2 ROCHERS FOOTBALL CLUB
 
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François BLAQUART (DTN) : "Je suis choqué quand je vois des clubs de CFA
ne pas aligner un seul joueur issu du club"

Avec un système de pratique organisé essentiellement sur les compétitions, les clubs ont fini par s'éloigner de leur mission originelle. C'est en partant de ce constat que le DTN, François Blaquart, a fait de le "modélisation du club" un axe central de sa politique. Et si, grâce à nos clubs amateurs, le football redevenait un sport éducatif ? Comme beaucoup de vrais éducateurs, le DTN en a marre de la culture du résultat à tout prix.
 
 

Parmi toutes les actions que vous menez en tant que DTN, il y en a une qui s'inscrit en fil rouge de votre projet, c'est celle de la "modélisation du club". Expliquez-nous.
Ce travail est animé par deux questions fondamentales : quelle offre de pratique pour tous les footballeurs et footballeuses en fonction de leurs aspirations ? Et à travers quel cursus ? Le pratiquant doit trouver dans le club à la fois ce qu'il recherche et ce dont il a besoin.
 
Ce n'est pas le cas aujourd'hui ?
On sait qu'environ 70% de la population des joueurs et joueuses ont une approche "loisir" du football. Ils veulent d'abord éprouver du plaisir dans leur activité, que ce soit à l'entraînement ou en match. Or, aujourd'hui, est-ce que notre organisation de pratique répond à cette demande ? Cette organisation, qui a 20 ou 30 ans, repose essentiellement sur un système descendant de compétition pure hiérarchisée !
 
Et que représentent les 30% restant ?
Il existe globalement quatre types d'aspiration. Derrière la pratique loisir, "libre", il y a la pratique compétitive. Jouer au football pour faire de la compétition. C'est ce que le système actuel fait à peu près de mieux. Ensuite, il y a ce que j'appelle le haut niveau amateur, avec des joueurs prêts à s'entraîner davantage et à faire des sacrifices pour jouer à un niveau plus élevé. Enfin, il reste le football d'élite, professionnel, qui est et doit rester une niche.
 
 
"On ne peut plus accepter aujourd'hui que la seule vocation d'un club de plusieurs centaines de licenciés soit de faire monter l'équipe première."
 

Revenons donc à ce qui nous intéresse ici, à savoir les 70% de joueurs et joueuses auxquels il convient aujourd'hui de proposer un système de pratique plus en rapport avec ce qu'ils viennent chercher en club... et qu'ils ne trouvent pas. Le premier chantier ne consiste-t-il pas à dédramatiser la compétition ?
Il serait intéressant en effet de dédramatiser au maximum jusqu'à 15 ans. Tant que le joueur n'est pas pré adulte, on devrait être sur des pratiques essentiellement éducatives. Or, que ce soit le système des montées et descentes ou le fait d'avoir permis des mutations incessantes à l'intérieur même d'une saison, va à l'encontre du but recherché. Avec les excès que l'on connaît... Sur et autour des terrains ! Dans des ligues où il y a 10 divisions à 15 ans, c'est dramatique. Sans compter que cela a une incidence sur l'orientation des jeunes. Parce qu'avec 10 divisions, on fait de la "perf", on prend donc les plus performants dans l’immédiat, pas les talents à venir. L'éducateur ne va pas au bout de sa démarche. Or, l'idée, c'est que les enfants s'épanouissent au gré de leur croissance. Mais pour cela, il faut dédramatiser la compétition.
 
Comment ?
En redéfinissant pour commencer la vocation des clubs. C'est ce qui va conditionner tout le reste.
 
Que voulez-vous dire ?
On ne peut plus accepter aujourd'hui que la seule vocation d'un club de plusieurs centaines de licenciés soit de faire monter l'équipe première. C'est incohérent, hors sujet ! Le club a une vocation d'éducation, d'animation, d'accès à différentes pratiques, et même d'animation sociale de la commune. C'est l'essence même de la pratique associative. Tous ceux qui n'ont comme seul objectif de faire monter l'équipe première non seulement se trompent, mais ne sont plus dans leur mission.
 
