autre chose ... Et l’idée, doucement, fait son chemin dans la tête : si on reprenait la route pour les Alpes lointaines, aux sommets noirs teintés de blanc ?
Dans cette longue ascension on est heureusement aidé par ceux qui sont devenus presque des amis à force de partager tant de moments ensemble ! Ils sont là pour nous encourager, nous expliquer. Le Sensei, plus fort que tous les autres, nous guide et pousse à nous surpasser. De temps à autre, lui, cet autre homme sage qui nous a ouvert la voie vers ce chemin, souvent aidé par son épouse qui nous réconfortait, revient de sa lointaine Yougoslavie (là-bas aussi, l’escalade est difficile) ; il nous fait comprendre inlassablement que la route est pénible mais que si on marche doucement, en prenant son temps, en calant sa respiration et en peinant également, on y arrivera ... Chacun de nous pourra alors s’il le désire, s’arrêter enfin sur les sommets noirs et blancs, au 2ème, au 3ème Dan ou plus .... Ils ne nous en voudront pas car seront fiers de nous.

CHRISTINE


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