Quels clubs visez-vous en particulier ?
Tous exceptés les pros. Je suis choqué quand je vois des clubs de CFA ou CFA2 ne pas aligner un seul joueur issu du club. Ils font fausse route. L'idée de l'offre et de l'accueil est au départ la première de leur vocation. Et pour les enfants du coin ! De la même manière qu'il n'est pas normal qu'un joueur de 14 ans en région parisienne ait déjà fait sept clubs ! La perte de repères et de sens est alors inévitable. Comment voulez-vous ensuite que le gamin sache ce que s'identifier à un club veut dire ?
 

A 15 ou 17 ans, il est anormal que certains joueurs soient déjà passés par autant de clubs.
 

Que proposez-vous ?
On peut imaginer pourquoi pas limiter à deux ou trois le nombre de mutations avant 15 ans, et ne pas avoir le droit de rejoindre un club distant de plus 20 ou 25 kilomètres, etc... Il y a un tas de trucs à faire. Les idées sont là. Mais les décisions doivent être prises collectivement, avec tous les acteurs de notre sport.
 
Quelle est la part de responsabilité de l'éducateur dans tout ça ?
L'éducateur est fautif, naturellement, mais il est aussi victime du système.
 
Pourquoi ?
Parce qu'on ne le valorise que par la performance de son équipe. On ne le valorise pas à travers la qualité de son travail. Il est sous la pression d'un président, il est sous la pression des parents... C'est tout un contexte. En revanche, si demain on parvient à dédramatiser la compétition, l'éducateur pourra mieux œuvrer en direction des jeunes.
 
Mais est-ce leur volonté ? Ne se complaisent-ils pas dans ce système basé sur la compétition ?
Il est évident que tous ne sont pas animés par les mêmes motivations. Ceci étant, nous avons envoyé nos cadres techniques visiter les clubs de DH à National. Et on s'est aperçu qu'il y avait peu de vrais projets de club en réalité. Mais lorsqu'on leur a présenté notre approche, ils ont dit : "Mais oui ! Aidez-nous". C'est donc culturel. Notre système de pratique étant organisé sur les compétitions, les éducateurs se sont naturellement inscrits dans ce processus. À nous de mieux les orienter dorénavant.
 
 
" Ailleurs, l'éducateur des U9 est aussi important que celui des U19 ! En France, ce n'est pas le cas."
 

Favoriser une pratique loisir n'empêchera pas de faire ressortir les meilleurs ?
Bien sûr que non ! La pratique loisir favorise on ne peut mieux la progression. Et puis le gamin qui a du talent sera placé dans un contexte où il va mieux progresser. Ça, on ne le remet pas en cause. Il faut bien comprendre ce que signifie "dédramatiser la compétition". Le match en tant qu'élément de compétition demeure indispensable. La culture de la gagne fait partie de l'éducation au sport. Ce qui est dangereux, ce sont les enjeux. Les montées, les descentes... C'est là qu'on commence à avoir un comportement modifié.
 
Cela rejoint la philosophie clairement exprimée des formateurs du FC Barcelone, qui affirment que "la compétition n'est pas importante. C'est apprendre à faire de la compétition qui l'est".
Exactement. Mais pour faire appliquer une telle philosophie, il faut que les éducateurs soient protégés. On en revient au système, au contexte. Ailleurs, l'éducateur des U9 est aussi important que celui des U19 ! C'est son action qui est valorisée, pas ses performances. En France, ce n'est pas le cas. Il y a une hiérarchisation des entraîneurs, y compris dans leurs émoluments, qui repose exclusivement sur la catégorie qu'ils entraînent, pas sur leur action éducative ! Je peux vous dire que le jour où les éducateurs, à diplôme égal, seront valorisés de la même manière quelle que soit leur catégorie, on aura fait un énorme pas en avant.
 
Les protéger, d'accord, mais aussi les former pour qu'ils soient en mesure de mener à bien leur action éducative. On touche ici à votre cheval de bataille : 1 équipe = 1 éducateur (sous-entendu "formé").
C'est effectivement le thème central de notre activité. Mais encore une fois, ce n'est pas la peine de travailler là-dessus si l'on ne revisite pas dans le même temps le système de compétition.
 
 
"L'éducateur est sous la double pression de son président et des parents. C'est tout un contexte..."
 

Comment régler le "problème" des parents - les papas surtout - qui poussent leur rejeton à avoir une approche toujours plus compétitive de la pratique du football ?
D'abord, ce qui va aider à limiter ce phénomène, c'est que le joueur pourra certes choisir d'aller vers l'excellence, mais que celle-ci ne sera pas uniquement identifiée par un niveau de compétition. C'est plus une démarche, une approche dans le travail. Globalement, il peut y avoir deux niveaux : la pratique compétitive en proximité, et la pratique d'excellence à l'échelle régionale. Les parents pourront inscrire leur enfant dans l'une ou l'autre parce qu'il a le niveau, parce qu'il le souhaite, parce qu'il veut s'entraîner davantage... Alors oui, les parents vont continuer à jouer un rôle, ils sont responsables. Mais ils ont la même responsabilité dans le cursus scolaire lorsqu'ils changent leurs enfants d’établissement dans l'optique qu'ils réussissent davantage.
 
En définitive, le club de demain est celui qui permettra où tous les profils de licenciés d'y trouver leur compte.
C'est ce vers quoi il faut tendre, en effet. Et l'offre de pratique peut être large. On peut très bien, dans le cadre de la pratique loisir par exemple, faire du jeu réduit (futsal, foot à 5, à 8...) jusqu'en seniors ! Les joueurs prendraient assurément plus de plaisir, alors qu'à 11, certains ne touchent jamais le ballon... On a la chance aujourd'hui d'avoir des terrains synthétiques qui sont des structures d'accueil idéales pour un football loisir dans le cadre d'une offre de club. Chacun pourra faire du loisir, de la compétition et de l'excellence dans la même structure.
 
Cela veut-il dire aussi que l'on va vers la création du double licence, loisir ou compétition ?
C'est une piste en effet. L'idée même de la licence peut être revisitée. Les Allemands dissocient la licence de la cotisation. La licence est un acte individuel qui permet d'avoir accès à un certain nombre de pratiques, tandis que la cotisation demeure l'inscription à un club en tant qu'entité.
 
Concrètement, il faudra combien de temps pour transformer le système actuel et modéliser le club tel que vous venez de nous le présenter ?
Nous avons fait des pré-propositions. Et puis ce projet de modélisation du club a déjà été amorcé avec la réforme en cours du football d'animation. Maintenant, pour ce qui est de l'organisation des compétitions, nous ne sommes pas les seuls décideurs. Nous avons à convaincre. Mais les esprits sont ouverts au changement s’il est bénéfique pour tous, en priorité pour les joueurs et le jeu.
 
 
Propos recueillis par J.G - pour Footengo42.

FRANÇOIS BLAQUART
Né le 21 janvier 1954 à Roumazières Loubert

Parcours
Joueur : Entente Roumazières Loubert (1966-1979, D4)

Entraîneur : Nantes, centre de formation (1978-79), Châteaubriant (1979-80), Ligue Paris Ile de France, CTR (1979-88), Ile Maurice, DTN (1988-93), AS Saint-Etienne, adjoint (1993-94), AS Saint-Etienne, centre de formation (1993-96), Sochaux, centre de formation (1996-99), entraîneur national de la FFF, U16 à U19 (1999-2007), DTN adjoint (2007-2010), DTN (depuis février 2011).

Diplômes : DEPF, formateur, enseignant EPS, diplôme universitaire de gestion et d'administration.
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